‹ Inventaires de la Basilique royale de MonzaChapitre 19 sur 34 · Pectenem eburneam unam. » {Test. Riculfi episc · texte numérisé non relu

Pectenem eburneam unam. » {Test. Riculfi episc

1231. « 6 pectines eburnei. » (Charta, ap. Gatellum in Hist. Occitan.)

1295. « Très pectines eburnei, spissi et magni et très tenues et usuales de ebore. » — Duo pectines eburnei sufficientes. » {Invent, de Saint-Paul de Londres.)

1301. « Item pettenem unum de ebore. » [Charta Joann. archiep. Capuani.)

1358. « Item, unum pectinum eburneum. » (Inv. de Saint- Victor de Marseille, n° 31.)

1371, 1418. « Duo pectines de ebore antiquo (2). » (Invent, de la catlt. d'Angers.)

Les peignes décrits et figurés par M. Bretagne sont

(1) « Pecten eburneus Tum consecratus redit ad

capellamsuam, ubi abstergitur eisedenti caputcummeduUa panis et cum panno mundo; deinde cum pectine mundantur et complanantur capilli. » (De consecr. electi in episcop.)

(2) Ce qualificatif semblerait indiquer que ces peignes ne servaient plus au xive siècle : la grammaire exigerait antiqui.

ceux de sainte Libaire, martyrisée en 361, à Grand, diocèse de Toul; de saint Loup (vne siècle), à Sens; de saint Hubert (vme siècle), à Liège; de saint Gozlin (xe siècle), à Toul. Aucun de ces peignes ne se rapproche de celui de Théodelinde : tous sont à doubles dents, grosses et fines, moins celui de saint Gozlin, qui n'a qu'une rangée de grosses dents et qui est le plus orné : en effet, on y remarque, sous une triple arcade, une vigne qui sort d'un vase et dont les raisins sont becquetés par des colombes. Sur celui de saint Loup, qui est gemmé , deux lions sont affrontés, peutêtre pour indiquer que la chevelure est un signe de force, comme elle le fut pour Samson.

Ajoutons à ces peignes celui de saint Éribert, publié par le chanoine Bock dans ses Trésors de Cologne , pi. XLI1I, et un autre, au musée de Verdun, donné à S. Vanne par l'empereur S. Henri II.

M. de Montaiglon s'exprimait ainsi récemment, au sujet des peignes liturgiques, à propos de celui de saint Loup dont il a donné une bonne gravure : « La question des peignes conservés dans les trésors d'église a été traitée plus d'une fois : par du Gange, au mot Pecten; par Macri , dans son Hierolexicon ; par M. d'Arbois de Jubainville , dans l'ouvrage de Gaussen; par le P. Cahier, dans les Nouveaux mélanges d'archéologie , par MM. Bretagne et Renier Ghalon, dans le Bulletin monumental (t. XXVII et XXXVIII), et il serait trop facile de rendre interminable une liste de renvois à des livres, à des églises et à des collections; bornons-nous, à cause du voisinage, à celui plus simple et du même temps qui est conservé à Auxerre , et à celui du musée de Cologne, parce qu'il en a été question dans la Gazette (2e série, XIII, 406). Qu'il suffise ici de rappeler que ces

peignes n'étaient nullement des ustensiles de toilette, mais des peignes officiellement ecclésiastiques et céré-

moniaux La longueur et l'espacement des dents les

rendent absolument impropres à un service utile, et le peigne de saint Gozlin, qui était autrefois à Bouxièresles-Dames, et qu'on a vu à l'exposition rétrospective de Nancy (en 1875), avait la consécration d'un dicton populaire : ceux qui avaient les cheveux mal en ordre, s'étaient peignés avec le peigne de saint Gozlin. Dans le symbolisme de l'ancienne liturgie , et sans avoir besoin de l'explication , souvent forcée, du Rational de Guillaume Durand, qui dit que les dents signifient la discrétion, le prêtre moulant à l'autel se peignait, ou plutôt en faisait le simulacre, dans le sens à la fois physique et moral de l'idée de décence et de pureté. A partir du xvie siècle, le peigne ne figure que dans le sacre des évêques , où il est devenu un peigne d'ébène (1) dans le Pontifical de Clément VII (2) ; mais, dans l'Eglise grecque et orientale, où le port des longs cheveux et de la barbe s'est maintenu, l'usage s'en est conservé, et le peigne reste déposé sur l'autel. » (Gazette des Beaux-Arts, t. XXI, 2e pér., p. 158.)

Passons maintenant à l'orfèvrerie et à la joaillerie, c'est-à-dire aux vases sacrés et aux ustensiles liturgiques.

N° 23. Ce sont, d'abord, quatre croix de procession, une d'or (3) et les trois autres d'argent. D'après

(1) M. de Montaiglon me permettra de lui faire observer que l'adjectif employé par la rubrique, eburneus, se traduit d'ivoire et non d'ébène.

(2) Erreur typographique ? Rectifiez Clément VIII.

(3) En 1796, la croix d'or du chapitre fut fondue à Milan.

l'inventaire de 1353, les croix d'argent sont des croix mortuaires : la liturgie romaine a conservé l'usage de réserver ce métal de moindre valeur aux cérémonies funèbres.

J'expliquerai ultérieurement , à propos de l'inventaire suivant, le symbolisme vrai de ces trois croix.

Les quatre croix réunies expriment le deuil et la pénitence. C'est ainsi qu'on les voit poiter aux litanies majeures, precedentibns vexillis et crucibus quatuor subsequentibus, et qu'elles sont, dans la chapelle du Rosaire, sur une peinture « représentant les funérailles de la reine Théodelinde ». Frisi, à ce propos, se lance aussitôt dans une explication symbolique, qu'il ne donne, toutefois, que comme une conjecture : « Potrebbesi dire appoggiata quest'ultima ceremonia aile quatro Gerarchie del clero Monzese. » (T. III, p. 198.) Quelle peut être cette hiérarchie , car on en compte plusieurs dans l'Eglise? Ainsi, au premier rang, nous avons, dans l'ordre juridictionnel, le prêtre, l'évêque, le cardinal et le pape ; dans les chapitres, les quatre ordres , sousdiacres, diacres, prêtres et dignitaires; enfin, dans le clergé inférieur, représentant non plus la hiérarchie mais le pouvoir d'ordre (1), le clerc, le sous-diacre, le

(Biraghi, Guida di Monza, p. 22). — La croix d'or, dit M. Burges, fut « fondue pour payer les frais de la guerre sous le consulat de Napoléon ».

(1) Je serais. moins opposé à cette explication, si celle qui va suivre était tout à fait certaine; j'avoue que leur rapprochement dans la même contrée donne au moins de la probabilité à la tradition de Monza : « San-Carpoforo (la première église de Côme, assure-t-on) s'appelait anciennement l'église des Sept Ordres, peut-être parce que, après qu'elle eut cessé d'être cathédrale, ce qui fut au ve siècle,

diacre et le prêtre. Frisi , en parlant du clergé de Monza, n'a pu envisager que le chapitre ou le clergé diocésain : il aurait bien fait d'expliquer à ce sujet sa pensée.

La croix d'or est, à proprement parler, la croix du chapitre, celle qui le précède dans toutes les fonctions collégiales, où il se trouve réuni en corps. Nous pouvons en croire le témoignage du Cérémonial du xme siècle. Ainsi, pour la fête de saint Jean évangéliste : « Post missam, cantata tertia, vadimus ad ecclesiam sancti Michaelis, canendo antiphonam de sancto Johanne, cruce aurea précédente ; » pour le vendredi saint : « Cruce magna aurea, subdiacono déférente et précédente; » pour le jour de Pâques : « Cruce aurea précédente; » pour le jour de la Purification : « Cantata tertia, vadimus ad sanctum Michaelem, cruce aurea précédente ; » pour la fête de saint Pierre : « Cantata tertia, iterum vadimus ad sanctum Petrum, archipresbitero vestito cum pluviali et mitra, et sceptro, et cruce aurea précédente. » (Frisi, t. III, p. 191, 194, 195, 198, 199.) Frisi a donc raison de voir dans la croix d'or la croix capitulaire , celle qui est propre au chapitre , « anche al présente, di privativo uso di quel capitolo.» (T. III, p. 191.)

L'anniversaire de Pierre de Terzago devait être fait avec la croix d'or, suivant le nécrologe : « Annuale

elle fut officiée par un collège nombreux de clercs ou chanoines composé des sept ordres qui forment la hiérarchie ecclésiastique : la conjecture est de Benedetto Giovio. » (Studii archeologici su la provincia di Como, Côme, '1872, p. 53.). Les sept ordres indiqués ici comprennent les quatre mineurs, le sous -diaconat, le diaconat et la prêtrise. B. M. 12

quondam ven. viri domini presbyteri Pétri de Terzago,

canonici ecclesie sancti Jo. Bap... et débet fieri in

capella sanete Marie, et cum cruce aurea. » (Frisi, t. III, p. 113.) Dans le même manuscrit, on lit cette autre recommandation : « m. cccc. lxiij, die xxj septembris Obiit ven. ac circumspectus vir dominus presbyter Stephanus de Yegiis, canonicus ecclesie sancti Johannis Bb, patroninostri, et qui fuit olim prepositus ecclesie sancti

Yictoris de Massalia, qui judicavit anniversarium

unum... et in capella sanete Marie, ubi corpora clominorum canonicorum requiescunt ; et etiam post missam decantari debere laudes defunctorum, cum cruce aurea juxta morem. » [lbid., p. 133.)

Enfin, Je jour de Pâques, le Cérémonial du xiir2 siècle prescrit que la croix d'or sera surmontée de deux cierges (1), avec lesquels s'allumait le phare : « Gustos,

(i) Deux cierges allumés surmontent ainsi les bras de la croix, sur une fresque du ixe siècle, au cimetière de Saint- Pontien, à Rome. (Martigny, Dict. des Ant. chrét., 2e édit., p. 216.) Cette peinture, qui pouvait passer pour singulière et idéale, trouve ici sa justification.

Grégoire de Tours nous révèle qu'au vie siècle, lorsqu'on transporta processionnellement le corps de saint Rémi dans la ville de Reims, des cierges étaient allumés sur les croix : « Accensisque super cruces cereis atque ceroferalibus, dant voces in canticis, circumeunt urbem cum vicis. » (De Glor. confess., cap. lxxix, édit. Migne, col. 880.) Cet usage, dit dom Ménard, dans ses notes sur le Sacramentaire de saint Grégoire, p. 202, remonterait à saint Jean Chrysostome, au rapport des historiens Socrate et Sozomène. Il se retrouve dans cette rubrique du Pontifical romain, révisé à la fin du xmc siècle par Guillaume Durand, à l'occasion des cinq croix plantées en cinq endroits différents pour la bénédic-

levata cruce aurea cum candelis accensis desuper, ponit ignem in corona lampadarum circumdata et tota cooperta bombice, quod dicitur farum. » (Frisi , t. III, p. 196.)

N° 24. Quatre chandeliers d'argent (1). Ces chandeliers vont de pair avec les croix. Montrons ici, d'après la liturgie et les monuments, quel était leur emploi (2). Où les posait-on quand la procession s'arrêtait ? Actuellement, les chandeliers des acolytes se mettent sur la crédence (3), comme si on en était embarrassé et qu'il n'y eût pas d'autre place ailleurs. A cet endroit, ils pourraient tout aussi bien être éteints et on ne les rallumerait que pour le chant de l'évangile et le départ. S'ils ont pour but d'honorer la croix, comment ne restent-

tion d'un cimetière, lorsqu'elle est faite parl'évêque : « Tum (pontifex) thurificat ipsam crucem et figit in summitate ejus unam ex tribus candelis ardentibus, et alias duas in duobus brachiis ejusdem crucis. »

(1) J'aurai occasion, au prochain congrès de Vannes, à propos de l'appareil de lumière de la cathédrale de Tours, de traiter dans son ensemble la question du luminaire liturgique.

(2) Le même usage se constate en France au xve siècle : « Item, IIÏI petits candeliers de letton pour les enffans aux vespres, matines et messes solennelles. » {Invent, de Notre- Dame de Lens, 1471.)

(3) A Angers, sous le règne de la liturgie diocésaine, j'ai encore vu les acolytes poser, pendant la messe , leurs chandeliers sur le sol même, à l'entrée du sanctuaire, c'est-à-dire à l'endroit même ou était autrefois le chancel. Souvenir évident d'un ancien rite, que personne ne comprenait plus, après les modifications survenues à la fois dans la liturgie et l'ameublement des églises.

ils pas toujours auprès d'elle, et la croix est-elle moins honorable au repos que portée triomphalement? Là est précisément le nœud de la difficulté. Nous savons , par Guillaume Durand, que le crucifix se détachait de la hampe de la croix processionnelle pour être posé sur l'autel, pendant le temps des saints offices. Avant d'en venir à cette rubrique, on faisait tenir la croix elle-même par un clerc, debout en arrière de l'autel. Il est resté un vestige de ce rite à Saint-Pierre de Rome, dans la cérémonie du lavement de l'autel papal, le jeudi saint. La table étant alors dénudée et mouillée, on ne peut décemment y placer un crucifix et des chandeliers; alors on a imaginé de faire tenir la croix processionnelle par un acolyte, qui tourne le crucifix vers le célébrant, et les chandeliers par deux céroféraires. De plus, la croix papale , archiépiscopale ou capitulaire , se plaçant à la droite de l'autel, n'est pas trop écartée de son siège primitif et peut encore jouir de la faveur des cierges qui l'avoisinent. Mais il y a alors double emploi, puisque la croix de l'autel est fixe et qu'on ajoute à côté d'elle une autre croix montée sur une hampe.

Quoi qu'il en soit, la croix a toujours droit à une escorte de chandeliers, dont le nombre a varié suivant les temps et suivant le degré hiérarchique. Ainsi, le prêtre célébrant peut réclamer deux cierges ; l'évêque, en cour de Rome, en a quatre; l'évêque, dans son diocèse, en a sept (1), et le pape huit. Je ne parle pas des

(1) « Alia sex, vel septem ad summum funalia apponi possent in alto loco, in frontispicio tribunœ, maxime si celebraret aliquis S. R. E. cardinalis et locus esset ad id aptus. » [Cœrem. Episc, lib. I, cap. xn, n° 20.) — « Item, candelabra VII de Limoge. » (Inv. de la cathéd. de Toulon, 4 333, n° 5.)

chandeliers de l'autel, mais de ceux du presbytère. Qu'ils soient posés sur le sol, une balustrade ou un chancel, peu importe, l'idée est toujours la même. On remarquera que, dans le rite romain, les chandeliers des acolytes, pendant les vêpres, sont déposés sur les marches de l'autel, usage qui a eu son analogue à Poitiers jusqu'au changement de liturgie ; car deux chandeliers, à demeure sur les marches, servaient aux messes basses, après avoir originairement servi aux grand'messes.

Puisque nous sommes dans le Milanais, je citerai en preuve ce que tous les visiteurs peuvent encore constater à la Chartreuse de Pavie : quatre beaux candélabres de bronze s'alignent en avant du maître-autel sur la riche balustrade de marbre. Yoilà la vraie place des quatre chandeliers mentionnés par l'inventaire de Monza. Quand le pape officie pontificalement , sa croix est accompagnée de sept chandeliers, qu'on a pris l'habitude de reléguer à la crédence, mais qui ont leur équivalent dans ceux qui ornent le pourtour de la confession. L'autel, jusqu'au xve siècle, n'admettant pas généralement de chandeliers , mais simplement une croix (1), un calice et un missel, le luminaire requis se

C'est ce nombre sept qui a donné lieu , à Milan , au magnifique candélabre à sept branches, qui date du xme siècle et qui figura, à l'origine, devant le maître-autel, dont il complétait somptueusement le décor. Le musée de l'École des Beaux-Arts, à Paris, possède un moulage de ce candélabre, qui a été gravé, ensemble et détails , dans les annales archéologiques, tomes XIII, XIV, XV, XVII, XVIII,

(1) Une miniature d'un missel du xiuc siècle, dans l'église de Sainte-Sabine, à Rome, offre la représentation d'un autel

mettait à quelque distance, soit en avant de l'autel, soit sur les marches mêmes, jusqu' à ce qu'enfin, quand on le trouva gênant pour les cérémonies, ou on le suspendit en l'air, ou on l'éloigna vers l'entrée du sanctuaire : le premier système était usité en France, et le second a passé dans le cérémonial romain.

N° 25. Trois encensoirs d'argent. Si cet ustensile est en triple, c'est que l'encensement d'un clergé nombreux nécessitait que, pour abréger, on le fît à la fois des deux côtés du chœur, ce que la liturgie romaine autorise dans le cas de grande affluence, comme le synode. Il était fait, d'après le Cérémonial du xme siècle, par deux diacres dans le chœur et deux sous-diacres dans la nef : « Et tune duo diaconi portant incensum ad altare et per chorum , et duo subdiacones per ecclesiam. » (Frisi, t. III, p. 197.) Ainsi le comportait le rite ambrosien. Dans l'église de Milan, c'était le custode hebdomadier qui portait l'encensoir : « Il custode ebdomadario portava il turibile per totam ecclesiam masculis et feminis. » (Frisi, t. III, p. 197.)

N° 26. Deux bassins d'argent pour laver les mains, ce que nous nommions en France des gémellions (1). Les lexicographes du moyen âge définissent le cimiline : « Yas aquaticum ad abluendas manus, ut dicunt bacinum. » En 1227, le cardinal Gualla légua à l'église qu'il fit construire à Verceil, sous le vocable de saint André : « Item, relinquo hospitali S. Andréas de Vercellis omnia vasa mea argentea , scilicet ciminalia, cupas et cultellos,... ciminale manicatum. » Le mot est

garni d'un parement vert, avec une nappe étroite et n'ayant pour tout ornement qu'une simple croix.

(1) Darcel, Notice des émaux, p. 52.

susceptible d'une autre interprétation , au point de vue de la liturgie ambrosienne, ainsi que je l'ai encore vu pratiquer au dùme de Milan, aux offices du chapitre. Les oblations de pain et de vin, faites à l'offertoire par deux vieillards, homme et femme, vêtus de blanc, sont reçues à la balustrade par l'officiant dans des coupes d'argent, montées sur des pieds; tel est le sens donné par Honorius III : « Verum quia postmodum sacerdos

predictœ capellee afterens oblationum nomine

nec non quae in cimilini ponuntur, quod de altari suscipit. » (Compil.y lib. V, tit. XIX, cap. i et xxix.)

N° 27. Sept calices usuels, dont trois sont sortis pour être habituellement sous la main. Usuels peut s'entendre de deux façons : ou de calices moins précieux, ou de calipes servant tous les jours (1). Chaque prêtre, au moyen âge , ne célébrait pas la messe quotidiennement. Le concile de Trente n'y oblige pas, limitant le devoir aux dimanches et solennités (2) ; enfin, tous les historiens du xvie siècle donnent comme un des caractères de l'insigne piété des saints personnages de l'époque , qu'ils disaient la messe tous les jours (3). Dans un chapitre comme celui de Monza, il n'y avait à célébrer que ceux qui étaient de l'ordre des prêtres. Et encore est-il dou-

(1) « Item, septem alie albe, munite earum necessariis, pauci valoris, que tenentur cothidie. » (Inv. de Saint-Césaire d'Arles, 1473, n» 23.)

(2) « Curet episcopus ut ii (presbyteri) saltem diebus dominicis et festis solemnibus ; si autem curam habuerint animarum, tam fréquenter ut suo muneri satisfaciant, missas célèbrent. » (Concil. Trident., sess. XXIIT, cap. xiv.)

(3) L'envoyé de saint Charles affirma à Henri III que telle était la coutume de son maître : « Taie enim est quo-

teux qu'ils le fissent par dévotion privée, ce qui eût été une exception, mais bien en raison de leur office. Il n'y avait donc, très-probablement, que les messes chantées au chœur, et trois calices ne sont pas de trop, puisque, en raison surtout des anniversaires, la messe capitulaire déjà double pouvait être multiple à certaines époques de l'année.

Nos 34, 35, 36, 43. Quatre autres calices, en or ou en argent doré, gemmés (1) et à deux anses. L'un d'eux est qualifié consecratus, ce que Frisi traduit : «(Galice, col quale porgevasi a' laici l'Eucaristia sotto le due specie», oubliant qu'au xme siècle la communion ne se donnait plus aux fidèles sous les deux espèces. Consecratus est peut-être l'équivalent àusacratus, employé par le Liber pontificalis. Cette qualification se référerait à la consécration proprement dite ou à l'onction faite par le pontife sur le calice spécialement destiné à la consécration du vin eucharistique et à la communion du prêtre, les autres calices non consacrés étant affectés simplement aux ablutions.

Mais, pour mieux spécifier, comme tous les calices

tidianum illius institutum. » Or, ce détail n'eût pas été consigné ni Ja remarque faite si cette pratique eût été commune à cette époque.

(1) Maitre Pace, de Sienne, fit, en 1265, pour Pistoja, un calice et une patène ornés de perles et de gemmes : « Unum calicem magnum de auro, ornatum de gemmis et perlis et schulpitum , factum tempore Niccholai Lighi et Cacciatini Accursii, olim operariorum, per magistrum Pacem de Senis. » — « Patenam de auro dicti calicis, ornatam de gemmis et perlis et aliis figuris, factam per magistrum Pacem, tempore AldibrandinietFranceschi, olim operariorum. » (Ann. archéol., t. XV. p. 142.)

servant au saint sacrifice doivent être consacrés et que celui-ci porte seul ce qualificatif, j'en conclus que le mot « consecratus » doit avoir ici un autre sens. Je croirais donc qu'il faut entendre cette épithète d'un calice plus grand et employé dans certaines cérémonies particulières, comme la communion du clergé, et plus spécialement du diacre et du sous-diacre, ainsi qu'il se pratique encore au pontifical du Pape, et que cela avait lieu à l'abbaye de Saint-Denis avant la révolution.

Pour les calices à anses, du ixe au xne siècle, il sera bon de consulter l'article de M. Darcel , dans les Annales archéologiques, t. XIX, p. 337-339. Je n'en dirai ici qu'un mot, parce que j'aurai l'occasion d'y revenir dans mes commentaires sur Anastase. Le calice avait deux anses , afin d'en faciliter l'usage , quand le diacre le prenait, pour la communion du clergé et qu'il était plein de vin consacré. Les anses sont motivées par son poids, qui était en raison de sa capacité : aussi Anastase lui donne-t-il l'épithète de major : « Galicem majorem cum gemmis et ansis duabus. » Ce texte appartient au vme siècle.

La dalmatique impériale, de style byzantin, que possède le trésor de Saint-Pierre, à Rome, montre le Christ faisant boire à ses apôtres son propre sang dans un calice à deux anses (1). M. Westwood {Archœological notes made during a tour in Belgium, Western Germany and France, p. 25) a publié, d'après un ancien ivoire de la bibliothèque de Francfort-sur-le-Mein, un calice à deux anses que consacre le prêtre placé devant

{\)Les souterrains et le trésor de Saint-Pierre, à Rome, p. 56.

l'autel. Cet ivoire semble dater du ixe siècle (1).

N° 28. Une pyxide en or, pour porter le corps de Notre-Seigneur, non pas en procession, ce qui ne conviendrait pas à la date de l'inventaire, mais aux malades. Nous avons ainsi le sens de l'article suivant, que Frisi a cru à tort une ampoule aux saintes huiles.

N° 29. Un petit vase d'argent pour les infirmes, c'est-à-dire servant, après la communion, à leur donner l'ablution (2). Ce rite subsiste encore dans tout le Milanais, où l'on voit le sacristain, à la suite de la communion administrée par le prêtre, présenter aux fidèles sur un plateau ou déposer sur la sainte table des verres pleins d'eau, où ils trempent successivement leurs lèvres. L'eau n'est remplacée par du vin que le jour de la première communion. Pourquoi n'aurait-on pas pratiqué à l'égard des malades ce qui était un usage général pour ceux qui communiaient dans les

(1) Le petit vase à anses, découvert à Gourdon, qui appartient à la bibliothèque nationale, est-il réellement un calice? On pourrait peut-être en douter, à cause de ses proportions exiguës, mais ce n'est certainement pas une burette, comme on Ta imprimé dans le catalogue de cet établissement. Ce serait vraisemblablement un scyphus pour une seule personne. Le vase de Gourdon avec son plateau est gravé, moitié de la grandeur naturelle, dans le Magasin pittoresque, 1846, p. 308.

(2) Une note, insérée dans un manuscrit des Prophètes, parle d'une donation faite en faveur des communiants, pour le vase de vin qui leur était présenté après qu'ils avaient reçu la sainte hostie : « mcclxxiiii, ultimo mensis septembris, per Dnm Buschi de Tertiago pro solidis xxx tertiolorum per denarios xi pro mense, qui denarii fuerunt dati per vasum vini. » (Frisi, t. III, p. 27.)

églises? Le Pontifical romain parle de l'ablution au seul jour de l'ordination (1). A Rome, on la pratique aux communions générales du clergé , et le rituel romain en fait un devoir , lors même que l'infirme n'éprouverait pas quelque difficulté à avaler l'hostie (2).

Nos 41, 46. Trois patènes, une petite et une grande, entourées de gemmes, comme celle de Saint-Gozlin, à Toul, qui date du xe siècle. Au n° 36, une patène a déjà été enregistrée en même temps que le calice qu'elle accompagne.

N° 38. Un petit vase, monté en or et à deux anses, gemmé et perlé , qui ne doit être qu'un scyphus. Le texte est altéré, et on ne peut l'établir que par analogie : cependant, je crois comprendre que la coupe était en calcédoine, ce que confirment les autres inventaires.

N° 39. Un saphir monté en argent. Certainement ananellinis est pour anellis, et alors il s'agirait d'anneaux latéraux, faisant partie d'une ligature qui maintenait la pierre précieuse.

On irait loin dans la voie des hypothèses en jugeant cet article isolément, tandis que le sens obvie jaillit immédiatement du simple rapprochement avec les autres inventaires. Ce saphir est la fameuse coupe donnée par Théodelinde : elle avait une monture en argent et, sur les côtés, des anneaux, soit pour la prendre, soit pour

(1) «Unus ministrorum pontifîcis.stat juxta cornu epistola? altaris calicem habens, non illum cum quo pontifex celebravit, sed alium cum vino etmappulam mundam in manibus, ad quemsinguli communicati accedunt et se purificant, os extergunt et ad partem se locant. » (Pontif. Rom., De ordinat. presbyt.)

(2) « Sacerdos abluat digitos , nihil dicens et infirmo detur ablutio. » (Rit. Rom., De commun, inflrmor.)

la suspendre : « Item, cuppa una zafilii, seu que dicitur esse de zafilio, ligata virgulis argenteis, cum duobus anelis a latere. » {Invent, de 1353, n° 13.)

Nos 30, 31, 32, 33. Quatre couronnes en or (I), avec croix pendantes (2). L'une est qualifiée plus grande que les autres, et une autre a deux croix. Gomment combiner ces deux croix à l'intérieur du bandeau? A la façon des croix de la basilique de Saint-Marc, à Venise, qui se pénètrent, en sorte que, de quelque côté qu'on regarde, on voit toujours se dessiner une croix, tandis que la croix simple n'admet qu'un seul point de vue. Nous en avons , pour le xme siècle , un exemple notable dans la croix terminale d'un des reliquaires de l'ancienne abbaye de Gharroux, au diocèse de Poitiers. (Bullet. de la Soc. des Antiq. de l'Ouest, 8e série, 1857, page 179 et pi. iv.)

Le bandeau de ces couronnes est rehaussé de pierres précieuses, parfaitement spécifiées, ce qui n'empêche

(1) M. Burges (Notices, p. 44) veut voir dans une quatrième couronne (les trois autres sont celles deThéodelinde, d'Agilulf et de fer) un don probable de Bérenger, et, pour appuyer son assertion, il invoque le témoignage du tympan dont les sculptures n'en présenteraient que trois : il se trompe, car il y en a bien quatre, « Ce qui est certain, ajoute -t— il, c'est que les rois lombards avaient l'habitude de donner leurs couronnes aux églises. En Angleterre, le roi Kanut avait agi de même en 1035. »

(2) Toute couronne n'avait pas nécessairement la croix pendante. Ainsi, dans les mosaïques de Saint-Apollinairele-Neuf et de Saint-Apollinaire in classe, à Ravenne, qui datent du vie siècle, les couronnes suspendues au-dessus des têtes des prophètes, des apôtres et des évêques, en sont complètement dépourvues.

pas le notaire d'ajouter cura ornamentis suis; mais, en dehors des croix et des gemmes, il n'y a pas d'autres ornements que les chaînes et anneaux de suspension, car aucune de celles existantes ou figurées n'admet de pendeloques, comme aux couronnes de Guarrazar. Cependant le Liber pontificahs mentionne des pendants à la partie inférieure du cercle, et les couronnes peintes au pourtour de l'abside de la crypte d'Anagni, au xme siècle, sont ainsi ornées de petites boules pendantes.

Un acte" du lundi 6 juillet 1263 nous donne la valeur d'une de ces couronnes, car elle fut retirée par le trésorier des mains des administrateurs de l'hôpital de Milan, ad hospùale de Brolio , pour la somme de cinq cent soixante et onze livres, treize sous, de la monnaie de Milan, dite les tertioli. (Frisi, t. II, p. 130.)

Une de ces couronnes aurait été en fer, corona ferra. Ce ne serait donc pas celle connue actuellement sous ce nom, qui est en or, avec un simple cercle de fer à l'intérieur. La différence est encore plus accentuée par cette addition : cum cruce, ce qui suppose une croix pendante.

Mais la vérité éclate dans cette révélation inattendue de M. Aguilhon, qui m'écrit : « Ferra est d'une autre encre et d'une autre main que tout l'inventaire ; il y a donc interpolation. Je lirais parv a, par opposition à la couronne précédente, dite magna. La matière n'est pas déterminée pour chacune de ces deux couronnes. Ma restitution est d'autant plus certaine, que parva avait été lu par Pierre-Paul Bosca, qui de bibliothécaire de l'Ambrosienne, à Milan, devint archiprêtre de Monza (1680-1699). »

Les ornements s'appliquent-ils à la croix ou à la cou-

ronne? Le texte n'est pas suffisamment clair sur ce point, et l'on peut dire qu'ils convenaient à tous les deux pour les compléter. D'une part, l'adjectif omnibus, ajouté devant ornamentis, semblerait indiquer des ornements nombreux, et, de l'autre, dans le numéro précédent (n° 30), ormamentîs et lapidibus se rapportant exclusivement à la croix, le sens est donné par la conformation même de la croix d'Agilulf, dont la décoration consiste exclusivement en gemmes et en pendeloques. Telle serait donc, au moins pour ce cas, la signification du mot ornamenta.

N° 37. Entre ua calice et la coupe de calcédoine apparaît un vase, également en calcédoine, en forme de disque ou de plat, s'il faut lire scutella, ou, avecFrisi, en manière de seau, car tel est le vrai sens de sitella, d'après ce texte cité par Muratori, à propos de Pavie : « Hauriunt autem aquam, non solum Hgneis situlis , sed etiam œreis, quœ sitellee dicuntur, quibus quasi omnes abundant, ministrantes aquam capitibus œreis.» (Tom. XI, col. 26.) La monture est gemmée et perlée, ainsi que le pied d'or et le cercle qui contourne le vase, peut-être à la lèvre. Ocullus serait l'œil même ou l'ouverture de la coupe, mais la lecture de Frisi est au moins douteuse, et M. Aguilhon propose d'y substituer circullus. Nous avons un exemple d'un rebord gemmé dans le calice de saint Gozlin, ce qui prouve que l'on n'y appliquait pas la bouche directement , mais qu'on y puisait avec un chalumeau.

Si le vase est un disque, on peut le voir aux mains de saint Jean-Baptiste, sur le bas-relief de la façade : ce serait donc un présent de Théodelinde.

L'inventaire de 1277 (n° 4) détermine mieux sa forme quand il dit : « Vas de calziadonio factum ad modum

paropsidis. » M» Aguilhon estime que c'est celui qui fut restitué par Matthieu Visconti, le 23 décembre 1319.

Vinculum revient au n° suivant. Pour se faire une idée exacte de cette ligature ou monture, qui n'est appliquée qu'à des coupes en matière précieuse et, par conséquent, n'adhérant pas directement au pied, il est nécessaire de se reporter soit aux vases figurés sur les bas-reliefs de la façade et du couronnement, soit au calice en saphir du trésor actuel.

N° 40. Un seau ou bénitier portatif en argent, avec une anse. Sitella et situlla sont évidemment synonymes (1). La répétition du même objet me fait présumer que, au n° 37, c'est bien plutôt un plat qu'un seau qui est décrit.

N° 43. Onze signets pour livres. Le mot cordelle indique que ce sont des cordelettes, peut-être en soie, munies, aux extrémités, de boucles pour les rattacher ensemble, et à la partie inférieure de petites boules dorées. C'est le plus ancien exemple connu de signets. Du Gange n'en parle pas, et j'en ai cité, d'après les inventaires, à Rome, au xve siècle seulement (2).

N° 44. Une masse d'argent, qui n'est qu'une verge ou masse, qu'un massier portait dans les fonctions ecclésiastiques devant le chapitre ou l'officiant, peutêtre même seulement devant l'archiprêtre, si c'était pour lui un emblème de sa juridiction. En effet, Frisi estime

(1) Au xve siècle, le bénitier portait encore en France le nom de situlus : « Quidam situlus argenteus, cum suo aspergello de argento, qui fuit datus per magistrum Raymondum de Piscibus. » [Invent, de la cathédrale de Lyùn, 1448, iV> 185.)

(2) Inv. du pape Paul III, p. 65-66.

que cette masse était « un bâton d'argent, avec pomme, que nous nommons mazza. » Il l'appelle « mazza prelatizia, distinctif ordinaire des dignités ecclésiastiques qui possèdent des fiefs, une juridiction temporelle ». D'après un acte de 1230, l'archiprêtre est considéré comme seigneur de la terre de Monza : aussi le peuple qui lui était soumis lui prêtait - il serment , sicat fidelis vassalus suo domino, ovvero patrono. » (Frisi, t. I, p. 40.) — « Dédit manum obediencie predicto domino archipresbitero , tanquam patri et domino. » [Ibid., t. II, p. 98.)

N° 45. Deux châsses, dont une en laiton, pour les reliques de saint Pierre, et l'autre, en or gemmé, pour celles de saint Jean-Baptiste. Cette dernière est un des joyaux du trésor actuel de Monza.

Nos 47, 60, 61. Papias définit les munilia : « Pectoralia equorum, vel ornamenta in cervice mulierum. » Du Cange donne pour équivalent monilia, qui est le pluriel de monile : or, l'inventaire que nous commentons enregistre trois fois le munille, variante de monile. En s'en tenant rigoureusement à la définition, il faudrait y voir, non un bracelet dans le sens classique du mot, mais une de ces couronnes articulées, dont les plaques sont gemmées et garnies sur les côtés de pendeloques à chaînettes. Cependant ici se présente une difficulté : catenella est au singulier, et cette chaînette aboutit à un bouton ou nœud, comme aux couronnes de Guarrazar. Alors nous aurions deux munille, ornements de tête, et un troisième équivalant aune corona. La matière est l'or, une fois mélangé avec l'ivoire : peut-être une de ces plaques d'ivoire portait-elle en relief un crucifix.

Mais Papias a parlé également de pectorale : seulement, au lieu de l'appliquer aux chevaux, nous en

ferons pour les personnes un ornement du culte. J'y suis suffisamment autorisé par le rapprochement entre deux inventaires. Effectivement, le sens vraiment ecclésiastique du mot monile (1) ressort clairement de cet article de l'inventaire de la cathédrale de Lyon, en 4448, qui en fait une agrafe de chape: «Quedam capa de serico fracto et antiquo ad agnis (2) Dei et ad aves, una cum quodam monili argenteo ad quatuor scuta armarum de Rogeron, jam valde antiqua, forrata de panno ciriceo indos. » Or cette chape, déclarée très-ancienne, pourrait fort bien remonter à l'époque de l'inventaire de Monza.

On lit encore dans le Spicilége de dom Luc d'Achéry (t. VII, p. S 16), que saint Éloi avait fabriqué pour le roi Lothaire (sic) un insigne monile, qui ne devait être autre chose qu'une agrafe de manteau. La pierre qui l'ornait était un béryle, sur lequel était sculptée, en relief, l'histoire de la chaste Suzanne. Voici comment la chronique parlait de ce bijou : « Gomes Eilbertus..., sine consilio suœ nobilissimse conjugis..., loco obsidis mirabilem thesaurum quem apud se conservabat clerico tribuit, diem statuens in quo fieret solutio debiti. Thésaurus autem iste desiderabilis compositus est in similitudinem insignis monilis, quem S. Eligius..., prsecepto nutuque incliti Lotharii régis Franc, manibus propriis

(1) Le chanoine Barraud a omis cette expression dans sa brochure : Des mors ou agrafes de chape. — A Monza, on trouve encore armilla dans le Nécrologe du xne siècle : « Piviale peroptimum cum armilla argentea. » (Frisi, t. III, p. 123.)

(2) Sic pour agnus : la transcription de cet inventaire est très-défectueuse.

operatus est. Lapis siquidem beryllus in medio positus sculptum retinet qualiter in Daniele Suzanna a senibus judicibus maie criminata sit, qui varietate sui operis diJigentiam ostendit arlis, et diligentia venustatem locupletis honoris. »

Enfin, pour montrer l'emploi à Monza du monile, il suffira de rappeler la fresque de 144-4, dans la basilique même, où l'archiprêtre et un chanoine ont chacun leur pluvial, fixé à la poitrine par un fermail d'or, à quatre ou cinq lobes , ce dernier rehaussé en cœur d'un saphir.

M. Darcel s'est mépris évidemment, quand il a transformé en phylactères des pectoraux ou agrafes de chape contenant des reliques, comme il s'en trouve un exemple entre autres à Aix-la-Chapelle au xve siècle (1). « Ces reliquaires, dit-il, d'un poids léger, qui étaient certainement destinés à être portés sur la poitrine, sont du même genre, sans doute, que ceux auxquels on donne d'ordinaire le nom de phylactères. » [Revue des Sociétés savantes, VIIe série, t. Ier, p. 265.)

Yoiciles trois articles de l'inventaire de la métropole d'Avignon (1511) auxquels se réfère ce commentaire erroné : « Item, unum pectorale (2) argenti deaurati, in quo sunt certi lapides pretiosi (3) et perlée et intus ali-

(1) Le chanoine Bock donne sans hésitation le nom de monile à une agrafe de chape du trésor du dôme d'Aix-la- Chapelle, qui est devenue depuis peu un instrument de paix. (Karl' s des grossen Pfalzkapelle,ip. 107-408.) L'étiquette delà relique est très-visible dans la gravure sur bois, à la partie inférieure.

(2) Pectorale est encore en liturgie le terme consacré (Car. Episc., lib. I, cap. i, n° 4).

(3) Il est à remarquer que, maintenant > encore, en Italie

quce reliquiœ, ponderis trium unciarum et duodecim denariorum. — Item, aliud pectorale argenti deaurati, cum cathena argenti (1), et ab una parte est ymago crucifixi cum ymaginibus, et alia parte est ymago beatse Mariée Virgini? (2), cum certis reliquiis, ponderis qua-

les agrafes de chape, exclusivement affectées aux évêques, se font en métal précieux, rehaussé de gemmes : de là, le nom de formate pretiosum, donné au fermail dont se sert le pape aux solennités. (Les Musées et galeries de Rome, p. 101-102.)

(1) La chaîne d'argent n'était pas faite nécessairement pour porter l'objet au cou, car il resterait à prouver qu'au xvie siècle les reliquaires se portaient de cette façon dans certaines cérémonies : or on ne peut l'attester que pour des œuvres d'orfèvrerie, trop pesantes pour être tenues à la main. La chaîné existe encore aux chapes françaises : elle sert à allonger la patte, suivant la largeur des épaules du chapier. De plus, une chaîne était indispensable pour tenir l'aiguillette, qui devait rejoindre ensemble les deux pairies du fermail, comme on a pu le voir en 1878, à l'exposition du Trocadéro, quand le fermail était double ou à deux compartiments. La chaîne encore pouvait assujettir le fermail, quand il était fixé aux bords de la chape par ses crochets, afin d'empêcher qu'il ne tombât; chaîne de sûreté que nous retrouvons aux bracelets contemporains.

(2) Le fermail de Benoit XIII, conservé au trésor de la chapelle Sixtine, a ainsi ses deux faces ornées : à la partie postérieure sont les armes du pontife. Je veux en citer un autre exemple plus probant, puisqu'il appartient au début du xviic siècle. Je l'ai décrit, comme il suit, dans ma Bibliothèque Vaticane : « n° 465. Fermail de chape en cristal de roche, monté en vermeil. Saint Pie Vy est entouré de sainte Catherine d'Alexandrie, sainte Madeleine, saint Barthélémy et saint Jacques le Majeur. Au revers, saint Benoit, saint

tuor unciarum. — Item, unum aliud pectorale, argenti deaurati , in quo sunt quinque rubini et quinque perlse, munitum circumquaque glandinibus (1); in medio cujus est unus lapis vocatus agletta, in quo lapide est sculpta imago sancti Michaelis, data per reverendissirnum in Ghristo patrem et dominum Julianum, cardinalem sancti Pétri ad Yincula, cum in minoribus esset, legatum et archiepiscopum Avinionensem, nunc vero summum pontificem, cum suis armis » (2). (Nos 36, 37 et 38.)

M. de Lasteyrie a pris pour un orfroi fi) de chape ce qui, en réalité, n'est qu'un fermail ou agrafe, ou plus probablement, une plaque de gant, ainsi qu'en fait foi le sujet représenté : « Je dois moi-même à l'obligeance de M. Ardant la possession d'un petit orfroi de chape décrit par lui [Emailleurs et Emaillerie de Limoges, p. 58), et qui représente, sur un fond uni, un agneau pascal^ fort grossièrement dessiné, avec l'inscription :

Simon, un apôtre et saint Paul. » (p. 101.) Ce fermail pouvait se retourner suivant la circonstance.

(1) Ce sont bien des glands (fruit du chêne) et non des boules, que les inventaires appellent toujours poma; motif emprunté aux armes mêmes de Jules II de la Rovère, qui portait pour meuble un chêne englantè d'or. En Italie, on se sert très-souvent comme décoration, non du meuble entier, mais de quelques-unes de ses parties, ce qui produit parfois un singulier aspect, comme les poires de Sixte-Quint, sans la tige feuillue qui en est l'accompagnement héraldique.

(%) D'après le fermail de Benoît XIII, ces armes ont pu être reléguées au revers.

(3) Orfroi se dit exclusivement des bandes, plus ornées que le fond, qui montent le long des bords de la chape, à la partie antérieure.

agnvs dei qvi tollit p. Un des maîtres de la paléographie, M. Léopold Delisle, à qui je l'ai soumis, n'hésite pas à y reconnaître les caractères en usage au commencement du xie siècle. » (Des Origines de l'émaillerie limousine, p. 12.) 0

Le n° 61 de notre inventaire mérite une mention à part : il est en or gemmé et perlé, avec un bouton au milieu (on verra plus loin ce qu'est le bouton) et une chaînette d'argent.

L'usage de cette chaînette, qui ne transforme pas la munille en phylactère de suspension, va être clairement déterminé par un pectoral espagnol dont voici la description minutieuse, car il n'y a rien tel qu'un monument pour élucider un texte d'inventaire.

M. le conseiller Gaillard de la Dionnerie possède, à Poitiers, dans sa riche collection d'objets anciens, une agrafe de chape, qui date du xvie siècle, et provient d'Espagne. Elle est en argent, fondu et doré, de forme circulaire, d'un diamètre d'un peu plus de sept centimètres. Le style en est lourd, l'exécution peu soignée, mais l'ensemble produit un certain effet, surtout à cause des nombreuses découpures à jour qui laissaient voir l'étoffe par dessous : cette agrafe s'appliquait, en effet, sur une « patte », comme on le pratique souvent encore en Italie. Nous sommes à une époque de décadence, où cet ornement sert exclusivement à la décoration, et non, comme primitivement, à faire joindre lui-même les deux bords du vêtement ecclésiastique.

Le pourtour, en façon de guirlande feuillagée, est agrémenté extérieurement d'un rang de pierres isolées, mais réunies ensemble par une espèce de trèfle. Ces pierres, montées sur bâte hexagonale, sont de diverses couleurs, bleu, violet, vert et grenat. Elles sont au

nombre de huit, et simplement en verre coloré, plan et chanfreiné sur les bords.

A l'intérieur du médaillon on voit saint Georges, en guerrier. Sa tête, à cheveux frisés, est juvénile et sans barbe : un nimbe circulaire l'entoure. Il a le costume romain, bottines laissant la jambe à nu, cuirasse avec déchiquetures à la partie inférieure, manteau flottant en arrière et agrafé sur la poitrine. Sa main droite est levée, comme si elle allait frapper, mais elle n'est pas armée, ce qui ne peut s'expliquer que par la difficulté de représenter une lance ou un glaive, à cause du relief du corps. Sa main gauche, qui est invisible, doit tenir les rênes du cheval, qui s'enlève pour mieux piétiner le dragon étendu sur le sol. Le monstre est un longserpent, enroulé sur lui-même, à queue pointue, et que saint Georges atteint de son pied droit : il retourne sa gueule béante contre son vainqueur, comme pour le mordre.

Que le saint représenté soit saint Georges, je n'en doute pas, malgré l'absence de la jeune fille, pour laquelle l'orfèvre n'avait pas de place. Les caractères conviennent bien aussi à saint Michel : toutefois il n'a pas d'ailes, ce qui est essentiel pour un archange.

L'intérêt particulier de cette agrafe est sa chaînette, fixée au côté droit et terminée par une aiguille plate et effilée : chaîne et aiguille ont en longueur deux fois le diamètre du disque. Ses anneaux sont doubles, pour plus de solidité. Au revers de l'agrafe sont en saillie deux anneaux plats, un grand et un petit ; on les a faits plats pour ne pas gêner la personne qui porte l'objet.

Yoici maintenant comment s'emploie cette agrafe : l'aiguille passe d'abord dans le premier anneau, le plus

large, mais la tête s'arrête à l'entrée, parce qu'elle est plus développée que l'anneau. La chaînette d'attache pend alors sur le côté et retombe jusqu'au bas du disque. L'aiguille mord l'étoffe pour y adhérer fortement, et, pour qu'elle ne puisse se retirer, sa pointe va se fixer vis-à-vis, dans le petit anneau.

De la sorte s'expliquent fort bien les chaînettes mentionnées dans les inventaires de Monza et d'Avignon, comme partie intégrante de l'agrafe. J'aurais voulu joindre une planche à cette description, mais M. Gaillard de la Dionnerie se réserve de publier lui-même cet intéressant objet : nous souhaitons que ce soit bientôt.

N° 49. Trois évangéliaires, ou textes d'évangiles : parmi eux devait être incontestablement celui de Théodelinde, le plus beau et le plus précieux des trois, méritant, par conséquent, une mention distincte. Innocent III, en 1205, écrit au roi de Hongrie : « Duo texta evangeliide argento (1). » Un inventaire de Pistoja, de l'an 1294, emploie la même expression : « Unum testavanguelum, ornatum de gemmis et aliis figuris » (Ann. archéol., t. XV, p. 142), usitée aussi en France : « Item, Textum Evangeliorum incipiens Cum esset desponsata et finit Salutari meo. » {Invent, de la cath. de Toulon, 1333, n° 72.)

« Item, un texte d'Evangile, couvert d'argeant doré, dont les fermoirs et les courroyes d'icelles sont rompus. » [Invent, de Saint-Florent de Saurniw, 1538).

N° 50. Le mot gausape (2) est susceptible de deux significations, nappe et manteau. Papias le définit :

(1) Riant, Exuviœ sacrse Cojistantinopolitanœ, t. I, p. 63. (Ss) Parmi les reliques conservées à Saint-Laurent in Lucina, à Rome, une inscription, de l'an 1 130, enregistre le

« Mappa, quse in mensis ponitur. » Uguccio y voit une espèce de manteau : « Gausape, mantile, et invenitur pro quodam génère pallii. » Frisi ne se prononce pas et met sur le même rang les deux opinions, ce qui n'avance nullement la question : « Gausapa, gausape, mappa, tovaglia, palandrano. » J'avoue que je serais presque dans le même embarras que lui, si l'article en question devait s'entendre, non pas d'une nappe ou d'un devant d'autel, dont le frontal serait garni de perles et de clochettes, mais d'un balandran (palandrano), chape ou manteau, comme dans le trésor d'Aixla-Chapelle, le pluvial, au pourtour duquel sont cousues de petites campanules d'argent (1). Si l'on se donne la peine de rapprocher ce texte incomplet de celui que j'ai rapporté plus haut, à propos de Théodelinde, toute hésitation cesse, car alors on est sûrement en face du tablier ou manteau de la reine, nommé ailleurs, comme le fait justement observer M. Aguilhon, pallium altaris et talliacore.

N° 51. Une croix de cristal, montée en or et gemmée, détachée du sceptre qui la portait. Ce sceptre était-il l'insigne de la dignité de l'archiprêtre? Au siècle suivant, nous voyons la croix remplacée par une colombe. Faudrait-il alors faire de la colombe d'argent du n° 05 l'amortissement d'un sceptre (2)? J'yrépugne-

gausape du diacre saint Laurent. Une autre inscription de 1196 est plus explicite, car elle donne la destination du gausape : « Gausape quo angélus tersit corpus ejus (Sancti Laurentii.) » Ni la forme ni l'étoffe ne sont désignées ici.

(1) Le Trésor du dôme d'Aix-la-Chapelle, p. 59. — Bock, Karl's des grossen Pfalzkapelle, p. 19.

(2) Il est possible que cette colombe ail eu une destina-

rais moins qu'à la transformer en boîte eucharistique, comme le fait Frisi , sans apporter d'autre preuve qu'une colombe émaillée qui existait de son temps dans l'église de Saint-Nazaire, à Milan. Ce rite, commun en France, me paraît étranger à l'Italie, au moyen âge. Je l'ai démontré péremptoirement pour Rome, où l'on ne s'est servi, du xie au xvie siècle, que d'armoires creusées dans le mur (1). Tel me paraît être aussi l'usage dans le Milanais, si j'en juge par une armoire analogue et en marbre blanc, entourée d'anges adorateurs peints à fresque.

Ce petit monument, qui date de la fin du xrve siècle, se voit dans une des chapelles septentrionales du dôme de Milan.

Pour moi, à l'origine, le sceptre est un insigne royal, quelle que soit sa terminaison, car on trouve sur les monuments la colombe aussi bien que la croix. Il était tout naturel que la basilique, qui fournissait à l'élu sa couronne, pût lui mettre en main un sceptre, sorti de son trésor. Peut-être encore devrait-on y voir un don royal, fait à la suite d'un couronnement, comme le sceptre conservé au trésor d'Aix-la-Chapelle atteste semblable usage et générosité.

Les deux opinions émises sur la signification de ce sceptre se concilient parfaitement. D'une part, c'est un souvenir royal, et, de l'autre, la marque de la dignité

tion analogue à celle mentionnée dans l'Inventaire du dôme de Sienne, en 1467 : « Une petite colombe d'argent, qui s'attache à la Notre-Dame du grand autel.»

(1) « 17 mars 1421. Una fenestra de corpore Christi » — « Item, pro serratura fenestrœ corporis Christi. » (Muntz, Les Arts à la cour des papes, t. I, p. 14.)

archipresbytérale, en raison même de la fonction du dignitaire qui jouissait du privilège de couronner l'empereur et qui remémorait ce droit en faisant porter l'insigne royal devant lui aux fonctions sacrés. Le jour de Saint-Pierre, l'archiprêtre célébrait la messe avec la mitre et précédé à la fois du sceptre et de la croix çl'or, suivant cette rubrique du Cérémonial du xme siècle: « Et in mane celebrata missa et cantata tertia, iterum vadimus ad Sanctum Petrum, archipresbitero vestito cum pluviali et mitra, et sceptro et cruce- aurea précédente, ad celebrandam missam majorem. » (Frisi, t. III, p. 199.)

Dans le bas-relief du couronnement, la crosse ne précède pas; elle est portée à côté de l'archiprêtre, à sa gauche, de même que sur la fresque de la sépulture de Théodelinde.

N° 52. Dans un même sac et probablement démontés, en attendant qu'on les restaure ou qu'on les applique à quelque vêtement, cinq boutons, dont trois en or et de forme allongée, deux en argent, ronds et munis de leurs chaînettes. On ne semble pas avoir jusqu'à présent compris l'usage de ces boutons, particulièrement affectés aux chapes, où ils tenaient lieu de fer m ail, Les textes et une peinture du moyen âge se chargent d'expliquer ce détail de liturgie. Voici d'abord quelques textes. Les tunicelles de saint Malachie, archevêque d'Armagh, sont ainsi décrites dans un inventaire de 1741 : « L'ouverture de la tête est plus large que celle de la chasuble, par le moyen d'une échancrure sous le menton ; elle ferme par un bouton rond d'étoffe, qui répond à une boutonnière ou ganse sous le col. » (Lalore, le Trésor de Clairvaux, p. 13.) L'inventaire de 1405 énumère de la sorte plusieurs chapes du

même trésor : « Primo cappa una de veluel, preciosa cum esmaldo et nodulo argenteis deauratis.» — Gappe rosate très, cum esmaldis et nodulis suis argenteis deauratis. — « Item, alie due, supertexte de auro, cum esmaldis et nodulis suis similiter argenteis deauratis.» — « Item, très alie, cum esmaldis non deauratis, argenteis tantum et nodulis etiam argenteis et deauratis. » — « Item, alie cappe due magne, 'cum uno esmaldo precioso et IIIIor nodulis argenteis et deauratis. !» — « Item, alia cappa, cum suis nodulis et uno esmaldo argenteis et deauratis; et suntin dicto esmaldo quinque parvi lapides. » — Item, alia vêtus cappa et alia nigra, cum suis nodulis argenteis et deauratis. » (Ibid., p. 102.) Nœud ou boulon, c'est tout un.

On lit ceci dans un inventaire de 1379 : « Item, unus parvus cofretus, in quo sunt vigenti très botones argenti deaurati pro capuciis dominarum , et sex alii argenti hemalhati. » [Invent, du chat, de Cornillon, 1379, n° HO.)

L'inventaire de 1391, de la cathédrale d'Angers, contient cet article : « Item, una alia capella pro mor-

tuis , continens quatuor cappas de samitto

nigro, cum orfrasiis dupplicibus et fourraturis de sandalis aduratis et pomis ereis tenentibus ad dictas cappas in pectore et scapulis. » L'usage de ces pommes d'airain est donc bien précis : elles tiennent aux chapes en deux endroits: la poitrine et les [épaules. Les deux dernières devaient être fixes, et une troisième, mobile, les unissait au-dessous de la gorge. On remarquera le nombre trois, conservé dans la tradition romaine.

Au commencement du xve siècle, Ghiberti cisela, pour Martin V, un bouton de chape, dont Vasari a laissé la description : « Fece, d'oro medesimamente,

a papa Mariino un bottone ch'egli teneva nel piviale, con figure tonde di rilievo, e fra esse , gioie di grandissimo prezzo; cosa molto excellente. » (T. III, p. 112 de Tédit. de Florence.) Le 16 juin 1453, l'orfèvre Simone di Giovanni travaille : « al bottone del piviale » de Nicolas Y. (Miintz, les Arts à la cour des Papes, t. I, p. 175.)

L'inventaire de la cathédrale de Lyon, de Tan 1448, revient souvent sur les boutons de chape : « Primo

quedam capa preciosa et sunt quatuor nodi seu

botoni grossi perliarum. » — « Item, quedam capa de veluto precioso. . . , cum quatuor nodis seu botonis perliarum. » — « Quedam capa antiqua rubea , cum quatuor nodis parvis perliarum, in quibus sunt très parvi nodi fili et nigri persici. » — « Quedam capa de veluto

rubeo , cum quatuor botonibus seu nodis de lestello

in aurifresio et cum quatuor aliis nodis argenleis de

super existentibus. » — « Quadraginta sex cape

et in duabus earumdem sunt duo ymalia argenti et in pluribus aliis plura ymalia de lotono. » ( Édit, de Valons, p. 2, 3, 4, 6.)

Ces boutons m'intriguaient depuis longtemps quand j'en trouvai une représentation exacte sur un tableau italien à fond d'or, du xve siècle, qui a fait partie de la célèbre collection Gampana et qui est venu échouer au musée de la ville du Mans, où il est classé sous le n° 11. Quatre boutons sont superposés verticalement; leurs queues traversent l'étoffe et sont réunies ensemble par une petite broche de métal, pour plus de solidité. Ils sont composés de petites perles blanches, groupées en cercles concentriques autour d'une tige de métal dont on aperçoit seulement la pointe. En face sont disposés autant de lacets en soie verte, destinés à passer autour

des boutons pour rapprocher les deux côtés de l'étoffe, qui est jaune. Cette découverte a une importance majeure, parce quelle explique un usage de l'Eglise romaine dont aucun auteur n'a encore donné la signification véritable. Le pape, aux temps de pénitence

et de deuil, et les cardinaux-évêques ont le privilège d'agrafer leur chape d'un fermait d'or, sur lequel sont disposées horizontalement ou verticalement trois espèces de pommes de pin (j'emploie le terme usuel), formées de perles fines (I). Il est évident que ce furent à l'origine

(I) L'inventaire du trésor de Lorette, en 1780, nomme bouton ce qu'actuellement on appelle pomme de pin : « Il razionale d'argento dorato, con 3bottoni format! di perle, e dono del card. d'Urbino, protettore di S. Casa. — Altro consimile, dono del card. del Carpio, pure protettore. »

trois boutons que, au xvie siècle, on enleva à l'étoffe pour les appliquer sur un pectoral ou fermail en métal (1), lorsqu'il fut convenu par les litnrgistes que le fermail, interdit aux prêtres, serait exclusivement réservé aux évêques (2).

Les lecteurs remercieront, avec le même empressement que je l'ai fait, notre docte et obligeant confrère M. Hucher, qui, grâce à la finesse habituelle de son crayon, a si fidèlement reproduit, en véritable archéologue, les minutieux détails des boutons de perles observés sur le panneau peint du musée du Mans. De tels objets ne peuvent se décrire, il importe de les avoir sous les yeux pour bien s'en rendre compte.

Nos 53, 54, 55. Plusieurs lots de perles et de pierres précieuses, détachées des vases ou ornements qu'elles rehaussaient et renfermées dans des pièces d'étoffe. Des mentions analogues se lisent fréquemment dans les inventaires (3). Elles prouvent de l'ordre, en ce sens

(1) Daus notre inventaire, le bouton est déjà placé sur le fermail: « Munille de auro eum botono uno a (n° 61).

(2) Pour le pape, les boutons de perles sont disposés horizontalement, et verticalement pour les cardinaux, c'està-dire superposés en pal.

Le Cérémonial des Évêques (lib. 1, cap. vn, n° 1 ) dit du prêtre assistant: «Pluviale, tempori congruum, sine tamen for'malio ad pectus, » et de l'évêque : « Pluviale, cura pectorali in conjunctura illius. » (Lib. II, cap. i, n° 4.)

(3) L'inventaire du trésor des ducs de Bretagne, au château de Nantes, daté de 4 490, désigne sous le nom de pierres hors de euvre , toutes les gemmes détachées des pièces d'orfèvrerie auxquelles elles appartenaient. (De la Nicollière, le Chapeau ducal, etc., p. 61.) Or, toutes ces pierres ou perles étaient enfermées par groupes dans des sachets.

qu'on ne laisse rien perdre ; mais aussi elles témoignent de quelque négligence , car il valait mieux réparer promptement les objets mutilés que d'entasser ainsi deux cent vingt -quatre pierres et perles, qui risquaient fort de cette façon de se détériorer ou de s'égarer (1).

N° 56. Dans un autre morceau d'étoffe , vingt-six cristaux de roche , provenant sans doute de pièces d'orfèvrerie. Mais voici une autre explication que suggère un inventaire français: « Item, une pierre ronde de cristal pendant à une petite chaîne d'argent, de laquel on fait le feu nouveau. » (Inventaire de Saint- Florent de Saumur, 1538). M. Parrot interprète ainsi ce texte : « La boule de cristal dont il est fait ici mention servait, le samedi saint, à renouveler, à l'aide des rayons solaires, le feu nouveau, dans l'abbaye de Saint-Florent. » (Rev. des Soc. sav., 7e série, t. II, 1880, p. 236.)

N° 48. Une croix gemmée et perlée. La croix de Bérenger est dite crux regni. Faut-il traduire par croix du royaume? Je ne le pense pas, car on devrait alors spécifier quel rapport existe entre l'Etat et cette croix, qui est, dans cette hypothèse, ou signe protecteur ou instrument nécessaire au rit du couronnement. Il est bien plus simple d'y voir une croix pendante, c'est-à-dire suspendue au milieu d'une couronne, à la façon de celles si souvent mentionnées dans le Liber pontificalis , qui donne à la couronne le nom de regnum , parce qu'elle est faite pour constater la royauté. Cette explication a l'avantage d'être plus rationnelle et de se

(\) (( Item, octo nodi parvi, in quibus sunt fere quadraginta pecie argenti et emalhi pro zona, et aliqua modici valoris. » (Invent, du chût, de Cornillon, 1379, n° 414.)

baser sur la conformité archéologique avec des monuments analogues.

La croix gemmée se plaçait, le vendredi saint, sur une grande patène dorée, au-dessus de l'arche : « Et accipiunt ibi archam coopertam quodam pallio, desuper testavangelio magno supraposito , cum patena magna deaurata , cruce gemmarum ornata superposita. » (Frisi, t. III, p. 194.) Cette croix servait à l'adoration de la croix : les chanoines venaient la baiser successivement. « Sacerdos ebdomadarius, vel archipresbyter revestitus, cum diacono et subdiacono oscu-

lantur crucem Osculata cruce acanonicis.» [Ibid ,

p. 195.) A Saint-Pierre de Rome, on se sert également de la croix gemmée de l'empereur Justin pour cette cérémonie.

N° 57. Trois petites croix : une est en or gemmé et les autres en argent doré, également gemmé. Peutêtre étaient-elles l'accompagnement obligé des couronnes pendantes, comme il est figuré à la façade aux quatre couronnes offertes par Théodelinde.

N° 63. Trois cristaux montés en or. Nous en avons déjà noté de ce genre parmi les objets précieux de l'inventaire deBérenger. Ils reparaissent dans les inventaires postérieurs , et alors il devient possible de les assimiler aux médaillons byzantins vus et décrits par Frisi, car ils étaient, eux aussi, recouverts de cristal de roche et garnis d'or.

N° 64. Busnelli est un mot nouveau, que n'expliquent ni Du Gange ni Frisi. Peut-être pourrait-on y voir une altération de bussellus, qui signifie boisseau et bouteille; alors il serait question ici de deux fioles d'argent, de la nature de ces fiaschi mentionnés par les inventaires romains.

La ressemblance du vocable m'oblige à celte citation : « Un manuscrit du Vatican (ap. Severan., De sept. Urbis écoles.) fait lire que saint Grégoire le Grand ayant rapporté de Constantinople, entre autres reliques, un bras de saint Luc et un fragment de bras de saint André, apôtre, les fit renfermer dans une busterna dorée et richement décorée, in busterna deaurata et cicladibus cooperta. » (Martigny, Dict. des antiq. chi-ét., p. 105.) Mais ni la busterna ni le busnellus ne nous sont connus par leurs formes propres : si l'une est certainement un reliquaire, la destination pour l'autre reste indécise.

N° 65. Deux grandes ampoules en cristal (1). Elles devaient être affectées aux saintes huiles. Un excellent type de cette époque est la belle ampoule du musée de Caen, qui date du xme siècle et est en cristal, avec monture en orfèvrerie : elle a été gravée dans les Annales archéologiques, t. XIX, p. 193.

M. Riant a cité dans ses Exuvix (t. II, p. 85) ce texte de l'an 1208 : « Très ampullas nobiles, quas ad consecrationem crismatis deputamas, et unamde quacrisma in fontem sabbato sancto fundetur.» — Voir sur les ampoules de Ravennc , de Reims et de Marmoutier , la Revue de l'art chrétien, t. XXVIII, p. 378, 379, 380.

N° 67. Deux urceaux ou burettes en argent. C'est à tort que M. Edouard Quesnet, rencontrant dans l'inven-

(1) Une inscription de Fan '1130, dans l'église Saint- Laurent in Lucina, à Rome, dit que les reliques du saint diacre, déposées dans l'autel lors de sa consécration, furent enfermées dans des ampoules de verre : « Et due ampulle vitrée cum sanguine et adipe beatissimi atque gloriosissimi martiris Laurentii. » Cet usage s'est conservé à Monza, comme on le verra par les inventaires des derniers siècles. B. M. 14

taire de l'église de Pire, en 1527 , cette mention : « Item, demye dozaine de orceulx, de estain », traduit par « pot à eau bénite », sans prendre garde que l'article suivant est ainsi conçu : « Item, ung benoistier portatiff, de estain. » (Revue des Sociétés savantes, Ge série, t. VIII, p. 142.) En effet, un seul bénitier suffît pour l'aspersion, tandis que six paires de burettes ne sont pas de trop dans une église où se célèbrent plusieurs messes.

N° 69. La poule et ses sept poussins, don de Théodelinde, à en croire la sculpture de la façade.

N° 70. Deux anneaux, l'un ayant un grenat, et l'autre une émeraude au chaton. Le premier est entouré de petites émeraudes, comme on le fait actuellement pour les anneaux épiscopaux, mais ce qui est assez rare au moyen âge. L'anneau était un des insignes pontificaux dont se parait Tarchiprêtre aux solennités.

N° 71 . Une cassette en ivoire pour l'encens, ce qui semble dénoter la forme quadrangulaire. On remarquera que l'ivoire était rehaussé de gemmes. Ge doit être Yalveola décrite dans l'inventaire de Bérenger : « Alveola 1 eburnea in qua thus continetur (n° 28). »

N° 72. '.Deux châsses, également en ivoire, sans doute destinées à contenir des reliques , comme on en voit dans plus d'un trésor ou musée.

N° 73. Je restituerais argento circumdata pour avoir un sens raisonnable que ne donne pas argentea. Cette verge d'argent (1) répondait à la crosse et était un des

(1) « Item, crossa, vel virga pastoralis, et parva crux argentea. » (Inv. de l'abb. de VHuveaitne, 4388, n° 5.) — « Item, una virga argenti, superdeaurata, que dicitur esse sancti Cesarii, longitudinis trium palmorum, vel circa; cum

insignes pontificaux de l'archiprètre, assimilé sur ce point aux abbés, tant pour la matière que pour la forme. Ce bâton d'honneur était terminé par une boule (1) ou en ï, ainsi que je l'ai expliqué en traitant du tau abbatial, conservé au trésor de Moutiers. (Le trésor de la cathédrale de Moutiers, p. 12.) Au siècle suivant , l'archiprêtre avait définitivement pris la crosse, comme en témoigne le bas-relief du couronnement.

N° 74. Deux couvertures ou corporaux. Le texte est ambigu, car la couverture est un parement d'autel et le corporal un linge sacré (2). Avec cette dernière acception, nous aurions le plus ancien exemple de la pale, couverture du calice. J'hésite cependant, à cause de la date du document, à admettre cette acception du mot. Seraient-ce plutôt deux corporaliers ou étuis pour corporaux, suivant la définition que j'en ai donnée ailleurs (3)?

uno pomello in capite ipsius virge. » (Invent, de Saint- Césaire d'Arles, 1473, n° 9.)

(1) Dans le Milanais, l'insigne des prévôts est une verge surmontée d'une pomme, le tout d'argent.

(2) Le vendredi saint, l'officiant prépare les corporaux, « préparât corporalia , » et met l'hostie sur l'un d'eux : (( ponit corpus quod confectum est alia die super corporale.» Telle est la rubrique du cérémonial du xme siècle. (Frisi,

(3) « Duo corporalia cum receptaculis eorum. » (Exuv. sac, t. 11, p. 85.) — « Item, cassietas III fusteas, ad tenendum corporalia. » (Inv. de la cath. de Toulon, 1333, n° 7,) — « Duo reservatoria corporalium, cum ymaginibus crucilixi, ex una parte, quorum alterum est deauratum, cum armis dicti Dni abbatis; reliquum vero est de serico puro. d (Inv. de Saint-Victor de Marseille, 13o8, n° I.) — « Item,

On remarquera leur richesse : non-seulement ils sont ornés de perles imitées en or, ex margantis ex auro factis, mais encore de tarins dont, d'après Du Gange et Frisi, la signification est celle de monnaie d'or. Une particularité doit surtout fixer notre attention : un de ces corporaliers a, au milieu, une mouche d'or. Gomment concilier cette désignation avec le contexte, qui parle immédiatement d'autres gemmes, et aliïs gemmis, mais surtout avec l'article 43 de l'inventaire de 1353, qui dit positivement que muscha est le nom d'une pierre précieuse? Je pense que aurea doit s'entendre uniquement de la monture, spécifiée dans l'autre inventaire, ligatus in auro; autrement, cette expression n'aurait pas de sens.

Le dernier objet est une table, ornée d'argent. Nous avons son pendant, peut-être son similaire, sous le n° 45 de l'inventaire de 1353. C'est, suivant l'expression locale, une chapelle ou table d'autel portatif, selon cette définition du pape Nicolas Ier, dans sa deuxième épître : « Altare sanctum, in quo Deo omnipotenti

plusieurs boistes. de corporaulx, dont l'un est armoyé dos armes de Coupigni et l'autre dessus il y a ung ymage de Nostre-Dame sur ung soleil et la lune sub pedibus ejus. » (Inv. de Notre-Dame de Lens, xve siècle.)

Le corporalier étant une boîte pouvait servir à contenir divers objets : « Item, un autre corporalier de taffetas jaune, auquel sont plusieurs reliques non enchâssées, et pour espécial une petite croix d'argeant doré , où il y a de la vraye croix, avec une boucle d'argeant de l'un des encensoirs, et la moitié d'une petite pomme d'argeant doré, les deux couvercles des deux petites chopines d'argeant , et les deux tenons de derrière desdits couvercles. » (Inv. de Saint-Florent de Saumur, 1538, n° 24.)

sacrifieiorum vota persolvimus, lapis est. naturaliter

coin munis 'quia vero sacratum est Doi adju-

lorio et benedictionem suscepit , mensa sancta efficitur. »

Je suis surpris de ne pas lire dans cette énumération, qui paraît très-complète, un objet qui, par ses dimensions, devait nécessairement frapper les regards : en effet, il n'y est pas parlé de la pala d'oro, qui, comme celle de saint Ambroise de Milan, se composait de quatre tables faisant le tour de l'autel. Si on V adaptait aux solennités, il est évident qu'elle n'était pas à poste fixe à l'autel, comme celle qui y est actuellement. Je dis pala d'orti, car, à défaut de tout autre renseignement, elle pouvait tout aussi bien n'être que d'argent, comme celle de Pistoia. Quoi qu'il en soit, voici un document précieux qu'il m'était impossible d'omettre. Pendant la bénédiction des fonts, le samedi saint, l'autel était revêtu de son parement, suivant la prescription du Cérémonial manuscrit du xme siècle : « Intérim revestitur altare a custodibus solenniter et aptatis tabulis in circuitu. » (Frisi, t. III, p. 495.)

La librairie de l'église de Monza se composait de cent quatorze volumes. Je n'indiquerai que ceux qui se rapportent à la liturgie. Ce sont deux Vies de saint Brice (nos 77, 80) (1), deux passionnaux. (nos 77, 79), un livre des divins offices (n° 78), soit le Cérémonial du

(1) C'est bien le saint Brice de Tours, inscrit au martyrologe de l'église de Monza (xuc siècle) aux ides de novembre, sous cette rubrique : « Turonis sci Britii epi. » (Ni'crol , ap. Frisi, t. III, p. 138.) Plusieurs saints français ont une place assignée dans ce martyrologe, tels que saint Martin, saint Saturnin, saint Rémi, sainte Radegonde, saint Yves.

xinc siècle, soit le Guillaume Durand, décrit par Frisi (t. III, p. 190-200), quatorze missels (n° 81), dont un avec couverture d'ivoire, ornée d'argent (n° 91) ; huit anliphonaires pour l'office du jour (nos 82, 83), et trois pour l'office de la nuit (n684); six spautiers (nos 85, 89), dont un pour l'office du jour (n° 88); un évangéliaire (n° 86), un épistolier (n° 86), un pontifical (n° 87) et un lectionnaire de la Yie des saints (n° 90).

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