Inventaires de la Basilique royale de Monza
Monza est une des villes les plus importantes du Milanais, tant à cause de ses souvenirs historiques que de sa population, qui atteint le chiffre de 25,228 âmes, d'après le dernier recensement.
Jadis elle fut la capitale de la Lombardie et même d'une grande partie de l'Italie : de nos jours, ce n'est plus qu'un chef-lieu d'arrondissement et une sous-préfecture. Grâce à son immense palais et son parc enchanteur, elle est devenue, pour la saison d'été, le Versailles de la cour du roi d'Italie.
Son église principale, dédiée à saint Jean-Baptiste, fut construite à la fin du vie siècle (1 ) par la reine Théodelinde, près de son propre palais (2). 11 n'en reste plus
(1) Elle fut terminée en 595, selon Paul Diacre, qui est l'historien de la race lombarde.
(2) « Depalatio quod construxit.— lbi etiam prœfata regina (Theodelinda) sibipalatium condidit, in quo aliquid de Langobardorum gestis manifeste ostcnditur, quomodo Langobardi eo tempore comam capitis tondcbant, vel qualis i I lis
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qu'une dalle de marbre gravée, représentant le monogramme du Christ en forme de roue, accosté de deux croix latines , aux bras desquels pendent , mais à rebours, Yalpha et Yoméga (1). Ces trois figures, symboles de la Trinité, sont gemmées. Frisi les a reproduites t. I, p. vj (2).
Après quelques travaux partiels exécutés au xme siècle, une première reconstruction eut lieu au xrve (3) :
vestitus, qualis habitus erat, seque de cervice usque ad occipitium nudabant radentes, capilJos a facie usque ad os dimissos habentes, quos in utraque parte in frontis discrimine dividebant; vestimenta vero eis erant laxa et maxime linea, qualia Angli-Saxones habere soient, ornata institis latioribus vario colore contextis : cale i vero eis erant usque ad summum policem pedis aperti et alternatim laqueis corrigiarum retenti; postea vero ceperunt ossis uti, super equos equitantes tribucos birreos mittebant, sed hoc de Romanorum consuetudine traxerant. » (Paul. Diac, apud Frisi, t. III, p. 209.)
Le palais de Théodelinde fut bâti avant la naissance d'Adulovald, qui y naquit, l'an 602. Une variante de Paul Diacre, au lieu de manifeste ostenditur, porte depingi fecit, ce qui prouverait que ce palais aurait été peint à fresque pour y représenter les gestes des Lombards. (Frisi, t. I, p. \ 6.)
(1 ) Cette interversion n'est pas précisément rare sur les monuments primitifs. On la rencontre aussi en France, sur les sarcophages de la crypte de la métropole dAuch, par exemple.
(2) Memorie storiche di Monza e sua corte, raccolte ed esaminate dal canonico Anton. Francesco Frisi, teologo nelV insigne basilica collegiata di S. Stefano maggiore in Milano e socio di varie accademie d'Italia. Milano, 4794, trois volumes in-4°, avec planches.
13) Le chroniqueur Bonincontro lixe ainsi la date de
de cette époque datent la façade et le clocher, qui sont restés intacts. Ultérieurement, l'abside fut allongée et tout l'intérieur tellement remanié que saint Charles Borromée crut devoir consacrer de nouveau l'édifice rajeuni.
Dans ses actes officiels, cette église s'intitule : Basilique royale et insigne. Basilique est le terme originel, qui emporte avec lui l'idée de trois nefs et de vastes proportions (1). Ici l'expression ne doit pas être prise dans son acception canonique, laquelle supposerait une concession pontificale qui n'existe pas. Elle se dit
reconstruction : « Tune domini canonici , una cum communi de Modoetia, ordinaverunt dictum sanctum oraculum debere amplificari , et mirabiliter ornari.... Eodem anno
(mccc) cœperunt amplificare dictum oraculum mccc, die
martis ultimo madii, prima lapis posita fuit per venerabilem virum Dominum Advocatum de Advocatis, archipresbyterum Modoetiensem , in ampliatione ecclesie predicte sancti Johannis, in presentia multorum hominum incortina predicte ecclesie. » (Frisi, t. I, p. 12.)
L'inscription tumulaire de l'architecte , sauvée de l'oubli par Frisi (t. ï, p. 14), établit que Mattheo da Campione, qui mourut en 1396, est l'auteur de la façade, del'ambon et du baptistère : « Hic jacet ille magnus edificator devotus magister Mateo de Campiliono, qui hujus sacrosancte ecclesie fatiem edificavit, evangelicatorium ac babtisterium, qui obiit anno Domini mccclxxxxvi die xxiiii mensis maii. » En ornant la façade de marbres de couleur, Matteo imita la récente invention d'Arnolfo del Cambio, à Florence.
(I) Le titre de basilique se trouve, dès le vme siècle, dans l'ouvrage de Paul Diacre : De basilica beati Johannis in Modoetia, quam Theodelinda regina œdificavit. (Frisi, t. I, 1>. 7.) Ailleurs, cependant, le môme auteur écrit oraculum.
■ ^- 8 ~ royale, comme nous faisions en France pour les monuments analogues, parce qu'elle a été fondée et dotée par la munificence d'une souveraine (1). Enfin le qualificatif insigne se réfère directement au collège de chanoines qui la desservent et qui, par la faveur spéciale des papes, jouissent de nombreux privilèges (2).
Monza attire les archéologues par ses richesses artistiques, surtout par son inappréciable trésor. Au mois de septembre dernier, lors de leur excursion dans le Milanais , plusieurs membres de la Société française d'Archéologie (3), sous la conduite de notre zélé et
(4) Suivant Frisi (t. 1, p. 8), ce serait l'empereur Lothaire III qui aurait donné le titre de royale à la basilique de Monza, et comme preuve il renvoie à une charte de l'an 1136 qui n'en parle nullement, mais traite simplement de la protection spéciale dont l'empereur investit l'église et les clercs attachés à son service.
(2) « Non omnis collegiata est insignis. Alia enim est insignis
et alia non insignis Ecclesia collegiata potest esse insignis
dupliciter, scilicet, vel de jure, vel exprivilegio Collegiata
insignis de jure dicitur illa qua? habet requisita descripta et
enumerata communiter a doctoribus Prima nempe quali-
tas collegiata? insignis est ejus matricitas; secunda, nobilitas et celebritas loci; tertia, antiquitas ipsins; quarta, preecedentia ipsius super alias ; quinta, structura sui a?dificii, tam intus quam extra; sexta, numerositas ministrorum in ea inservientium; septima, multitudo et frequentia Christi fidelium ad eam pro divinis officiis confluentium. Non insignis dicitur illa qua? habet exiguum numerum canonicorum, modicos reditus, et inferiorem qualitatem servitii, loci et persona-
rum Collegiata insignis ex privilegio dicitur illa qui a
summo Pontifice taie privilegium conceditur ut ita vocetur.» (Ferraris, Prompta bibliotheca, verbo insignis).
(3) MM. de Laurière, Hohault de Fleuiy, de Fontenilles el Nodet.
infatigable directeur, passèrent une journée entière à étudier à fond la basilique lombarde. Dans la répartition générale du travail qui doit fixer le résultat de nos recherches, le riche trésor de Monza m'est échu en partage. Je ne pouvais avoir un lot meilleur et plus en harmonie avec mes études habituelles.
Avant de procéder à l'examen minutieux et circonstancié de toutes les pièces qui composent cette merveilleuse collection, j'ai cru utile de jeter un regard en arrière et de publier, sous forme d'introduction, une série d'inventaires qui montrent ce même trésor à diverses époques de son existence. Cette comparaison a le double avantage de pouvoir préciser d'une manière rigoureuse ce qui, dans le trésor actuel, remonte à l'âge même de la fondation, et de conirôler la tradition populaire que l'on ne peut admettre sans un examen sérieux.
Ces inventaires sont de deux sortes, écrits et figurés : les premiers donnent une courte description des objets, tandis que les seconds en accusent plus exactement la forme et l'ornementation. Ces documents, souvent de même date, se complètent mutuellement.
J'ai rangé parmi les documents écrits des textes fournissant des énumérations de vases et ornements sacrés ou d'ustensiles liturgiques. Quant aux inventaires euxmêmes, après les avoir disposés méthodiquement par articles distincts, je les ai fait précéder chacun d'un commentaire qui les analyse et les explique : sans cela, ils fussent souvent restés inintelligibles pour la plupart des lecteurs. Frisi a imprimé les principaux : je me suis vite aperçu, en le transcrivant, que sa lecture était défectueuse. Aussi me suis-je empressé de prier M. Le chevalier César Aguilhon , chapelain de Sa
Majesté le roi Humbert, dont la complaisance égale l'érudition, de vouloir bien en faire la révision sur les originaux.
Je n'ai eu qu'à me louer de ce travail patient, qui permet de considérer nos inventaires comme des documents, sinon totalement inédits, au moins munis désormais des caractères intrinsèques qui en garantissent l'authenticité. Que mon vaillant collaborateur trouve ici l'expression de ma gratitude personnelle, surtout pour la transcription qu'il m'a faite des pièces négligées par Frisi. Je dois encore l'expression de ma reconnaissance à M. le sénateur Gantù, qui a augmenté mon recueil de deux inventaires absolument nouveaux pour les érudits.
Cette étude préliminaire paraîtra peut-être un peu longue. Je n'ai pu faire autrement, tant il y avait de choses à dire, à rappeler ou à établir scientifiquement. Mon excuse sera dans l'intérêt même et l'opportunité du sujet. En écrivant ces pages, je me suis souvenu de cette maxime du pape saint Grégoire, qu'il ne faut pas précipiter l'énoncé de son jugement et ne rien avancer sans preuves : « Notandum video, ne ad proferendam sententiam unquam preecipites esse debeamus, ne temere indiscussa judicemus, ne passim dicta sine probatione credamus. » (S. Greg. Magnus, lib. XIX Moral., cap. xxm.)