II
neuf manuscrits de la Bibliothèque nationale, le chapitre YI du livre II se terminait par cette phrase : «Ëtàcest propos fait ce qui sera dit ou quart livre ou XYP chapitre, et ou septime livre ou XIX et ou XXYII chapitres. » C'est aussi ce que portait à Torigiae le ms. d'Avranches (foi. 42); mais, dans une dernière révision, on en a effacé les mots et ou XXVII chapitres, ei on à SiîOMié au bas de la page une phrase incidente, pour annoncer le contenu des chapitres auxquels le lecteur est prié de recourir : « là où ces choses seront aucunement corrigies et modérées. »
(c) Dans le ms. d'Avranches, à la fin du chapitre XY du livre III, l'auteur a ajouté ou fait ajouter en marge du fol. 99 \^ une citation qui vient corroborer son raisonnement sur les règles à suivre pour la collation des bénéfices ecclésiastiques et qui manque dans nos neuf mss, de la Bibliothèque nationale : « Et Innocent III, en la decrétale Ut nostrum, dit : € Non affectu carnali sed in persona magis ydonea debuisti ecclesiasticum ofûcium et beneficium dispensare. »
(d) Sur la fin du chapitre XXIII du livre YII, après la phrase : « Et en aucuns païz la gent ne pevent longuement vivre pour leseaues qui ne sunt pas bonnes, » on lit ajoutée en marge du ms. d'Avranches (fol. 273 v°) une observation sur les eaux de Sardaigne, qui ne se rencontre dans aucun de nos neuf manuscrits parisiens : « Gomme en Sardeigne, où elles sont plommées. »
(e) Au chapitre XXY du livre YII, Nicole Oresme détermine les conditions dans lesquelles doit être placée la principale église d'une cité ; il montre qu'il faut en écarter les causes de tumulte et de bruit. Ayant à ce propos trouvé après coup une autorité qu'il avait négligé d'invoquer, il l'a consignée ou fait consigner dans le ms. d'Avranches, au bas du fol. 276 v<» : c Unde in Thimeo Platonis habetur sic : Sacerdotiis dediti separatim a cetero populo manent ne contagione aliqua profana poil uantur. »
(/) Un peu plus loin, dans le même chapitre, saint Jean Ghrysoslome est cité pour prouver l'influence du sacerdoce sur les populations. De nouvelles lectures ayant fait découvrir un passage de saint Grégoire qui venait encore à l'appui
'de la doctrine de saint Jean Ghrysostome, l*auteur a ajouté ou fait ajouter en marge du fol. 277 du ms. d'Avranches cette citation : c Et Gregorius, in omelia Videns civitaletn flevity etc., dicit : Ruina populi maxime ex culpa sacerdotum fuit (1). »
Une particularité que je n'ai point encore signalée et qui seule sufûrait pour prouver l'ancienneté du ms. d'Avranches, c'est qu'il a conservé une partie de ces tables et de ces glossaires partiels dont j'ai parlé plus haut. A la suite du livre VIII, on y trouve une table des matières principales, qui commence par ces mots (fol. 311) : « En cest VIII** livre sunt aucunes choses assés notables, et ou texte et en la glose, desqueles aucunez sunt ici designées...; > puis (fol. 311 V®), un glossaire particulier, intitulé : « Exposicions d'aucuns mos qui sunt en cest YIIP livre. » Quand l'auteur a eu substitué aux tables et aux glossaires particuliers une table et un glossaire général, il a, lui ou un de ses clercs, bâtonné la table et le glossaire du huitième livre et mis en marge le mot VAGAT. Tout porte à croire que, dans cet exemplaire, chacun des livres de la Politique devait être accompagné d'une table et d'un glossaire; mais l'enlèvement systématique de plusieurs feuillets de parchemin à la Un des livres I, II, III, IV, V, VI et VII ne permet pas de dire si on a jamais transcrit toutes ces tables et tous ces glossaires, ou bien si on avait seulement ménagé de l'espace pour les transcrire.
Une autre circonstance qui mérite encore d'être prise en considération, c'est la note qu'on lit dans le ms. d'Avranches, au fol. 3^9 v^, au bas du glossaire général qui termine la Politique. Elle est ainsi conçue :
€ Ge livre fut composé par maistre Nicolas Oresme, avec lez livrez d'Ethiques, Yco[no]miques et de celo^ es ans de Nostre Seigneur M CGG LXX jusques à LXXVII, estant doyen de Rouen. Puis fut evesque de Lisiex. »
Gette note est assurément contemporaine de la transcription du volume; mais elle est d'une autre main. Il est bon
(1) S. Greg. homil. \XXIX; dans Migne, t. 76, col. 1295.
de faire observer que les mots puis fut evesque de Lisiex semblent avoir été ajoutés après coup, quoiqu'ils aient été certainement tracés par la même personne que les lignes précédentes. Aucun autre exemplaire ne contient cette note/ et la précision avec laquelle elle est rédigée n'indiqueraitelle pas que le texte en a été composé, sinon par Nicole Oresme, au moins par un de ses parents ou de ses familiers?
Tout concourt donc à faire considérer le ms. d'Avranches comme un exemplaire d'auteur; tout nous invite à lui accorder le premier rang dans le classement des manuscrits de la Politique.
Mais pour épuiser les questions que soulève ce classement, il faudrait avoir compulsé à loisir l'exemplaire d'Avranches et, s'il était possible, l'avoir eu sous les yeux en même temps que les nombreux exemplaires de la Bibliothèque nationale. Un examen attentif ferait trouver, je n'en doute pas, la solution de difficultés qui peuvent embarrasser au premier abord et dont je rapporterai un seul exemple.
J'ai déjà dit qu'au chapitre YI du livre II la première rédaction d'un passage relatif à la pauvreté volontaire était ainsi conçue :
(( Et pour ce anciennement les contemplatis souloient labourer corporelement, et c'est la doctrine de saint Pol, et
peut estre que il avoient en ce moins de solicitude, de ministracion ou de empêchement que l'en ne auroit en procurer, pour sa neccessité, usage des choses qui sunt d'autri. Et par aventure aucuns qui loent et commendent ceste povreté ne la tiennent pas... >; C'est la leçon que portait primitivement le ms. d'Avranches (fol. 40 v**); c'est aussi celle qu'on lit dans le ms. de la première famille (ms. français 9106, fol. 38). J'ai expliqué plus haut comment, dans une dernière révision que nous offre le ms. d'Avranches, l'incidente : « et c'est la doctrine de saint Pol, » a été effacée et remplacée par un développement de deux colonnes et demie ajouté sur un feuillet intercalaire. J'ai encore eu l'occasion de signaler une notable variante qu'on trouve à ce même endroit dans les huit manuscrits de la deuxième
et de la troisième famille : Tincidente « et c'est la doctrine de saint Pol » y a été maintenue, mais accompagnée d'un développement d'environ une colonne, tout à fait distinct de celui que contient aujourd'hui le ms. d'Avranches : « Et c'est la doctrine de saint Pol, laquele il avoit baillée et donna finablement, appelez à ce les plus notables de l'église primitive, etc. » On se demande naturellement où ce texte a été pris par les écrivains des exemplaires qui ont servi de types aux mss. de la deuxième et de la troisième famille. II faut, je crois, supposer qu'à un moment donné ce texte a existé dans le ms. d'Avranches soit sur une marge qu'on aura raclée, soit sur un feuillet intercalaire qu'on aura enlevé, quand on a jugé à propos de remplacer cette version par la version qui occupe aujourd'hui le feuillet intercalaire 41 du même ms.
Un autre passage du ms. d'Avranches, qui mérite d'être rapproché avec grand soin des passages correspondants des autres manuscrits, c'est celui qui contient la longue dissertation que Nicole Oresme a insérée, après coup, selon toute apparence, dans le troisième livre de la Politique, pour montrer la nécessité de réunir un concile et d'introduire des réformes dans le gouvernement ecclésiastique. La véritable place de cette dissertation est à la fin du chapitre XXIV, c'est là qu'on le trouve dans le ms. de la première famille (9106, fol. 117), dans les deux mss. de la deuxième (12233, fol. 135 v% 22499, fol. 82 v») et dans un ms. de la troisième (557, fol. 103). Mais dans le manuscrit d'Avranches, soit par une erreur du scribe, soit par un autre motif, la dissertation a été rejetée à la fin du chapitre XXYI (fol. 122) et maladroitement encadrée entre la première et la dernière partie du chapitre XXVII. Pour réparer le désordre, on a dû mettre des signes de renvoi, biffer les deux morceaux du chapitre XXVII entre lesquels était prise la dissertation, et recopier le chapitre XXVII sur un feuillet qui manque aujourd'hui, mais dont les traces subsistent entre les fol. 125 et 126. Tout cela était loin d'être parfaitement clair, et plusieurs des copistes qui ont travaillé d'après le ms. d'Avranches ne s'en sont pas rendu un
compte exact. De là des interversions dans différents manuscrits de la troisième famille. Dans le ms. 204, la dissertation est insérée à la fin du chapitre XXVI. Dans les mss. 125, 208, 22500 et 24279, elle est encadrée entre les deux parties du chapitre XXYII. Le scribe qui a copié ou plutôt celui qui a collationné le ms. 24279 a reconnu l'erreur, et pour rétablir l'ordre véritable, il a mis avant le titre du chapitre XXY un signe de renvoi avec la note marginale : € Quere post duo folia ad taie signum » (fol. 90) ; en effet, deux feuillets plus loin, au signe indiqué, se trouve la dis* sertation qui doit précéder le chapitre XXY, et, à la fin de cette dissertation, un nouveau signe de renvoi, avec la note marginale : « Revertatur ad signum taie quod est initium capituli XXY«. »
Le ms. 22500 doit être une reproduction médiate ou immédiate du ms. 24279, exécutée par un scribe inintelligent qui n'a compris ni le système des signes de renvoi, ni le sens des notes marginales; car il n'a pas reproduit les signes, a négligé la première note marginale et a fait passer la seconde dans le corps du texte où elle produit l'effet le plus bizarre. Le ms. 125 tient aussi de très-près aux mss. 24279 et 22500; la dissertation y est pareillement mêlée au chapitre XXYII (i), et ce chapitre XXYII dans les trois mss. dont je parle se termine par une leçon vicieuse assez caractéristique. Au lieu de la bonne leçon : « Et après il détermine comment très-bonne policie doit estre instituée, et commence au septime ; » au lieu, dis-je, de cette bonne leçon, qui est fournie non- seulement par le ms. d'Avranches, mais encore par les mss. 9106, 208 et 557, le ms. 24279 porte : a .... et commencée ou septime; » le ms. 22500 :
« et commentée ou septiesme; » le ms. 125 : « ou
commencée ou septiesme. » Nous sommes donc autorisés à réunir en un même groupe dans la troisième famille les mss. 24279, 22500 et 125. De ces trois mss., le meilleur et le plus ancien paraît être le n" 24279, qui, selon toute probabilité^ a été directement copié ou au moins collationné
(1) C'est aussi la place qu'elle occupe dans le ms. 208.
sur un exemplaire original. On y lit en effet, à la un du glossaire (fol. 279), la note suivante :
« Gollatio hujus libri Politicorum fit cum originali translatione in gallico per excellentissimum sacre théologie doctorem magistrum Nicolaum Oresme facta et manu ejus scripta ex précepte illnstrissimi principis Karoli quinti condam Francorum régis. »
Le ms. original dont il est question dans cette note serait-il le manuscrit d'Avranches, qu'un scribe du xiv* siècle aurait bien pu considérer comme autographe, non pas que le corps du volume ait été écrit par l'auteur lui-môme, mais parce que plusieurs des additions et corrections interlinéaires ou marginales sont vraisemblablement de sa main? Je ne tranche pas la question. Il me suffit d'avoir mis hors de doute l'autorité du ms. d'Avranches et d'avoir appelé sur lui l'attention ^és philologues qui voudraient étudier à fond la langue de Nicole Oresme.
La copie de TÉconomique (1), qui remplit les fol. 330-349 du ms. d'Avranches, donne lieu à des observations du même genre que la Politique. Seulement les termes de comparaison sont moins nombreux parce que la Bibliothèque nationale possède seulement cinq exemplaires de l'Économique, dans les mss. 125, 204, 208, 9106 et 24279 du fonds français. Ces cinq mss. m'ont paru dériver du ms. d'Avranches, et se partagent en deux familles : d'une part, le ms. 9106, qui reproduit le texte primitif tel qu'il avait été, à l'origine, transcrit dans l'exemplaire d'Avranches; d'autre part, les mss. 24279, 204, 208 et 125, dans lesquels ont pénétré diverses additions ou corrections marquées sur les marges ou dans les interlignes du même exemplaire. J'en rapporterai trois exemples significatifs :
(a) Vers le commencement du chapitre II du premier livre, Nicole Oresme s'exprime en ces termes : « ... ce est assavoir le seigneur et sa femme et qui les serve. Car se
(1) Nicole Oresme a traduit rÉconomiquc d*après la version latine de Durand d*Auvcrgnc ; voyez à ce sujet une notice de M. Hauréau, Histoire mUraire de la France, XXV, 62.
aucune de ces trois choses defTailloit en un hostel, ce ne seroit pas maison complètement. > Telle était la leçon primitive du ms. d'Avranches (fol. 331), et telle est celle du ms. 9106 (fol. 359 v®). A cette version on a substitué après coup dans le ms. d'Avranches la version suivante : € ... ce est assavoir le seigneur et sa femme et qui les serve; car la femme ne doit pas estre serve, si comme il appert ou premier chapitre de Politiques. Et se aucune de ces trois choses defTailloit, etc. » Cette dernière version est celle des mss. 24279, 204, 208 et 125.
(6) Dans le chapitre III du premier livre, Nicole Oresme, en parlant de l'amitié de la femme, s'était d'abord contenté de dire : « Item elle est très-grande, si comme dénote l'Escripture, ou livre des Roys, en disant que Jonathas estoit plus amable que femmes : Amabilis super amorem mulierum. > Il n'y a rien de plus dans le ms. 9106 (fol. 361 v^), ni dans le texte primitif du ms. d'Avrancbes (fol. 333). Mais dans ce dernier, l'auteur a ajouté ou fait ajouter au bas de la page une citation empruntée à l'Ecclésiastique : « Et le Sage dit ainsi : Species mulieris exhilarat faciem viri sui et super omnem concupiscenciam hominis superducet desiderium (Ecclesiastici XXXVI^. » Les mss. 24279, 204, 208 et 125 contiennent à la fois la citation tirée du livre des Rois, et la citation tirée de l'Ecclésiastique.
(c) Au chapitre VI du second livre, Nicole Oresme parle ainsi de Pénélope : « Pour ce que son mari lui monstroit si grant amour oveques révérence, elle se garda chastement et honestement long temps, lui absent, quant il estoit en l'obsidion de Troie ou en la mer. » Ainsi portait d'abord le ms. d'Avranches, et c'est encore tout ce qu'on lit dans le ms. 9106 (fol. 375 v**). Dans la suite, l'auteur a trouvé bon de rapporter ici un distique de Mathieu de Vendôme en l'honneur de Pénélope; de là une addition qu'on trouve au bas de la page dans le ms. d'Avranches et qui est passée dans le texte des mss. 24279, 204, 208 et 125: « De quoy un appelle Matheus de Vindocino, qui metrifla l'istore de Thobie, en un livre que il Gst de doctrina versificandi, dit ainsi :
Peiielopen morum festival gratia forme, Purpura déclarât, ditat aceryus opum. >
Encore plus tard, Tauteur a fait une seconde addition : au témoignage de Mathieu de Vendôme, il a joint celui d'Ovide : « Et Ovidius :
Pénélope mansit, quamvis custode careret, Inter tam multos intemerala procos. >
Cette seconde addition se trouve au bas de la page du ms. d'Avranches; mais elle manque dans les mss. 24279, 204, 208 et 125, qui sont, pour ainsi dire, un calque de l'exemplaire original, alors que l'auteur avait déjà inséré dans cet exemplaire le distique de Mathieu de Vendôme, mais non pas celui d'Ovide.
Ainsi, l'examen de l'Économique nous conduit au même résultat que celui de la Politique. Pour les deux ouvrages, le ms. d'Avranches, dégagé des modifications qu'il a successivement subies, est le type du ms. qui nous offre le texte le plus voisin de l'état primitif; ce même ms., complété et corrigé par des notes marginales et interlinéaires, parait être la source première des mss. qui contiennent un texte plus ou moins revisé.
Maintenant que nous sommes fixés sur le caractère de dix manuscrits importants de la Politique et de l'Économique de Nicole Oresme, nous pouvons aisément nous rendre compte de l'édition gothique, in-folio, qui fut achevée d'imprimer le 8 août 1489 pour Antoine Vérard (1). C'est généralement la reproduction d'un assez mauvais ms. de la deuxième famille; toutefois, au chapitre XX du livre III et aux chapitres X et XIX du livre VII, elle contient les additions qui sont propres aux mss. de la troisième famille.
Il est donc assez probable que l'imprimeur aura eu à sa disposition deux manuscrits, ou du moins qu'il aura travaillé d'après un exemplaire de la deuxième famille sur les
(1) Bmnct, 50 édition, I, 469.
314 APPEISDICE.
marges duquel avaient dû être reportées quelques-unes des additions fournies par un ms. de la troisième. Un exemple montrera avec quelle servilité le compositeur a suivi un ms. de la deuxième famille.
J'ai rapporté plus haut le texte exact d'une observation que Nicole Oresme a ajoutée après coup dans le chapitre X du livre lY et qui est à la marge du fol. 139 du ms. d'Avranches. Je reproduis ici la même observation telle qu'elle est copiée dans nos deux manuscrits de la deuxième famille, les n°' 22499 et 12233. Je suis le premier, et je mets entre crochets les variantes fournies par le second :
Et affin que les souverains princes et ecclésiastiques ne déclinassent et telle malignité, de laquelle dit le prophète à Dieu : Super populum tuum malignaverunt consilium, saint Père Tapostre, en sa canonique, leur dit ainsi : Sermones qui in vobis sunt obteccio, contester, etc. Pascite qui in vobis est [et. 12233J gregem Dei providentes, non coacte, sed spontanée, secundum Deum, non turpis lucri, sed gracia et voluntarie neque ut dominantes in cleris, etc. Et doncqucs doivent gouverner le clcrgie non pas comme seigneuriaus, mais débonuairement et selon Dieu et non pas aflfin de pecune.
Voici maintenant le passage correspondant de l'édition de Vérard (t. I, fol. CXXXVI) :
Et affin que les souverains princes et ecclésiastiques ne déclinassent et telle malignité, de laquelle dit le prophète à Dieu : Super populum tuum malignaverunt consilium, sainct Pière l'apostre en sa canonique leur dit ainsi : Seniores qui in vobis sont obtectio contester pascite que in vobis est gregem Dei providentes, non coacte sed spontanée, secundum Deum, non turpis lucri sed gracia et voluntarie neque ut dominantes in terris, etc. Et doncques ilz doivent gouverner le clergie non pas comme seigneuries mais débonuairement et selon Dieu et non pas affin de peccune.
On voit que, dans ce court fragment, l'édition de Vérard est parfaitement conforme aux manuscrits de la deuxième famille; d'un côté comme de l'autre, nous avons à relever
des énormités, telles que : ET telle malignitéy pour A telle malignilé; OBTECTIO pour OBSECRO; non turpis lucri SED gratia ET voluntariey pour non turpis lucri gratia SED voluntarie; de plus, dans l'édition comme dans les deux mss. 22499 et 12233, le fragment se termine par une interversion : mais debonnairement et selon Dieu, et non pas à fin de pecune, tandis que le ms. d'Avranches et les six mss. de la troisième famille portent : ne à fin de pecune, mes debonnairement et selon Dieu, Il n'en faudrait pas davantage pour conclure que l'édition découle en droite ligne d'un exemplaire analogue aux mss. 22499 et 12233.
L'exemple que j'ai cilé montre aussi combien est incorrecte l'édition de Vérard. Aussi, pour les travaux de philosophie comme pour ceux de philologie, dont la Politique et l'Économique de Nicole Oresme pourront être l'objet, serat-il désormais indispensable de remonter aux manuscrits, et autant que possible, au manuscrit que la ville d'Avranches a recueilli de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, et qu'elle conservera avec orgueil sur les mômes rayons que le fameux exemplaire du Sic et non employé par M. Cousin pour la publication des œuvres inédites d'Abélard.