LES COURONNES PENDANTES
Je ne puis me dispenser, pour bien faire comprendre
(1) « Qui manducat hune panem vivet in œternum. » (S. Joann., vi, 59.) — « Qui manducat raeara carnem et bibit meum sanguinem, habet vitam aeternam,etego resuscitabo eum in novissimo die. » (S. Joann., vi, 55.)
(2) « Accipe signum glorise ut œterni regni coro-
nam percipias. »
ce qu'étaient les couronnes de Monza , d'exposer la théorie de la couronne de suspension d'après les inventaires du Liber Pontificalis, corroborés par les textes et les monuments. Pour ne pas allonger démesurément ce chapitre, je supprime les citations, qu'on trouvera dans la nouvelle édition d'Anastase, que je prépare depuis plus de vingt ans.
Cet auteur emploie indistinctement les expressions corona et regnum, sans qu'il établisse entre elles une différence substantielle.
Corona revient cent cinquante-six fois dans Anastase, qui lui attribue les quatre significations d'hostie , de diadème, de couronne de lumière et de couronne pendante.
Les couronnes d'ornement donnent lieu à des observations multiples. Comme date, elles se répartissent ainsi : ive, Ve, vne, vme et ixe siècle.
Ces couronnes sont en or, en argent doré ou simplement en argent. Cinq fois seulement elles sont gemmées.
Leurs dimensions varient : il y en a de grandes , majores, et de petites, minores.
Leur ornementation consiste en une croix pendue à l'intérieur, une légende nommant le donateur, des histoires diverses, parmi lesquelles le Sauveur et plusieurs saints figurés sur son bandeau ; des pendeloques, des bulles et des clochettes attachées à sa partie inférieure. • Les plus riches sont qualifiées, en conséquence, trèsprécieuses et admirables par leur travail , « pretiosissima, miro composita opère. »
On les suspend avec des chaînes. Deux fois ces chaînes sont dites au nombre de quatre. Des dauphins sont placés aux points d'attache.
Ces couronnes pendent devant la confession et un corps saint; devant l'autel, au-dessus (1), ou à droite et à gauche ; au ciborium, à la caméra (2), devant le presbytère, au portique et sous l'image du Sauveur.
La suspension se faisait à l'aide d'un lis renversé, muni d'un crochet : « Goronam minorem, cum catenulis quatuor et delphinis decem, habentem lilium et uncinum. »
Si la couronne est d'or, dit le vénérable Bède, le brillant de ce métal signifie la clarté de la lumière céleste : « Si ergo coronulœ fuerint aureœ , claritatem perpétuée lucis significant. » (De Tabernaculo, lib. III, cap. vm.)
La couronne pendante peut se confondre souvent avec le regnum. Cependant je suppose que celui-ci correspondait plutôt au diadème que l'on porte sur la tête, tandis que celle-là se faisait dans de plus grandes proportions. Un manuscrit de Bamberg donne les types de deux couronnes pendantes : l'une est gemmée, avec bulles à la base; l'autre, ornée au rebord du bandeau
(1) Sur le beau paliotto d'or de Saint-Ambroise de Milan, qui date du ixe siècle, deux fois la couronne est suspendue au-dessus de l'autel, dans deux scènes différentes de la vie du saint évêque.
(2) Paciaudi va trop loin quand il affirme, sans restriction, que les couronnes étaient suspendues aux plafonds : « Coronas aureas, per catenulas basilicarum laquearibus supra sacram mensam appendendas. » (De Cultu S. Joan. Bapt., dissert. 6, cap. x, p. 266.) Elles pendaient plus ordinairement soit au ciborium, soit à une tringle, comme on le voit au bas-relief du couronnement, dans l'église de Monza.
de feuilles et de croix alternées. Toutes les deux ont trois cordons d'attache, sans doute par allusion à la sainte Trinité, comme l'a interprété Innocent 111 pour l'encensoir. (Mélanges d'archéologie, t. 111, p. 2.)
Dans la crypte de la basilique d'Anagni, le xmc siècle a peint à fresque une série de couronnes qui se répètent au pourtour de l'abside. Le bandeau circulaire est retenu par des cordons rouges, divisé en caissons et orné d'olives pendantes. De chaque côté, à la partie supérieure, sont deux crochets, dont je ne m'explique pas l'usage, et qui ont embarrassé l'Académie des inscriptions et belles-lettres, ainsi que la Revue archéologique.
Serait-ce pour y fixer des cierges, comme dans le texte cité plus loin au mot coronula ?
Les textes d'Anastase ont ailleurs des analogues. Ainsi l'inventaire de saint Riquier parle de trois autels, ayant chacun un ciborium pour le couvrir. A chaque ciborium pendait une couronne d'or, gemmée, agrémentée de croix et autres ornements : « Principalia habentur
altaria III super illa tria altaria habentur tria
ciboria ex argento et auro parata in quibus très dépendent coronœ, singulœ per singula, ex auro gemmisque l aratœ, cum aureis cruciculis aliisque diversis ornamentis. » [Chronic. CentuL, lib. III, p. 480.) Il y avait même des couronnes en argent et en cuivre doré, comme il résulte de ce même inventaire du ixe siècle : « Goronœ argcnteie VII, et cupreœ deauratœ VIL » [Ibid., p. 481.)
M. Mayer, à Liverpool, possède une couronne en
bronze, suspendue à quatre chaînes du môme métal.
Elle a été signalée par la Revue archéologique, et est
attribuable au ive ou vc siècle. On y lit cette inscription
votive découpée à jour sur le bandeau : uercylanvs botvm solbit A ^ £i et. La partie supérieure porte des crochets, comme la couronne d'Anagni.
Sur la couronne dédiée par Pépin était écrit : curiste fave yotis, légende empruntée à une antique oraison, qui débutait ainsi: « Ghriste, fave desideriis et precibus nostris. » [Second voyage littéraire de deux bénédictins, p. 492.)
2. Coronula, petite couronne, se rencontre seulement deux fois dans Anastase, au vme siècle, dans la vie de saint Grégoire III: « Goronulas argenteas quinque. » — « Goronulam auream cum cruce, pendentem super altare. » Ainsi la matière est l'or ou l'argent, et, comme pour les grandes couronnes, on les suspend sur l'autel et elles ont à l'intérieur une croix pendante.
Coronula est cité par Du Gange, dans un texte relatif à la translation de saint Gorgon, martyr : « Pervenit demum ad stationem abbatis, ubi ex more dependebat coronula argentea cum candela. » (Act. SS. Ord. sanct. Benedict., lib. III, pars n, p. 213.)
Dans les mosaïques de Saint-Apollinaire de Ravenne (vie siècle), on voit de petites couronnes à bandeau gemmé, suspendues au-dessous de la croix dans les niches en coquille qui garnissent le haut des trumeaux des fenêtres, le bas étant occupé par une figure d'apôtre en pied. Le double signe de Yapallarea et de la coronula a pour but évident d'honoror les membres du collège apostolique.
3. Du mot regnum, couronne royale, les Italiens ont fait triregno, qui signifie coiffure à trois couronnes, parce qu'en effet la tiare est ornée de trois cercles d'or gemmé. Le Ceremoniale romanum, lib. I, s'exprime
ainsi : « Tiarara quod regnum appellant
imponunt. »
Anastase emploie vingt - quatre fois l'expression regnum, une au vr3 siècle et les autres au vnie et au ixe siècle.
Le regnum est une couronne de métal, or ou argent, en forme de bandeau, que fou suspend au-dessus de l'autel, par respect pour le Roi des rois, qui y descend au saint sacrifice et s'y immole, super altare.
Il est attaché à des chaînes et son ornementation comporte des perles, des gemmes, de l'émail, un cloisonnage en verroterie, spanoclijstum, et, au pourtour, des bulles ou des clochettes, cura tintinnabulis. Souvent, au milieu de la couronne, pend une croix : « Habens in medio crucem, » — « cum cruce in medio. » Une seule fois cette croix est surmontée d'une colombe.
Sous le pape saint Hormisdas, le roi Clovis envoya à la basilique de Saint -Pierre un regnum gemmé: (( Eodem tempore venit regnum aureum cum gemmis pretiosis, rege Francorum Glodoveo christiano, donum 13. Petro apostolo. » Suivant Hincmar, ce don fut fait à la suggestion de saint Rémi : « Ghlodowicus, rex gloriosus, coronam auream cum gemmis, quse regnum appellari solet, beato Petro, sancto Remigio suggerente, direxit. »
4. Une couronne d'or trouvée àGuadamar (Espagne) contient cette légende : « Sancto Stephano hoc munusculum offert Theodosus abas. [Revue archéologique, 4861, p. 72.)
Le Magasin pittoresque (année 186:2, p. 52-53) a publié en gravures sur bois les huit couronnes du vne siècle découvertes à Guarrazar, en Espagne, et achetées par le musée de Gluny. M, Peigné - Delacourt
les a données en chromolithographie dans ses Recherches sur le lieu de la bataille d'Attila. (Paris, 1860.) M. de Lasteyrie, de son côté, en a fait l'objet d'une étude spéciale, qu'il a illustrée de chromolithographies, dans sa Description du trésor de Guarrazar. Elles sont en or ciselé, uni ou découpé à jour, en résille ou en arcades, avec gemmes serties en bâte au bandeau et pendeloques à la partie inférieure. Elles pendent à trois ou quatre chaînes à anneaux variés, qui aboutissent ou à un cercle ou à un double lis, l'un renversé, l'autre droit et ouvert en haut. Le crochet de suspension est en s ou même à un seul croc. Au milieu, une chaînette porte une croix pattée et gemmée ; ces croix ont également des pendeloques. Trois couronnes, les plus petites, sont sans croix. Aux pendeloques de la plus grande on lit le nom du donateur : ►£< reccesvinthvs rex offeret. Or ce roi régna de 649 à 672. Chaque lettre, ornée de grenats cloisonnés, forme elle-même une pendeloque. Les pierres des autres pendeloques , pyriformes ou ovales, sont enfilées dans un fil d'or.
Une inscription commémorative est encore inscrite sur une des croix pendantes :
►î< in deI nomine offeret sonnica sce marie in sor-
BACES.
La couronne de Suinthila (621-631), qui est restée à Madrid, se trouve en chromolithographie, avec celles du musée de Gluny, dans le grand ouvrage de Mgr Bock sur les ornements impériaux, tome I, planches XXXVI et XXXVII.
Forster a emprunté à un manuscrit de la bibliothèque de Munich, qui date du ixe siècle, le dessin d'un regnum. [Monuments d'architecture } de sculpture et de peinture de l'Allemagne, t. I.) Cet objet se compose
d'une tige de suspension, d'un anneau auquel aboutissent trois cordes fixées au bandeau circulaire qui forme la couronne, perlée et gemmée à son contour, et à laquelle pendent, au-dessous, à l'aide de fils droits, de petites boules.
PREMIER INVENTAIRE (Xe SIECLE).
« Gapitulatio ecclesiastice rei de capella serenissimi régis Berengarii, quando Adelberto subdiacono commendavit. Ego Adelbertus omnia cum distinctione numeri expono :