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CONSOUTION DE BOËCE. 3i1
couverte de M. Kervyn de Lfettenhove», qui permettait d'ajouter une traduction de la Consolation de Boëce à l'ancienne liste des ouvrages de Charles d'Orléans.
C'est donc une opinion généralement admise dans ces derniers temps que la traduction Celui qui bien hat les buissons a été composée par Charles, duc d'Orléans, au moment où Charles YII montait sur le trône, c'est-à-dire au plus tôt vers la fin de l'année 1422.
Malheureusement, Buchon et ceux qui l'ont suivi n'ont pas vérifié si leur système n'était point dérangé par la date de quelques-uns des manuscrits qui renferment l'ouvrage. Il suffisait, en effet, qu'il y en eût une seule copie antérieure à l'avènement de Charles YII pour que tout cet échafaudage de conjectures fût renversé. Or, parmi les exemplaires conservés depuis longtemps à la Bibliothèque nationale, il en est un, le n"* 12459 du fonds français, qui se termine par la souscription suivante :
Cy fine le livre de Boêce de Consolacion, escript par la main de Jehan de Lengres, clerc, et fut complet le xxi« jour du moys d'avril l'an mil CCCG et XIIII. Dieu doint à cellui qui Ta fait escripre bonne vie et à Tescripvain paradis. Amen.
Ainsi, la traduction de la Consolation de BoSce commençant par le vers Celui qui bien bat les buissons existait en 1414. Le roi Charles, qui en a reçu la dédicace lors de son avènement à la couronne, ne saurait donc être Charles YII.
On est conduit à la même conclusion par l'examen d'un autre manuscrit dont la Bibliothèque nationale s'est récemment enrichie. Dans ce manuscrit, qui faisait partie du cabinet de M. Delignières de Bommy, vendu à Abbeville au mois de juin 1872, l'ouvrage est suivi d'une sorte d'épilogue en vers, ainsi conçu :
C'est le congie de Fescrivain.
Icy en droit fine Bocce, En qui pevent trouver Tadresce Homs et femmes,- par ses recors, A sauver leurs âmes et corps,
Non pas eulz laissier tourmenter De desespoir, ne seurmonter En orgueil, Tort pechie terrible, Le plus grief de tous et horrible ; Âinçois est d'avoir pacience, Nuit et jour, et querre science Glorieuse pour Dieu amer.
Requérir, servir, honnorer.
Et la doulce vierge Marie, Sur tous les cielx d*ange chierie.
En qui divine pourveance Se mist et ot double substance Merveilleuse pour nostre amour, Âusquelx prierons, sans'demour, Jointes mains, que ilz gardent d'yre lÀ vaillans homs qui fîst escrire Le livre assez bien compassez, Et les âmes des trespassez Vueillent garder de maulx liens.
R. dit Amen d'Orliens.
Qui cest escript à droit verra, Nom et seumom y trouverra.
Le vers : R. dit Amen iOrliens, doit certainement s'interpréter : € L'écrivain Raoulet d'Orléans dit Amen. »
Or, le copiste Raoulet d'Orléans est parfaitement connu. Nous savons qu'il florissait sous le règne de Charles Y et au commencement du règne de Charles YL
En 1367, il transcrivait un traité sur le jeu des échecs moralisé : t Cy fine le livre de la moralité des nobles hommes et des gens du pueple, fait sus le gieu des esches, translaté de latin en françois. Etfu escript deRaoulet d'Orliens, l'an de grâce mil IW LX et YII (1). »
Le 18 septembre 1371, il termina un exemplaire du livre de Jean de Mandeville, qui, soustrait vers 1840 ou 1845 à la Bibliothèque nationale, est aujourd'hui chez lord Ashbumbam : c Ce livre cy fist escrire honnorables homes, sages et
(1) Bibl. nat., ms. français 1169, fol. 106. Le ma. 1169 n*est qu*une copie faite au xv» siècle, d'après la copie de Raoulet d*0rléans.
CONSOUTION DE BOËGE. 343
discret maistre Gervaise CresUen, maistre en medicine et premier phisicien de très puissant, noble et excellent prince Charles, par la grâce de Dieu roy de France. Escript par Raoulet d'Orliens, l'an de grâce mil CGC LXXI, le XVIIl jour de septembre (1). »
Vers la même époque, Raoulet d'Orléans dut exécuter la belleBible que Jean de Yaudetar offrit enl373 àCharlesy(2) et qui est aujourd'hui conservée à La Haye, dans le musée Westrenen.
En 1376, il mettait la dernière main à un exemplaire des Éthiques et des Politiques de Nicole Oresme, sur lequel Charles Y apposa sa signature (3) et qui passa plus tard dans la librairie des ducs de Bourgogne (4).
Raoulet acheva, en juin 1396, pour Louis, duc d'Orléans, un volume du Miroir historial (aujourd'hui n® 312 du fonds français), à la fin duquel il traça une souscription terminée par deux méchants vers : a Cy fine le premier volume du
(1) Voyez mes Observations sur V origine de plusieurs manuscrits de la collection de M. Barrois^ dans Bibliothèque de l'École des chartes^ 1866, 6« série, 11, 247.
(S) c Biblia gallica. Codex membranaceus, in folio, perpulchro charactere exaratus a Radulpho Aurelianensi scriba, et clegantissimis scriptuns décoratus; fuit olim Caroli V dicti Sapientis... » Lelong, Bibliotheca sacrOy I, 316. Conf. Van Prael, Recherches sur Louis de Bruges^ p. 86 et suiv.
(3) Boivin, dans ses recherches sur Thistoire de la Bibliothèque du roi (ms. français 22571, p. 62) a conservé cet article d*un compte de Tannée 1376, et non pas 1371, comme le copiste l'a écrit, par suite de Tomission d*un V : c A Raoulet d'Orliens, écrivain, sur l'escriture d'un livre appelle les Ethiques et Politiques, que le roy lui fait faire, V livres. » L'article d'inventaire cité dans la note suivante prouve que l'exemplaire des Ethiques copié en 1376 par Raoulet d'Orléans est bien celui que l'inventaire D de la librairie du Louvre désigne en ces termes : « Item un livre nommé Ethiques, couvert de soye blanche et vert, à queue, très bien historié et escript, à deux longs fermouers d'or esmaillez de France, de menue lettre de forme, en flrançois et à deux coulombes, commençant ou deuxième fueillet e brieft car en grec, et ou derrenier le livre de PolithiqueSy et est signé CHARLES. » Ms. français 2700, fol. 67, art. 171.
(4) « Ung autre livre, couvert de drap damas blanc, à deux cloan^ d'argent, historié, et intitulé les Ethictes d'Aristole, commençant ou second feuillet e brief, car en grec, et finissant ou derrenier Raoulet d'Orliens, Van mil CGC soixante s^ite. » Barrois, Bibliothèque protypographique, p. 294, no 2068.
au APPENDICE.
livre dit Mireoir hystorial, escript par Raoulet d'Orliens, l'aa mil trois cens quatre vins et seize. »
Parfait, à Dieu grâces rendy, De juing le premier vendredy,
Enfin, la souscription : « Ci fine le Pèlerinage de l'ame : R. D'ORLIËNS, D se lit après la seconde partie des Pèleri* nages de Guillaume de Digulleville, dans le ms. français 12465, qui n'est point daté.
Les ouvrages de Raoulet d'Orléans que le temps a épargnés (1) et dont la date est connue appartiennent donc à la période comprise entre 1367 el 1396. Le manuscrit du cabinet de M. Delignières de Bommy, aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, n® 1982 du fonds français des nouvelles
(1) M. Paul Meyer m*a signalé une pièce de vers qui doit, selon toute apparence, s'ajouter aux travaux de Raoulet d'Orléans. Elle se trouve au fol. 73 d'un livre d'heures que le Musée britannique a acquis en 1845, à la vente du duc de Sussex (no 15420 du fonds additionnel). En voici le texte :
Oraison aéljouttée par R. d^OrUmi,
Or prions tous d'umble coura^ Le Dieu qui nous fist à s'ymage, Et la doulce Vierge bénigne, Sur toutes femmes la plus digne.
Pour qui amour heures ay dites En françois cy devant escriptes, Que, par leur très sainte pité, Mettent paix en cresticnté, Et soit par eulx l'église mise Ou saint estât et en la guise Qu'estoit quant saint Pierre vivoit; Àussy au roy anglois* octroit Grâce de si bien gouverner Qu'en paradis puisse régner, Que chascun doit à Dieu requerre, Et qu'ils sauvent les biens de terre, Et nous face tant ses amis, Qu'enfin soion en gloire mis. Amen.
* Mot gratté dont la lecture est douteuse.
acquisitions, copié par Raoulet d*0rléans, doit donc dater au plus tard de la fin du xiv* siècle. Encore mieux que l'exemplaire de Tannée 1414, il démontre que l'ouvrage a été composé et qu'il était déjà répandu sous le règne de Charles YI. Mais nous ne devons pas oublier qu'il a été adressé par le traducteur à un roi Charles, précédemment dauphin, au moment où ce prince échangeait le titre de dauphin contre celui du roi. Avant Tannée 1414, ces circonstances ne se sont présentées qu'en 1364 et 1380, lors de Tavénement de Charles Y et de l'avènement de Charles YI. Il faut donc rapporter à Tune ou à l'autre de ces dates la composition de la traduction de BoSce commençant par le vers Celui qui bien hat les buissons. Charles, duc d'Orléans, né en 1391, ne peut donc pas en avoir été l'auteur.
L'épilogue ou congé de l'écrivain^ que Raoulet d'Orléans a tracé à la dernière page de sa copie, fournit encore une notion qui mérite d'être relevée. Il est terminé par ces deux vers :
Qui cest escript à droit verra Nom et seurnom y trouverra.
Conformément à l'avis qui nous est donné par ce distique, prenons à droite c'est-à-dire verticalement, les initiales des vingt-quatre vers dont se compose le congé de l'écrivain. Nous trouverons les mots : JEHAN DE LANGUES ESMAIL- LEUR. Tel était, selon toute apparence, le nom, le surnom et la profession du u vaillant homme » pour qui Raoulet d'Orléans copia la Consolation de BoSce mise en vers français.
Je n'ai pu recueillir d'autres témoignages sur Jean de Langres, émailleur (1). Il est assez remarquable qu'un peu plus tard, en 1414, nous trouvions le même ouvrage copié
(1) u est possible que Jean de Langres, émailleor, soit le môme que Jean de Langres, qui fut garde de Torfévrerie de Paris en 1382, 1386 et 1394, et grand garde en 1400. Je dois ce renseignement à l'obligeance de M. le baron Jérôme Pichon, qui a si consciencieusement étudié Thistoire de l'orfèvrerie parisienne.
par JeandeLangres,clerc(l). Le rapport qui pouvait exister entre Jean de Langres,émailleur, pourqui Raoulet d'Orléans transcrivit vers 1380 ou environ la Consolation de BoGce, et Jean deLangres, clerc, qui copia lemèmepoemeenl414 m'échappe complètement. Mais c'est un point qui restait en dehors de mes recherches. Je voulais simplement prouver que la traduction de Boëce commençant par le vers : Celui qui bien bat les buissons a été indûment attribuée à Charles, duc d'Orléans. J'espère avoir atteint ce but, et, en présence des anciennes copies, l'une de l'année 1414 et l'autre de la fin du xiv* siècle, qui sont aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, on ne pourra plus supposer que l'ouvrage a été composé en 1422 par Charles, duc d'Orléans, pour le roi Charles YII. Il date incontestablement de l'année 1364 ou de l'année 1380, et c'est à Charles V ou à Charles YI qu'il a été dédié.
(1) 11 est à noter que dans la copie de Jean de Langres (ms. 12459) la seconde partie du prologue diffère du texte donné par les autres manuscrits; il y a une citation textuelle du prologue de Renaut de Louens.
ADDraONS ET CORRECTIONS
A la fin de l'Inventaire, j'espère donner un assez grand nombre d'articles rectificatifs et additionnels. Ce supplément comprendra les mss. qui seront arrivés à la Bibliothèque après l'impression des chapitres auxquels ils doivent être rattachés. En terminant chaque volume, je ne m'en crois pas moins obligé de corriger quelques erreurs tardivement reconnues, et de noter quelques additions importantes. J'enregistre donc ici plusieurs manuscrits qui avaient leur place marquée dans ce deuxième volume, et dont la plupart sont entrés tout récemment au Département des manuscrits.