XVII. La Pitié, Scipion, Sainte-Pélagie
Le fonds Joly de Fleury contient assurément la majorité des matériaux avec lesquels pourrait s’écrire l’histoire de l'Hôpital Général au xvur° siècle. Nous soulignerons seulement ici quelques particularités.
Le fonds est riche sur la crise administrative et financière de 1749-1758, qui résulta de l’affaire de la nomination de M"*° de Moysan comme supérieure de la Salpêtrière. Cette affaire a un caractère politique qui en rehausse l'intérêt. Elle se produisit au moment de la querelle du Parlement avec l'archevêque Christophe de Beaumont; elle en est certainement l’écho. En 1749, la charge desupérieure de la Salpêtrière était vacante par le décès de la titulaireet l'intérim rempli par la sœur Saint-Michel. Le bureau de l'HÔpital Général fut appelé à désigner la titulaire définitive; l'archevêque, président de l'assemblée, proposa, non la sœur Saint-Michel, mais une deses protégées, la dame Herbert de Moysan. Comme l'in-
fluence parlementaire était forte dans le bureau, celui-ci repoussa cette candidature par une majorité de douze voix contre dix. Mais Christophe de Beaumont, sous prétexte que la voix du président devait l'emporter, passa outre et conféra la fonction de supérieure à Mv° de Moysan. Le bureau protesta par la démission de la plupart de ses membres (quatre seulement ne démissionnèrent pas) et soumit l'affaire au Parlement. La lutte d'influence entre la Cour et Christophe de Beaumont fut marquée d’abord par la victoire du prélat, qui obtint du roi une déclaration (24 mars 1751) réformant le régime administratif de l'Hôpital Général et remettant toute l’autorité à l'archevêque. Le Parlement riposta par le refus d'enregistrement, puis par un arrêt (20 juillet) qui annulait la nomination de M"° de Moysan et ordonnait de procéder à une nouvelle élection à la pluralité des suffrages, en conséquence de l'égalité qui devait régner entre les différents membres du bureau. Mieux encore : au mois d’août, le Parlement refusa le service. Il fut d’ailleurs, par lettres du 28 janvier 1752, dépossédé de son droit de juridiction sur l'Hôpital Général, dont les causes furent alors attribuées au Grand Conseil. Il serait trop long d'entrer ici dans tous les détails de l’histoire de ce conflit aigu. Il dura encore six années. C’est seulement le 15 mars 1758 qu’une nouvelle déclaration royale rétablit à l'Hôpital Général le régime administratif qui se pratiquait avant 1749 ; mais une délibération du 11 mai confirma et rendit définitive la nomination de la dame de Moysan. Toutefois l'établissement souffrit beaucoup de ces querelles. Les administrateurs qui remplacèrent les démissionnaires de 1749 furent inférieurs à leur tâche; les papiers du fonds Joly de Fleury mettent en lumière la crise financière où l'établissement se débattit pendant près d’une dizaine d’années.
Les difficultés financières semblent avoir été un fait constant dans l’histoire de l'Hôpital Général. Outre celle dont il vient d’être question, 1l s’en produisit d’autres; par exemple, en 1760, — ce n'était vraisemblablement que la suite de la précédente; — à ce moment, le bureau ne pouvait payer ni ses fournisseurs ni ses créanciers, alors que le nombre des pauvres à secourir allait toujours croissant (1227, fol. 349-354, délibérations à ce sujet) ; en 1771 (février-avril), où les embarras furent tels qu’il fallut faire appel aux secours du roi pour y remédier. Des conférences furent tenues, à ce sujet, chez le contrôleur général Terray, entre le lieutenant de police Sartine, le procureur général du Parlement et deux administrateurs de l'Hôpital Général.
À l'histoire financière de l'établissement se rattachent les discussions qui eurent lieu en 1783, lorsque le gouvernement eut. l'idée de supprimer les privilèges d'exemption du franc-salé et des droits d'entrée sur les marchandises et denrées destinées aux approvisionnements des établissements hospitaliers et de les remplacer par une subvention annuelle du Trésor sous la forme d’un abonnement. Une centaine de feuillets (307-409) du volume 1234 concernent cette importante affaire, qui, d’ailleurs, intéressait l'Hôtel-Dieu aussi bien que l'Hôpital Général (1783- 1786). Par contre, le même volume fait voir avec quelle inlassable complaisance le pouvoir royal prorogea les octrois et taxes perçus à Paris par l'Hôpital Général (1782-1789)1.
Hôpital des Enfants-Trouvés.— L'administration de l’hôpital des Enfants-Trouvés était une dépendance de celle de l'Hôpital Général. L’édit de création (juin 1670) portait que sa direction serait unie à celle de l'Hôpital Général, réduite toutefois au premier président et au procureur général et à quatre membres élus par le bureau, auxquels devaient être adjoints les commissaires des diverses maisons de l'Hôpital Général. Pour faire l’histoire des Enfants-Trouvés, on s’est jusqu'ici servi? des six registres de délibérations de son bureau d'administration échappés à l’incendie de 1871, ainsi que des procès-verbaux d'admission des enfants®. Certainement, les grands traits de cette histoire ne sont pas modifiés par l’examen des papiers Joly de Fleury, bien moins nombreux, au reste, pour l'hôpital des Enfants-Trouvés que pour l'Hôpital Général, ainsi que le montrera le tableau sommaire des matières :
I. Actes royaux, règlements, 1223, 1233, 1236, 1237, 1243, 1246; union de l'hôpital Saint-Jacques-aux-Pèlerins (1781), 1245; meneurs, nourrices, recommandaresses, règlements les concernant, 1235, 1243; banqueroute des meneurs en 4741, 1236; abus de l’envoi des enfants
1. On complétera les documents du fonds Joly de Fleury par une source imprimée, le Code de l'Hépital Général. Paris, 1786, in-4°.
2, Voir Lallemand, Un chapitre de l’histoire des Enfants-Trouvés. La maison de la Couche à Paris (XVII° et XVIII° siècles). Paris, Champion, 1885, in-8°.
3. Les délibérations forment une série allant de 1670 à 1790, où il y a une lacune de seize années entre 1730 et 1744. Les procès-verbaux d'admission remontent à 1639. 11 faut joindre à ces documents les Archives de la direction des nourrices, versées à l’Assistance publique en 1877 (Rapport Ranson, p. 24), le Code de l'Hôpital Général déjà cité, et le Code des nourrices. Paris, 178, in-8°.
de province à Paris, 1236; donation de M. de Vintimille, archevêque de Paris, 4228: finances, retards à payer les mois de nourrice, loterie, exemption du droit d'amortissement, 4234, 1236; méthode de Michel Birmingham sur le traitement des nouveau-nés, 1236; chapelle des Enfants-Trouvés décorée par Natoire, 14236, 1246.