‹ Inventaires de la Basilique royale de MonzaChapitre 2 sur 34 · DONS DE SAINT GRÉGOIRE · texte numérisé non relu

DONS DE SAINT GRÉGOIRE

Afin de témoigner sa bienveillance à la famille royale, avec laquelle il l'ut plus d'une fois en relations épistolaires, saint Grégoire le Grand lit de pieux et riches présents à ïhéodelinde, à son fils Adulovald et à sa fille Gondeberge, de Fan 59! à l'an 593, époque approximative de la conversion d'Agilulf.

1. La reine reçut, dit-on, plusieurs ampoules de l'huile des martyrs, le livre des Dialogues, la couronne de fer et un certain nombre d'insignes reliques.

La donation des ampoules n'est nullement authentique, car le papyrus que l'on invoque et que je publierai intégralement, se termine ainsi : « Quas olea sancta temporibus domni Gregorii papae adduxit Johannes indignus et peccator domnae Theodelindae reginae de Rom a. » Le fait se passa donc au temps du pape saint Grégoire et non par son autorité, ce qui est bien différent.

2. En 603 ou 604, ce qui résulte du liv. III, ch. xix(2), saint Grégoire composa, en forme de dialogues, quatre livres sur la vie des saints. Il en adressa un exemplaire à la reine Théodelinde, pour la récompenser de sa foi et de ses belles actions. Ce présent est attesté par Paul Diacre; je copie sur le manuscrit du xc siècle, que pos-

(1) Saint Grégoire siégea de o90 à 004. ( 2 M. Ijurges dit o(J3, ce qui est inexact.

sède la bibliothèque de Monza : « Quod codicem dialogum beatus Gregorius Theodelinde reyine direxit. — His diebus sapientissimus et beatissimus Gregorius , papa romane urbis, postquam alia multa ad utilitatem sancte Ecclesie scripscrat, etiam libros quatuor de vita sanctorum composuit, quem codicem Dialogum, id est duorum locutionem, quia eum colloquens cum suo diacono Petro ediderat, appellavit; hos igitur libros prefatns papa Theodelinde regine direxit, quam sciebat utique et Christi fîdei deditam, et in bonis actibus esse precipuam. )> (Frisi, t. III, p. 205-206.)

Les bonnes actions opérées par Theodelinde sont résumées dans cet autre chapitre de Paul Diacre, où il parle de son zèle pour la dotation des églises, la répression du paganisme, les honneurs rendus aux évoques et surtout la conversion d'Agilulf, son mari, qui était arien, conversion rapportée par Frisi antérieurement à Fan 601 : « De bonis actibus ejusdem Theodelinde regine. — Per hanc quoque reginam multum utilitatis Dei Ecclesia consecuta est, nam pêne omnes ecclesiarum sublimitates (substantias?) Langobardi, cumadhuc gentilitatis errore tenerentur, invaserunt; sed ejus salubri supplicatione rex permotus, et catholicam fidem tenuit, et multas possessiones Ecclesie largitus est, atque episcopos, qui in depressione et abjectione erant, ad dignitatem et honorem reduxit. » (Ibid., p. 206.)

Quant à sa foi, un instant ébranlée par quelques évêques opposants, elle fut raffermie par une lettre de saint Grégoire, qui exigea de la reine sa soumission aux quatre conciles œcuméniques de Nicée, de Constantinople, d'Éphèse et de Ghalcédoine, la traitant de fille bonne et fidèle, dès lors qu'elle persiste dans la vraie foi, fondant toute sa vie sur la pierre fondamentale de

l'Église : « Gregorius Theodelinde regine Langobardorum. — Quorumdam ad Nos relatione pervenit, ah aliquibus episcopis gloriam vestram usque ad hoc scandalum contra sanctam Ecclesiam fuisse perductam, ut sese a catholicœ unanimitatis communione suspenderet. Quod quantum Vos pure diligimus, tanto de Vobis fortius dolemus, quia Vos imperitis stultisque hominibus creditis, qui non solum ea quœ loquuntur nesciunt, sed

vix ea quse audierunt percipere possunt Gum

itaque integritatem Nostram ex aperta mea traditione seu professione cognoscitis, dignum est ut de Ecclesia beati Pétri apostolorum principis nullum ulterius scrupulum dubietatishabeatis, sed invera ildepersistite, et vitam vestram in petra Ecclesie, hoc est in confessione beati Pétri apostolorum principis, solidate : ne tôt veslrse lacrymse tantaque bona opéra pereant, si a fide vera inveniantur aliéna. Sicut enim rami sine virtute radicis arefîunt, ita opéra, quantumlibet bona videan-

tur, nulla sunt, si a soliditate fidei disjunguntur

Ab Ecclesie communione in nullo separemini; ut

vero, sicut de bona ac fîdeli filia, communi exultatione gratulemur (1). » (I6id., t. III, p. 206. ï

(I) Saint Grégoire écrivait à Theodelinde, en 593, au sujet de là paix conclue par ses soins : « Nec omnino aliter de christianitate vestra confidendum fuit, nisi quia in causa pacis laborem et bonitatem vestram omnibus monstraretis, unde omnipotenti Deo gratias agimus, qui ita cor vestrum sua pietate régit, ut sicut fidem rectam tribuit, ita quoque

placita sibi vos semper operari concedit Salutantes vos

preterea paterna dilectione portamur, ut apud ExceJlentissimum conjugem vestrum illa agatis , quatinus christiane reipublice societatem non renuat. Nam sicut et vos scire

A la fin du siècle dernier, il existait dans la bibliothèque du chapitre trois exemplaires des Dialogues de saint Grégoire. Aucun ne remontait à ce pape, car Frisi date les trois manuscrits du xe, du xne et du xrve siècle. (Ibid., t. III, p. 33-34.) Que penser alors des inventaires du xvie siècle, qui enregistrent l'original pour la première fois et après lesquels il ne reparaît plus? « El dialogo de sancto Gregorio » ( 1548, n° 21 ). — « Un dialogo de S. Gregorio » ( 1582, n° 21 ). Gomment un objet aussi précieux aurait-il pu disparaître subitement du trésor? Je préfère croire à une erreur du rédacteur, car, en 1595, lors de la visite pastorale, le scripteur est moins affîrmatif et se contente de dire d'une manière vague : « Libellus S. Gregorii, confectus carta coloris rosei et litteris aureis conscriptus » (n° 18). Or, cette dernière mention ne peut faire allusion qu'au graduel grégorien.

3. Suivant la tradition, consignée dans une lettre du dominicain Joseph Allegranza, écrite en 1760, le troisième cadeau de saint Grégoire serait la couronne de fer. a Cette couronne, dit-il, aurait été donnée par l'empereur Constantin Tibère à saint Grégoire le Grand, lorsque, en 586, il vint près de lui en qualité de légat du pape; celui-ci en aurait fait ensuite généreusement don à ïhéodelinde par l'entremise de l'abbé Jean et du notaire Hippolyte, l'an 593 ou 594. A vrai dire, les lettres 6, 38 et 39 du quatrième livre de ses épîtres

credimus multis modis est utile, si se ad ejus amicitiam conferre voluerit. Vos ergo more vestro quœ ad gratiam partium pertinent semper studete, atque ubi causa mercedis se dederit elaborate, ut et bona vestra amplius ante omnipotentis Dei oculos commendetis. » (Frisi, t. ITT, p. 208.)

peuvent donner lieu à quelque bonne conjecture. » Frisi, t. I, p. 164.)

Toutes ces conjectures et prétendues traditions tombent devant l'examen même de la couronne, qui n'est ni du ive ni du vie siècle, mais du ixe : je me fais fort d'en fournir la preuve en son temps.

4. L'inventaire de 1602 contient cet article : Catalogus ipsarum reliquiarum transmissus a S. Gregorio. » Il faut remarquer que ce catalogue est considéré luimême comme une relique, puisqu'il fait partie de l'énumération des reliques de la basilique. C'était donc une pièce, pour ainsi dire, officielle et que l'on croyait remonter au pontificat même de saint Grégoire.

Nous la retrouvons en 1613 (n° 1), énoncée sous une forme identique : « Reliquie mandate da S. Gregorio alla Reina, le quali tuttavia si riveriscono nel duomo di Monza. » Si cet article n'est qu'un titre donnant Ténumération des reliques envoyées, celles-ci se réduiraient à seize, comme on peut le voir dans ce même catalogue.

Au commencement du xvme siècle, un placard, imprimé à Milan chez Agnelli , con licenza de superiori , était intitulé : « Sagre reliquie di questa insigne collegiata basilica di san Giovanni Battista di Monza, la maggior parte donate dal sommo pontefice san Gregorio magno alla gloriosissima reina Teodelinda, fondatrice di questa chiesa. » A la fin est répétée en deux vers cette même tradition, sous forme de prière aux saintes reliques :

« Ad sacra pignora.

« Pignora Gregorio transmissa antistite nostris « Àedibus, ad vestros nos revocate lares. »

La pancarte comprend 98 articles. Malheureusement, on ne nous dit pas quels sont ceux qui proviennent de saint Grégoire. Je ne me charge pas de faire ce triage périlleux et d'établir une origine peut-être suspecte , car il n'est pas certain que ce pape ait distribué des ossements, de la chair ou du sang des saints.

5. En 603, Théodelinde fit part au pape de la naissance et du baptême de son fils Adulo val d (1). Saint

(1) Adulovald fut baptisé dans la basilique, l'an 603. Il était né l'année précédente, dans le palais érigé par Théodelinde à Monza. (Frisi, t. I, p. 8.) En 604, il fut proclamé roi à Milan; mais il ne régna qu'après la mort de son père, en 616, sous la régence de sa mère. Étant atteint de folie, il fut chassé et mourut empoisonné en 626. 11 avait épousé la fille du roi des Francs.

(( De nativitate Adeluald , filii Agilulfi , et de invasione Montis silicis. — Agilulfo quoque régi tune nascitur filius de Theodelinda in Modoetie palatio, qui Adaluald est appellatus. Sequenti tempore Langobardi, etc.

« De Gaidoaldo et Gisulfo ducibus, et de baptismo Adeluald. — Hoc anno, Gaidoaldus, dux de Tridento et Gisulfus de Forojulii, cum antea a régis Agilulfi societate discordarent, ab eo in pace recepti sunt. Tune etiam baptizatus est prenominatus puer- Adaluald, filius Agilulfi régis, in ecclesia sancti Johannis in Modoetia, et susceptus est de fonte a Secundo, servo Dei de Tridento, cujus sepe fecimusmentionem; fuit autem festi paschalis dies eo tempore. » (Paul. Diac, De Gestis Langobardorum , apud Frisi, t. III, p. 209.)

(( De regno Adaluald, et pace facta cum Francis. — Igitur sequenti anno, mense julio, levatus est Adaluald rex super Langobardos apud Mediolanum in circo, in presentia patris sui Agilulfi régis, astantibus legatisTheodeperti, régis Francorum, et desponsata est eidem regio puero filia régis Théo-

Grégoire répondit à (a mère une lettre d'une grande élévation de pensées et d'un tendre attachement, puis envoya au jeune roi un phylactère contenant de la vraie croix et un évangéliairc enfermé dans une boite d'origine persane. Voici une partie de cette lettre : h Gregorius Theodelùidœ reginae. Scripta, quâB ad Nos dudum a Genuensibus partibus transmisistis, gaudil vestri Nos fecere participes : propterea quod omnipotentis Dei gratiâ, et Pilium vobis donatum, et quod valde Excellentiae vestrœ est laudabile, catholicœ eum fidei novimus sociatum. Nec enim de christianitate vestra aliud credendum fuerat, nisi id studere vos, ut quem divino munere suscepistis, catholicœ rectitudinis auxilio muniretis, ut et Redemptor noster familiarum te suam famulam cognosceret, et Langobardorum genti novum regem in timoré suo féliciter enutriret. Unde oramus omnipotentem Deum ut et vos in mandatorum suorum via custodiat, et eumdem Excellentissimum iiliuni nostrum Adulouvaldum in suo faciat amore proficere; quatenus sicut hic inter hommes jam magnus est, sic quoque et bonis actibus ante Dei nostri oculos sit glo-

riosus

« Excellentissimo autem filio nostro Adulouvaldo régi transmittere phylacteria curavimus, id est crucem cum ligno sanctse crucis Domini, et lectionem sancti Evangelii thecâ Persica inclusam. Filiae quoque meaî sorori ejus très annulos transmisi, duos cumhyacinthis, et unum cum albulà, quœ eis per vos peto dari, ut apud eos nostra caritas ex vestra Excellentia condiatur.

deperti, et Pirruata est pax perpétua cum Francis. » (Ibid., apud Frisi, t. III, p. 210.)

« Paterna prseterea caritate persolventes salutationis officium, petimus ut Excellentissimo filio nostro régi, conjugi vestro, pro nobis de facta pace gratias referatis, aique ejus animum, sicut consuevistis, ad pacem de futuro per omnia provocetis ; quatenus mercedem populi innocentis, qui in seandalo perire pôtèrat, ante conspectum Dei, inter multa bona quse agitis, intervenire possitis. » (Frisi, t. I, p. 19-20.)

L'évangéliaire envoyé comme cadeau au nouveau-né était renfermé dans un coffret persan. Tel était l'usage, même en France, la boîte remplaçant les couvertures d'ivoire ou d'orfèvrerie : « Viginti capsas Evangeliorum ex auro purissimo gemmario opère cœlatas. » (Ado Viennensis, in Chron.) — «Evangelium auro scriptum unum, cum capsa argentea, gemmis et lapidibus fabricata. Alise capsas Evangeliorum duae, ex auro et argento paratse. » (Chronicon Centul. Hariulfî, ]ib. III, cap. m.)

Cette boîte persane devait être probablement en ivoire, comme on en rencontre encore souvent dans les trésors d'églises, les musées et les collections. La provenance n'est pas toujours précisée dans les anciens textes, où l'on se contente d'indiquer une origine orientale : « Altare quoddam in Orientali theca positum, et in honore B. Pétri consecratum parti Ottonis cederet. » (Charta Henrici imp., an 1107, in metropoli Salisburgen., t. III, p. 308.)

6. La vraie croix était incluse dans un phylactère. Quoique ce mot signifie généralement une petite thèque, « theca minor, » il s'entend aussi de la petite croix qui se portait au cou et que l'antiquité nommait encolpium : a Fecit igitur illam (redditionem) cum quodam pulcro fîlaterio, scilicet cruce argentea, in qua sanctorum

reliquiae continebantur. » (Ricardus priorHagustald., De Episc. Hagustald.f cap. ix.)

La croix était creuse à l'intérieur, ou plutôt double, de manière à pouvoir contenir les saintes reliques. Telle est la croix d'or du musée chrétien du Vatican, qui provient de Saint-Laurent-hors-les-murs. ( Martigny, Dictionn. desAnliq. chrét., p. 276.) Une vis, placée à la partie inférieure, réunit les deux lames de métal. Tantôt c'était de la vraie croix qu'on y déposait, comme dans le don fait par saint Grégoire à Adulovald,et tantôt d'autres reliques, par exemple, de la limaille des chaînes des saints Apôtres, d'après ce passage du même pape : « Transmisimus crucem parvulam , in qua de catenis amatorum vestrorum SS. Pétri et Pauli inserta est benedictio, quœ oculis vestris assidue supponatur, quia per eamdem benedictionem fierimiracula consueverunt. » (S. Gregor., Regislr., lib. XI, epist. 19.)

Dinomius, illustre personnage de la Gaule, reçut de saint Grégoire le Grand une petite croix d'or dans laquelle il y avait de la limaille des chaînes de saint Pierre. [Epist., lib. III, ep. 23.)

Une charte-notice, de l'an 1148, relate que l'évêque de Poitiers, à cette époque, reconnut la vraie croix apportée, vers le ive siècle, par sainte Loubette et conservée clans une croix d'or à saint Pierre-le-Puellier de cette ville : « Aperta cruce aurea, quam sancta Lobeta priscis temporibus de Jerosolymis allatam, divina manifestatione et opérante gratia, ad salutem populi cre-

dentis eidem loco venerandam reliquerat

Exceptis minoribus partibus quas non inveneramus , quinque partes prcciosi Ligni usque in admirationem magnas et de corona spinea particulas videre et adorare ibidem divinitus permissi sumus. » (Mémoires de

la Société des Antiquaires de V Ouest, t. XXXVII, p. 123- 124.)

Grégoire de Tours affirme qu'il portait des reliques dans une croix pectorale, qui lui servit un jour à éteindre un incendie : « Hujus beatœ Yirginis reliquias cum sanctorum apostolorum vel beati Martini quadam vice in cruce aurea exhibebam. Gumque per viam graderemur, conspicio haud procul a via hospitiolum cujusdam pauperis incendio concremari. Erat autem a foliis, quse ignibus maxima prœstant fomenta, contectum. Gurrebat miser cum liberis et uxore aquam deportans, sedflammœnon mitigabantur. Tune extractam a pectore crucem elevo contra ignem : mox in aspectu sanctarum reliquiarum itacunctus ignis obstupuit ac si non fuisset accensus. » [De Glor. Martyr., lib. I, cap. il.)

Le docte Gatalani parle en ces termes de la croix à reliques que Jean Diacre atteste avoir vue sur la poitrine de saint Grégoire le Grand, quand on le mit au tombeau: « Joannes (Diaconus) quippe, lib. IV, c. vm, dum sacras enumerat vestes quibus indutus fuerat memoratus pontifex (S. Gregorius magnus), dum tumulo inveheretur, ait pbylacteria ipsius magna veneratione a Ghristi fîdelibus fuisse habita. Phylacteriorum autem nomine designari sacram reliquiarum thecam collo appensam, idem scriptor ibidem demonstrat; imo Gregorius ipsemet eamdem vocem de cruce sacris fœtam pignoribus, maxime autem sanctissimo Ghristi frustulo interpretatur. » (Gatalani, Pontifical, comment, illust., t. I, p. 22.)

On est persuadé à Monza que la croix d'Adulovald est celle dont se sert Tarchiprètre aux pontificaux.

Sans rejeter positivement cette tradition (1), je dirai franchement que j'y adhère le moins possible. J'aurai à l'examiner en décrivant le trésor.

7. Saint Grégoire envoya trois anneaux à Gondeberge (2). Horace, dans sa VIP satire, parle des trois anneaux comme d'un fait exceptionnel et dénotant un luxe inouï : « Srepe notatus eu m tribus anellis. » Pourquoi ce nombre trois? Saint Grégoire aimait le symbolisme : ses ouvrages en sont pleins, et quelquefois du plus raffiné. Dans sa lettre à Théodelinde, il eut pu s'étendre sur ce point, parce que ce genre d'exposition lui était familier. Mais nous pouvons, par analogie, suppléer à ce qui nous manque dans le texte cité. Lorsque Innocent III, continuant la tradition du siège apostolique, envoya en présent quatre anneaux au roi

(1) Je ne la rencontre écrite que dans deux inventaires, d'une date trop postérieure à la donation pour qu'on fasse fond sur un article lancé sans preuve, puis répété sans contrôle : « Un pezzo tra gli altri del legno délia saiita croce, cou una crocetta da porre al collo al liglio Adaloaldo, délia quale si fa menzione nella Jettera di S. Gregorio scritta alla reina» (1613, n° 4). L'inventaire du commencement du xviue siècle, au n°4, s'exprime en termes identiques au fond et avec de très-légères variantes pour la forme.

(2) « Rodoald igitur, post funus patris, Langobardorum regnum suscipiens, Gundipergam, AgilulQ et Théodelinde liliam, sibi in matrimonio sociavit. Hec Gundiperga, ad instar sue genitricis, sicut illa in Modoetia, sic et ista in Ticinensi civitate basilicam in honorem beati Johannis Baptiste construxit, quam mire ex auro et argento peplisque decoravit, rebusque sijigulis optime ditavit, in qua et ejus corpus tumulatum quiescit. » (Paul. Diacon., De Gestis Langobardorum: apudFrisi, l. 111, [). 212.)

d'Angleterre, il ne négligea pas de lui en spécifier la signification. Il entendait par là dire au monarque qu'il devait être orné des quatre vertus cardinales (1).

Dans le même ordre d'idées, le pape saint Grégoire n'aurait-il pas voulu également enseigner, par un don précieux et symbolique, à la fille de Théodelinde qu'elle devait surtout séparer des trois vertus théologales, qui sont la foi, l'espérance et la charité (2)? En effet, si nous examinons les pierres enchâssées dans les chatons, nous y trouvons une perle et deux hyacinthes.

Deux fois saint Fortunat, dans ses poèmes, met la perle blanche appelée union au rang des pierres précieuses :

« Saphirus, alba, adamas, crystalla, smaragdus, jaspis (3). »

« Unde datas tibi su'nt alba, topazus, onyx (4). »

Or, pendant tout le moyen âge, la foi fut symbolisée par la couleur blanche, qui exprimait qu'elle doit être

(1) <( Quaternarius autem, qui numerus est quadratus, constantiam mentis insinuât, quœ neque deprimi débet adversis, nec prosperis elevari, quod tune laudabiliter adimplebit cum quatuor virtutibus principalibus fuerit ado-rnata : Yidelicet justitia , fortitudine , prudentia, temperantia. »

(2) Mme Félicie d'Ayzac, dans sa Symbolique des pierres précieuses, dit que « le nombre quatre signifiait les quatre vertus cardinales, et le nombre trois, les trois vertus théologales, allusion presque toujours attribuée implicitement à ce nombre pendant les temps hiératiques, c'est-à-dire antérieurs au xuie siècle, et qui leur survécut longtemps.)) (Ann.archéol, t. V, p. 220.)

(3) Lib. VI, poem. ri.

(4) Lib. X, poem. .\.\.

intègre , virginale et sans tache. C'est pourquoi Dante, au xmc siècle, revêtait cette vertu d'une robe blanche (1).

L'hyacinthe, dit saint Isidore de Séville, est une pierre de teinte changeante, tantôt bleue, tantôt empourprée : « Hyacinthus, ex nominis sui flore vocatur. Hic in iEthiopia invenitur , ceruleum colorem habens. Optimus, qui nec rarus est, nec densitate obtusus, sed ex utroque temperamento lucens purpuraque refulgens : hic autem non rutilât œqualiter, sed cum facie cœli mutatur. Sereno enim perspicuus est atque gratus, nubilo coram oculis evanescit atque marcescit : in os missus frigidus est, in sculpturis durissimus, nec tameninvictus. » (Orig., lib. XVI, cap. ix.)

En ne considérant que la nuance azurée de l'hyacinlhe, on pense naturellement à l'espérance, qui est entièrement détachée de la terre et dont toutes les aspirations sont pour le ciel. Si l'on envisage, au contraire, la teinte rougeâtre, tempérée par une nuance bleuâtre, l'allusion à la charité apparaît aussitôt; car, si elle est embrasée d'amour, c'est uniquement de l'amour divin, qu'elle puise à sa source, qui est le ciel (w2).

(1) « La troisième paraissait de la neige nouvellement tombée. » {Purgatoire, chant xxix.)

(2) Innocent III, dans la lettre indiquée plus haut, expose le symbolisme des trois gemmes qui, selon lui, conviennent aux vertus théologales. Nous ne concordons ici que pour le saphir, qu'il assigne à l'espérance; la charité est ligurée par le grenat, à cause de sa couleur ardente, et la foi par la topaze, en raison de sa limpidité et de sa transparence. A cette dernière nous préférons beaucoup la perle ou le diamant, figure plus expressive de la pureté par sa blancheur. Quoi qu'il en soit de cette divergence de détail, il n'en reste

DONS DE THÉODELINDE (1).

\. Il est assez difficile de déterminer quelle part revient exactement à Théodelinde dans la constitution du trésor de Monza. Qu'on en juge par ce coup d'œil

pab moins établi que trois gemmes, fixées au chaton de trois anneaux, peuvent être prises pour emblèmes des trois vertus théologales, comme quatre le sont des vertus cardinales. Ce texte, qui me fournit une analogie précieuse, mérite d'être retenu : « Sapphiri serenitas spem significat : habes igitur in sapphiro quod speres. Granati rubicunditas... charitatem significat : habes ergo in granato quod diligas. Topazii claritas operationem significat : habes igitur in topazio quod credas. » (Innocent III, Epist., ccvi, lib. I.) Cette dernière phrase s'explique par l'Écriture, qui déclare que la foi sans les œuvres est morte et stérile : « Fides sine operibus mortua est. » (Epist. à. Jacobi, u, 26.)

(1) Théodelinde, fille de Garibaldi, roi de Bavière, épousa en premières noces le roi des Lombards Autaris, à Vérone, en 589. Son mari étant mort empoisonné, à Pavie, l'année suivante, elle accepta la main d'Agilulf, duc de Turin. Frisi donne la date de 591 pour ce second mariage.

« Le sarcophage de Théodelinde, dit M. Burges, Notices of the présents of Theodelinda, etc., maintenant près de la sacristie, était jadis dans la chapelle du Saint-Rosaire. Cette chapelle fut peinte en 1 444 par Troso de Monza , qui y représenta des scènes de la vie de la reine. On a prétendu sans motif que ces fresques reproduisaient les peintures du palais royal dont parle Paul Diacre. Elles sont presque invisibles à cette heure. La bibliothèque du chapitre possède

général, sans descendre aux siècles plus rapprochés de nous. En d277, on lui attribue seulement le talliacwe, sur lequel son nom est gravé. Ultérieurement il ne s'agit plus que de la Beine, car c'est ainsi qu'on la nomme par antonomase. En 4345, on enregistre son peigne, lequel reparait en 1353, en compagnie d'une couverture d'autel et d'un autel portatif. Au xrve siècle, le bas-relief du tympan de la porte occidentale fait offrir à saint Jean-Baptiste par Théodelinde dix pièces d'orfèvrerie : quatre couronnes, quatre calices, une croix et une poule. Enfin, le trésor actuel n'a de très-authentique, parce qu'ils sont marqués au nom même de la reine, que l'évangéliaire d'or et le papyrus du sousdiacre Jean.

Ainsi, pour conclure, les textes ne sont pas d'accord ni avec le bas-relief commémoratif ni avec la tradition. Les inventaires enregistrent bien des couronnes, des calices, des croix, voire même la poule. Gomment se fait-il qu'ils n'aient pas ajouté, puisqu'ils ne l'avaient pas omis pour quatre autres objets en particulier, que c'était également un don de la célèbre reine? A

une série de dessins qui reproduisent ces fresques à l'encre ; la copie est de Jean-Baptiste Fossati , et date de 1722.»

Cet album, si précieux pour l'histoire et l'archéologie, était conservé dans le trésor, comme en fait foi l'article 67 de l'inventaire de 1768. Je propose qu'on l'y remette en honneur, pour donner facilité aux archéologues et aux touristes de le feuilleter et de l'étudier. Bien plus, le faire reproduire intégralement par la photographie rendrait un immense service à la science. Que le chapitre nie permette de lui exprimer ce double vœu, à l'occasion du mémoire que prépare M. Aguilhon sur l'ensemble de ces fresques.

l'époque même où le notaire impérial enregistrait comme dons souverains le peigne, la couverture et l'autel, le sculpteur, mieux avisé, étendait à un plus grand nombre de pièces la munificence royale , tout en oubliant ces trois objets, y compris l'évangéliaire. L'embarras se complique quand , de nos jours , on entend invoquer la tradition en faveur de la provenance du peigne, de l'éventail et de la poule conservés dans le trésor. Le peigne a mieux que. la tradition : son authenticité peut se baser sur des textes de 1345, •1548 et 1768, ce qui démontre que telle était la croyance du chapitre au moins du xive au xvme siècle. Quant à l'éventail, mentionné pour la première ibis au xvie siècle, il laisse dans l'esprit des doutes aussi fondés que les ampoules de plomb.

En somme, l'étude des inventaires faite isolément aboutit à un maigre résultat, puisqu'elle ne porte à l'avoir de la reine que neuf objets; encore ces documents sont-ils loin de concorder entre eux. Trois ne mentionnent comme authentique qu'un seul objet, un quatrième en donne trois, et le dernier, qui a bien peu d'autorité, en raison de sa date, va jusqu'à cinq. L'inventaire de 1277 ne parle que du talliacore (n° I), et celui de 1345 du peigne seulement (n° 10), inscrit en 1548 une seconde fois sous le n° 8. L'inventaire de 1353 met en avant trois dons nouveaux : le tablier (n° 35), la bourse (n° 41) et l'autel (n° 45). Quant à l'inventaire de 1768, il enregistre un évangéliaire (n° 73), un peigne (n° 76), un éventail (n° 77), deux Agnus (n° 80) et une couronne (n° 94). Pourquoi s'est-on contenté de ces neuf objets, quand il était certain que d'autres avaient la même provenance, par exemple, la coupe de saphir, le livre de Dialogues, etc.? On pourrait, en cherchant

ailleurs, on ajouter encore quatorze; mais ce qui était facile au moyen âge devient fort aventureux pour nous, faute de preuves indiscutables. Toutefois, textes et sculptures réunis, le total des objets donnés par Théodelinde monterait à vingt-trois.

2. Recourons maintenant aux chroniques et voyons si elles seront plus explicites.

Le nécrologe de l'église de Monza, rédigé au xne siècle et publié intégralement par Frisi, inscrit ainsi deux fois, le 11 des calendes de février (22 janvier), le décès de Théodelinde : « Ipso die 0. (obiit) Theodelinda regina, anno ab incar. Dni n. c. xxvn. — Obiit Dna Dna Regina Theodelemda, anno Dni cccccc, die xxij. Jan. etsepulta nunc in capella sci Vincentij. » (T. III, p. 106.) Voilà déjà un écart considérable entre les deux dates. Or, ce n'est pas en l'an 600, mais en 627 qu'est morte la reine, peut-être même en 628 (1).

On remarquera la sécheresse de l'article, quoique en d'autres endroits le rédacteur ne se soit pas fait faute d'énumérer les dons des défunts (2).

(1) Il faut lire 628 et non 608, dans l'inscription de Saint- Michel de Monza, qui détermine à la fois la date de la consécration de cette église et celle de la mort de Théodelinde : Dedicatio hujus ecclesiae S. Michaelis celebrata fuit decimo quinto kal. feb. in ccccccvui, et hoc ipso anno mortua est Theodelinda regina.

(2) Le nécrologe, au VUI des calendes de décembre, note la translation de Théodelinde et d'Agilulf : « m.ccc.vhi , Translatio Theodellende regine in ecclesia Modotiensi in terra sepulta et posita in quodam navello lapidis, una cum Aiulfo rege. In quâ translationc interfuerunt magna multitude religiosorum etlaycorumet mulierum, et eliam interl*n it ibi Dus Zonfredinus de la Turre, potestas Modoctie et

Paul Warnefrid, plus connu sous le nom de Paul Diacre, dans son ouvrage De Gestis Langobardorum, ne s'étend ni sur la construction de la basilique, ni sur sa décoration intérieure ; il dit seulement qu'elle est riche d'ornements merveilleux, en or et en argent. Son texte est précieux cependant, parce qu'il mentionne la raison du vocable de Saint-Jean, la construction du palais, et qu'il relate les termes mêmes de l'anathème lancé par la donatrice contre tous ceux qui porteraient atteinte à sa volonté. Je cite d'après le manuscrit du xe siècle qui est à Monza, et qu'a reproduit en partie Frisi : « Theodelinda regina basilicam beati Johannis Baptiste, quam in Modoetia construxerat pro se, et pro viro suo, et pro fîliis ac filiabus, et pro cunctis Langobardis Italiensibus, ut ipse sanctus Johannes sit intercessor pro cunctis Langobardis ad Dominum, et illi voverunt inter se unanimiter majores natu cum rege suo et una cum Theodelinda regina, alque dixerunt : Si sanctus Johannes pro nobis interpellator sitadDominum nostrum Ihm Xpm, nos omnes unanimiter pollicemur illi omnique anno in die Nativitatis sue, hoc est viij kal. julii , de nostris facultatibus transmissuros honorifice ad oraculum ejus, ut per illius interpellationem habeamus juvamen Domini Nostri Ihu Xpi tam in bello quam in omnibus locis, ubicumque ituri sumus. Ab illo ergo die in omnibus actibus eorum ceperunt invocare sanctum Johannem, ut illis preberet auxilium in virtute Domini nostri Ihu Xpi, et illi omnes

Dns Albertus de Candiano, ejus vicarius, et multi alii burgenses Modoetie, et magnum offitium factum fuit in ecclesia Modoetie ad honorem et decentiam Theodellende regine cl sancli Johannis Baptiste. » (Frisi, t. 111, p. 139.)

permanebant illesi victoresque extiterunt super cunctos adversarios eorum. Qui locus ille supra Mediolamuu duodecim miJIibus adest ; dedicavit multisque ornamentis auri et argënti mirifice decoravit, prediisque ditavit, farailias ac possessiones multas in eodem loeo subjugavit in honore sancti Baptiste Johannis. Dicamus offersionem scripture Theodelinde regine : Offert gloriosissima Theodclinda regina, una cum filio suo Adaluald rege, sancto Johanni, patrono suo, de dono Dei et de dotibus suis, cartulam donationis quamet suorum presentia seribere fecit. Si quisquis, quolibet tempore, hanc donationem voluntatis sue corruperit, in juditii die cum Juda traditore dampnetur. Ordinatio vero ejus talis fuit : De rébus sancti Johannis nullo modo se débet aliquis intromittere, nisi tantum sacerdotes qui ihi deserviunt die ac nocte, tanquam famuli et famule, qui ibi subjecti sunt, comuniter debeant vivere. Quo in loco etiam Theodoricus, quondamGothorum rex, palatium magnum construxit, proeo quod, estivo tempore, locus ille, vicinus Alpibus, temperatus ac salubris existit. » (Frisi,t. III, p. 208-209.)

Galixte II, en 1120, et Innocent II, en 1135, dans leurs bulles semblent attribuer le trésor entier à Theodelinde : « Idem enim locus a nobilis mémorise Theodelinda regina constructus, amplis etiam honoribus, possessionibus et thesauro ditatus, veneratione dignus habetur et celebris. » (Frisi, t. I, p. 96.)

Frisi se montre facile à contenter quand, relatant ce passage du chroniqueur Bonincontro Morigia, qui écrivait au xive siècle (1) : « In prœdicto oraculo in orna-

(4) Sa chronique date de 1340 : le quatrième livre ne nous esl pas parvenu. On croit qu'il mourut de la peste en 1361.

tum altaris cum aliis multis jocalia dimisit » (Chron. Modoet% lib. I, cap. De œdif. S. Jo. Bapt.), il trouve que les termes ne sont pas équivoques , termini non equivoci. Ils sont loin cependant d'être précis, car il est insuffisant pour l'archéologie de dire que les joyaux offerts servaient à l'ornement de l'autel, la décoration usitée alors étant des plus variées, comme le témoignent les inventaires insérés dans le Liber Pontifîcalis.

Au xve siècle, Cyriaque d'Ancône ne voyait que la reine Théodelinde dans le trésor tout entier, sans excepter même les objets qui ne sont certainement pas de ce temps, comme le sacramentaire, le reliquaire de saint Jean -Baptiste et l'autel. Mais son témoignage peut être accepté quand il parle du calice de saphir, de la poule et des poussins, et même d'une grande coupe d'or dont il transcrit l'inscription votive. Nous verrons tout cela en détail plus loin. Je ne veux citer ici que cette phrase générale : « Yidimus et ornatissimam Jo. Baptistee œdem, et in ea nobile thesaurum serenissimse Theodolendœ reginse. »

Le manuscrit de Tristano Galco (1) ne songe qu'à Théodelinde en décrivant toute l'orfèvrerie et la joaillerie qui fut transportée à Avignon : « Avignone, dove in quoi tempi risedeva Clémente sesto, per la ricuperatione del tesoro gia donato dalla regina Teodelinda ad detto tempio. » (Frisi, t. I, p. 104-105.)

Le même chroniqueur, dans YHistoria Patriœ, 1. XXI, p. 31, fait honneur à la reine Théodelinde de la grande

(1) Tristano Calco naquit vers 1462, et écrivit son histoire de 1490 à 1503. I] fut secrétaire de Louis XII, duc de Milan. La date de sa mort est controversée, on hésite entre 1507 et 1516.

quantité d'or conservée dans la basilique de Monza : « Non mediocrem vim auri conditam Modoctire in templo divi Joannis Baptistae, cura et diligentia ïhcodolindœ reginae. »

Nous ne sommes pas mieux renseignés par l'archiprêtre Balthazar Fedele, qui , dans un mémoire à Léon X, où il expose les prérogatives de la basilique, met sur le compte des rois Lombards, sans parler de Théodelinde, les objets précieux qu'il énumère, même y comprenant le devant d'autel, qui n'était pas alors considéré comme une œuvre du moyen âge : « Quam maxime Langobardi hoc templum coluerint, cuppee, coronse, cruces, tabulœ aureœ, smaragdis, hyacinthis, electoriis (electris?), carbunculis, margaritis, aliisque innumeris lapillis ornatœ, altarismagnipallacum aurea tum argenteaetscyphusille admirabilisoptimi sapphiri, atque alia regia ornamenta testantur. » (Frisi, t. I, p. 92.)

L'acte rédigé en 1530, à l'occasion du couronnement de Charles-Quint, décrivant les sculptures de Tambon, veut que la reine Théodelinde ait offert les quatre couronnes suspendues au-dessus de l'autel : « Compertum postremo fuit in ecclesia sancti Johannis Baptistse Modoetiœ post locum, super quo cantantur epistola et evangelium , quando missœ solemnes celebrantur , tabula marmorea, in qua sculptum est altare majus ipsius ccclesiœ , et super altari sculpto adsunt vasa tria, sculpta ad representationem trium vasium thesauri dictœ ecclesiœ; sculpta quoque est crux ad representationem crucis thesauri praedicti, in qua adest de ligno crucis D. N. J. G., et desuper altare sculptum adest etiam sculptus baculus in quo dépendent quattuor coronœ aureœ, sculptœ ad representationem quat-

tuor earum coronarum thesauri prsedicti relictarum per reginam Theodelindam. » (Frisi, t. II, p. 233.)

3. Frisi assigne au règne de Théodelinde trois objets, une patène, une pale de calice et une croix processionnelle, qu'il décrit ainsi : « On doit rapporter à Théodelinde une patène d'or, contournée de quatre jacinthes, quatre émeraudes et dix-sept perles; une animelta (1) pour calice, également en feuilles d'or, ornée de cent douze pierres précieuses, de vingt et une perles et d'une grosse améthyste. Ces objets sont décrits dans l'inventaire de 1275 (2). » (T. I, p. 95.)

4. « Nous dirons de même (don assurément de la royale fondatrice) de la croix dont se sert le révérendissime chapitre dans ses fonctions. Elle est en lames d'or et pèse deux cents onces, outre le manche d'argent. D'un côté est représenté, en bas et demi-relief, la vie du Christ, et de l'autre celle du Précurseur. C'est une chose notable et peut-être originale que le travail d'un écu, posé au milieu de la croix sur le revers : il représente la Vierge assise dans une niche, avec son fils sur son giron, accompagnée de quatre anges; à ses pieds est prosternée Théodelinde, dans l'acte du baisement, la couronne de lis sur la tête, en longue robe, ceinte aux reins, et les cheveux épars. L'épigraphe modernisée qui contourne cette médaille fait foi que

(\) « Animetta, palla qua?. caliceni tegit , quod quasi anima in corpôrali plicato includatur et conservetur. Joseph Vicecomes, lib. VIÏ, cap. v, in Hofmani Lexico. » (Glossar. de Du Cange.)

(2) Je ne puis trouver ces deux objets dans cet inventaire, encore moins avec le nom de la reine, qu'il ne mentionne même pas pour le peigne et pour la poule.

la croix est un don de ïhéodelinde : de dônis ofert

TIIEODELENDA REGINA CUR1STO ET SANCTO JOHANNI BAPTISTE IN BASILICA QVAM CONDIT irSA IN MODOETIA. EIYS OBITVS

fvit 027. Ce qui confirme nos conjectures est une image de Théodelinde, représentée aux quatre bras de la croix avec ces mots : theodolenda regina vivas in ih;o. Au pied de la croix, il y a aussi une mémoire de sa restauration en ces termes: crvx h^:c ayrea onc. 200.

PRyETER CAFVLVM ARGENTE VM 16 MAII ANNI 1615. RENOVA -

tvm. fabrefacta fvit 21 jvnii 1427. Au-dessous et au centre, on lit écrit le nom du restaurateur : onc (1)

OPVS FECIT BERTIIOLOLVS. DE PVTEO 1427 (2). A DI

23 jvnii. » [Ibidem.)

Fecit ne pouvant s'entendre d'une restauration , il s'ensuit rigoureusement que la croix offerte par Théodelinde fut refondue une première fois au xve siècle et une seconde au xvne. Seulement, l'artiste Bertolo del Pozzo conserva cinq médaillons de la croix primitive, comme l'indiquent les formules anciennes de donis et vivas, qu'en 1615 on se contenta d'imiter. L'écusson, que Frisi a décrit sommairement, a été gravé et placé au frontispice du tome II. Son style est celui de la Renaissance et ne peut convenir à l'an 1427. L'inscription diffère quelque peu de celle reproduite dans le texte. La Vierge est nimbée, voilée et ceinte d'une double ceinture : ses pieds sont chaussés , suivant la

(1) Cette orthographe vicieuse se constate au xiue siècle, à Rome, au portail de l'ancien couvent des Trinitaires, sur le Cœlius.

(2) Peut-être cet artiste descendait-il de Borgino del Pozzo, qui, de 1 301 à 1357, exécuta le splendide autel de vermeil de la basilique.

règle iconographique du moyen âge. L'enfant Jésus, avec le nimbe crucifère en tête, est assis, entièrement nu, sur le genou gauche de sa mère. Le trône où siège Marie, Reine des vierges, est élevé de deux marches; le dossier, creusé en niche avec coquille au tympan, se termine par un fronton triangulaire, au-dessus duquel s'arrondit un dôme imbriqué , portant une croix au sommet. Les anges debout adorent, les mains jointes ou croisées sur la poitrine ; leurs pieds sont nus et leurs ailes dressées en l'air ; leur robe est retenue à la taille par une double ceinture.

La reine Théodelinde, couronne en tête et cheveux flottants, baise le pied droit de Marie; ses mains sont suppliantes, son corsage évidéet sa taille serrée par une cordelière. Elle est entièrement couchée sur les degrés du trône, en avant duquel fleurit un ananas. Sur les côtés et comme au second plan se dressent quelques arbres à tige pyramidale, peupliers ou cyprès, abritant d'un côté une tour et de l'autre une petite église avec clocher, sans doute pour rappeler que le palais et la basilique de Monza furent fondés par Théodelinde.

5. Sans m'arrêter davantage à tout ce sur quoi j'aurai à revenir ailleurs , je passe rapidement au tablier (1) de Théodelinde, brodé de ses propres mains,

(4) Tablier signifie ici couverture ou tapis. « Le recensement du 26 fructidor an II, nous donne peu de renseignements nouveaux , si ce n'est la mention d'un « tabelier « autour d'une chivière d'un étoffé tissu or et argent « franche et galon d'or » : c'était la draperie d'une civière servant à porter les reliques aux processions. » (Richard, Trésor de la collégiale de Notre-Dame de Lens au xve siècle, P- 13.')

inscrit à son nom et employé comme couverture d'autel ou parement.

Ilportaitune double croix, une pour chaque face de l'autel. Ainsi qu'on s'en rend compte par les miniatures et les sculptures, il était jeté sur la table en manière de tapis et pendait tout autour. La chronique citée par Frisi rapporte même l'inscription qui se voyait au pourtour de la partie postérieure : « In circuitu posterions pallii seu coopertorii sunt scripta hœc verba : Hoc coopertorium (1) sacrum quod cernis altaris, Theodelinda regina.propriis manibusdecoravit geminamque crucem auro gemmisque pinxit, et quod superjacet et quod a fronte dépendit, patrono suo sancto Johanni Baptiste in Moditia obtulit, in templo illo quod ipsa fundavit. » (T. III, p. 74.)

6. Une représentation de la famille royale, sculptée sur marbre blanc , existe au tympan de la porte majeure. Frisi croit ce bas-relief presque contemporain de Théodelinde (2) ; mais il se trompe grossièrement, car

(1) « Item, unum coopertorium magni altaris, fili albi, rubei et viridis. {Inventaire de Saint-Césaire d'Arles, 1473, n° 30.)

(2) « Lavoro non molto posteriore alla età stessa délia splendida donatrice. » (T. III, p. 92.) Frisi ne se trompe que de sept siècles, ce qui est excusable, vu le peu de sûreté des connaissances archéologiques de son temps.

Telle était aussi l'opinion de Bianchi, t. I, Rer. Italie, not. 79.

On est étonné de voir M. Jules Labarte, dont la perspicacité archéologique est bien connue, suivre ces errements et faire remonter le bas-relief à Théodelinde. (Histoire des arts indusir., t. I, p. 314.) Ne semble-t-il pas que nous sommes encore au temps où d'Agincourt écrivait : « La

il n'est certainement pas antérieur au xme siècle. Son style dénote un ouvrier assez habile : aussi je proteste contre les assertions du docteur Bianchi, qui le reporte malencontreusement à un siècle barbare, barbaro sœculo, et à un artiste malheureux, artifex infelicissimus, trouporte tout entière est du vne siècle. » Pourtant Ja science a singulièrement marché depuis lors! Sa gravure, au trait et très-réduite , est tout à fait insuffisante pour donner la moindre idée du style et de l'époque. [Sculpture, pi. 26, n° 8.) D'autres graves auteurs , faute d'avoir vu la sculpture , ont parlé dans le même sens. Ainsi Mgr Martigny, en s'abritant derrière l'autorité de Frisi, dit : « L'église de Monza possède aujourd'hui encore un curieux bas-relief du temps de la reine Thôodelinde, c'est-à-dire de la fin du vie siècle. » (Dict. des antiq. chrét. , 2e édit. , p. 106.) M. de Lasteyrie émet son opinion sous forme dubitative: ((Toutes trois (les couronnes) sont représentées au tympan de la porte principale de l'église de Monza, 'sur un bas-relief qu'on croit contemporain des donateurs. » [Descript. du trésor de Guarrazar, p. 13.)

il était donc urgent de couper court à ces fausses indications de date et de bien établir la vérité. Déjà M. de S. Laurent, dans le Guide de l'art chrétien, t. IV, p. 206, avait proposé, en 1874, cette rectification, mais encore trop timidement: u Si nous descendons, dit-il, jusqu'au xn° ou au xme siècle , où a été sculpté, nous le supposons , le tympan de la cathédrale de Monza, mais sous l'influence de traditions plus anciennes, nous observons, à la gauche du baptême de

Notre-Seigneur, un personnage Si c'est un apôtre, ce ne

pourrait donc guère être un autre que saint Jean l'évangéliste , choisi comme étant, en d'autres cas, habituellement admis à faire pendant à la sainte Vierge ; mais nous croirions encore plus volontiers au prophète Isaïe. » Le personnage en question est bien saint Jean évangéliste et non un prophète.

vaut les figures informes, informes figurai. On ne peut pas être plus barbare et plus maladroit en l'ait de critique d'art (l).

(I ) Le Guide de Monza, par Mgr Biraghi, imprimé en 1876, ru est encore à ces appréciations enfantines. Qu'on en juge par cet extrait, qui ne mérite certes pas l'honneur d'une traduction : « Questo lavoro è certo di secolo barbaro per le figure specialmente e pel fiume Giordano clie scorse dal petto di Cristo, con cui Piraperito artefice voile esprimere ehe di là Giovanni Battista abbia preso le acque per battezzare Cristo medesinio. »

Non, le lleuve ne sort pas de la poitrine du Christ, ce qui a été répété bien des fois en Italie, pour n'avoir pas regardé attentivement et suffisamment compris le moyen âge. La même observation se retrouve , à une date plus récente, dans les Tuvole cronologiche de Mozzoni; elle fera encore son chemin, malgré nos protestations. La vérité est que Feau du Jourdain, resserrée à peu près à la largeur du corps, monte en pyramide jusqu'aux hanches, ce qui est loin d'être un fait exceptionnel en iconographie médiévale, sans qu'il soit besoin, pourFinterpréter, de recourir, comme Fa fait un archéologue romain, à ce texte de l'Évangile qui nt' va pas du tout ad rem : « Flumina de ventre ejus Huent aqua^ viv». » (S. Joann. vif, 38.)

« En commémoration de la conversion de son mari, la reine (Théodelinde) fit construire la cathédrale de Monza, par les magistri Comacini, et les chargea de sculpter le grossier bas-relief du baptême de Notre-Seigneur qu'on voit au-dessus du portail. » (Perkins, Les Sculpteurs italiens, p. 109.) 11 y a là une triple erreur, que je dois relever, en raison de l'autorité qui s'attache au nom du critique anglais. La conversion d'Agilulf ne fut pas le motif de la construction de la basilique, qui n'a jamais été une cathédrale : aucun texte d'historien ou de chroniqueur n'en témoigne,

Ce bas-relief, primitivement peint et doré (1), se divise en deux zones. Il se modèle sur la forme du tympan, qui est le plein cintre, type assez fréquent au xme siècle en Italie, où l'ogive pénétra tardivement.

Aux deux extrémités de la zone inférieure se dressent les statues de saint Pierre et de saint Paul, la tête„ nimbée, les pieds sandales, reconnaissables à leurs attributs ordinaires et accompagnés chacun d'un arbre feuillu.

La scène du milieu a son cadre particulier. Au centre, le Christ est plongé dans l'eau du Jourdain par saint Jean-Baptiste, qui appuie sa main sur sa tête, tandis que de Ja droite il tient le vase qui, par l'infusion, complétera le baptême par immersion. Le Christ bénit à trois doigts, et à sa gauche est debout un ange qui tient la tunique dont il se vêtira au sortir de l'eau. La colombe divine, qui descend du ciel, porte au bec une ampoule de laquelle s'échappe l'eau baptismale ou mieux le rayon de la grâce (2). La scène est limitée par deux arbres élevés, qui séparent la Yierge et saint Jean évangéliste, placés là comme patrons , mais non comme témoins d'un fait auquel ils n'ont eu aucune part, quoique Frisi déclare que cette « conjecture » soit vraisemblable. Tous les personnages sont nimbés:

pas plus que de la participation des maçons du lac de Corne. Enfin, le bas-relief n'est pas plus grossier que les sculptures du même temps en Italie.

(1) On distingue encore des traces de bleu à la coupe de saphir.

(ï) Dans la mosaïque absidale de Saint-Jean-de-Latran, l'Esprit-Saint épanche également sur la tête du Christ, à son baptême, les Ilots lumineux et abondants de l'assistance céleste.

saint Jean évangéliste, en qualité d'apôtre, a les pieds nus, le rouleau de la doctrine dans la main gauche, pendant que la main droite fait le geste de la prédication et de renseignement. Il est barbu, conformément à la tradition iconographique du Milanais.

La zone supérieure, la seule qui nous intéresse particulièrement , montre Théodelinde et sa famille se vouant à saint Jean-Baptiste et lui offrant des présents. Au côté droit, la droite du spectateur, sont déjà entassés plusieurs dons précieux : une croix épaisse, à bras égaux; deux calices, dont un à coupe profonde et anses sur les côtés; un grand calice gemmé et anse, peut-être le calice de calcédoine, car il est cerclé horizontalement et verticalement; une petite coupe, à pied bas, avec une monture saillante, qui doit être la coupe de saphir (1); enfin, sur un plateau circulaire, la poule et ses sept poussins, avec cette différence que, sur l'original remanié, la poule est au centre du plateau, tandis qu'ici on la voit à une des extrémités et plus occupée des deux poussins qui l'avoisinent que des autres, qui cherchent eux-mêmes leur nourriture.

Continuant à aller de 'droite à gauche, nous assistons au défilé successif de cinq personnes, toutes debout, moins la dernière, qui est agenouillée. Ce sont : saint Jean- Baptiste, qui tient à deux mains un plateau et un vase qu'il vient de recevoir; Théodelinde, couronnée, voilée, vêtue d'une robe et d'un manteau, qui, aussi à deux mains, présente à son protecteur une couronne gemmée, de laquelle sort une croix à branches égales ;

( I y Le Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 2e édit. , p. 1 06, donne en gravure sur bois les deux calices à anses et les deux coupes.

Gondeberge, jeune et les bras levés verticalement à la manière des orantes; Adulovald, enfant, qui presse sur sa poitrine une colombe indiquant « l'âge tendre », suivant Frisi, ou plutôt son innocence; enfin Agilulf, couronne en tête, manteau fleurdelisé sur les épaules, éperons à ses chaussures, les mains en haut dans l'attitude de la supplication (1). Derrière lui sont superposées, en se conformant à la courbure de l'arc, trois couronnes

(1) Théodelinde est la vraie fondatrice de la basilique de Monza. Lorsqu'elle Veut érigée et dotée, elle en demanda la dédicace, dedicavit, suivant l'expression de Paul Diacre. Les vers léonins conservés par le chroniqueur Bonincontro, et que Frisi croit à tort « antérieurs au xe siècle», car ils sont tout au plus du xne, attestent la dévotion de la souveraine qui se met sous la protection de celui qui baptisa le Christ, étendant ce patronage à ses enfants, à la basilique et au royaume :

* Comlidit hoc templum, niulta virtute verendum, Theudelinda potens, regni diademate pollens, Pro se, pro natis, votum dulcedine matris, Christi Baptistae, cui sacratur locus iste. Hic nostrae gentis voluit caput esse decentis Et Lombardorum talcmque parare pationuni. »

Frisi (t. I, p. 10-11) ajoute ce renseignement important: « A ce trait d'histoire, il me semble que fait allusion une excellente et riche peinture avec or, qui se voit sur l'arc servant de frontispice à la chapelle dite maintenant du Saint- Rosaire, œuvre d'un artiste inconnu du xvie siècle. Elle représente le précurseur du Christ, ayant prosternés à sa droite Théodelinde, Gondeberge sa fille et une foule de femmes lombardes; à sa gauche est agenouillé Agilulf, avec les grands du royaume. En haut est figurée la colombe aven la devise fabuleuse : Modo etiam, » d'où serait dérivé le nom de la ville Modociia.

semblables à celle de ïhéodclindc, mais à croix renversées.

Ces trois couronnes, alignées à la suite du roi et de ses deux enfants , dénotent clairement que chacune d'elles représente leur personne même, puisque Théodelinde, prenant les devants, présente en son nom propre celle qui la symbolise (1).

On remarquera que ces quatre couronnes, identiques pour la forme et l'ornementation (2), diffèrent cependant sur un point essentiel. Celle de Théodelinde porte la croix en haut du bandeau royal; comme elle est figurée sur les médailles anciennes. Ce serait donc sa propre couronne qu'elle offrirait au patron de son église et de son royaume. Celles, au contraire, dont la croix est renversée, indiqueraient plutôt des couronnes de suspension.

(1) Frisi avoue lui-môme que plusieurs des dons de Théodelinde ne sont pas signalés sur ce marbre : « Molti altri (donativi), cke quatunque ommessi nel marmo accennato, vantano la stessa origine reale. » (T. I, p. 94.)

(2) Pour M. Labarte (Histoire des arts industriels, t.'I, p. 314), la preuve que la tradition dit vrai relativement à la couronne de fer, se trouve dans le bas-relief de la porte qu'il fait, lui aussi, commander par Théodelinde. Mais il n'a pas pris garde que les quatre couronnes figurées ont le même aspect, bandeau et décor, ce qui est une erreur grossière, à laquelle il importe de ne pas se laisser prendre ; car nous savons, d'une part, que la couronne de fer est articulée, plus petite et d'une ornementation propre; puis que la couronne d'Agilulf était historiée et non gemmée, comme les autres. L'artiste a donc, en faisant des couronnes similaires, plus sacrifié à la fantaisie qu'à la réalité, et on pourrait faire Fausse route en se basant sur un témoignage aussi peu sûr.

Notons encore que les couronnes fleuronnées qui ceignent le front d'Agilulf et de ThéodeJinde ressemblent aux couronnes du temps et à celle qui, dans le bas-relief de l'ambon, est employée au couronnement de l'empereur.

Ce bas-relief, qui intéresse à la fois l'art, l'archéologie et l'histoire,- est mal disposé pour la photographie, à cause du porche saillant qui projette sur lui son ombre (1). Faible dédommagement, il est gravé au t. I, pi. I, de Frisi; mais cette gravure, mal dessinée et trop sommairement burinée, a au moins l'avantage de préciser la place des personnes et des choses, dont elle accuse plus les contours que les détails.

7. Voici un autre renseignement historique dont il importe de tenir compte, au moins comme terme de

(I) Les colonnes de ce porche reposent sur des lions, type architectonique très - fréquent en Italie au moyen âge. Saint Charles Borromée, qui aimait à reproduire l'antiquité chrétienne, dans le quatrième concile provincial de Milan, prescrivit de placer des lions à l'entrée des églises, pour indiquer la vigilance des pontifes et des pasteurs (on supposait que le lion dort les yeux ouverts, ainsi que l'ont répété les Emblemata d'Àlciati), et inspirer le respect et la crainte à ceux qui entrent dans la maison de Dieu. Dans ses Instruc tions, le pieux cardinal insiste encore sur ce détail sculptural: « Ostium médium a cseteris et laxamento et ornatu pravci pue distingui débet, prsesertim in hasilica cathedrali, ubi illud sculptura leonem exornari decet exemplo templi Salomonis qui in basibus illos sculpi jussit, ut prœsulum indicaret vigilanfiam (III Reg. xvu); idipsumque in complurium hujus Mediolanensis provincial basilicarum cathedraliuin januis ita exstructis prœstare cernilur. » (Instruct. fabric. ccclesiastic, édit. Van Drivai, p. VS.)

comparaison avec le bas-relief de la porte majeure. On sait que la vie de la reine Théodelinde a été peinte sur les murs d'une des chapelles latérales de la basilique. Or une des scènes représente l'offrande même des dons à l'archiprêtre. Cette peinture date de Fan 1444, c'està-dire que tout y est anachronisme, comme si l'action avait lieu en plein xvc siècle. Nous n'avons donc à chercher là qu'un souvenir plutôt qu'une configuration exacte des objets.

La salle où se fait l'offrande est à trois nefs : ce pourrait donc être l'église elle-même. Les voûtes cintrées reposent sur de fines colonnettes, à chapiteaux feuillages. L'arcade principale est seule trilobée et accompagnée, aux écoinçons, de deux oculus , d'où sortent à mi-corps deux petits personnages vêtus, qui semblent indiquer de la main, d'une part, les dons offerts et, de l'autre, le ciel à qui ces présents sont destinés. Les parois sont ornées d'une série d'arcades cintrées , imitant des fenêtres à meneaux. La partie lisse est dorée et partagée en bandes étroites, où l'on voit alterner successivement un carré et un losange.

L'archiprêtre debout occupe le centre de la composition ; à sa droite est la cour, et le chapitre à sa gauche ; en avant , des serviteurs apportent les présents.

Deux gradins élèvent l'archiprêtre, que l'on pourrait ainsi croire au seuil de la basilique ou à l'entrée du sanctuaire. Ses souliers sont noirs. Il est vêtu de l'aube et d'un pluvial rouge, doublé de vert, bordé d'orfrois étroits en drap d'or gemmé et retenu sur la poitrine par un fermail en orfèvrerie, imitant par ses cinq lobes arrondis une rose dont un saphir formerait le cœur. La figure est rasée et jeune. La mitre qui le coiffe est

haute et terminée par un bouton d'or; sur le fond blanc se détachent deux orfrois en or gemmé, l'un vertical et l'autre horizontal : le premier est accosté de deux rubis sertis dans des chatons d'or. L'archiprêtre tend ses mains, gantées de blanc, pour recevoir le plateau d'or sur lequel sont la poule et les sept poussins.

A sa droite on voit le roi, la reine, leur fils et deux courtisans. Agilulf est jeune et imberbe; il parle à sa femme en gesticulant. Sa tête est ceinte d'une couronne d'or, gemmée au bandeau et aux fleurons trilobés qui s'en détachent. Il porte une longue robe violacée, garnie en avant d'une double bordure d'étoffe verte et d'hermine. De la main droite il appuie sur son épaule un bâton d'or, insigne de sa dignité. La reine, également couronnée, acquiesce à ce que lui dit son époux. Sa robe noire est semée de larges rinceaux d'or et ses bras se dégagent de ses manches, ouvertes en avant et retombant à ses pieds. Elle tient son sceptre comme une canne, posée sur le sol. Adulovald est blond et n'a que quelques années. Des broderies d'or et de soie garnissent le col de sa robe rouge et une guirlande de fleurs est passée en sautoir sous son bras droit. Les deux personnages de la suite , un adolescent et un homme d'âge mûr, sont coiffés d'une toque brune.

Quatre serviteurs retirent les présents du coffre qui les contient. L'un d'eux, vêtu de blanc et couvert d'une calotte noire, plonge ses ceux mains dans le coffre pour en extraire deux couronnes fleuronnées, semblables à celles que portent les époux. Evidemment, le peintre n'a pas cherché à copier les couronnes du trésor, car, dans ce cas, il les eut faites autrement. Le second serviteur, à genoux, s'appuie d'une main sur le rebord du coffre et, de l'autre, présente la coupe de saphir. Il a

de longs cheveux roux, un haut-de-chausses rouge, des manches de même couleur et un justaucorps vert avec une ceinture dorée. Un jeune enfant, également à longs cheveux et habillé d'étoffe rouge, prend à deux mains la coupe, comme s'il craignait qu'elle ne lui échappât. Le pied se découpe à pans et est surmonté d'un nœud arrondi, puis d'une tige qui supporte la coupe, garnie, à la lèvre, d'une monture en dents de scie et, à la partie inférieure, d'un revêtement d'or. Un quatrième serviteur , adolescent comme les précédents , monte les degrés pour présenter la poule. Son costume consiste en une jaquette blanche, ceinte à la taille et dont les manches relevées laissent apercevoir les manches vertes d'un second vêtement.

Derrière l'archiprêtre se dresse son siège, sur le dos duquel un enfant pose sans façon ses deux mains pour se hausser et mieux voir. Puis vient un chanoine portant la crosse d'or, à volute feuillagée, et deux personnages, tête découverte. Le premier rang est occupé par quatre chanoines , dont un avec le pluvial et deux autres avec la dalmatique. Le dernier porte, sur sa houppelande rouge bordée d'or aux manches, un manteau couleur de feu jeté en sautoir. Le signe caractéristique de ces chanoines est un bonnet, semblable à celui des courtisans, mais d'une couleur différente, car elle est ici d'un bleu-cendré. Cette coiffure se compose d'un bandeau rigide et d'un fond arrondi et mou : on dirait une casquette sans visière. Le prêtre chape tient à deux mains une couronne d'or dont les bords sont rehaussés de fleurons trilobés. Son pluvial noir, à orfrois d'or, est lixé sur sa poitrine par un fermail en quatre-feuilles. Il représente l'ordre presbytéral, comme ses assistants les diacres et sous-diacres du chapitre.

Les dalmatiques de ces derniers sont vertes, avec collier et parements aux manches en drap d'or gemmé. Le diacre, qui est à droite, a en plus un pectoral en orfèvrerie, rectangle suspendu par une double chaîne, et, au bas de la dalmatique, une pièce également en drap d'or semé de quelques roses bleues. De la main gauche il tient un évangéliaire fermé, dont la couverture est noire et gemmée, et, de la main droite, une espèce de coupe hexagone, montée sur une tige élevée, avec deux nœuds et un pied à pans. Rien n'est plus fantaisiste que cet objet, moitié or et moitié brun, ce qui pourrait vouloir signifier la coupe en calcédoine ou agate décrite par les inventaires. Le sous-diacre tient délicatement de la droite la chaîne d'or à laquelle pend une croix de même métal, gemmée sur ses quatre bras, tous égaux, avec un rubis au milieu. Peut-être celui qui est entièrement vêtu de jaune représente-t-il un des clercs attachés au service de la basilique?

De ce tableau nous pouvons conclure à la donation de huit objets, dont plusieurs nous sont déjà connus : la coupe de saphir, la poule, l'évangéliaire et la croix pendante ; quant aux trois couronnes , elles rappellent seulement un don analogue. Si nous n'en constatons pas quatre, comme l'exige la tradition, c'est que le coffre n'est pas encore entièrement vidé. Quoi qu'il en soit, même en prenant pour la coupe d'agate l'objet fantaisiste que tient le diacre , il y a discordance avec le bas-relief, et si l'on est fixé sur certains présents , nous ne le sommes pas complètement sur l'ensemble de la donation. Le bas-relief de la façade et la fresque de la chapelle de Théodelinde devront donc être considérés simplement comme un souvenir vague, mais non précis, et plutôt comme un renseignement historique

— Al

u'un document archéologique. Ni les objets figurés, ni leur ressemblance, plus ou moins exacte entre eux, ne suffiront à déterminer rigoureusement ce qu'il nous importerait tant de savoir. Ils n'éclairent pas les inventaires, pas plus que ceux-ci ne permettent un contrôle. Nous voudrions y trouver la précision mathématique d'un catalogue illustré, et nous n'y voyons malheureusement qu'une énumération incomplète et difficile à vérifier. Même avec ce supplément tardif, il nous reste des doutes sur l'étendue de la donation de ïhéodelinde et la nature des pièces d'orfèvrerie offertes.

LA COURONNE D AGILULF.

Les bas-reliefs de la façade et de l'ambon de la basilique de Monza concordent avec les inventaires de 1275 et 1345 sur ce point essentiel,. qu'il y eut originairement dans le trésor quatre couronnes royales en or. Ce chiffre n'est pas dû purement au hasard, il a sa signification propre. Dès lors que la plus grande des couronnes portait le nom du roi des Lombards , nous sommes fondés à croire que les trois autres insignes se référaient directement à sa famille. Si nous admettons, ce qui est très- vraisemblable, que la seconde grande couronne représentait la reine Théodelinde, il s'ensuit naturellement que les deux plus petites ne pouvaient faire allusion qu'à leurs enfants, Adulovald et Gondeberge. Autant d'individus, autant de couronnes, c'està-dire autant de dons distincts et personnels. J'en vois

une nouvelle preuve dans la sculpture de la façade, où Théodelinde présente elle-même à saint Jean la couronne qui la personnifie, tandis que les trois autres sont reléguées dans un coin du tableau pour être offertes en bloc avec ce qui reste des dons précieux. Les couronnes de Guarrazar semblent confirmer cette théorie, car toutes sont de diamètres différents, et la plus grande est seule inscrite au nom du souverain. Enfin, il n'est pas jusqu'à l'usage d'aligner les quatre couronnes au-dessus de l'autel qui ne témoigne en faveur de cette opinion. En effet, on se contentait généralement d'une seule couronne pour orner la table où se célébrait la messe, parce qu'alors elle faisait allusion à la suprématie du Roi des cieux, qui descendait sur la terre pour s'immoler en sacrifice. Mais là, dans cette basilique royale, toute pleine de la munificence de ses fondateurs, le chapitre reconnaissant tenait à perpétuer leur mémoire aux yeux des fidèles. Si ailleurs on insérait les noms des bienfaiteurs dans les diptyques sacrés, à Monza, par une idée neuve et originale à la fois, on préférait exposer les dons personnels et symboliques qui remémoraient cette famille illustre.

La couronne d'Agilulf n'a pas disparu dans la tourmente révolutionnaire. Envoyée d'abord à Milan, avec d'autres pièces également précieuses, pour payer l'onéreuse contribution imposée parla République française, qui exigea, à la fin de 1796, les deux tiers de l'or possédé par la basilique, soit 264 onces, et la moitié de son argent, c'est-à-dire 3,847 onces, ce ne fut qu'en 1799 qu'elle prit le chemin de Paris. Une salutaire réflexion empêcha de consommer un acte de vandalisme qui aurait été à jamais irréparable.

Cette couronne avait un double prix, artistique et

historique : l'art s'intéressait à ses reliefs, comme aussi l'historien voyait une date dans son inscription significative. A part l'évangéliaire de Théodelinde, il n'y avait pas dans tout le trésor un autre objet qui méritât mieux d'être conservé. La Bibliothèque nationale ne le garda pas longtemps, car il y fut bientôt volé en raison de sa matière, puis fondu (1).

Frisi, qui vit cette couronne en 1794, eut soin de la faire graver (2), heureusement pour nous, car sa description est très-sommaire à cet endroit. Il se contente de donner l'indication du sujet et de reproduire l'inscription, laissant de côté une foule de détails que je vais essayer de fixer , quelque défectueuse que soit sa planche (3). (T. III, p. 93.)

(1) « Transportée à Paris en 1799, placée au cabinet des médailles, elle fut volée et fondue. » (Malte-Brun, Géographie unirerselle. — Italie.) — « Transportée à Paris en 1799, et placée au cabinet des médailles de la grande bibliothèque, elle fut volée en 1804 et fondue par les voleurs. Étrange destinée de cette couronne des Lombards, qui devait tomber et finir entre les mains de quelque filou de Paris ! » (Valéry, Voyages historiques et littéraires en Italie, t. I,p. 197.) — « Le voleur se nommait Charlier. » (Guida di Monza, p. 22. )

(2) D'Agincourt a réduit la planche de Frisi, sans la croix toutefois, dans des proportions si minimes qu'à peine peuton soupçonner ce qu'était l'objet. (Sculpture, pi. 26, nos 7, 11.)

(3) Le P. Martin en a donné une réduction dans les Mélanges d'archéologie, t. III. Burges cite Muratori comme l'ayant publiée. Voir aussi Labarte, t. I, p. 282 et Marimonte, Mem. stor. di Monza, p. 74.

M. Aguilhon possède un petit médaillon en plâtre, où la couronne d'Agilulf a quatre centimètres de hauteur. On y reconnaît parfaitement le Christ et les anges. Au-dessus de la couronne , des lettres en relief disent ; .napoléon roi

La couronne cTAgilulf était en or, du poids de 21 onces et 12 deniers : la croix seule pesait 24 onces et 14 deniers (1). (Frisi, t. I, p. 93.)

d'italie, et au-dessous, couronné a milan, le xxvi de mai — mdcccv. Le nom du graveur, difficile à déchiffrer, fait un demi-cercle en bas.

Ce plâtre a été fait évidemment sur unemédaiJle frappée, à Milan ou à Paris, à l'occasion de l'imposition de la couronne de fer. En tout cas, l'artiste a fait une singulière méprise, car il est certain que Napoléon, le 26 mai 1803, reçut la couronne de fer, qui lui fut portée par le chapitre de Monza et non celle d'Agilulf, qui n'existait plus ni dans le trésor, puisqu'elle avait été enlevée au profit de Paris, ni même à la Bibliothèque nationale, car elle y avait été volée en 1804.

(1) Les inventaires la décrivent ainsi: « Quatuor corone, quarum una est magna, cum cruce aurea cum ornamentis suis et lapidibus. » (1 275, n° 30.)— « Corona una magna auri, larga et ampla, ornata zafiliis et aliis lapidibus pretiosis, cum cadenellis auri pendentibus et cum lapidibus tredecim intus qui videntur esse zafilii, et uno loco carente zafilio et alio lapide, et ornato perlis quinquaginta quinque grossis ad modum ciceris et uno cristallo grosso et multis aliis perlis et lapidibus pretiosis. » (1353, n° 7.) — «Corona seconda con li apostoli. » (1548, n° 2.)— « La corona d'oro, con H dodeci apostoli. » (1582, no 3.) — « Corona una aurea, in qua immagines Apostolorum videntur sculpta?. » (1595, n° 2.) — « Una corona d'oro del re Agilulfo, a cur fanno d'ogn' intorno maestoso ornamento i dodici apostoli di mezzo rilievo. » (1613, n° 22.) — « Una croce (corona?) d'oro con gli apostoli.» (1621 , n° 6.)— « Una corona d'oro, con gemme e croce pendente, chiamata corona votiva o sia donario; la croce è tutta fregiata di piccole perle con sei perini d'oro e -sue catenelle, sostenuta parimenti da tre altre catenelle

Gomment était travaillé cet or? Il ne devait pas être coulé dans un moule, mais simplement frappé au repoussé, ce qu'indiquent les fortes saillies des personnages et des arcades. Fondue, la couronne eût été d'un poids trop considérable pour être mise sur la tête, car telle fut sa destination première, selon toute probabilité. Les couronnes de Guarrazarontété ainsi martelées sur une matrice en bois, et, cent cinquante ans plus tard, la célèbre pala tforo de saint Ambroise de Milan n'était pas exécutée autrement.

La couronne, comparée à celle de Théodelinde, est de plus glandes dimensions, tant en largeur qu'en hauteur; en outre, elle a une plus grande importance artistique, tout en étant moins riche en pierreries. Le travail diffère également, soit que l'artiste ait voulu varier ses produits, soit que les deux couronnes n'aient pas eu le même orfèvre pour auteur.

L'aspect général est celui d'un bandeau fait pour ceindre le front. Il a les proportions de la tête humaine, avec laquelle il s'harmonise parfaitement. Gomme le dessin de Frisi est de la grandeur de l'original, nous avons environ vingt centimètres pour le diamètre et huit et demi pour la hauteur. Sans doute la tète peut paraître un peu forte, mais il ne faut pas oublier que telle fut la race lombarde, et que ces couronnes, pour être portées, étaient toujours doublées d'étoffe. Paul Diacre fait remarquer, non-seulement l'intrépidité d'Agilulf, mais aussi sa taille et ses formes, qui le rendaient apte au

d'oro con suo anello. Sopra detta corona si vedono scolpite a basso rilievo li santi apostoli con S. Giovanni Battista, in cui si leggano in oro smaltato l'infrascritte parole : Agilulfus » (1768, n° 87).

gouvernement : « Erat enim vir idem strenuus et bellicosus, et tam forma quam animo ad regni gubernacula coaptatus. » (Frisi, t. III, p. 205.)

Le bandeau n'est pas droit, mais incliné; aussi existe-t-il une différence de trois centimètres à la partie supérieure. Peut-être n'est-ce qu'un effet de perspective attribuable au seul dessinateur.

Les rebords supérieur et inférieur sont arrêtés par un filet, après lequel vient une partie lisse, faite pour reposer l'œil et mieux encadrer le sujet, resserré entre un double rang de perles juxtaposées. Sont-ce réellement des perles? Je ne le pense pas, car la couronne de Théodelinde a aussi son grenetis en relief, fait pour imiter cette matière précieuse. En haut, au-dessous de ce grenetis, alternent des cabochons, montés en bâte, successivement oblongs ou ronds, c'est-à-dire grands et petits. La couronne de la reine permet de supposer, par analogie, que les gros cabochons sont des saphirs ou des émeraudes, et les petits ou une pierre de moindre dimension ou même une perle véritable. Pendant que la couronne de Théodelinde est constellée de pierres précieuses disposées sur cinq rangs, celle d'Agilulf n'en admet qu'un seul.

A ce chapelet de gemmes correspond, à la partie inférieure, l'inscription de donation, que Frisi lit ainsi, après avoir fait observer que « les lettres sont en relief et émaillées : » ^ agilvlfvs gratia dei vir gloriosvs rex

TOTIVS ITAL1AE OFFERET SANCTO IOHANNI BAPTISTAE IN ECCLESIA MODICIA (1).

(1) M. Burges écrit, dans sa brochure anglaise sur Monza : « Cette couronne paraît peu authentique. L'inscription est en lettres onciales » (p. 14). Je ne puis souscrire à cette

D'après le dessin, les lettres ne peuvent être émaillées ; elles se détachent en blanc sur un fond sombre qui indique l'émail. C'est incontestablement un des plus anciens exemples de l'émail appliqué à l'orfèvrerie, car on n'en a encore cité que deux spécimens (4), et les textes du Liber Pontifîcalis ne le mentionnent pas avant le ix° siècle ; encore, à cette époque, n'est-ce pour ainsi dire qu'une rareté, puisque quatre pièces seulement sont dites émaillées : une table d'autel, une

opinion. En effet, une preuve d'authenticité est dans l'inscription elle-même, qui n'aurait certainement pas été faite après coup, alors que le souvenir d'Agilulf avait disparu. Quant aux caractères, nous ne pouvons les juger que d'après les dessins qui en restent, mais ils me semblent suffisamment correspondre à ceux du vne siècle.

La paléographie de cette inscription concorde avec celle de la croix de Justin, qui est à Saint-Pierre de Rome. Or, pour cette dernière, M. de Linas, après avoir fait la confrontation de ces caractères avec les lettres des monnaies impériales qui sont à date certaine, conclut ainsi : « L'alphabet de notre inscription appartient à l'époque où les caractères grecs firent irruption dans la paléographie des légendes numismatiques, ve-vie siècle. » (Rev. de l'art ehrét., t. XXI, p. 30.) La couronne d'Agilulf se trouve justifiée par Jà même sous le rapport épigraphique.

(1) M. Eugène Grésy a établi l'existence d'émaux sur le calice de Chelles attribué à saint Éloi, qui l'exécuta vers le milieu du vue siècle ( Mèm. de la Société des antiq. de France, t. XXVII), et M. de Linas a signalé des émaux blancs sur un coffrot du musée archiépiscopal d'Utrecht, qu'il fait dater de la première moitié du vme siècle {Rev. de l'art chrét. , t. XXVIII, p. 3I0 et suiv.) L'émail de la couronne d'Agilulf aurait donc encore la priorité.

croix de suspension, un vase d'ornement et quelques pièces d'un phare.

Les caractères, où le type romain commence à s'altérer, méritent quelque attention. Ainsi a a une barre horizontale au sommet, e devient lunaire, d et m tournent à la gothique ronde, G se prolonge en manière de poignée, le premier jambage de v est recourbé. Au point de vue de la linguistique, notons qu1 A gilulfm est écrit par un /", et nonpA, et ç\n'offeret n'estpas un futur, mais la troisième personne de l'indicatif présent, ce qui s'observe également sur une des couronnes de Guarrazar. Quant aux abréviations, elles sont peu nombreuses et ne diffèrent pas de celles connues : il m'a paru superflu de les relever ici, parce qu'elles sont consignées au n° 87 de l'inventaire de 1768.

On peut s'étonner qu'Agilulf s'intitule roi de toute l'Italie ; quoiqu'il ne la possédât pas effectivement tout entière, du moins exerçait-il sa souveraineté sur la majeure partie. S'il se dit roi par la grâce de Dieu, c'est que l'élection le fît, de duc de Turin, roi des Lombards, ainsi que l'atteste Paul Diacre : « Regina vero Theodelinda, quia satis placebat Langobardis, perniserunt in regia consistere dignitate, suadentes ei ut sibi quem ipsa vellet ex omnibus Langobardis, virum eligeret, talem scilicet qui regnum regere utiliter posset. Illa vero consilium cum prudentibus habens, Agilulfum, ducem Taurinatium, et sibi virum et Langobardorum gentis regem elegit. » (Frisi, t. III, p. 205.)

Agilulf fut arien. Paciaudi a beau dire que ces hérétiques vénéraient saint Jean-Baptiste, cette raison n'est pas valable pour expliquer un don qui n'a dû être fait qu'après son retour au catholicisme (1), lorsque, sur les

(1) Au XIII des calendes de juillet, l'antiphonaire du

instances de la reine, au témoignage de Paul Diacre, il professa la foi catholique et fit des largesses à l'Église: « Sed ejus satubri supplicatione rex permotus et catholicam fidem tenuit, et multas possessiones Ecclesiœ largitus est. » (Frisi, t. I, p. 95.) Or cette profession de foi explicite apparaît nettement dans les deux lettres apocalyptiques alpha et oméga, dont l'admission implique nécessairement le rejet de l'arianisme, suivant la judicieuse remarque de MgrBiraghi: « l'eresia ariana condannata dall'A a » (Riv. arch. délia prov. di Como, 1873, p. 20.)

La bande centrale, qui donne tant d'intérêt à cette couronne, se compose d'une série d'arcades dont l'arc feuillage retombe sur des colonnes torses, avec chapiteau agrémenté d'un double rang de feuilles. L'antiquité classique aimait les colonnes contournées, ce n'est donc que la continuation du système; le moyen âge italien parait les avoir affectionnées particulièrement. La plinthe est unie, comme le tailloir, qui en plus se rehausse d'une petite perle. Le cintre de l'arcade est formé par deux palmes sortant des chapiteaux et se rejoignant en face d'une perle. Les arcades feuillagées ne nous sont pas inconnues, et un des plus curieux échantillons du genre est celui que présente un sarcophage du musée de Latran, qui date du ive ou du ve siècle (1). Pour bien comprendre cette perle, évidemment

xc siècle note la messe Loquetur pacem, pour la fête des saints Gervais et Protais. Plusieurs auteurs estiment qu'il y est fait allusion à la paix conclue ce même jour entre saint Grégoire et Agi lu If, par l'entremise de Théodelinde. (Frisi, t. III, p. 39.) (1) Voir mes Musées et Galeries de Rome, p. Go.

mal dessinée, il faut se reporter aux mosaïques primitives de Rome, où la couronne, symbole de victoire, est aussi formée de feuillages d'or, reliés en avant par un fermail gemmé, qui en devient le principal ornement. Des écoinçons jaillissent aussi d'autres feuillages épais, destinés à remplir le vide.

Ces arcades abritent chacune un personnage : au milieu, le Christ; à ses côtés, deux anges, et tout autour, les douze apôtres. Le Christ seul est assis, les autres se tenant debout; tous ont le même nimbe, large et uni.

Le Christ trône sur un siège que l'on ne voit pas, c'est le type de la majesté. Sur sa robe il porte un manteau, sa figure est barbue; de la main droite il bénit à trois doigts, et de la gauche, tient ouvert sur sa poitrine le livre de vie, marqué des deux lettres grecques alpha et oméga (I). Les pieds sont à peine indiqués, aussi j'hésite à dire s'ils sont chaussés ou non. La même remarque s'applique à son entourage, qui, régulièrement, devrait, comme lui, avoir les pieds nus, règle iconographique qui alors n'admettait pas d'exception.

Les anges ont les ailes au repos, attendant les ordres du maître. Leur vêtement se compose d'une tunique et d'un manteau. Leurs mains, croisées sur la poitrine, indiquent a la fois l'adoration et la soumission, tandis que l'index de la main droite montre Celui qui les a créés et de qui ils dépendent.

(I) A Monza, l'on chantait, le jour de Pâques, cette antienne consignée dans un antiphonaire du xe siècle : « Ego sum alfa et oméga, primus et novissimus, initium et finis, qui ante mundi principium et in seculum seculi vivo in eter-

num mortuus et sepultus, resurrexi vobiscum; videte

quia ego ipse sum, et non est Deus prêter me. Alléluia. » (Frisi, t. III, p. 47.)

Frisi n'a donné que la partie antérieure de la couronne. Nous n'avons donc que deux apôtres, ce qui suffit à la rigueur, car, à ces hautes époques, ils se modèlent sur un type commun. Ils portent la barbe, ont un double vêtement et font voir le Christ, dont ils ont enseigné la doctrine. «La barbe, écrit Mme d'Ayzac, manifeste la force virile. Elle est aussi l'emblème des parfaits et encore des douze apôtres, à cause de leur étroite adhésion au Sauveur et de la force victorieuse qu'ils tinrent de leur divin Maître. Les apôtres, dit saint Brunon, sont la barbe de Jésus-Christ : Barba Christi apostoli sunt, ce que répètent Hugues de Saint- Victor : Barba apostolos désignât, et Raban Maur : «Barbam ferre dicuntur apostoli, quia hase robustissimœ virilitatis indicium est, et fixa sub capite, id est in Christo persévérât. » [Rev . de l'art chrétien, 1873, p. 100.)

Ce n'est pas sans intention également que les apôtres sont placés comme sousuneespèced'arc-de-triomphe(l). La tradition des arcades est ancienne dans l'iconographie religieuse, et je ne doute pas que, dès le principe, on ne lui ait attribué une signification symbolique. On peut donc y voir, selon les circonstances et les époques, le signe de la victoire dans les cieux, et, sur la terre, les contrées évangélisées, idée qui s'affirme encore mieux lorsque, comme à la Confession de saint Pierre à Rome,

(1) M. Labarte pense que les statuettes des apôtres ont été mises après coup. Comment peut-il le savoir, puisqu'il ne connaît, comme nous, cette couronne que par de mauvaises gravures? Peut-être le burin leur a-t-il donné trop de relief , ce qui pourrait faire croire à des pièces de rapport? J'estime, au contraire, qu'elles font partie du bandeau lui-même, étant estampées. D'ailleurs, si primitivement il n'y eut pas d'apôtres, dans quel but auraient été faites les arcades?

qui date du xme siècle, l'on ajoute aux écoinçons la représentation de châteaux-forts ou de villes fortifiées. On en trouve l'exemple le plus reculé dans les sarcophages de Rome, et la plus ancienne mention dans ce texte d'Anastase le Bibliothécaire, qui nous reporte au Ve siècle, au pontificat de Sixte III : « Obtulit Valentinianus Augustus imaginem auream cum duodecim portis et apostolos duodecim et Salvatorem. »

Saint Augustin nous fournit l'explication de ces portes: « Quare sunt portée (apostoli)? Quiaper ipsos intramus ad regnum Dei. Prœdicant enim nobis, et cum per ipsos intramus, per Ghristum intramus. Ipse est enim janua. » (S. Augustin., Expos, sup. Psalm LXXXV1.) Avec le chanoine Corblet, on verra aussi dans les arcades, « d'après les mystiques du moyen âge, l'image des portiques de la cité divine dans l'Apocalypse. » (Revue de l'Art chrétien, 1873, p. 236.) La bible de Jeanne d'Évreux, au folio 62, montre Moïse figurant par le partage de la mer Rouge en douze parties pour le passage des douze tribus « les XII apôtres qui cherchent les XII parties du monde. » Généralisant cette pensée, le miniaturiste des Emblemata biblica a «représenté l'Église par des arcades ». (Comte de Saint-Laurent, Guide de l'Art chrétien, t. III, p. 369; t. IV, p. 65.) « Chaque fenêtre, dit Guillaume Durant, est souvent

divisée par deux meneaux ; ils signifient que les

apôtres furent envoyés deux à deux dans leur mission.» [Revue de l'Art chrétien, t. XVII, p. 46.)

Au milieu de la couronne pend à une chaînette une croix pattée et gemmée. Au point d'attache est un fleuron quadrilobé. Les cabochons, alternativement gros et petits, ronds ou oblongs, semblent fixés à même dans le métal, sans aucune sertissure, ce qui est

foncièrement invraisemblable. La tige inférieure est un peu plus longue que les autres croisillons : de là l'aspect d'une croix latine, dont la dimension totale serait de douze centimètres et demi de hauteur sur neuf et demi de largeur. A chacun des bras de la croix pendent, à l'aide de deux chaînettes, des pendeloques pyriformes , qui paraissent être de? perles ou des gemmes enfilées et prises entre deux collerettes de feuillages. A l'extrémité de la tige sont également trois pendeloques, à chaînettes plus courtes, surtout pour celle du milieu (1).

Après avoir décrit cette couronne, il convient d'en expliquer le symbolisme, qui est des plus transparents, c'est-à-dire peu cherché et basé uniquement sur l'Ecriture sainte.

La couronne est un signe de royauté et de victoire. Elle doit donc sommairement rappeler ces deux idées. Le Christ, mort sur la croix et rappelant chaque jour son sacrifice par celui de l'autel, nous apparaît ici en vainqueur de la mort et, par conséquent, en triomphateur. Si, au jour glorieux de son ascension, il est monté aux cieux pour siéger à la droite de son Père, c'est sur ce même trône qu'il reparaîtra pour juger le genre humain. Assisté de ses anges, il convoque à ces assises suprêmes et a pour assesseurs les membres du collège

(I) Frisi, ou plutôt son dessinateur, se piquait peu d'exactitude. Aussi si l'on confrontait cette croix pendante avec l'original , encore subsistant, il serait impossible d'affirmer q:ill n'y a là qu'un seul et même objet. J'insiste à dessein sur ces copies infidèles pour que les archéologues ne soiei t pas tentés d'échafauder des théories sur des bases si fragiles.

apostolique, qui jugera avec lui .(1). Par l'Apocalypse, il se proclame Y alpha et Y oméga (2), ou le commencement et la fin de toutes choses, car nous venons de lui, comme finalement nous retournons à lui: créateur, il nous a donné l'existence; rédempteur, il nous procure une nouvelle vie.

Quand cette couronne était suspendue au-dessus de l'autel, elle signifiait que l'Eucharistie est le gage de l'immortalité bienheureuse. L'or dont elle est formée, épuré par le creuset (3), est un des symboles bien connus de l'âme fidèle, purifiée et éprouvée dans la fournaise

(\ ) On lisait autrefois ces vers au-dessous de la mosaïque du xne siècle qui surmonte le maître-autel de l'église abbatiale de Grotta-Ferrata , pour expliquer la présence des apôtres autour du siège de leur maître :

CAETVS APOSTOLICVS RESIDENS CVM IVMCE CHRISTO PRAEMIA IVDICIO MERITIS DECERNIT IN ISTO.

Ces deux hexamètres, que j'emprunte au Bulletin d'archéologie chrétienne (1872, p. 149). attestent que si le Christ est juge, il veut bien laisser au collège apostolique le soin de décerner les couronnes.

L'idée est à peu près la même à la confession de la basilique Vaticane, où une châsse en émaux limousins, exécutée à la fin du xne siècle, dit du Christ et des apôtres assis pour juger le monde :

SIC CVM DISCIPVLIS BIS SEX XPS RESIDEBIT

CVM REDDET POPVLIS CVNCTIS QVOD QVISQVE MEREBIT.

{%) « Ego sum alpha et oméga, principium et finis, dicit Dominus Deus, qui est et quierat, et qui venturus est, omnipotens. » (Apocalyps., i, 8.)

(3) « Probatio vestree fidei multo pretio'sior auro (quod per

des tribulations. Et lorsqu'elle a ainsi mérité de prendre place dans le royaume des cieux, sa joie est de voir face à Tace le Dieu que la liturgie proclame le partage, la récompense et la couronne des élus :

« Deus, tuorum militum

Sors, et corona, prsemium (1). »

Ainsi se réalise cette parole de l'Apocalypse, que le Christ, premier-né d'entre les morts, est le prince des rois de la terre, et que, par notre union avec lui, il nous fait à la fois prêtres et rois : « Et a Jesu Christo, qui est testis fidelis, primogenitus mortuorum, et princeps regum terrse, qui dilexit nos, et lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo, et fecit nos regnum et sacerdotes Deo et Patri suo : ipsi gloria et imperium in sa> cula sœculorum. Amen. » (ApocaL, i, 5, 6.)

La croix fait partie intégrante de la couronne, dont elle est le complément, car l'évangéliste saint Matthieu annonce qu'au jugement dernier on la verra dans le ciel accompagnant le Fils de l'homme, qui vient dans sa majesté : « Tune parebit signum Filii hominis in ccelo, et tune plangent omnes tribus terrœ : et videbunt Filium hominis venientem in nubibus cœli cum virtute multa et majestate. Et mittet angelos suos cum tuba, et voce magna.» (S. Matth., xxiv, 30, 31.) L'Église, dans l'office de l'Exaltation, traduit la même pensée

ignem probatur). » (I Ep. S. Pétri, i, 7.) — « Suadeo tibi emere a me aurum ignitum probatum, ut locuples fias. » (Apocalyps., m, 18.)

(I) Bréviaire romain, hymne des vêpres, au commun d'un martyr.

sous une autre forme, et y revient même plusieurs fois : « Hoc signum crucis erit in cœlo, cum Dominus ad judicandum venerit. »

Cette croix est gemmée, c'est-à-dire brillante et radieuse, parce que le vil instrument du supplice, considéré désormais comme trophée de victoire, a eu lui aussi sa transfiguration, lorsqu'avec le Christ triomphant il s'est élevé jusque dans les hauteurs des cieux : « Nobile lignum exaltatur, Christi fides rutilât, dum crux ab omnibus veneratur. » [Office de l'Exalt.)

Ainsi, dans cette couronne destinée finalement à parer le maître autel de Monza, nous trouvons le symbolisme le plus élevé et le plus rationnel. Le Christ s'y manifeste comme juge et rémunérateur ; en appelant ses fidèles au banquet eucharistique, il leur affirme que manger le pain de vie donne la félicité éternelle (1). De plus, quand le roi, dans le principe, à son couronnement, reçut sur sa tête ce signe de gloire, l'officiant lui fit envisager de suite la récompense céleste (2).

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