Inventaire sommaire des volumes de la collection Joly de Fleury: concernant l'assistance et la mendicité
La « Collection Joly de Fleury », entrée à la Bibliothèque nationale le 31 juillet 1836*, formée des papiers qu’amassèrent au cours du xvin* siècle les personnages de ce nom et de cette famille, qui remplirent la charge de procureur général au Parlement?, ne compte pas moins de 2,561 numéros ou volumess. À peine commence-t-elle à être connue du public et utilisée pour les travaux sur l’histoire de France.
Ce n’est pourtant pas faute d'un instrument de recherches. En
1. En verlu d’un contrat d'acquisition passé le 11 mai précédent avec le comte Joly de Fleury, qui cédait « la collection entière des papiers, en liasses ou cartons, livres manuscrits, pièces isolées, composant les archives de sa maison, telles qu’elles existaient au château de Fleury ».
2. On trouvera dans l'Avertissement (p. vr et suiv.) de l’Inventaire sommaire d'Aug. Molinier, dont il va être question, de brèves notices biographiques sur ces personnages, savoir : Omer-Joseph Fleury (1700-1704); Guillaume- François Joly de Fleury, son frère (1704-1746); Guillaume-François-Louis, fils aîné du précédent (1746-1775); Omer, neveu de ce dernier (1775-1790). — Un des fils de Guillaume-François, nommé Jean-Francois, fut contrôleur général des finances de 1781 à 1783. — Il faut remarquer, d'autre part, qu'Omer- Joseph ne fut jamais procureur général, et mourut en 1704 avocat général. Quant à Guillaume-François, d’abord avocat général, lui aussi, il ne devint procureur général qu’en 1717, lorsque d’Aguesseau fut nommé chancelier.
3. Le catalogue de Molinier ne décrit que 2,555 volumes. C'est que, depuis lors, six volumes des anciens inventaires ont été ajoutés à la collection, ce qui porte aujourd'hui à 2,561 le nombre total des numéros.
1881, Auguste Molinier, à qui est dû le classement de la plus grande partie du fonds!, fit paraître dans le Cabinet historique? un « inventaire sommaire » qui a été jusqu'ici le guide des travailleurs.
Dans un avertissement, Molinier indiquait brièvement, mais d'une manière suffisante, les services multiples que la collection peut rendre aux historiens, étant données les attributions du procureur général, qui s’étendaient sur toutes les parties de l'administration et de la justice civile et criminelle. Effectivement, quand on parcourt cet inventaire, on est frappé de l'extrême varièté des matières auxquelles les documents catalogués se rapportent, qu’il s'agisse des plus grandes affaires de l'Etat (procès politiques, démêlès entre le Parlement et le roi, entre le roi et l'Église, préparation des ordonnances royales) ou des plus petits détails de la vie administrative, qu’il s'agisse soit des questions et des événements politiques du xvir siècle, soit des questions proprement judiciaires, religieuses, financières, domaniales, économiques, juridiques ou de police. La collection apparaît comme une source de premier ordre.
Mais, quels que soient les mérites et l'utilité du catalogue d'Auguste Molinier, il semble que cette collection serait plus accessible si un instrument plus complet de recherches était mis à la disposition du public. L'auteur de l'inventaire de 1881 s’est borné pour chaque volume à une indication très brève, tenant en quelques mots. Nous montrerons plus loin que c’est là, en réalité, moins un inventaire qu’un état sommaire. Nous voulons essayer de donner ici cet instrument plus complet pour 85 numéros de la collection.
1. « Les 1,000 premiers volumes, dit-il, avaient déjà recu une numérotation continue »; les 600 premiers entre 1857 et 1862, les autres entre 1864 et‘1868. Je dois ces renseignements, ainsi que la plupart de ceux qui concernent l'historique de la collection, de son classement et de sa reliure, à l'obligeance de M. Omont, conservateur du département des manuscrits à la Bibliothèque nationale, qui à, d’ailleurs, bien voulu s'intéresser à l'élaboration du présent travail. Qu'il trouve ici l'expression de ma gratitude.
2. Tomes XXV à XXVII (1879-1881), et tirage à part : Inventaire sommaire de la collection Joly de Fleury, par A. Molinier. Paris, Alph. Picard, 1881, in-8°, xxxvi-114 p.
3. M. Léopold Delisle l'appelle une « collection de documents historiques et administratifs ». (Catalogue des manuscrits français [de la Bibliothèque nationale], t. V : Anciens fonds, p. xxvr. Paris, Firmin-Didot, 1902, in-4°.)
Le choix de ces 85 numéros n’est pas déterminé par le fait qu'ils offrent plus d'intérêt que les autres, mais par un motif fortuit. Il s’agit des volumes où sont groupés les papiers de la collection relatifs à l'assistance et à la mendicité, que nous avons mis à contribution dans un autre travail'. Leur inventaire sommaire donnera une idée de la richesse du fonds Joly de Fleury. De plus, il permettra sans doute aux personnes compétentes de Jjager, d'une part, si, comme nous le pensons, un catalogue plus détaillé que celui de Molinier, pour l'ensemble de la collection, pourra rendre des services; d'autre part, si la forme que nous avons adoptée satisfait aux conditions de ce genre de travail et pourra être appliquée à tous les volumes du fonds, ou devra subir des modifications. Notre travail se présente donc, si on peut dire, comme une base de discussion.
L'objet de cette notice est d'expliquer la méthode qui a été pratiquée, puis de montrer l'intérêt spécial qu'offrent pour les historiens les 85 volumes catalogués.
Si la collection Joly de Fleury consistait en un assemblage de pièces réunies par un particulier dans un but de curiosité ou en vue d’études scientifiques, chacune de ces pièces pourrait faire l’objet d’une analyse ou d’une mention particulière dans un catalogue pareil à ceux qui concernent des collections de livres, d’estampes, de médailles, de tableaux. On pourrait, par exemple, la traiter comme certaines autres collections de la Bibliothèque nationale, telles que celles d’Anisson ou des frères Dupuy?, dont les inventaires visent individuellement chaque pièce, ou, du moins, la très grande majorité des pièces.
Mais deux raisons imposent, selon nous, une méthode differente pour la collection Joly de Fleury. La première est son importance numérique. Un catalogue semblable à ceux qui
1. L'Assistance el l'État en France à la veille de la Révolution (1764-1790). Paris, Alph. Picard, 1908, in-8°.
2. Inventaire de la collection Anisson sur l'histoire de l’imprimerie et de la librairie (mss. franc. 22061-22193), par E. Coyecque (1900), 2 vol. in-8°. — Catalogue de la collection Dupuy, par L. Dorez, 3 vol. in-8° (n°° 1-958). Le