Item liber Jectionum de sanctis
91. « Item missale unum, cum tabulis heburneis ornatis de argento (I). »
(I) Frisi, t. II, p. 131-136. — Pour donner une idée de la
Avant la rédaction de cet inventaire, qui est le quatrième par ordre de date, il est fait mention dans des actes officiels, une fois du trésor tout entier, mais en bloc, et, une autre, d'un calice gemmé et anse. Ces documents méritent d'être rappelés, au moins en partie, car ils tiennent de près à l'histoire même du trésor.
Le trésor fut déposé, avec la permission de l'archevêque (1), par l'archiprètre de Monza, dans l'intérêt de
lecture vicieuse de cet auteur, je transcrirai quelques passages en mettant en regard la version de M. Aguilhon : Verenigio pour vermigio (n° 1), ruber pour rubeus (n° 5), data sunt pour dari soient (n° |7), de gazis pour argenteis (n°13), figura pour hUtoria (n° 17), altarium pour ecclesie (n° 21), ad usum pour in promptu (n° 27), vasculus pour siphus (n° 29), siteîla pour scutella (n° 37), sans parler d'autres erreurs de moindre importance. Mais ce qui est plus grave, c'est d'avoir mis des points là où M. Aguilhon a parfaitement lu piviales VI (n° 5), paria eiroticarum (n° 14) et paria pugillariorum (n° 45). Je renonce à signaler les omissions, comme de blancho (n° 1), unus alius rubeus (n° 5), quorum llll sunt frixati (n° 9) , etc.
Cet inventaire, me dit M. Aguilhon, a été écrit sur parchemin : plusieurs lettres et mots sont devenus douteux ou presque illisibles, à cause de la pâleur de l'encre.
(1) L'archevêque de Milan, en 1229, avait enjoint à son clergé de ne pas aliéner les trésors des églises sans sa permission ou celle de leur supérieur direct, leur rappelant à ce sujet les prescriptions du concile de Latran : « De ecclesiis parochialibus vel dignitatibus districte precipimus ab episcopis et alhs prelatis et subditis observari quod in Laleranensi generali concilio statuerunt : Prelati vel ministri ecclesiarum juramento astringantur per episcopum vel suum prelatum majorem tbesaurum ecclesie vel res immobiles absque licentia episcopi vel sui superioris alienare non posse. » (Frisi, t. 11, p. 93.)
la commune de Milan, « pro maxima utilitate comunis Mediolani, » chez l'abbé de Ghiaravalle, « thesaurum, quem archipresbyter de Modoetia deposuit pro utilitate dicti comunis pênes abbatem Gharevallis ad eumdem traditum. » Il fut restitué en 1242 par ordre du podestat, sous la menace d'excommunication ; toutefois il manquait un grand calice : « restitutus fuit thésaurus de ordine Potestatis , excepto calice uno magno. » (Frisi, t. II, p. 111 et 112.)
Obligé de guerroyer contre l'empereur Frédéric II, et ne pouvant trouver d'argent ailleurs, la commune de Milan eut recours au chapitre de Monza , grâce à l'intervention du légat de Lombardie. L'archiprètre remit, pour servir de gage, au podestat et au conseil des Quatre - Cents , après qu'ils eurent prêté serment , un calice d'or gemmé et à anses , du poids de 107 onces : « Consciliarii et secretarii et sapientes comunis Mediolani, plurimum cum precum instantia institissent apud dominum Ardicum de Sorexina, archipresbyterum de Modoetia et canonicos et capitulum illius ecclesie et cum domino G. de Monte longo , Apostolice sedis legato, ut concédèrent et accomodarent eidem potestati et consciliariis et sapientibus seu comuni Mediolani partem aliquam thesauri illius ecclesie ad ponendum in pignore pro pecunia necessaria habenda comuni Mediolani, que alio modo inveniri vel
haberi non potest Domini archipresbyter et cano-
nici, humiliter pro honore et utilitate comunis Mediolani condescendentes , présente et volente isto domino legato, obtulerunt, concesserunt istis potestati et consciliariis et sapientibus et comuni calicem unura auri, de thesauro Modoeciensis ecclesie, ponderis unciarum centum septem auri, cum auriculis et cum orna-
mento multorum lapidum preciosorum Predicti
sccretarii et consciliarii et sapientes superius nominati juraverunt, corporaliter tactis sacrosanctis evangeliis. »
L'acte fut fait, le 3 novembre 1245, au camp cTAlbairate, en face de celui de l'ex-empereur, que le pape Innocent IV, le M juillet de la même année, avait déposé à une des sessions du concile œcuménique de Lyon : « Actum in campis de Albairate in exercitu contra Fredericum, condam imperatorem. » (Frisi, t. II, p. 113, 115.)
En 1255, le calice n'était pas encore restitué au trésor, malgré les instances du chapitre et de l'archevêque, qui menaçait non-seulement le podestat, mais encore toute la ville de Milan , d'une sentence d'excommunication. (Frisi, t. I, p. 96, 98.)
L'inventaire de 1275 est le plus détaillé de tous, car il comprend, non-seulement, comme les autres, l'orfèvrerie et la joaillerie, mais encore les ornements et tentures, ainsi que la bibliothèque.
Dans la seconde catégorie se classent les articles suivants :
N° 1. Treize chasubles, dont l'une se fait remarquer par ses larges orfrois. Une charte de Tan 1228, relative à la cathédrale de Plaisance, emploie également le mot or frayé : « Pluviale rubeum , et dalmaticam rubeam frixiatam etcamisium frixiatum cum stola. » Le synode de Bergame , tenu en 1131, se sert aussi du mot frixum : « Tonsuram et habitum déférant cléricales ordini suo et statui compétentes, vestes virgulatas seu de catabriato, de medietate, vel listatas, vel frixis aut
maspillis argenteis minime déférentes. Thecœ auro
frixo adornatœ. » Frixum est pour frisum, qui, luimême, est une altération de phrygium.
Le terme planeta est employé par le cérémonial du xme siècle : « Ibi revestitur archipresbiter, vel sacerdos hebdomadarius cum planeta. » (Frisi, t. III, p. 196.)
La Société savoisienne d'histoire et d'archéologie (t. XV de ses Mémoires) a publié l'inventaire du pape Félix V, daté de 1440. Les annotations sont très-insuffisantes, mais encore faudrait-il qu'elles fussent exactes. Ainsi planetam albam cum aurifrigio ne doit pas se traduire «avec des franges d'or », mais bien par « avec un orfroi » : d'ailleurs, le sens est très-clairement indiqué par le contexte, qui parle d'une broderie : or l'on n'a jamais brodé des franges. De même capella persica ne signifie pas chapelle bleue. La couleur perse est une nuance du vert. Il y a aussi des fautes de lecture. Le texte ne doit pas porter unum basilicum aureum cum longa serpentina, ce qui n'aurait pas de sens, mais lingua serpeniina : il s'agit de la langue de serpent employée contre les poisons.
Picalatus signifie, étymologiquement, bandé ou formé de bandes alternées; ici le blanc et le vert se succèdent par bandes verticales. Dans le même sens on pourrait dire rayé, si la raie n'était pas plus étroite que la bande et n'avait le mot virgatus pour l'exprimer.
J'ai noté, au musée des arts décoratifs, à Paris, une tapisserie de la fin du xrve siècle , qui représente la scène de la Présentation de l'enfant Jésus au temple par la vierge Marie. L'autel où se fait l'offrande est garni d'un parement à bandes verticales, alternativement jaunes et blanches : le blanc est semé de roses vertes à quatre pétales et le jaune de pois blancs.
Plusieurs couleurs appellent ici notre attention. Ce sont le jaune, le vermeil, le blanc, le pourpre, le pers, le vert, le noir et le violet.
Le jaune se dit en italien giallo : on sent, dans le latin gialdus, l'acheminement à la forme populaire du mot, celle qui est restée dans la langue. Cette couleur était très-répandue au moyen âge. Aux exemples que j'ai cités ailleurs, j'ajouterai les suivants :
« Item, duas casiblas de simito citrino. » (Invent, de l'abb. de Silvacane, 1289, n° 5.) — « Item, alias très casiblas de cirico citrino. » [Ibid., n° 9.) — « Item unum manipulum de serico rubeo, barratum seu listatum de serico deaurato, et folratum de syndoni croceo.» (Inv. de S. Victor de Marseille, 1358, n° 25.)
Gitonsencorequelquestextesd'inventairespostérieurs:
En 1405, furent donnés à la cathédrale d'Angers deux parements à fond jaune, qui servaient pendant l'Avent, la Septuagésime et le Carême : « Duos pannos
pro altari de panno videlicet tiercelin de gens sub
colore croceo, pro temporibus adventus Domini, septuagésime et quadragesime usque ad Pascha. » (De Farcy, Mélanges de décorations religieuses, p. 49.)
«Item une casule, tunicle , dalmatique , estole et fanon de soie gaune, servans aux confès. » (Inv. de N.-D.deLens,Uli.)
Le jaune aurait donc pu invoquer, en faveur de son maintien dans la liturgie , des états de service fort respectables. Toutefois, pratiquement, il eût été assez difficile de faire que la même couleur pût à la fois symboliser la pénitence et la joie. Choisir entre les deux devenait facile, puisqu'il est admis que le jaune constitue la couleur spéciale du plus ancien des confesseurs, le patriarche saint Joseph, comme il résulte d'une de ses révélations.
Passons au pourpre, qui a pu remplacer le rouge, dont il est une des nuances : « Item, alias duas casiblas b. m. 10
de purpura. » [Inv. de l'abb. de Silvacane, 1289, n° 10.) — « Item, purpuram unam, cum qua ornatur altare béate Marie dicti loci. » [Ibid., n° 18.) — « Item, duos pannos purpureos, virgatos. » [lbid., n° 19). — « Item, septem pannos purpureos , cum quibus ornantur, ut dicebatur, altaria dicte ecclesie. » [lbid., n° 25). — « Item, aliam capam purpuream. » [lbid., n° 32.)
« Item casulam unam de purpura. » — « Item dalmaticam unam de purpura ad cruces jalinas. » — « Casulam de purpuro jalino delaceratam vetustam , cum listis. » [Inv. de la chapelle royale de Palerme, 1309.)
Virdum est contracté de viridum, barbarisme qui ne doit pas nous étonner, car, à cette époque, il n'était pas étranger à la France : « Item missale magnum, viridum, mixtum, quod incipit Ad te levavi et finit insidis per. » [Inv. de la cath. de Toulon, 1333, n° 79.)
Le vert de Lucques était renommé : « Primo, octo
casule , quarum una et alia de cirico viridi de
Luca. » [Inv. de S. Césaire d'Arles, 1473, n° 16.)
Une des nuances du vert est le pers (1), si souvent rappelé par les textes du moyen âge, et qui correspond à la couleur du bronze et du métal de cloche, ou même
(1) Ce fut seulement après la croisade, dit Joinville de saint Louis, que « oncques puis en ses habitz ne voulut porter ne menu ver, ne gri, ne escarlate, ne estriefz, ne éperons d'or, ses robbes ettant de camelin et de pers, les fourures de ses mantelines et de ses robes de paulx de garnutes et de jambes de lièvres» (p. 418).
« Item, unum aliud paramentum panni auri, bordatum circumquaque de veluto persico, cum armis nobilis viri Ravmundi Vitalis , burgensis Avinionensis > qui dictum paramentum dédit huic ecclesie Avenionensi, anno presenti millesimo quingentesimo undecimo et die sabati décima presen-
au vert-de-gris. Frisi a donc eu raison de traduire verenigium par verdegriggio. J'en dirais autant de veridella (n° 10).
Le pourpre tourne généralement au violet, et alors on a un violet rougeâtre; c'est pourquoi Pline, voulant déterminer la couleur propre aux violettes, dit qu'elles sont empourprées, violas purpureœ. Une autre nuance, foncée, est le morellus (n° 20) : à Milan, de nos jours encore, le violet s'appelle morello.
Tous les ornements sont faits en samit, en cendal(l),
tis mensis maii. » {ïnv. de la mêtr. d'Avignon, 151 1, n° 157.)
— « Indumenta persica. » (Ibid., en titre d'un chapitre spécial.)
( I ) Le cendal est « un mince taffetas de soie », dit M. Francisque Michel, dans son ouvrage sur les étoffes anciennes. Citons seulement Joinville dans sa ]vie de saint Louis, édit. de Du Cange, p. 5 et 13 : « Et oncques, je ne vis une seule cotte brodée ne selle du Roy, ne selle d'autruys; et il me répondit que à tort il les avoit brodés de ses armes, et qu'elles lui avoient cousté huit livres parisis; et je lui dis qu'il les eust mieux employez de les avoir donné pour Dieu et avoir fait ses atours de bon sendal renforcé battu à ses armes, comme le Roy son rpère faisoit. » — Il « venoit au jardin de Paris, une cotte de camelot vestue, ung surcot de tiretaine sans manches et un mantel par dessus de sendal noir. »
L'oriflamme, faite d'un tissu couleur de feu, qu'on nommait sandal ou saint vermeil, avait trois fanons entourés de houppes; elle était appendue à une lance appelée glaive de gloire.
— « Grant beaulté estoit à jveoir les bannières et les pennons de soye, de sandal, armoyées des armes des seigneurs, ventilant au vent et reflamboyant au soleil. »
La Gazette des Beaux-Arts signale, dans le trésor de la cathédrale de Sens, un orfroi de l'amict de saint Thomas
les Italiens disaient zendado) et en drap d'or ou d'argent.
Le samit, comme l'indique la forme première de son nom, qui est hexanntum, d'où l'on a fait samitum , est une étoffe à six fils, assez semblable au satin (1). Voici comment je suis arrivé à sa détermination pour ainsi dire mathématique. L'inventaire de Boniface VIII, énumérant les ornements légués par ce pape à la cathédrale d'Anagni, spécifie qu'ils sont en samit : or tous ces vêtements sacerdotaux , d'une haute valeur artistique et archéologique , existent encore , substantiellement les mêmes, car ils n'ont été que retaillés pour les accommoder aux exigences et formes de la liturgie moderne. La confrontation entre le texte et l'objet est si facile et si sûre, que la moindre hésitation cet égard n'est plus possible, ainsi qu'a bien voulu en convenir M. Victor Gay, lorsque nous en discutâmes, à l'exposition religieuse de Rome, en 1870, en face de l'étoffe elle-même et la loupe à la main.
M. Aguilhon, qui ignorait cette constatation et le résultat, tient pour le velours, appuyé sur des textes qui n'ont qu'un défaut, celui d'être postérieurs à l'époque qui nous occupe. Je vais le citer in extenso, car j'estime sa science, qui, n'étant pas vulgaire, mérite des égards. « Eneas Sylvius Piccolomini, dit-il, dans son histoire de Frédéric III, parlant d'un voleur, emploie ces paroles dignes de remarque : « Qui cum
de Cantorbéry (xne siècle), qui est en taffetas rouge ou « cendal cramoisi » (t. XXI, 2e pér., p. 250).
(1) Le satin est désigné avec son nom propre dans cet article « Item, alia clamis de satino nigro velutato cum certis floribus rubeis, cum foderatura de tafetassio rubro. » {Inv. de la métr. d'Avignon, 1511, n° 263.)
« sericam diploidem domino suo , cui serviebat olim, « furatus esset, cognomento examù appellatus est, quod « latine villosum sericum sonat. » Cet écrivain donne tout simplement ici son opinion sur la nature de Yexamit, et non la traduction littérale du mot à l'époque de l'empereur volé : le texte vaut donc tout au plus pour le xve siècle. Continuons : « Jean Villani raconte (I, 60) que les Florentins faisaient courir, le jour de saint Jean, un palio di sciamito vermiqlio, et ailleurs, un pallio di sciamito velluto vermiglio. De plus, nos anciens appelaient, par une métaphore très-naturelle, sciamito l'amarante, qui est une fleur velue, ordinairement couleur pourpre. » Le texte de Villani ne conclut pas contre moi, car il témoigne seulement d'une altération du sens primitif. Que l'on ait appelé ultérieurement samit le velours, cela ne prouve nullement que cette étoffe ait été , à l'origine , une étoffe velue comme le velours. Je n'admets pas non plus la comparaison tirée de l'amarante, car je crois que la similitude se base bien plutôt sur la couleur foncée que sur l'apparence rugueuse : en effet, le samit est surtout rouge et vermeil , c'est-à-dire que telle est sa couleur la plus fréquente, car c'est elle qu'il prend le mieux. Cependant il y avait des samits d'autres teintes : les ornements de Boniface VIII sont en samit rouge, de samito rubeo; mais l'inventaire en mentionne en samit vert, blanc, noir et violet, de samito albo, de samito virîdi, de samito violatio, de samito ntgro. En raison même des fils employés, qui se composent de six brins, pour garder l'expression technique, l'étoffe est épaisse, grosse même, ce qui faisait dire au rédacteur de l'inventaire d'Anagni, de samito g?*osso; de plus, elle n'est pas unie et lisse comme le taffetas, mais légèrement velue. Par ces
deux côtés, elle a donc au moins quelques points de ressemblance avec le velours qui, lai, est très-épais et très-velu (1). Aussi le Calepinus septem linguarum, qu n'a pas rigoureusement précisé le genre propre du samit, a-t-il pu le définir : Sciamito, specie di seta non fina, subsericum. Non fina, oui assurément , mais pas dans le sens de bourre de soie, filoselle ou soie bourrue.
Vargentatus (n° 11) doit avoir la même signification que « factum ex argento » (n° 17). C'est un drap d'argent dont je citerai quatre exemples.
La mitre de saint Pierre , archevêque de Tarentaise, mort en 1174, «déposée actuellement dans l'abbaye des trappistes de la Grâce-Dieu (Doubs), est en toile
d'argent et de soie Ses fanons sont également en
drap d'argent tissé sur une trame de fil avec de la soie blanche et bleue. » [Rev. des Soc. sav., VIe sér., t. VI, p. 523.) La mitre de saint Antonin , archevêque de Florence, au xve siècle, est également en toile d'argent : je l'ai décrite dans le Trésor de la cathédrale de Bénévent, p. 9.
Le musée des arts décoratifs, à Paris, a exposé, cette année, une bourse à reliques, qui date du xve siècle et que l'on peut citer pour l'interprétation du mot bursa, lequel figure dans les inventaires de Monza. L'étoffe est un velours blanc à feuillages verts. Au milieu est représentée la scène de la crucifixion, mais sans le Christ, la croix suffisant à le symboliser. Cette croix est verte,
(1 ) La différence radicale serait que le velours est à « quatre poils », si, pour une époque aussi reculée , on pouvait se contenter d'un inventaire de 4748, cité par le Bulletin archéologique (Montauban, 1879, t. VIÏ, p. 231).
— Joi —
tissée de fils d'argent; au-dessous sont figurés, suivant la tradition, le crâne et les os d'Adam; à droite et à gauche , se tiennent debout la Vierge et saint Jean, dont les figures sont peintes sur parchemin. C'est à tort que le catalogue les désigne ainsi : « Deux figures de saintes », car l'iconographie, môme la plus élémentaire, exige qu'on les nomme autrement. Les angles de la bourse sont ornés de boutons tressés d'argent. La bourse elle-même se ferme à l'aide de coulants terminés par des glands de soie.
Voici maintenant un texte d'inventaire : « Item , duo paramenta altaris, de panno argentato, pro presbytero, dyacono et subdiacono, et pulvinali (sic pour pluviah), vel capa, pro socio, eiusdem panni. » (Inv. du chat, de Cornillon, 1379, n°B5.)
L'étoffe dite deaurato (nos 4, 5) ne doit pas être confondue, ce me semble, avec le drapo aureato (n° 1) : ce dernier est un brocart à fond d'or, et non un drap d'or proprement dit, expression que je limiterais et qu'il est facile de vérifier par les deux mitres existantes, dites dans l'inventaire : « Très mitre, una quarum est aurata » (n° 13).
On a, en effet, de beaux échantillons de drap d'or dans les orfrois des deux mitres conservées à Monza. Ce tissu, qui se fabriquait en Sicile, était assez commun en Italie au xrve siècle, ainsi qu'il résulte de l'inventaire de )a chapelle royale de Palermc, daté de 1309, et publié par M. Julien Durand, dans les Annales archéologiques, t. XXV, p. 296 : « Item tunicam unam de panno deaurato super seta violacea. » — «Item tunicam unam deauratam super seta violacea ad vitulos et nodos. » — « Item cappam unam de panno aurco usitatam ad aquilas et alias aves. » — « Item cappam
unam de panno aureo albam ad aquilam cum duobus capitibus. » — « Item aliam cappam de panno aureo, laboratam ad rotas liliorum cum listis in pectore ad rosas et ad crucem. » — « Item dalmaticam unam de panno aureo super seta violacea ad aves et vites. » — « Item casulam unam de panno aureo super panno celestino, infoderatam de cindato rubeo. »
Le drap d'or était aussi usité en France : « Item, duos pallios deauratos. » — « Item, unum manutergium deauratum. » — « Item, unum pannum deauratum , de quo coperitur cepulcrum filii domini comitis Provincie quondam. » [Inv. de l'abbaye de Silvacane, 1289, nos 15, 17, 20.) — «Item, unam dalmaticam de dicto dyaspre
albo et in summitate manicarum est paratura de
panno deaurato cujus campus est rubeus. » — « Item,
unum floquetum de dicto dyaspre albo de panno
deaurato, cujus campus est rubeus. » — « Item duas tunicas pontificales de serico albo de panno deaurato, cujus campus est viridis. » {lnv. de S. Victor de Marseille, 1358, nos 18, 19, 20.)
L'inventaire de la cbapelle de la commanderie de Joigny, en 1336, signale « une casuble de drap d'or blanche une casuble de drap d'or à canter as hautes festes. » [Annal, archéol., t. VII, p. 87.)
« Item, una alia casula de panno sirico albo deaurato, dicta : les coronez, » (Inv. de la métr. d'Avignon, 4511, n° 125.) — « Item, una planeta de auro puro rubeo » (n° 432). — « Item, una planeta panni auri albi » (n° 154). — « Item, unum pluviale auri violeti » (n° 165). — Item, aliae très petiee etiam panni auri..., quarum una est de panno aureo super campo viridi » (n° 159). — « Item, unum pluviale panni auri rubei coloris » (n° 167).
« Item, III aubes parées de drap d'or de plusieurs figures, III amis de drap d'or figuré de ymages, II estoles et III fanons de drap d'or servant aux doubles à IIII clocques. » [Invent, de JS.-D. de Lens , 1471.) — « Item, II aubes parées de drap d'or, figuré d'oysiaulx, un amit de gaune paré et II fanons servans. aux doubles à III clocques » [ibid.) (1).
Dans les textes cités, le drap d'or affecte cinq nuances : blanc, bleu, rouge, vert et violet, tandis qu'actuellement nous n'avons plus que le drap d'or jaune. Gela provient de ce que le fil d'or s'enroulait autour d'un fil de soie dont la couleur n'était pas toujours la même, ou se tramait avec la soie , à moins cependant que l'on ne préfère y voir le lamé d'or des Romains, auquel je ne suis pas porté à attribuer une si haute antiquité.
Parfois l'étoffe est brodée d'or, ainsi que l'atteste ce terme barbare brostatus de auro (n° 5), altération visible du latin b?'odatus. Une seule fois la doublure est indiquée en cendal (n° o), comme dans ce texte des Annales de Milan : « Planeta una drappi nigri ultramarini, fodrata zandali nigro. » (Muratori, t. XVI, col. 810.)
Nos 2, 11. Dix-huit manipules. Deux méritent une mention spéciale : l'un est petit et noir et on le dit affecté au diacre pendant le carême (2); l'autre est muni , en manière de frange , de pendeloques d'or, petites boules métalliques dont nous avons un spécimen dans la croix de Bérenger.
Au xve siècle, à la collégiale de Lens, le noir était la
(1) On remarquera la désignation du degré des fêtes doubles, suivant la sonnerie à trois ou quatre cloches.
(2) Dans le rite ambrosien, le noir est la couleur propre des fériés de Carême.
couleur de l'Aven t : « In adventu Domini non utitur dalmaticis sed casulis nigris. » (Richard, la Collégiale de N.-D. de Lens, p. 41.) Il en était de même pendant le Carême : « A septuagesima quidem usque ad Pascha, nisi de festo fuerit aliquo missa sive sancto, non utitur dalmaticis, sed casulis nigris usque dominicain in Passione Domini. » (Ibid.)
J'ai déjà parlé des pendeloques (1), j'y reviens pour plus ample développement.
La grande bible offerte à Charles le Chauve en 860 montre des manipules frangés ou terminés par six petites pommes ou grenades d'or, suspendues à des fils. M. Gay en a reproduit le dessin dans les Annales archéologiques, t. VII, p. 143. Il ajoute : « Par un passage de son testament, Riculfe, évêque d'Helena (Elne?), en 915, léguait à ses successeurs six manipules brodés d'or, à l'un desquels étaient suspendues de petites clochettes, sorte de frange métallique (2). » L'étole de saint Thomas de Gantorbéry, conservée dans le trésor de la cathédrale de Sens, est également terminée par
(1) V. Invenl. du pape Paul III, pages 21, 22, 65, pour la mitre; page 21, pour les étoles et manipules; page 21 , pour le pluvial et les nappes.
(2) Voici ce texte, que je compléterai par quelques autres : « Manipulos sex cura auro , unirai ex illis cura tintinnabulis. » Ce testament a été publié par Baluze à la suite de celui de Reginon; du Cange n'en cite qu'un extrait aux mots manipulus et stola : « Stolas quatuor cura auro , unara ex illis cum tintinnabulis. » Le manipule était donc ici assorti à l'étole. — «i Stola et manipuli cum imaginihus et in extremitatibusangelicum campanulis argeuteis. » [Monastic. Anglic, t. III, pars ni, p. 3I7.) — « Super haec itaque ministretur ei (episcopo) tunica gyris in tintinnabulis mirifice
des poires métalliques, au nombre de trois. (Ann. arch., îbid.)
« Item, unam mitram, cum duobus pendentibus a
parte posteriori in extremitate inferiori cujuslibet
pendentis sunt sex cathenule parve argentée deaurate, cum sex longis cascavellis deauratis. » (Inv. de S. Victor, 1358, n° 43.)
L'inventaire de Boniface VIII, qui remonte au commencement du XIVe siècle , décrit minutieusement deux touailles, d'ouvrage allemand. L'une est rehaussée de quatre-vingt-dix-huit petits émaux ronds et imagés, qui pendaient au frontal, mêlés à quatre-vingt-quinze clochettes : « Item vna tobalea de opère theotonico, in qua est in medio Agnus Dei , et in circuitu diverse
refecta. » (Sacram. Ratoldi, apud Mar'ene, De antiq. Eccles. ritib., lib. I, cap. îv, art. xn.)
Robert de Blois, abbé de Saint-Florent de Saumur (985- 101 1), avait aussi des clochettes d'argent à son étole, à son manipule et à sa ceinture : « Stolamque ac manipulum eodem ornatu (auro) composuit, in quibus pendentes ad prœcinctorium palmulœ tintinnabulis organisabant argenteis. » (Rev. des soc. sav., 7e série, t. II, p. 227-228.)
L'on attachait des clochettes au suaire de la crosse et des grelots aux bourdons ; « Ornamentum baculi pastoralis lincunV, cujus extremitates decorantur floribus aureis et sericis; in superiori parte historié deaurate; pars inferior ornatur campanulis argenteis. Datum a domina abbatissa de Biloka, et in eo inscribitur : De Biloka, 1520. » [Inv. de Clairvaux, apud Lalore, Trésor de Clairvaux, p. 89, n° 131.) — « Ibidem sunt duo baculi , vocati bordon, et sunt minuti (niuniti?) de argento desuper cum parvis cymbalibus argenteis et cum duabus parvis mapis de canayo in dictis baculis ligatis. » (Invent, de la cathedr. de Lyon, 1448, n° 41.)
ymagines et littere. Et est ibi fronsale de pernis, cum triginta duobus smaltis rotundis ad ymagines, et cum sexaginta sex alijs smaltis medijs, et nonaginta quinque cocculis deauratis. » — « Item vna tobalea de opère theotonico ad capita Regum , cum aurifrisio ad ymagi" nés Saluatoris in medio , parte a dextris, parte a sinistris, cum pernis, et viginti nouem cocculis argenteis deauratis. » {La cathédrale d'Anagni, p. 97, 98.)
Nos 3, 4. Sept dalmatiques pour le diacre et six pour le sous-diacre.
En France, on disait fréquemment, sous forme abréviative, pour ces deux vêtements, le diacre et le sousdiacre : « Item, alia planeta de simili panno piano veluto cum offris plenis de auro fîno et duplicata et cum diacono et subdiacono , munitis crucibus aureis ante et rétro et cum stolis et manipulis per totum , quos dédit serenissimus (sanctissimus) Dominus papa, dum in minoribus esset, archiepiscopus et legatus Avinionensis. (Inv. de la métr. d'Avignon, 1511, n° 207.)
Nos 5, 6. Suit une nomenclature de six pluviaux de diverses couleurs. Pluvial est le terme rigoureusement liturgique : en France, nous nous sommes habitués à dire chape, expression qui n'était pas absolument insolite à Monza, bien que plus rare. Le cérémonial de cette église, qui date du xme siècle, emploie les deux mots, comme on faisait à Avignon (1) : « Archipresbyter, revestitus cum pluviali, et diaconus sine dalmatica, vel sacerdos ebdomadarius , revestitus cum pluviali. » (Frisi, t. III, p. 193.) — « Gantata tertia,
(1) « Item, alia planeta cum pluviale sive capa de fustano nigro, cum diacono, subdiaco, stola et manipule- similis panni, parvi valons. » {Inv. de la métr. d'Avignon, \ 51 1 , n° 221 .
vadimus ad sanctum Michaelem cum duobus testavangeliis, que testa portant duo diacones in cappis. » [Ibid., p. 195.)
A l'enterrement de Théodelinde , dans la fresque de 1414, l'archiprêtre est coiffé de la mitre précieuse et vêtu du pluvial, dont l'orfroi, gemmé et étroit, fait également le tour de la partie inférieure, et est fixé à la poitrine par un fermail gemmé et quadrilobé.
N° 7. Cinq vêtements, dont trois sont habituellement donnés aux chanoines morts. L'expression vestis est très-vague : d'après le Liber Pontifîcalis, il s'agL*ait d'une garniture ou parement d'autel, mais ici il n'y aurait concordance que pour l'étoffe employée. Pourquoi donc les donne-t-on aux défunts et semble-t-on les réserver pour ceux qui manqueraient du nécessaire? La rubrique locale, conforme à la liturgie romaine (1), va nous l'apprendre péremptoirement : en effet, le cérémonial
(I) « Sacerdos, aut cujusvis ordinus clericus defunctus, vestibus suis quotidianis communibus usque ad talarem vestem inclusive, tum desuper sacro vestitu sacerdotali vel clericali , quem ordinis sui ratio deposcit, indui débet. Sacerdos quidem super talarem vestem amictu, alba, cingulo, manipulo, stola et casula seu planeta violacea sit indutus. Diaconus vero induatur amictu, alba, cingulo, manipulo, stola super humerum sinistrum, quee sub axilla dextera anriectatur, et dalmatica violacea. Subdiaconus autem amictu, alba, cingulo, manipulo et tunicella. » (Rit. Rom., De exequiis.) Le Rituel ne parle pas ici seulement de l'exposition, mais aussi de la sépulture. A Monza, on était plus économe , car si les chanoines ne pouvaient subvenir euxmêmes aux frais de cette dernière vestition, ils obtenaient, de la sacristie du chapitre, des ornements d'emprunt pour le temps de l'exposition exclusivement.
du xiii0 siècle veut que les chanoines, pour leurs obsèques , soient exposés dans le chœur , vêtus de l'ornement propre à leur ordre, chasuble pour les prêtres, dalmatique pour les diacres , et tunique pour les sousdiacres : « Deposito corpore in choro, sciendum
est quod illi qui sunt presbiteri, diaconi, subdiaconi debent revestiri prout fuit quando celebrabant. » (Frisi, t. III, p. 200.)
N° 8. Cinq aubes, nommées chemises, comme encore en italien , camice. Le mot est ancien , car il se trouve dans S. Grégoire : « Duas autem camisias et 4 oraria vobis transmisi. » (Lib. VI, epist. 27.) Papias la définit, en donnant raison de sa dénomination : « Alba, vestis sacerdotalis usque ad talos , unde et talaris dicitur ; dicitur vero a similitudine camisias quotidianse , quia lino fit , stringens superiora et inferiora. » Nous avons déjà vu cette expression dans le deuxième inventaire de Bérenger, n° 19.
Le pontifical du vne siècle, qui fait partie des archives de la basilique , a un chapitre intitulé : De tunica super camisam. (Frisi, t. III, p. 198.) En France; comme en Italie, camisia fut souvent synonyme d'aube, on va le voir par les textes suivants, qui constituent, en quelque sorte, la monographie de X aube parée, c'està-dire ornée d'orfrois ou de pièces rapportées, surtout à la poitrine et aux manches.
« Camisias magnas deauratas cum amictis suis duas et alias de sericis septem. » {Don du pape Victor 111 au Mont-Cassin, en 1087.)
« Alba a scapulis et capite ac manibus friso decenter ornata, a pedibus vero frisea nihilominus iista, mensuram ferme cubiti in latitudine habente circumdata. » (Bock, Geschichte der liturg. Geivander, p. 38.)
« A genibus ad talos usque holoserica limbo deaurato mirifice pontificaliavestigia complectebatur. » (Historia episcop. Antissiodor. , cap. xlix. (xie siècle.) Apud Novae Bibliothecx manuscript. librorum, tom. I, p. 450.)
« Albse XLVÏ, ex his IV cura aurifrisio. » {Invent, de la cath. de Bamberg, \ 128.)
« Vestimentum cura alba undique aurifrizatum. » [Histor. pontifie, et comit. Engolis., cap. xxxv; ibid., tome II, p. 260. — xne siècle.)
<( Unum camisum eu m gramatis et frisis. » (Char la an. 1197, apud Ughellum, Italia sacra, tome VII, p. 1275.)
«Item, IV camisias de cortina cum pectoralibus et gramicis de opère Cyprensi. » (Lib. Anniversar. Basilic. Vatican., apud Johannem Rubeum, in Vita Bonifacii V1I1, p. 345.)
« Albœ VHI de serico. — Item, alba unade bukeram, cum parura brodata cum leonibus, de dono Roberti de Bellafago; etuna alba iinea cum parura de tribus aurifris., quœ pervenit de dono Stephani Riedel ; prseterea albœ veteres V cum paruris veteribus. » (1222. Bock,
« Item, et duodecim camisias, seu albas sacerdotales, paratas. » (lnv. de l'abb. de Silvacane, 1289, n° 22.) — « Item, sex alias camisias, seu albas sacerdotales. » (Ibid., n° 24.)
L'inventaire de la commanderie de Joigny (1336) dit que les aubes à usage quotidien n'avaient pas de parements : « II aubes sans parement à canter touz les jours. » (Ann. archéol., t. VII, p. 87.)
« Item, una alba cum pectorale de auro et pernis grossis ad ymagines Salvatoris et béate Virginis et quatuor aliis cum fimbriis de dyaspero laborato ad papa-
- 160 -r gallos et alios labores in manicis paraturis cnm tribus yraaginibus. » (Inv. de la cath. d'Anagni, ann. 1300.)
« Item, alia alba cum pectorali ad aurum cum ymagine béate Yirginis fugientis in Egyptum et in manicis très ymagines per quamlibet et cum fimbriis aureis laboratis ad plures ymagines. » (Ibid.)
« Item, II paremenz de albis deaurata nova. » (Inv. de la cath. de Chaires, 1337.)
« Item, duas camisias romanas de tela. » (Invent, de Saint-Victor de Marseille, 1358, n° 3.)
« Item, albarum de bysso paria II et unum par de serico subtili. — Item, albarum cum limbis paria VI et VII unum est delineatum. » — (Invent, de 1354, apnd Bock, p. 44.)
« Item, IV albse de bysso cum limbis et preetextis. — Item alba de tenui serico vêtus, valens pro emendatione aliarum rerum. — Item, alba cum flaveo zametho hirsutho in manicis habens, in una manica XIV rosas, et duas litteras S de perlis et in secunda manica XIII rosas et très litteras S de perlis. — Item, alba cum flaveo limbo habens ad modum liliorum cum auro insutum. — Item, très albse per dominam imperatricem donatœ, habentes limbos de brunatico Nachone. » (Inv. de 1387, apud Bock, p. 44, 45.)
« Item, albas duas paratas. » (Invent, de l'abbaye de l'Huveaune, 1388, n° 39.)
« Item, très albee de tenui tela cum plicis (1), floribus viridibus contextse. — Item, très albse de tenui tela cum plicis quasi sub griseis desuper deauratis de varia textura. — Item, alba subtilis cum fimbriis aureis latis cum aureis floribus. — Item, alia alba subtilis
(1) Il s'agit ici du plissage.
cum plicis de haxamit rubeo in quibus duo manus et aquila et pulchri flores aurei inserti sunt. » [Invent, de la cath. d'Olmûtz, 4435, apud Bock, p. 45.)
« Item, très albas, ornatas de supradicta factura (de brodura aurea). » {Invent, du pape Félix V, 1440.)
N° 9. Sept amicts (1), dont quatre avec orfroi (2). L'étoffe, souvent de même nature que l'ornement entier, formait une bande rectangulaire qui se rabattait sur la chasuble, où il est facile de la confondre avec le collier. Un texte suffira pour montrer, d'accord avec nombre de miniatures et vitraux, que Yamict paré se portait, au xme siècle, en France comme en Italie : « Sex amitos paratos , diversorum ornamentorum , pannorum de cirico et de purpura. » (Inv. de l'abbaye de Silvacane, 1289, n° 24.) — «Item très amitos, ornatos similiter (de brodura aurea). » [Inventaire du pape Félix V, 1440.)
(1 ) Il y a cette différence entre Y orfroi de l'amict et le collier, que celui-ci est plus large et entièrement indépendant, tandis que l'autre est étroit et cousu à l'amict. Le collier, à l'origine, se confond parfois avec l'huméral : ce n'est guère que vers le xive siècle qu'il commence à avoir une existence propre. L'amict paré tend dès lors à décroître, bien qu'on le retrouve ultérieurement. Au moyen âge, le collier fut souvent fixé à la partie antérieure par une agrafe, pour l'empêcher de tourner. La liturgie ambrosienne a le collier, mais droit et non posé à plat, suivant le rit ancien : tel est aussi l'usage de certaines liturgies orientales.
(2) « Sacerdos inofficio altaris, capitis sui, scilicetChristi, cujus membrum est, personam gerit. Quidem amictu caput suum obnubit, donec super os casulse illum revolvat, et velut caput aut coronam illum coaptet. » (Rupert., abbas Tuitiensis, De divinis officiis, lib. I, cap. xix.)
N° 10. Neuf étoles, dont une en drap d'or et une autre en vert doré.
Nos 13, 16. Trois mitres et une paire de sandales pour les pontificaux de Tarchiprêtre (I). Le cérémonial du xme siècle prescrit que les vêpres de saint Pierre soient chantées par ce dignitaire, avec la mitre et le pluvial : « Et ibi archipresbyter débet incipere vesperas, cum mitra et pluviali. » (Frisi, t. III, p. 199.)
N° 44. Les gants complètent le costume pontifical, et, s'il y en a trois paires, c'est que peut-être ils sont de couleurs différentes, quoique le blanc fût alors domi-
(1) En 1 196, ObertdeTersago, archiprêtre de Monza avant d'être archevêque de Milan, laissa à la basilique trois mitres, quatre gants et quatre sandales. Tout porte à croire que ce sont les mêmes mitres. Quant aux gants, l'inventaire en enregistre trois paires au lieu de deux; de même, il n'y a plus qu'une paire de sandales, tandis que l'acte de donation en inscrit deux.
On s'est trop pressé de conclure de ce legs que, dès le xnc siècle, l'arcbiprêtre de Monza avait droit aux pontificaux. Je ne voudrais pas y contredire absolument, mais je dois faire observer que ces insignes pouvaient rester dans le trésor sans destination pour ainsi dire usuelle, l'archevêque ayant eu la pensée qu'ils servissent soit aux seules visites de l'ordinaire, soit aux seules fêtes du couronnement. En effet, régulièrement, l'imposition de la couronne se faisait par l'archevêque et, à son défaut, par l'archiprêtre. On ne peut pas préciser à quelle époque le Saint-Siège octroya les pontificaux et fit de l'archiprêtre comme un grand évêque. En 4 530, il fut déclaré par le chapitre, sur le vu des anciennes chroniques, que le couronnement se faisait toujours par l'archevêque de Milan : « Archiepiscopus Mediolani débet in ecclesia Modoetiensi coronare imperatorem, eo quod sit maximus prœlatus regni Lombardorum, licet si
nant. Le jour des Rameaux, d'après le cérémonial de Monza (xme piècle), Farchiprêtre chantait Ja messe sans mitre ni gants : « Postea dicitur missa major ab archipresbytero, absque mitra et guantis revestito. » (Prisi, t. III, p. 191.)
N° \5. Notons la place de ces pugillaires, inscrits entre les gants et les sandales : observons, de plus, qu'on les compte par paires. Ces deux seuls renseignements suffisent à nous mettre sur la voie de la forme et de la destination de l'objet, qui est un vêtement ou, si l'on aime mieux, un des insignes de l'archiprêtre. Si nous consultons du Cange, il ne nous donnera pour pugillaris que les deux sens de chalumeau et de tablelteà écrire. Ici nous est révélée une troisième acception du mot, basée sur son radical pugillus, qui signifie poignet aussi bien que poing. Or, pugillarium (pour pugillare), dans l'inventaire de 1275, exprime les parements des manches de l'aube, des poignets rapportés, comme on en voit encore employer dans les liturgies orientales. Cette interprétation deviendra plus évidente quand je l'aurai corroborée de quelques citations de textes anciens : « Item, de eodem opère, seu sibi consimili, duas paraturas que ponuntur circa pugna; in qualibet
defîceret, cum archipresbyter ecclesiœ Modoetiensis sit ab apostolica sede in pontificalibus honoribus ampliatus, tanquam magnus episcopus, de jure potest ibi imperatorem coronarc. » (Frisi, t. H, p. 232.)
Dans la fresque de 1444, Tarchiprôtre porte une mitre de drap d'or, avec les deux orfrois gemmés, deux gemmes plus grosses sur le champ et un bouton d'or à la pointe des cornes. De la sorte, le peintre représentait simplement une mitre du xve siècle.
quarum paraturarum sunt due medie ymagines; et clauduntur cum cordellis de serico albo, cum duahus acubus argenteis ; utraque earum videlicet cum una. » [lnvent. de Saint-Victor de Marseille, 1358, n° 45.) — « Item, albam paratam ante et rétro, in timbras, et in pectore, et in summitatibus pugnorum. Et in paratura fimbriarium, ante, sunt quâique ymagines intègre, et rétro, totidem intègre. In pectore videlicet sunt très : média est Ghristi, et latérales, angelorum. Et in quolibet pugno, sunt très medie ymagines. Et clauduntur pugna cum cordello viridi, cum acu argenteo, que est in ejus summitate. In paratura ejus albe sunt septem medie ymagines, quarum média est Ghristi. » (Ibid., n° 42.) — Item une casule, estole et fanon, une parure d'aube et d'un amit, et tout ce de blanc drap de Damas, avec le parure des manches de l'aube que donna madame d'Estembourg. » (Invent, de Notre-Dame de Lens, 4471.)
N03 17, 48, 20, 28. Les pailles, comme on disait au moyen âge, sont des tentures faites pour être suspendues aux murs, ainsi que l'attestent Alcuin : « Pallia suspendit parie tib us, » et saint Pierre Damien, qui consigne le don généreux de douze pailles fait à l'occasion de la dédicace d'un monastère : « S. Laurentii monasterium a se constructum imper, ut dedicaretur, efficit et duodecim ibi pallia munificus obtulit. » (Lib. VI, epist. 9.) Les quatre pailles du trésor de Monza étaient fort riches : l'un représentait l'histoire de Judith, et était tissé soie et argent (n° 17); deux enfin, traités d'excellents, optima, étaient marqués, au milieu, d'une croix gemmée et garnis de clochettes d'or (n° 68). J'insiste sur ce détail de serico factura ex argento, lorsqu'il s'agit bien évidemment d'étoffe, car plus loin, nous
trouvons une bursa de argento, qui pourrait bien n'être pas une pièce d'orfèvrerie, mais une aumônière, taillée dans du drap d'argent, suspendue à des chaînettes et fermée à l'aide d'un bouton (n° 58). Par analogie, l'on pourrait conclure que la scarsella de auro (n° 59) est également une escarcelle en drap d'or, garnie d'une fermeture. C'est peut-être dans ce sens qu'il faut entendre libellas, mentionné dans les statuts de la ville
d'Arles, à propos des serruriers : « Neque clavarii
possint libellum facere. »
Je reviens aux pailles, pour montrer quelle était, au moyen âge, en Sicile, leur richesse d'ornementation, empruntée communément au blason, à la zoologie et à la flore : « Item pallium unum de panno aureo ad arma Domini nostri régis. » — « Item pallium unum de panno aureo ad leones et aquilas. » — « Item pallium unum de panno de seta ad rosas. » — « Item pallium unum de seta de mizanini ad aves. » — « Item pallium unum usitatum de mizanino ad griphones et leones. » (Invent, de la chapelle royale de Païenne, 1309.)
A Monza, le paille avait encore une affectation particulière ; il servait aussi à couvrir l'arche qui se portait processionnellement le vendredi saint : « Et accipiunt ibi archam, coopertam quodam pallio, desuper testavangelio magno supraposito. » (Frisi, tome III, p. 494.)
N° 19. Les dix-neuf drapi ne sont pas seulement des draps tissus de soie, ainsi que l'explique Frisi, mais des courtepointes ou couvertures, car, ailleurs, ils sont spécifiés strati drapi; or tel est le sens justement donné au mot sù-atus par du Gange, qui en fait l'accompagnement du lit, s'appuyant sur un texte où il
est question du pape dormant et enveloppé àestratibus. Voyons leur emploi.
- Un acte de l'ai 1239, relatif aux cousfres de l'église de Béthune, les oblige de veiller jour et nuit : « Débet etiam ecclesiam et res totius ecclesie custodire fideliter die ac nocte. »
En 1596, 4599 et 1606, il est parlé de lits à la cathédrale d'Angers, en ces termes : « Item devant la
porte du chapitre y a une méchante couette telle quelle, ung travers lict, ung lodrier et sous l'oHoge y a aussi une couette avecques sou traverslict. » L'inventaire de 4599 ajoutait en plus « une paillasse ». (Godard-Faultrier, Ancien mobilier de la cath. d'Angers, p. 20-21.)
Il en était ainsi à Monza, où la garde de l'église se faisait exactement, comme il conste de ce passage du cérémonial du xmc siècle, qui parle des lits des gardiens : « Sacerdotes et diaconus et subdiaconus intrant juxta lectos custodum. » (Priai, t. III, p. 194.) Et ailleurs : « Duo clerici cum pluvial ibus revestiti euntes et exeuntes perhostium regine, quod est juxta lectos custodum. » (Frisi, t. III, p. 196.) Les couvertures enregistrées pouvaient donc être affectées à ces lits, sur lesquels s'étendaient les coutres pendant la nuit (1).
N° 21. Les draps de laine, pour l'ornement de l'église, sont des tentures et plus probablement des tapisseries, qui devaient se mettre en dossier, comme
(1) Saint Isidore (in Begula, cap. x x) définit ainsi les fonctions des custodes : « Ad custodem sacra rii péril net cura vel cuslodia templi, signum quoque dandi in vesperliniï noctumisque officiis, ve'a \estesque sacrae, ac vasa sacrorum. codices quoque, insU'umentaque cuncta, oleum in usus sanctuarii, cera et luminaria. »
on le pratique encore à la chapelle Sixtine, ou le long des murs, aux jours de fêtes.
Monza était, au moyen âge , renommée pour ses draps, ainsi qu'il résulte de la Chronique de cette ville (lib. III, cap. xxx).
« Monzia, terra bona, civili digna corona. Monzia, cunctorum dives et plena bonorum. Monzia dat drappos cunctis mercantibus aptos. Monzia stat damnis precibus defensa Johannis (1). »
Le i3 juillet loi 6, Arthur Gouffier, grand-maître de France et seigneur de Monza, à l'époque de la domination française (2), ordonne de ne pas poursuivre Baptiste de Senago, « attenta restitutione de ipsis drapis
(1) Frisi, t. I, p. 132.
(S) En 1515, François Ier, ayant pris possession du duché de Milan, donna en fief à Arthur Gouffier la terre de Monza. Arthur était frère de Guillaume, dit l'amiral de Bonnivet, qui mourut à la bataille de Pavie. Frisi dit qu'aux archives, il y a quatre lettres de lui, scellées de son sceau, qui porte un éeusson fascé, surmonté d'une couronne fleurdelisée et entouré du collier de Tordre, avec cette légende : artvr govffier. Outre le fief de Monza, il possédait en Italie ceux de Ghiara d'Adda, Caravaggio, Soncino, Casai Maggiore et Valenza. Son fils lui succéda en 1519. Il était mineur et avait pour tuteur Guillaume Gouffier, ce qu'atteste un acte conservé aux archives. Une lettre, datée de Milan et de 1522, porte pour sceau un dragon ailé, rampant et couronné , avec cette légende : clavdivs govffier. Il resta, avec le titre de comte de Monza, jusqu'au moment où François Ier, cédant aux instances de Léon X et de Charles-Quint, rendit le duché de Milan à François II Sforza. (Frisi, t. I, p. 194-197.)
per supplicantem facta. » (Frisi, t. II, p. 217) (1).
Nous devions ce souvenir à la mémoire de notre compatriote, car son fils Claude a bâti, dans le département desDeux-Sèvres, le splendide château d'Oiron (2). Frisi rapporte de lui, comme seigneur de Monza, quatre actes, datés de 1516, 1517 et 1518. A l'en-tête on lit les titres suivants : « Arturus Goulier, magnus magister Francie, dominus Boysi , Glaree, Abdue, cornes Garavagii, Soncini, Gassalis Mayoris, Modoetie et Valentie dominus. » (T. II, p. 217-219.)
Claude Gouffîer, dont nous avons un acte de Tan 1522, relatif à une plainte portée devant lui à cause d'une pièce de drap dérobée, « peciam drapi... derrobatam », se sert d'une formule plus restreinte : « Glaudius Gouffîer, dominus de Boysi, Glare Abdueque cornes, et Modoetie dominus. » (T. II, p. 222.) Tous les deux faisaient rendre la justice par un capitaine auquel ils s'adressent : « Dilecto capitaneo dicti loci Modoetie. »
N° 19 bis. Deux touailles en soie. L'expression doit s'expliquer par des textes analogues. D'après l'ordre romain, ce serait à la fois un parement d'autel et une nappe : « Tobalias frisatas et opertas (operatas?) , qua totum altare colligant sine frisio. » — « Ministri unam tantum tualeam extendant super altare nudatum. » (Mabillon, Muséum Italicum, tome II, pages 522, 102.) Les Annales de Milan, citées par Muratori (t. XVI, col. 810), ne précisent pas l'emploi des
(1) Frisi [donne encore un acte de Louis XII, daté de Milan, le 7 octobre U99 (t. II, p. 211).
(2) Mém. de la Soc. des ant. de l'Ouest, ann. 1839, p. 171 et suivantes. — Les armes des Gouffîer sont : d'or à trois jumelles de sable.
touailles, qu'elles disent seulement affectées à Fautel : « Tovaliœ XII, mantilia II, ab altari. » Cependant ce texte nous donne la solution désirée, carie mantile, faisant partie de la touaille, il s'ensuit naturellement que ce mot exprime l'orfroi horizontal qui orne la partie supérieure du parement. De plus, il faut observer que ces touailles sont en soie, ce qui ne pourrait convenir à des nappes, qui, d'après les prescriptions canoniques, sont toujours en lin. L1 Inventaire de Boniface VIII, à Saint-Pierre de Rome, mentionne expressément la soie comme matière de la touaille : « Item XXtobalias, tam sericeas, quam operis Alemanici. » Sont également en soie les touailles données à la basilique de Monza, en 1331 et 1366, comme le constate le nécrologe manuscrit de cette église : « m.ccc.xxxi. die xvj aug. obiit Dus Francischus Medichus de Serregnio, qui judicavit altari ipsius ecclesie de Modoetia thoaliam magnam. » — « 1393, die 8 martij, d. (decessit) Franzius Liprandus : in vita sua dédit altari Modoetiensis ecclesie thoaliam unam de serico, valde pulcram et de qua débet cooperiri altare illius ecclesie promercede anime sue.» (Frisi, t. III, p. 110, 130.)
Ainsi, au xive siècle, la touaille était déclarée une couverture d'autel, au même titre que le tablier de la reine Théodelinde, qui servait de parement. En étudiant les textes de près, il est facile de lever l'équivoque, quand elle subsiste. Donc les mappœ ou tobaleœne doivent pas se confondre avec les panni linei, qui sont des nappes proprement dites. L'Inventaire de Silvacane, en 1289, pose nettement cette distinction : « Quadraginta mapas seu toallas altariorum dicte ecclesie, et quatuordecim pannos lineos, qui designantur, seu designati sunt, ad servicium altariorum dicte ecclesie. »
(N° 37.) Nous la retrouvons, cent ans plus tard, trèsaccentuée : les nappes sont en toile, avec des dessins de couleur, tandis que les touailles sont en soie ornée. Si, au premier abord, il semble régner quelque confusion dans les termes, c'est uniquement à cause de la manière d'enregistrer les unes et les autres à la fois, probablement parce qu'elles assortissaient ensemble. « Item, decem inter mappas ettoalholas, quarum très toalhole sunt de opère Pisano; alia est de tela operata in medio aliquantulum de serico ; alia est de tela cappata delistis rubeis latis, de serico, et listis deauratis ; alia est de tela cappata de listis latis, viridibus et rubeis, et deauratis; item, alia est de serico rubeo valde subtili, cujus extremitates latérales sunt livide, et cappatura diversi coloris, in r arte deaurata; alia est de serico albo, cujus extremitates latérales sunt virides, eu m listis deauratis, viridibus, rubeis et lividis; item, alie due de tela sunt cum cappatura valde lata, de serico rubeo et nigro, de opère Siculorum. » [Invent. de Saint-Victor de Marseille, 1358, n° 30.)
Dans V Inventaire de la Commanderie de Joigny([33$), les touailles font oTjce de parements : « Item, de deux paires de touailes à parement. » (Ann. archéol., t. VII, p. 87.)
N° 22. Les tapeta, inscrits au nombre de trois, sont de véritables tapis de pied, mais faits aussi pour recouvrir des sièges. Isidore les définit : « Tapeta dicta, quod pedibus primum sternerentur, quasi tapedia. » (Orig., lib. XIX, cap. xxvi.) Le second sens est donné par Guido,qui, dans sa règle de l'abbaye de Farfa, écrivait (lib. I, cap. xxix ) : « Super formam sternant tapetias ante vesperam. » Ces tapis varient de formes et de dimensions, car l'un est rond, un autre long, et Je troisième petit.
Les draps de laine, cités au n° 21 , pourraient bien aussi avoir été employés comme tapis, si l'on s'en tient à la rigueur des termes, le n° 22 commençant ainsi : Trots autres tapis.
A Monza, l'arche, le vendredi saint, se plaçait sur un tapis : « et ponunt archam super tapetum, » dit la rubrique du Cérémonial du xme siècle. (Frisi, t. III, p. 194.)
Tous ces vêtements, ornements et décors divers de la basilique, se gardaient précieusement dans une salle spéciale, car il y avait une sacristie à Monza au xme siècle, ce dont fait foi cette rubrique du Cérémonial : « Diaconus et subdiaconus, revestiti cum dalmaticis, exeunt
de sacrario. » — « Archipresbiter redit ad sacra-
rium nihil dicendo. » (Frisi, t. III, p. 195.)
Nos 12, 66. C'était dans la sacristie qu'avait lieu la vestition des chanoines, soit pour la messe (I), soit pour l'office divin. Là se faisait donc la préparation qui, encore au xme siècle, exigeait que l'officiant dût se peigner préalablement (2). Aussi les trois peignes d'ivoire, incrits au n° 12, figurent-ils parmi les objets déposés à la sacristie et non parmi ceux du trésor. Le mode même
(1) D'après le Cérémonial du xine siècle, il y avait toujours dans la basilique deux messes, qualifiées missa major et missa minor.
(i) Gattico (Jeta cœrem., p. 179) cite, d'après un manuscrit du Vatican, cette rubrique prescrivant pour le Pape un peigne et une serviette dont on lui couvrait les épaules pendant qu'on le peignait : a Sunt necessaria pro persona pontifici > pecten et tobalea circumponenda collo ejus, quando pectinatur. » Il s'agit ici de l'entrée du Pape dans l'église de la station, où il s'était rendu à pied et processionnelle-
d'enregistrement me suggère une autre pensée. Ces peignes sont au nombre de trois, comme il y a successivement trois mitres, trois paires de gants et trois paires de poignets. Or, mitres, gants et poignets étaient à l'usage exclusif de Farchiprètre; pourquoi en aurait-il été différemment pour les trois peignes, qui sont décrits après les ornements communs à tous les chanoines, en tête des insignes affectés à Farchiprètre? J'y verraisi encore que cet ancien rite était alors en décadence, puisqu'il n'aurait plus été en vogue pour tout le chapitre, mais limité à un seul.
Des quatre peignes de Monza , un a appartenu à la reine Théodelinde. Que ce dernier ait été un peigne purement civil et de toilette, je n'en doute pas, pour ce qui est de sa destination première et subséquente, car, dès lors qu'il est entré dans le trésor, il n'a pas eu de destination liturgique , mais il a été considéré comme objet de curiosité et de luxe.
Ce n'est pas le lieu de revenir sur une question si bien traitée déjà par M. Bretagne (1). Je veux seulement citer quelques textes et quelques monuments. Le prêtre se peignait autrefois avant de monter à l'autel ; ce rite est resté dans le Pontifical romain , mais seule-
(1) Quelques recherches sur les peignes liturgiques, apud Bulletin de la Société d'archéologie lorraine, 2e série, t. II, p. 158-180, avec trois planches. On fera bien de consulter aussi un article intitulé : Peignes de l'époque franque, dans les Collectanea antiqua de Roach Smith, t. III, pi. XII.
M. Liénard, conservateur du musée de Verdun, va publier bientôt, dans la Revue de l'art chrétien, une étude d'ensemble sur les peignes liturgiques et leurs similaires. Après cela, la question sera complètement épuisée.
ment à l'usage des évêques, le jour de leur sacre (1). En effet, quand la liturgie s'est modifiée, ce qui était commun à tous, fut restreint tantôt à l'évêque, tantôt au pape. En sorte que, pour avoir une idée exacte de l'ancienne liturgie, il faut souvent recourir aux cérémonies pontificales.
Les textes se classent ainsi chronologiquement :
837. Pecten auro paratum unum concedimus. » (Test. Everardi com.)
IXe siècle. « Pectines eburnei quatuor aut quinque. »