Ms. français 125 (jadis 6796). Parchemin ; 382 feuillets
hauts de 50 centimètres^ larges de 35. Contient : 1^ la Politique; 2° (fol. 361) l'Économique. Ce volume a dû être exécuté pour Jacques, duc de Nemours, condamné à mort en 1477; la place des miniatures est restée en blanc. Le ms. 125 est le second volume d'un exemplaire des Éthiques, de la Politique et de l'Économique dont . le ms. français 16962 formait le premier volume.
La précédente classification des manuscrits de la Politique de Nicole Oresme conservés à la Bibliothèque nationale, suppose que les rédactions les plus courtes sont les plus anciennes. C'est là une hypothèse que je pourrais soutenir, lors même que mes arguments devraient être uniquement tirés des manuscrits de la Bibliothèque nationale; mais l'examen du ms. d'Avranches mettra hors de toute contestation le classement que j'ai proposé. C'est, en effet, l'exemplaire original, sur lequel l'auteur a marqué ou fait marquer les corrections qu'il jugeait à propos de faire à son travail. Telle est du moins l'opinion que je me suis formée en étudiant ce manuscrit lors de ma dernière visite à la bibliothèque d'Avranches. J'espère la faire partager à mes lecteurs.
L'exemplaire ms. de la Politique de Nicole Oresme, que possède la ville d'Avranches, vient de l'abbaye du Mont- Saint-Michel, eu il était déjS au milieu du xvi* siècle, puisqu'on lit cette note sur le premier feuillet : « Pour le Mont Sainct Michel : faict le XII""* jour d'apvril mil cinq cens cinquante et sept. > Il figure en ces termes sur le catalogue
des mss. du Mont-Saint-Michel publié par Montfaucon en 1739 : « N. 179. Les politiques d'Aristote. Autres livres d'Aristote appelés Économiques. Plusieurs questions tirées des ouvrages de Nicolas Oresme, in-folio (1). » Il est compris sous te n"" 223 dans le Catalogue des manuscrits d'Avranches, qui fait partie du tome lY du Catalogue général des manuscrits des bibliothèques des départements.
C'^st un volume écrit sur parchemin, de 360 feuillets, hauts de 31 centimètres, larges de 22. Il contient :
1« (fol. 2 V») la Politique;
2» (fol. 330) l'Économique;
3^ (fol. 350) plusieurs questions tirées des Éthiques.
Le manuscrit est de la seconde moitié du xiv® siècle; il ne contenait primitivement que la Politique et l'Économique; les questions tirées des Éthiques ont été copiées par une autre main sur un cahier ajouté après coup. Au bas du fol. 349 V®, qui, à l'origine, terminait le volume, on remarque cette note tracée en caractères de la fin du xiv® siècle : « Liber iste Politicorum est Henrici Oresme junioris, canonici Baiocensis. » On n'a point encore trouvé de textes relatifs à ce Henri Oresme (2) ; mais la qualité de chanoine de Bayeux indique assez qu'il appartenait à la même famille que Nicole Oresme; en effet, ce dernier était Normand (3),
(1) Bibliotheca bibliothecarumy t. II, p. 1359.
(2; Depuis la publication de ce mémoire, j*ai trouvé la preuve qu'il y avait en 1385, au chapitre de fiayeux, deux chanoines nommés Henri Oresme; l'un d'eux était le frère, et l'autre probablement le neveu de Nicole Oresme, évoque de Lisieux. Henri Oresme le jeune est encore connu pour avoir ajouté des notes sur un exemplaire des Chroniques d'Eusèbe, de saint Jérdme, de Sigebert et de Robert de Torigni que possède la bibliothèque du chapitre de Bayeux. Voyez mon édition de la Chronique de Hobert de Torigni publiée pour la Société de l'histoire de Normandie, t. 1, p. xii.
(3) Je ne crois pas que l'origine normande de Nicole Oresme ait jamais été contestée. Elle peut servir à expliquer un passage de la Politique (l. III, ch. XX), dans lequel, l'auteur ayant avancé qu'il était légitime do conquérir un royaume pour le gouverner, ajoute comme exemple : a Si comme Guillaume, duc de ceste Normendie, conquist Angleterre. » Ainsi portent le ms. d'Avranches et les mss. 9106, 22-499, 12233, 24279, 22000, 125 et 208. On lit dans les mss. 204 et 557 : « Si comme Guillaume, duc de Normandie, conquist Angleterre. »
et selon toute apparence originaire du diocèse de Bayeux(l). Il n'y aurait donc pas une grande témérité à supposer qae Henri Oresme élait frère ou neveu de Nicole Oresme. Quoi qu'il en soit, la souscription de Henri Oresme m'engagea à examiner attentivement le ms. à la fin duquel elle était tracée. Je ne tardai pas à m'apercevoir que différentes pages contenaient, en marge ou en interligne, beaucoup d'additions et de corrections qu'il était impossible d'attribuer«à un copiste ordinaire. Je notai un certain nombre de ces additions et corrections pour vérifier si elles étaient propres à l'exemplaire d'Âvranches, ou bien si elles étaiexit passées dans les autres exemplaires. J'ai constaté qu'une certaine quantité de ces additions et corrections a été introduite dans les mss. de la première et de la deuxième famille; qu'un plus grand nombre encore a pénétré dans les mss. de la troisième; enfin, que plusieurs ne se trouvent dans aucun des mss. de la Bibliothèque nationale. D'où il faut tirer ces conclusions : 1° le ms. d'Avranches est un exemplaire original de la Politique de Nicole Oresme; 2® l'auteur Ta modifié ou fait modifier à plusieui^ reprises; 3"" ce ms. a ét^ copié, à différentes époques, par des scribes qui ont reproduit fidèlement l'état du texte au moment où ils l'avaient sous les yeux, de sorte que chacune des trois familles dont j'ai parlé représente le ms. original dans une des phases par lesquelles il a passé depuis l'achèvement de la première rédaction jusqu'à la mort de l'auteur; 4^ le ms. d'Avranches renferme des additions et des corrections postérieures à la date des copies que représentent les trois familles de mss. de la Bibliothèque nationale. En un mot, le ms. d'Avranches est la source d'où dérivent plus ou moins directement les trois éditions delà Politique dont la Bibliothèque nationale possède des copies; de plus, il renferme les éléments d'une quatrième édition, qui n'a peut-être jamais été mise au net. Pour ne laisser aucune incertitude sur le rang que doit tenir le ms. d'Avranches parmi les anciens exemplaires de la Politique de Nicole Oresme, je passerai en revue plusieurs
(i) Huet, les Origines de la ville de Caen, 2« éd., p. 331.
des additions et corrections que j'y ai relevées. Je prendrai d'abord celles qui se sont introduites dans les manuscrits des trois familles; puis, celles qu'on trouve dans les manuscrits de la deuxième et de la troisième; ensuite, celles qui paraissent seulement dans les copies de la troisième; enfin, celles qui n'ont été insérées dans les manuscrits d'aucune des trois familles.
i"" Addittom et corrections dums. d'Avr anches, qui sont passées dans les mss. des trois familles.
Une des dernières phrases du chapitre VI du livre II, commençait ainsi : « £t semble selon la doctrine d'Aristote, ou chapitre ensuiant, plusieujrs teles choses... » Dans le ms. d'Avranches (fol. 42), le mot semble a été biffé, les mots la doctrine d* (ou selon la doctrine S) remplacés par ce que dit (ou si comme dit)^ et un signe de renvoi placé après Et pour avertir que là doit s'intercaler une phrase qui a été copiée au bas de la page. Cette modification a pour résultat de substituer à la leçon que j'ai donnée plus haut la leçon suivante : <( Et semble selon la doctrine d'Aristote que teles opinions sunt périlleuses en la policie, et sunt ausi comme ymaginacions qui ne se pevent bonnement pratiquer. Et selon ce que {pu si comme) dit Aristote ou chapitre ensuiant plusieurs teles choses... » Cette dernière leçon est celle des neuf mss. de la Bibliothèque nationale.
Dans le ms. d'Avranches (fol. 185 v®), le chapitre XIV du livre V se terminait primitivement par les mots : a mutation de la policie de l'église. » On y a ajouté après coup la phrase finale : « Et donques en ce chapitre sunt touchiez VIII enseignemenz pour la salvation ou remèdes contre la corruption des policies, » phrase qui se lit dans nos neuf mss. de la Bibliothèque nationale.
De même, pour mieux terminer le chapitre XVII du même livre, on a ajouté au haut du fol. 191 du ms. d'Avranches la phrase : « Or avon donques en cest chapitre VI enseignemens. » Elle se trouve insérée dans les neuf manuscrits de la Bibliothèque nationale.
2^ Addition et correction du ms. d'Avranches, qui sont passées dans les mss. de la deuxième et de la troisième famille.
Suivant la rédaclion primitive, un passage de la fin du chapitre X du livre lY était ainsi conçu : «..• il seigneurioient sus leur subjects par puissance. Et par ce appert que qui par adulacion... » Ainsi portait à l'origine le ms. d'Avranches (fol. 139). Ainsi porte le ms. de la première famille (ms. français 9106, fol. 140). Mais, dans le ms. d'Avranches, on a copié en marge une observation qui doit venir après le moi puissance et dont voici le texte : « Et afin que les souverains princes ecclésiastiques ne déclinassent à tele malignité, de laquelle dit le prophète à Dieu : « Super populum tuum malignaverunt consilium, » saint Père l'apostre, en sa canonique (1)^ leur dit ainsi : a Seniores qui in vobis sunt obsecro consenior, etc. Pascite qui in vobis est gregem Dei providentesnon coacte sed spontanée, secundum Deum, non turpis lucri gratia sed voluntarie neque ut dominantes in cleris, etc. » c Et donques il doivent gouverner le clergey, non pas comme signeuriauz, ne à fin de pecune, mes debonnairement et selon Dieu. » Après Tintercalation d'un développement, il n'était plus guère possible de conserver les mots Et par ce appert pour rattacher la suite du discours à une phrase qui en était désormais séparée par un long intervalle. On a remédié à cet inconvénient en mettant en interligne que dessus est dit avec un signe de renvoi, de sorte qu'il faut lire : « Et par ce que dessus est dit appert que qui par adulacion... > C'est avec ce développement et cette modification que les deux mss. de la deuxième famille et les six mss. de la troisième nous ofi'rent le fragment que je viens de signaler à l'attention du lecteur.
3^ Additions du ms. d' Avranches qui sont passées dans les mss. de la troisième famille.
J'ai cité plus haut quatre passages empruntés au chap. XX du livre III, au chapitre X du livre VII et au chapitre XIX du même livre, qui manquent dans les mss. des deux premières familles et qu'on lit seulement dans les six manuscrits de la troisième. Aucun de ces passages n'existait primitivement dans le ms. d'Avranches ; tous les quatre y ont été insérés après coup, soit au bas des pages, soit sur les marges latérales (fol. 107 v% 252, 266 et 266 v«).
A"" Additions et corrections du ms. d'AvrarKhes^ qtU ne sont passées dans les manuscrits d* aucune des trois familles.
Le ms. d'Avranches contient six additions ou corrections qu'on ne retrouve dans aucun des manuscrits de la Bibliothèque nationale, et dont voici une indication sommaire :
(a) Au chapitre VI du livre II (fol. 40 v*), le texte primitif portait : ((El pour ce anciennement les contemplatis souloient labourer corporelement, et c'est la doctrine de saint Pol. El peut estre que il avoient en ce moins de solicitude, de ministracion ou de empêchement que l'en ne auroit eh procurer, pour sa neccessité, usage des choses qui sunt d'autri. Et par aventure aucuns qui loent et commendent cestepovreté ne la tiennent pas... » Dans la révision, on a soigneusement effacé l'incidente et c^est la doctrine de saint Polj et à la suite du mot atUrui on a tracé un signe de renvoi pour inviter le lecteur à se reporter à un feuillet intercalaire, aujourd'hui coté 41 (1), rempli par des observations sur la doctrine de saint Paul : (( Et que il doient labourer, ce est la doctrine saint Paul, lequel dit, etc. » Après avoir lu ce qui est copié sur le fol. 41, il faut revenir à la phrase qui commence par Et par aventure,.. Mais dans cette phrase les mots ceste povreté n'auraient plus présenté un sens suffisamment clair; on les a remplacés par les mots lapovreté dessus dite.
{b) Suivant la rédaction primitive, conservée dans les
(1) Par suite de cette intercalation, le cinquième cahier du ms. se compose de 11 feuillets, cotés 37-47, tandis qu'il n'aurait dû en avoir que dix.