Et lignum de pre- tit
sepio Domini ubi Xpistus 54. « Et terra ubi Xpis-
natus est (2) , ubi bos et tus de utero sancte Marie
mulus erat ligatus (3). processit, ubi jacuit.
53. a Et est marmor ista 55. « Et sepulcrum ubi ubi Xpistus cum Moise lo- Xpistus depositus est (5). »
Cet inventaire a été connu par Frisi, qui s'est contenté de le signaler. 11 importe^de combler cette lacune. En effet, ce document présente un intérêt majeur en raison de sa date et de la critique historique à laquelle il donne lieu.
(1) « Videntibus illis (apostolis) elevatusest Tune reversi
sunt Jerosolymam a monte qui vocatur Oliveti, qui est juxta Jérusalem. » (Act. Apost., i, 9, \%.)
(%) « Et peperit (Maria) fllium suum primogenitum, et pannis eum involvit, et reclinavit eum in prsesepio. » (S. Luc., il, 7.)
(3) Les Évangiles ne parlent pas du bœuf et de l'âne dans l'étable; mais, dès les premiers siècles, cette prophétie dTsaïe était appliquée au Sauveur naissant : <c Cognovit bos possessorem suum et asinus prsesepe Domini sui. » (r, 3.)
(4) <(. Et transfiguratus est ante eos Et ecce apparue-
runt ilhs (apostolis) Moyses et Elias cum eo loquentes. » (S. Matth., xvir, 2, 3.) — En 1875, les franciscains de Nazareth, ayant pratiqué des fouilles au sommet du Thabor, ont retrouvé les traces des trois chapelles du Sauveur, de Moïse et d'Élie, établies en souvenir de la Transfiguration. [Revue de l'art chrétien, t. XXVIII, p. 487.)
(5) « Joseph autem mercatus sindonem, et deponens eum involvit in sindone, et posuit eum in monumento quod erat excisum de petra. » (S. Marc, xv, 46.)
J'en dois une copie exacte à l'obligeante activité de M. le chapelain Aguilhon, qui m'écrit à ce sujet : « Le catalogue des reliques de Saint-Jean se trouve dans la Bible du xe siècle dont parle Frisi (tome III, p. 21 et suiv.), sur une feuille laissée en blanc entre l'Ecclésiaste et les Paralipomènes. Il vient à la suite de la transcription du papyrus, laquelle n'est pas sans quelques fautes : c'est cette copie que Frisi a suivie. Le catalogue est inédit et Frisi n'en a fait aucun cas. Cependant les deux inventaires sont de la même main et du môme temps : si l'un a de la valeur, pourquoi l'autre n'en aurait-il pas également? Ces indications ont été consignées à cette place lorsqu'on a retiré les reliques de la caisse de bois qui les contenait pour les placer dans un sarcophage de marbre, ce qui eut Heu le 6 juillet 1042, comme l'on voit à ce jour dans le calendrier édité par Frisi (t. III, p. 125). Ce catalogue, très-ancien, sert de contrôle et de rectification au catalogue fait par ordre de saint Charles Borromée, et publié par Frisi. »
Cette comparaison se fera utilement plus tard, quand je donnerai le texte de l'inventaire de 1602. Pour le moment, je dois me contenter de relever les particularités du catalogue du xie siècle.
Les reliques sont énumérées sans ordre : cependant la première place est donnée à saint Jean-Baptiste(n° 1), et à sa mère sainte Elisabeth (n° 2). L'Ancien Testament fournit, en outre, du bois de l'arbre planté par Dieu dans le paradis terrestre (n° 48) et cause de la perdition du genre humain, de la manne miraculeuse tombée dans le désert (n° 26) , de l'huile du prophète Elisée (n° 23), ainsi qu'un souvenir du mont Sinaï (n° 32).
La plus large part est faite au Christ. Le lieu de sa naissance est rappelé par la pierre de l'étable (n° 50), le bois de la crèche (n° 52), et la terre sur laquelle il fat déposé (n° 55). Sa croix est " mentionnée deux fois (nos 22, 43), et sa passion est rappelée par un morceau de l'éponge avec laquelle il fut abreuvé de fiel et de vinaigre (n° 18). Du mont des Oliviers, on a deux parcelles qui remémorent le lieu de son agonie et de son ascension (n° 51). Le sépulcre est mentionné deux fois, d'abord sans indication précise (n° 55), puis sous celle de terra major, qui doit s'entendre d'une certaine quantité de terre empruntée au sol même du sépulcre (n° 49). Le jardin (n° 27) est connu dans l'Évangile : c'est celui où le Sauveur réunissait ses disciples, et où il fut arrêté. Je crois qu'il faut rapporter à la transfiguration le marbre sur lequel le Christ se tint debout pendant qu'il parlait à Moïse (n° 53). Doit-on prendre ce mot marbre à la lettre? Soit, mais alors ce n'aurait été que le revêtement de ce lieu mémorable. Depuis longtemps, en Terre-Sainte, semblable précaution a dû être prise contre les pieux mais indiscrets larcins des pèlerins. Reste un mot qui m'embarrasse sérieusement, c'est la confectio Domini (n° 24), dont le sens est très-vague, et qui peut concerner aussi bien la multiplication des pains dans le désert, que la dernière cène, s'il est synonyme de refectio.
En fait d'apôtres, nous trouvons spécifiquement nommés saint André (n° 9), saint Thomas (n° 5), saint Philippe (n° 29) et saint Barnabe (n° 30). Il n'y a de saint Pierre que de l'huile qui brûla devant sa confession (n° 34). 11 est difficile de préciser en quoi consistent les vêtements des apôtres, indiqués à l'état fragmentaire (n°41); mais ce qui nous intéresse au plus
haut degré, c'est la mention expresse de leurs paniers ou corbeilles (n° 42), que nous retrouvons encore dans le trésor.
La sainte Vierge offre, comme reliques autant archéologiques que de dévotion, un tissu dit pannus (n° 19) et un morceau de la pourpre qu'elle tissa pendant qu'elle portait le Sauveur dans son sein (n° 44). Cet article est si précis que nous ne devons y voir qu'un écho des apocryphes, lorsqu'ils racontent la scène de l'Incarnation (1), telle qu'elle fut représentée dans la belle mosaïque de l'arc triomphal de Sainte-Marie-Majeure à Rome, exécutée au v9 siècle (2). La Vierge y tient des deux mains un écheveau de pourpre, qu'elle se dispose à mettre en œuvre. Au ixe siècle, sur la mosaïque des saints Nérée et Achillée, à Rome, c'est encore la •
(1) Voici les textes des évangiles apocryphes : « Factumest concilium sacerdotum dicentium : Faciamus vélum seu operimentum pro templo Domini. Maria purpura et cocco filavit. » (Protevang. S. Jacobi.) — « Accepta purpura, sedit super sedem suam ut operaretur. Et ecce Angélus Domini astitit in conspectu ejus dicens. » (Evangel. infant., a S. Thoma.)
(2) « La sainte Vierge, assise au milieu d'un groupe
d'anges, tient dans sa main une espèce de ruban de
couleurorangée. C'est probablement un écheveau de fil, qui aboutit à une masse de pelotes de la même couleur dans une corbeille placée à terre, à sa droite. Ce détail est significatif. Il rappelle la croyance légendaire de cette époque, d'après laquelle Fange visita la sainte Vierge pendant qu'elle était occupée à préparer le tissu du voile du temple. Or ce voile était de pourpre, et nous verrons cette couleur constamment rappelée en cette circonstance. » (Rohault de Fleury, YÉvangile, t. I, p. 12 et pi. II.)
— ïft- —
pourpre que file la mère de Dieu, lorsque l'ange lui apparaît, apportant le message divin (1).
(1) Rohault de Fleury, l'Évangile, t. I, pi. III, fîg. 3. Les deux fuseaux que tient la sainte Vierge, dans la main gauche, sont jaunes.
Sans sortir du Milanais, je dois une mention au bas-relief de l'Annonciation (xie ou xne siècle), qui est encastré dans le mur extérieur du transsept méridional, à Saint-Michel de Pavie. L'ange Gabriel est chaussé, nimbé, et a les ailes baissées : sa droite fait un geste, l'index tendu, et la gauche tient un sceptre. Abritée sous une arcade dont les rideaux sont relevés, la Vierge est nimbée et assise sur un fauteuil pommeté, les pieds posés sur un escabeau. Elle tend les mains, comme pour bien accueillir le messager céleste. Au-dessous d'elle est assise, sur un coussin, une petite fille âgée de cinq à six ans, qui se détourne pour écouter l'ange : dans la droite, elle tient un fuseau, et une pelote dans la gauche. L'enfant semble continuer l'ouvrage interrompu par Marie.
Ce bas-relief a été gravé dans d'Agincourt (Histoire de l'art par les monuments, sculpture, pi. XXVI, n° 5) d'une manière fort sommaire, et très-exactement par de Dartein (Étude sur V architecture lombarde).
L 'Histoire de la Nativité de Marie et de l'enfance du Sauveur raconte, en détail, comment la Vierge eut en partage le tissage de la pourpre destinée au voile du temple, et comment saint Joseph, après les fiançailles, la confia à la garde d'autres vierges qui ne devaient pas la quitter d'un instant, fait qui explique parfaitement le bas-relief de Pavie, où Marie est en compagnie d'une enfant. «Joseph répondit: Je ne résiste pas à la volonté de Dieu, je voudrais savoir lequel de mes fils doit l'avoir pour épouse. Qu'on lui donne quelques-unes des vierges ses compagnes, avec lesquelles elle demeure en attendant. Le grand prêtre Abiathar dit alors : On lui accordera la compagnie de quelques vierges
Je n'entrerai pas dans le détail des vingt-deux reliques de saints et saintes, qui réunissent des noms de toute provenance. Je ferai seulement remarquer que
pour lui servir de consolation, jusqu'à ce qu'arrive le jour marqué pour que tu la reçoives, car elle ne pourra pas être unie en mariage à un autre. Alors Joseph prit Marie avec cinq autres vierges , afin qu'elles fussent dans sa maison avec Marie. Ces vierges se nommaient Rebecca, Saphora, Susanne, Abigée et Zahel, et les prêtres leur donnèrent de la soie, et du lin et de la pourpre. Elles tirèrent entre elles au sort quelle serait la besogne réservée à chacune d'elles. Et il arriva que le sort désigna Marie pour tisser la pourpre, afin de faire le voile du temple du Seigneur, et les autres vierges lui dirent : Comment, puisque tu es plus jeune que les autres, as-tu mérité de recevoir la pourpre? Et disant cela elles se mirent, comme par ironie, à l'appeler la reine des vierges. Et lorsqu'elles parlaient ainsi entre elles, l'ange du Seigneur apparut au milieu d'elles et dit : Ce que vous dites ne sera pas une dérision, mais se vérifiera très-exactement. Elles furent épouvantées de la présence de l'ange et de ces paroles, et elles se mirent à supplier Marie de leur pardonner et de prier pour elles.
« Un autre jour, comme Marie était debout auprès d'une fontaine, l'ange du Seigneur lui apparut, disant : Tu es bienheureuse, Marie, car le Seigneur s'est préparé une demeure en ton esprit. Voici que la lumière viendra du ciel pour qu'elle habite en toi et pour que, par toi, elle resplendisse dans le monde entier. Et le troisième jour qu'elle tissait la pourpre de ses doigts, il vint à elle un jeune homme dont la beauté ne peut se décrire. En le voyant, Marie fut saisie d'effroi et se mit à trembler, et il lui dit : Ne crains rien, Marie; tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu concevras et que tu enfanteras un Roi, dont l'empire s'étendra non-seulement sur toute la terre, mais
la France peut revendiquer saint Martin (n° 6), saint Didier (n° 3), saint Rémi (n° 40); Rome, saint Etienne (n° 7) et les saints Jean et Paul (n° 4) ; Pavie , son évêque, saint Gyr (n° 31), dont le tombeau a été récemment retrouvé par le professeur Prelini (1), et illustré
aussi dans les cieux, et qui régnera dans les siècles des siècles. Amen. » (Gustave Brunet, les Évangiles apocryphes, p. 19M93.)
« Et il y eut une réunion de prêtres, et ils dirent : Faisons un voile ou un tapis pour le temple du Seigneur. Et le prince des prêtres dit : Appelez vers moi les vierges sans tache de la tribu de David. Et l'on trouva sept de ces vierges. Le prince des prêtres vit devant lui Marie, qui était de la tribu de David et qui était sans tache devant Dieu. Et il dit : Tirez au sort laquelle filera du fil d'or et d'amianthe, et de fin lin, et de soie, et d'hyacinthe et d'écarlate. Et la vraie pourpre et l'écarlate échurent à Marie par le sort, et les
ayant reçus, elle alla en sa maison Et Marie, ayant reçu
la pourpre et l'écarlate, se mit à filer. Et ayant pris une cruche, elle alla puiser de l'eau, et voici qu'elle entendit une voix qui disait : Je te salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, tu es bénie parmi toutes les femmes. Marie regardait à droite et à gauche, afin de savoir d'où venait cette voix. Et s'étant effrayée, elle entra dans sa maison et elle posa la cruche, et ayant pris la pourpre, elle s'assit sur son siège pour travailler. Et voici que l'ange du Seigneur parut en sa présence, disant : Ne crains rien, Marie; tu as trouvé grâce auprès du Seigneur. » (Protévangile de Jacques le Mineur, apud G. Brunet, p. 121-122.)
(1) San Siro , primo vescovo e patrono di Pavia, studio storico-critico, Pavie, 1880, 1 vol. in-16, avec planches. — Il sacro deposito di San Siro scoperto nel settembre 1878. Pavie, 4880, in-8°.
par le commandeur de Rossi dans le Bulletin d'archéologie chrétienne.
Les parcelles, suivant l'habitude, devaient être bien minimes et détachées des ossements. La preuve, c'est que quand il en est autrement, le scribe a le soin de l'indiquer : aussi spécifie-t-il les cheveux de saint Didier (n° 3) et la dent de sainte Atale (n° 12).
Partout le nom du saint est précédé du qualificatif sanclus, admis par l'Église pour faire reconnaître ceux de ses enfants auxquels elle décerne un culte public. Une seule fois on lit domnus (n° 3), expression trèsancienne, comme l'a fait remarquer le commandeur de Rossi (1) : il est donc probable qu'en cette occurrence le rédacteur n'a fait que copier l'étiquette qu'il avait sous les yeux. Domnus s'est conservé dans la liturgie, en un verset des litanies des saints, mais à l'occasion du pape seulement (2). Vouloir en faire ici une espèce de titre épiscopal (3) ne serait pas admissible, puisque saint Martin et saint Gyr, qui sont des évêques, n'en sont pas gratifiés.
On se prend à regretter un tel laconisme, quand on lit trois anneaux de fer (n° 37). Evidemment il s'agit
(1) Suivant lui, cette appellation « dénote une haute antiquité». (Bull, d'arch. chrét., 1878, p. 43.)
(2) « Ut Domnum apostolicum et omnes ecclesiasticos ordines in sancta religione conservare digneris, te rogamus, audi nos. »
(3) Domnus a persévéré pour les évêques jusqu'au xuie siècle, témoin le manuscrit des Gestes des évêques du Mans, qui porte : « Gesta domni Turribii, Cennomannice urbis episcopi. » — « Gesta domni Pavacii, Cenomanice urbis episcopi. » (De Meissas, Evangélis. des Gaules, Réplique à deux Bénédictins, p. 48.)
d'une chaîne, mais à quel saint peut-on sûrement la rapporter? Nous savons par l'histoire que certaines chaînes sont célèbres, par exemple, celles de saint Pierre et de saint Paul (1). Dans plusieurs églises on vénérait, au moyen âge, des anneaux détachés de ces mêmes chaînes (2). Saint Grégoire le Grand en envoyait de la Jimaille(3), mais rien ne nous fait présumer qu'il ait adressé plusieurs anneaux à l'église de Monza. Faute de noms, il serait téméraire de se lancer dans des hypothèses sans fondement, car l'on pourrait tout aussi bien prétendre que ces trois anneaux provenaient de la chaîne qui attacha saint Jean-Baptiste dans sa prison.
Le catalogue porte encore : Trois agneaux de cire ainte (n° 47). On ne peut y voir autre chose que ces médaillons en cire consacrés par le pape, et connus sous le nom d'Agnus Dei. C'est assurément une des plus anciennes mentions à date certaine de ces objets de dévotion.
Pendant tout le moyen âge, les reliques furent enveloppées dans un morceau d'étoffe, cousu ou. lié à la partie supérieure, en sorte qu^on ne pouvait les voir, mais leur identité s'attestait au dehors par une étiquette. Il en fut ainsi à Monza au xie siècle, et, pour mieux conserver ces précieuses parcelles, on les déposa dans vingt-quatre petits vases de bois, vascula lignea (n° 46).
(1) L'Octave des saints apôtres Pierre et Paul*,- à Rome, p. 400-104.
(2) Il y en a sept anneaux à Sainte-Cécile (Les stations et dim. de Carême à Rome, p. 69), deux à la cathédrale de Cologne et un à Aix-la-Chapelle [Le trésor du dôme d'Aixla-Chapelle, p. 44). »
(3) Bull, d'archéol. chrét., 1878, p. 43.
Ces vases ne sont pas précisément communs, et jusqu'à présent je n'en ai rencontré qu'un seul : il renferme les cendres de saint Léonard, dans la ville de ce nom (Haute-Vienne), et date du xne siècle. Il serait donc d'un grand intérêt pour l'archéologie de rechercher ces vases, signalés au xvie siècle par saint Charles et par l'acte notarié de 1602. Voilà encore un nouvel appoint qu'il est essentiel de ne pas négliger pour le développement du trésor.
Une question se pose ici tout naturellement : Quelle est l'origine de ces reliques? A leur simple énumération il est facile de se convaincre qu'elles viennent de divers pays. L'époque à laquelle elles furent apportées à Monza reste indécise et flotte entre le vne et le xie siècle. Quelques-unes vinrent de Rome, mais c'est la petite quantité : il n'y a donc pas à songer, au moins pour l'ensemble, à une donation grégorienne. D'ailleurs, à part la vraie croix et la limaille des chaînes de saint Pierre, on voit saint Grégoire envoyer plus volontiers des brandea (1), ou linges ayant touché aux saints tombeaux, que des ossements ou des parcelles de corps saints.
L'Orient figure pour une part considérable dans l'énumération de l'an 1042. Il vient donc à l'esprit, de prime-abord, que plusieurs de ces reliques ont pu être apportées par des pèlerins de Terre-Sainte. La date est à considérer, car alors ce ne sont plus des reliques obtenues par la voie des croisades, comme le pensait Frisi. On m'objectera peut-être que, dans le reliquaire de Sainte-Croix de Jérusalem, à Rome, dit reliquaire
(I) Martigny, Dictionnaire des antiqui.es chrétiennes, 2e édit., p. 69o.
de saint Grégoire, on trouve des reliques analogues; mais à cela je répondrai catégoriquement que ce reliquaire me paraît d'une authenticité très-contestable. En effet, le tableau lui-même n'est pas antérieur au xiyc siècle et est certainement d'origine latine. La mosaïque byzantine qui occupe le milieu du petit meuble me fait présumer que le don des reliques est contemporain des croisades, ce qui concorde, du reste, avec l'écriture des étiquettes (1).
Une mention capitale, dans l'inventaire qui nous occupe, est celle de quarante-quatre ampoules pleines du sang et de la liqueur des saints (n° 45). Le sang et la liqueur, voilà deux termes à discuter : cependant je dois dire qu'ils ne soutiennent pas l'examen, d'une part, avec le papyrus, et, de l'autre, avec les inscriptions des ampoules elles-mêmes, car, dans les deux cas, il n'est parlé que d'huile. Le sang des martyrs se recueilli) Ce reliquaire comprend deux cent treize reliques. Je n'indique que les suivantes : « De lapide que- tegitur sepulchrum Yhesu, lapis ubi sedebat Xpistus quand o dimisit peccata Marie Magdalene, lapis domus ubi fuit virgo Maria, pe sepulcro Xpisti Yhesu, lapis de sepulcro béate Marie virginis, de sanguine Xpisti, de fragmentis Do-mini Yhesu, de lacté béate Virginis, lapis ubi Do-minus Yhesus ascendit ad celos, lapis ubi Xpistus jejunavit, lapis ubi stetit angélus quando annuntiavit Yirgini, de sancto monte Calvarie ubi Xpistus fuit crucifîxus, lapis ubi Xpistus fuit lotus, lapis montis Calvarie ubi Xpistus fuit crucifiius, lapis monumenti Domini Yesu Xpisti, lapis ubi natus est Xpistus, de loco ubi sancta crux fuit reperta ; » et enfin pour Fancienne loi : « Reliquie undecim prophetarum » et « de virga Aaron que floruerat in deserto ». (Barbier de Montanit, Stations et dim. de Carême à Rome, p. 95.)
lait avec des éponges, fait historique très-avéré (1), et se conservait dans des vases : en principe, la chose ne serait donc pas matériellement impossible. Aussi, ce serait rendre service à la science que d'examiner si les fioles de Monza portent des traces de sang ou d'huile. Le mot liqueur peut s'entendre de Y huile, non pas qui brûle dans les lampes, mais de celle qui coule des ossements sacrés ou des saints tombeaux. On l'appelle encore manne, comme la manne de saint Nicolas à Bari (2), parce que ce n'est pas de l'huile proprement dite, mais un liquide sui generis.
Quoi qu'il en soit du contenu, nous sommes mieux renseignés sur le contenant. Les ampoules sont au nombre de quarante-deux : or, le catalogue de 1602 en compte seize en étain et vingt-sept en verre, ce qui fait un total de quarante-trois. D'où je conclus que toutes sont antérieures à la première croisade, et que les ampoules d'étain, dites grégoriennes, tout en provenant de Terre-Sainte, n'ont pas été apportées par les premiers croisés.
(1) Prudence consignait, au ive siècle, la tradition dans ce distique :
« Si quis et in sudibus recalenti adspergine sanguis ïnsidet, hune omnem spongia pressa rapit. »
[Peristeph., Hymn. XI, de S. Hippolyto.)
(2) Notes archéologiques sur Moutiers et la Tarentaise , p. 138-165.
L EVANGELIAIRE D ERIBERT.
Cet évangéiiaire, donné en 1044 (I) à Monza par l'archevêque de Milan , Aribert ou Eribert d'Antimiano , n'existe plus dans le trésor de la basilique. Il ne nous est connu que par les deux planches que lui a consacrées Frisi (t. III, pi. XV et XVI), et par les descriptions qu'il en a faites pages 61-65 (2). C'est à tort qu'il cherche à l'identifier à celui que décrit l'inventaire de 1353, sous l'appellation de Testavangelium, car si, d'une part, il y a concordance pour le sujet principaJ, qui est une crucifixion, de l'autre, il y a dissemblance, puisque la gravure montre une plaque historiée, tandis que l'inventaire la dit sans autre ornement que des pierres précieuses.
La face principale est en or et l'autre en argent doré. Quoique Frisi ne parle pas d'émail , il est certain qu'il
(1) Cette date est donnée par l'inventaire de 1760, qui décrit ainsi F évangéiiaire de l'archevêque de Milan : « Un coperto di libro, detto Evangeliario, quale da una parte è tutto d'oro figurato con moite gemme e lapislazulo, rapresentante la deposizione di Nostro Signore dalla croce, dall' altra tutto d'argento dorato con diverse figure a basso rilievo, donato da Eriberto Entimiano,arcivescovo diMilano, l'anno 1044 » (n° 20).
(2) « L'évangéliaire d'Éribert disparut en route, peut-être avant d'arriver. » (Biraghi, Guida di Monza, p. 31.1
y en avait en plusieurs endroits; il était de couleur bleue, ce qui, en 1768, le faisait confondre avec du lapis-lazzuli. D'ailleurs, je trouve une grande analogie entre cette couverture et une couverture provenant du même donateur qui est dans le trésor du dôme de Milan.
La bordure se compose, aux angles, de gros cabochons, et, sur les bandeaux, de cabochons groupés par trois, qui alternent avec des plaques rectangulaires en émail . le tout se détachant sur un fond de filigrane. D'après le dessin, deux de ces pierres sont gravées et antiques. Frisi dit que ce sont des camées (1). L'un figure « Esculape en pied, barbu, avec le cothurne, enveloppé dans un large manteau : il a dans la main gauche une baguette, autour de laquelle s'entortille un serpent, et on lit le mot grec 0HPACI. » Le second « représente probablement un Apollon nu, debout, en pied, casqué, ayant dans la main droite une petite baguette et, autour du même bras, une peau. De la gauche il présente à manger à un oiseau, qui semble un corbeau. Sur une colonne sont les trois Grâces et, derrière la colonne, un arbre ».
Une seconde bordure, plus étroite, est semée d'étoiles ou de marguerites à cinq pétales, qui paraissent faites au repoussé.
Une croix pattée occupe tout le champ du tableau, son orle extérieur est gemmé : une seconde bordure extérieure, et certainement émaillée, reproduit cet ornement , si cher aux Byzantins , qui ressemble à des degrés opposés (2). En haut, à droite et à gauche,
(1) Il les a fait graver, t. I, p. 1.
(2) Voir dans les Annales archéologiques, t. XVII, p. 337,
apparaissent deux disques à faces humaines, avec un croissant sur le côté : ce sont les personnifications du soleil et de la lune.
Au-dessus des croisillons , s'élèvent les deux anges Michel et Gabriel (2), désignés par leurs noms : s. mihael, s Gabriel. Ils sont nimbés, vêtus d'une tunique ceinte à la taille , et ont les ailes baissées. Saint Michel pleure, et s'essuie les yeux avec un pan de son manteau.
Le titre de la croix se lit ainsi sur deux lignes :
f IHS NAZARENVS REX IVDEORVM
Le Christ, barbu , la tête entourée du nimbe crucifère, un jupon aux reins , a déjà les bras détachés de la croix. Ses pieds , posés sur un support , sont percés de deux clous. Un personnage debout, nimbé, les pieds
la bordure du reliquaire byzantin de Limbourg, présumé du xe siècle.
(2) Sur une croix éthiopienne qui date du moyen âge et qui est conservée au musée de Florence, cette inscription nomme les deux anges qui accompagnent la scène de la crucifixion, sur la face principale : Michel et Gabriel entourent Marie avec son fils bien-aimé. (De Lasteyrie, Notice sur une ancienne croix éthiopienne. Paris, 4 874, p. 7, 4 6.) A Parme, dans une des chapelles latérales de la cathédrale, ils sont également nommés, sur un bas-relief de la crucifixion, q'ii remonte au xne siècle. Voir sur la signification mystique de leur présence, le Guide de l'art chrétien, tome XVII, p. 329-330.
nus comme un apôlre, prend à deux mains le corps du Christ. Son pied droit pose sur le sommet de l'échelle, que soutient Joseph d'Arimathie, et le gauche est appuyé sur le support même du Christ, lequel s'affaisse à gauche , du côté où se trouve sa mère , nommée s. maria. Marie, nimbée et voilée , debout sur un escabeau, tend ses bras, enveloppés dans son manteau, vers la main de son fils, auquel elle n'ose toucher directement. En pendant est saint Jean, également désigné par une inscription, nimbé, barbu, pleurant, s'essuyant les yeux avec son manteau, et foulant, avec ses pieds nus, le livre, emblème de son apostolat, ou plutôt un escabeau, symbole de dignité. Deux inscriptions verticales désignent Joseph d'Arimathie, iosepii, etNicodème, cnodemvs, qui prêtent leur concours au disciple , non désigné par l'Evangile, mais qui est venu tout exprès pour détacher le Christ de la croix. Les deux assistants, pour exprimer leur infériorité relative, sont de moitié plus petits que la Vierge, le disciple et saint Jean. Ils portent une jaquette courte, comme des serviteurs , tout en se distinguant par le nimbe de la sainteté. Joseph, à droite, soutient à deux mains l'échelle courte qu'il a appliquée contre la croix, et qui est munie, pour plus de solidité, d'une branche verticale. Nicodème, à gauche, ôte, avec une tenaille, le clou d'un des pieds.
Deux questions se posent ici : Quel est ce personnage innommé? Il est donc bien connu, pour qu'on se dispense d'inscrire son nom , comme il a été fait pour ceux qui l'assistent! Le trouve-t-on dans d'autres représentations du même temps?
Je dois déclarer d'abord qu'il n'est pas indiqué dans le Guide de la peinture, et que je puis tout au plus
soupçonner sa présence sur les portes de la basilique de Saint-Paul, où, après avoir constaté la Vierge et saint Jean, il ne reste plus que Nicodème et Joseph d'Arimathie ; mais la gravure est insuffisante pour éclaircir la difficulté (1).
h" Evangile de Nicodème n'aide pas davantage à la solution. Toutefois, une traduction de ce texte (2), qui admet de nombreuses variantes, porte ces lignes, qui donnent à réfléchir : « Passion de N.-S. Jésus-Christ, faicte et traitée par le bon maistre Gamaliel et Nicodemus son neveu et le bon chevalier Joseph Dabrimatie. » — « Gy commence la mort et passion de Jhesu-Crist, laquelle fut faicte et traitée par le bon maistre Gamaliel et Nicodemus son nepveu, et le bon chevalier Joseph Dabrimatie, disciples secrets de Notre-Seigneur. » — « Aussi estoit ung maistre àHierusalem, qui lisoit les lois deMoyse qui avoit nom Gamaliel, qui estoit moult sage
(1) M. Rohault de Fleury a gravé, dans YÉvangile (t. TI, pi. XCI), trois descentes de croix. La première est du ixe siècle, et empruntée à un manuscrit grec de la Bibliothèque nationale de Paris : l'opération est faite par Nicodème et Joseph d'Arimathie, l'un des deux étant seul nimbé. La seconde date du xi° siècle, et est fournie par un manuscrit grec de la même bibliothèque ; les observations sont identiques. La troisième représentation, remontant au xne siècle, provient des portes de la basilique de Saint-Paul, à Rome ; j'y remarque quatre personnes, une qui décloue la main droite, une autre qui tient le corps, une troisième qui baise la main gauche, et une quatrième, nimbée, qui s'apprête à recevoir le Christ dans ses bras.
(2) Gustave Brunet, Les Évangiles apocrtjphes, 2e édition, Paris, 1863, p. 224-225. L'ouvrage cité est un in-4°, imprimé en 1497.
et Pylate et les outres Juifs croioient fort son conseil et
estoit oncle de Nicodemus Quant Pilate avoit riens à
faire, il mandoit Gamaliel, Nicodemus et Joseph, et tout ce qu'ilz lui conseilloit, il faisoit. »
Une relation arabe dit expressément que tout cet évangile « a été écrit par Gamaliel et Anne (Ananie), hommes pieux et doctes qui étaient avec Joseph et Nicodème et qui furent témoins de la Passion » (l).
On peut donc, quoique ces textes ne soient pas contemporains de la couverture d'Éribert, en déduire vraisemblablement que le personnage innommé est Gamaliel (2), un des trois témoins et acteurs du fait qui précéda l'ensevelissement. J'hésite d'autant moins à le reconnaître à cette place, que les Actes des Apôt?*es ont rendu de lui ce bon témoignage : « Gamaliel, legis doctor, honorabilis universœ plebi. » (Act. Ap., v, 34) (3).
(4) Les Éoangil. apomjph., p. 229.
(2) Le Martyrologe romain a inscrit le nom de saint Gamaliel, le 3 août, à l'occasion de son invention à Jérusalem. Son corps est conservé dans la cathédrale de Pi se, et exposé à un autel d'une des nefs latérales, dans un sarcophage de marbre blanc, daté de 1536, et qui porte cette inscription :
GAMALIELIS NICHODEMI ET ABIB^E PATRIS FILII AC NEPOTIS VT ECCLESIA DOCET CIVIVM TERRENE AC COELESTIS HIERVSALEM FOELICI TEMPOI E PISANORVM TRADVCTA CADAVERA MARMORE SVB HOC NOVATO RECORD VNTVR
(3) M. Julien Durand, dont personne ne niera la compétence en fait d'iconographie byzantine, m'écrit, au sujet de
Je poursuis ma démonstration par un autre genre de preuve, qui ne manque pas de force, puisqu'il nous fait voir la persistance de la tradition jusquà la fin du moyen âge.
cette descente de croix, une lettre très-intéressante et qui ne peut qu'être agréable au lecteur, quoique je ne partage pas l'opinion du docte archéologue sur la désignation du troisième personnage sans nom, beaucoup plus important que les deux autres, puisqu'il est assimilé aux apôtres par le costume, la taille et les pieds nus.
« La couverture fut sans doute ce qui tenta les Français commandés par Bonaparte. Toujours est-il que le manuscrit fut apporté à Paris avec plusieurs autres, et placé dans la principale bibliothèque publique. Quelques années après, l'Évangéliaire disparaissait, au milieu d'un vol considérable, et on ne met pas en doute que la couverture n'ait été fondue et à jamais perdue. Il n'en reste de traces que les pauvres gravures publiées par Giulini, Memorie di Milano, 1771, t. III, p. 390 et Frisi, Memorie di Monza, t. III, p. 62.
« La plaque ancienne, la seule dont je m'occupe, représentait la descente de croix.
« Il reste un personnage innommé, celui qui tient l'échelle. Il ne faudrait pas croire que le nom Joseph s'applique à lui ; c'est toujours saint Joseph d'Arimathie qui détache, qui descend le corps du Sauveur (voyez le Guide de la peinture); mais comme il y a beaucoup de variantes dans les représentations de la descente de croix, et que les personnages ne sont pas toujours désignés, il est difficile de dire quel est ce saint innommé. Les légendes apocryphes peuvent fournir des noms, c'est possible, mais elles ne peuvent aider qu'à des suppositions. Il faudrait trouver un exemple pareil à celui de Monza, où tous les personnages seraient nommés ; d'où l'on pourrait conclure
A l'ensevelissement du Sauveur, sur un ivoire du xive siècle , que j'ai publié dans les Annales archéologiques (t. XXV, pages "297, 300), Nicodème et Joseph sont assistés par un homme dont on ne voit que la
que, parfois, on plaçait ce personnage dans le sujet en question.
« M. de Saint-Laurent mentionne (Guide de Vart chrétien, iv, 334) un bas-relief de la façade de la cathédrale de Lucques, où il y a la sainte Vierge, saint Jean et trois autres hommes, mais ces figures ne sont pas nommées et il dit que ce bas-relief est le plus ancien à sa connaissance qui donne trois hommes avec saint Jean ; or il est du xue siècle.
« Cet innommé peut être tout simplement mis ici pour la symétrie, comme sa taille, pareille à celle de Nicodème, n'a peut-être pas d'autre cause. Et si l'innommé est nimbé, c'est qu'un personnage prenant part à cette scène ne pouvait être qu'un saint.
« Je trouve dans la composition de cette scène, dans l'arrangement des figures qui en font partie, un reste de tradition d'école ou d'atelier remontant à l'antiquité.
« Cette plaque a dû être fabriquée à Milan, ville restée importante comme chef-lieu de gouvernement depuis la dislocation de l'empire romain, ville où se sont nécessairement perpétués des artistes pratiquant ce qu'on appelle les arts industriels, et travaillant avec les données antiques, plus ou moins altérées ou modifiées. Indigènes, étrangers germaniques ou autres travaillaient là sous l'influence des Byzantins.
a Cette plaque reproduit un patron, un dessin byzantin. Elle avait une bordure en émail, dont les motifs d'ornementation sont byzantins, et qui, dès lors, a été fabriquée par des Byzantins ou dans des ateliers formés par eux. Millin dit que cet Évangéliaire a tant de rapport avec celui de la cathédrale de Milan, qu'on ne peut méconnaître que ce soit B. M. 9
partie supérieure, mais qui est nu : ce pourrait être, eu conséquence, un serviteur (1).
Dans un tableau de Rogier van der Weyden , qui est à Madrid, quatre hommes prennent part à la déposition de la croix : Jean, qui soutient la Vierge; un vieillard à longue barbe, qui reçoit dans ses bras le corps du Christ, probablement Nicodème; un homme,
un travail du même temps, et peut-être du même ouvrier.
(Voyage dans le Milanais, t. I, p. 177.) Je crois que Millin a raison. »
(1) A Monza, sur une fresque de la Renaissance attribuée à Bramantino, et provenant de l'hôpital de Sainte-Marthe, trois hommes font pendant, autour du cadavre du Christ, à six femmes nimbées, moins une qui est très-âgée : celle qui soutient la Vierge est nommée S. Marta. Or deux sont barbus et vieux, et le troisième imberbe. Tous sont nimbés: l'un, à la tête, montre les tenailles, (a) c'est Joseph d'Arimathie ; l'autre, aux pieds, tient les clous (?), c'est Nicodème; saint Jean, aux cheveux longs et au visage juvénile, sais t le corps du Christ: il est agenouillé et vient en aide à la Vierge, qui a pris le bras gauche, pendant que sainte Madeleine, échevelée, lui baise la main, et qu'une autre sainte femme, qui porte la couronne d'épines, s'empare du bras droit.
La fresque a été détachée du mur et reportée sur toile par le comte Jean Secco-Suardo : il en existe des photographies, et j'ai pu la décrire d'après celle que m'a communiquée M. Aguilhon.
(a) Les tenailles sont l'attribut spécial de Joseph d'Arimathie, comme il résulte de cet extrait de deux inventaires du trésor de la basilique vaticane, rapportés par Grimaldi: « Brachium S. Joseph ab Arimathia in argenlo, cum teneculis in manu de argento. » (U56). — « Brachium argenteum forcipem manu gerens, in quo est brachium S. Josephi ab Arimathia. »
d'une quarantaine d'années, qui regarde et se tient derrière, peut-être Joseph d'Arimathie ; enfin un jeune homme qui descend de l'échelle, et saisit le bras gauche du Sauveur. Ce dernier pourrait être Gamaliel. On trouve une gravure sur bois de cette déposition dans l'ouvrage de Woltmann, Geschichle der Malerei, Leipzig, 1879, 5e livr., p. 32.
De ces trois faits je conclus à une tradition qui introduisait un troisième personnage, en plus de ceux que désigne l'Évangile.
Le revers a été entièrement refait à l'époque de la Renaissance : aussi je m'y arrêterai peu. La large bordure, égayée de rinceaux classiques, montre aux quatre coins, dans des médaillons, les quatre docteurs de l'Eglise latine (1), ainsi que, dans deux cartouches,
(\) La Renaissance italienne aimait à mettre en parallèle les évangélistes et les docteurs. En 4465, Maître Antonazzo, peintre de Rome , fut chargé de les représenter, dans l'église des Saints-Apôtres, à la voûte de la chapelle de Sainte-Eugénie : « In medio faciet Christum cum quatuor angelis, item in quolibet quatuor angulorum unum Evangelistam, et ex utraque parte unius Evangelistse unum Doctorem et alium latinum, sedentes, in studio scribentes, totum residuum voltse sl.ellatum cum azurio et frigiis necessariis in parietibus, sub fenestris duas fenestras depinctas cum marmoribus et columpnis. » (Muntz, les Arts à la cour des Papes, t. II, p. 83.)
A la Chartreuse de Pavie, une fresque du chœur, de la fin du xve siècle, unit saint Grégoire à saint Mathieu, saint Ambroise à saint Marc, saint Augustin à saint Luc, et saint Jérôme à saint Jean. Ailleurs, dans le même édifice, l'ordre est interverti : saint Grégoire est associé au bœuf de saint Luc, saint Ambroise au lion de saint Marc, saint Augustin à
en haut et en bas, quatre vers latins qui désignent le donateur et lancent Fanathème contre celui qui serait tenté d'enlever le riche et précieux présent :
HYNC . EVANGELICVM . TIBI . DAT . PRO . MVNERE . TESTYM. PRESVL . TIERIBERTVS . XPE . TVVS . FAMYLVS . FYLGEAT . ECCLESIE . SANCTI . SYB . LAYDE . IOANNIS. TOLLERE . QYI . TEMPTAT . PERPETYO . PEREAT (1).
l'homme de saint Mathieu, et saint Jérôme à saint Jean. Dans le beau tableau du Louvre , exécuté en '1314 par Pierre-François Sachi, de Pavie, nouvelle variante : l'aigle est attribué à saint Augustin, le bœuf à saint Grégoire, l'homme à saint Jérôme, et le lion à saint Ambroise. De ces trois représentations iconographiques, déduisons que, si saint Ambroise reste fidèle à saint Marc, saint Grégoire va tantôt avec saint Mathieu et tantôt avec saint Luc; saint Augustin avec saint Luc , saint Mathieu et saint Jean , et saint Jérôme , indifféremment avec saint Jean ou saint Mathieu.
(1) Voici deux exemples jd'anathème avec formule spéciale. La bulle donnée par Jean XV, en 986 , à l'abbé de Saint-Pierre au ciel d'or, à Pavie , se termine par cet anathème : « Omnes maledictiones quae in veteri et nova continentur lege, veniant super eum, a celesti sede perculsique, anathema maranatha. » (Historiœ patriœ monumenta, t. XIII.) Une charte de l'archevêque de Milan Robald, datée de II 35, porte : « Si quis autem hoc privilegium violare in aliquo
presumpserit sit anathema maranatha et pereat cum
Saule et Jonatha, nec partem habeat cum Xpo Domino qui pro nobis peccatoribus crucifixus est in Golgotha. » (Frisi, t. II, p. 53.)
« Maranatha est un mot syriaque qui signifie Bominus
Le tableau, figuré au milieu de la couverture, se partage en deux ordres distincts, représentant le ciel et la terre. En haut, le Christ, assis sur les nuées et entouré de nuages en forme d'auréole, bénit de la droite, et pose le livre de vie sur son genou gauche. Il est accosté des quatre évangélistes, sous leurs formes zoologiques, et dans cet ordre : aigle et homme, boeuf et lion. Les animaux sortent à mi-corps des flancs de l'auréole et tiennent leurs livres ouverts. Leur tête n'est pas nimbée, mais ils ont tous des ailes, excepté l'homme. En bas, l'archevêque Éribert, uaeribertvs arciiiepisciiopvs,
venit » (ibid., t. III, p. 294), comme si celui qui lançait l'anathème menaçait de l'intervention directe de Dieu dès cette vie, mais surtout au jugement dernier.
Au vc siècle . cette expression était déjà usitée , car elle figure parmi les anathèmes inscrits à l'entrée du martyrium de Poitiers :
SI QVIS • QVI • NON • HIC • AMAT • ADORARE • DNM • IHM XPM . ET • DISTRVIT • OPERA ISTA SIT ANATHEMA
MARANATHA • YSClYU){llSque) • IN SEMPITERNVM
Pour nous rapprocher davantage de l'époque de l'évangéliaire d'Éribert, je citerai l'anathème dirigé contre le voleur d'un manuscrit de saint Augustin qui date du xe siècle, et qui appartient à la ville de Poitiers. Ce voleur est menacé , en punition de son délit, des peines du Tartare, ainsi que celui qui se permettrait de détruire l'anathème.
agenouillé sur un prie-Dieu, joint les mains et regarde son patron, saint Jean-Baptiste, qui lui montre le ciel Vêtu de la mozette et tête nue, il est assisté de saint Ambroise, en surplis et mozette, qui appuie la main gauche sur son épaule et tend la droite vers le ciel, comme pour recommander son client. Les noms de ces trois personnages sont inscrits près d'eux sur des cartouches.
Le style de cette plaque d'orfèvrerie étant celui de la fin du xve siècle, il est évident qu'à cette époque le chapitre a fait refaire ce qui était mutilé et hors d'usage, ayant soin de reproduire le motif iconographique qui ornait la plaque primitive.
Frisi fait observer que l'archevêque est sans barbe et que, sur la croix donnée par Eribert à l'église de Saint-Denis de Monza, il est représenté barbu, mais également sans mitre et la tête découverte.
Puisque l'occasion se présente, je mentionnerai en passant une autre croix du même Eribert, placée audessus de son tombeau au dôme de Milan. J'y reviendrai plus tard, lorsque je décrirai les belles croix de métal qui sont un des plus précieux ornements des églises de Verceil et de Pavie.