‹ Inventaires de la Basilique royale de MonzaChapitre 33 sur 34 · UNIVERSITY OF ILLINOIS · texte numérisé non relu

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tos lata : hœc crux RegniCrux dicitur. In hac cruce condite sunt reliquie iste : Lignum Domini , vélum sanctse Mariée Virginis, de sépulcre Domini, reliquise sancti Stephani protomart., reliquiœ sanctse Véreuse virginis, reliquise sancti Lucani martyris, de cilicio sancti Augendi eximii confessons Xpi , de vestimento sancti Leudegarii mart. et episcopi Viennensis. » [Chron. Modoetiœ, lib. IV, cap. x.)

J'ai dit précédemment que, contrairement à l'opinion admise, je ne croyais pas que cette croix fût de nature à être portée au cou. Sa destination précise résulte de deux textes des xie et xiie siècles. Geoffroy de Viterbe la plaçait en tête des insignes impériaux : « Crux caput imperii fuit, » et constatait qu'elle contenait de la vraie croix :

«Imperii dignum caput est, venerabile lignum ».

Benzo, évêque d'Alba, affirme qu'on la portait devant l'empereur : « Portatur ante eu m crux gravida ligni Dominici. »

La croix du royaume précédait donc le cortège royal, et devait son nom à son usage, affecté exclusivement

nous aurions environ 0m30 de hauteur, le bras mesurant 0mo9o. Or, la croix de Bérenger n'a que 0m23 au croisillon et 0n,2i en élévation. Celte objection est grave. De plus, 1 inventaire de 1343 donne pour poids cinq marcs, six onces et trois quarts. Si le marc vaut huit onces, la croix aurait pesé quarante-six onces trois quarts, tandis que celle de Bérenger n'en pèse que vingt-six. Il paraît donc qu'il y avait deux croix dites regni : l'une, mentionnée dans le Sacramentaire grégorien (Frisi, t. III, p. 72) et l'inventaire de 1275, qui contenait des reliques; l'autre, qui n'aura reçu son nom qu'après la perte de la précédente et qui ne paraît pas arrangée de façon à recevoir des reliques. »

au couronnement du roi élu dans la basilique de Monza. La question est désormais tranchée sur une dénomination qui a tant embarrassé les auteurs.

N° 8. Revenons encore au scyphas. « Pocula argentea 4. Cochlearia de argento tria, pondo libre unius. » (Invent, du Mont-Cassin, 937.)

« Eo igitur tempore(H81), judœis timentibus ne officiales régis scrutarentur eorum domos, factum est quod quidam judœus, qui eo tempore Parisius morabatur, habensvadiaecclesiastica, videlicet crucem auream gemmis insignitam et librum Evangeliorum , auro et lapidibus pretiosis mirifice decoratum, cum scyphis argenteis et aliis, insacco ponens, in fossam profondam ubi ventrem purgare solebat (proh dolor ! ) vilissimè dejecit : quee omnia paulo post, Domino révélante, à christianis ibidem sunt inventa, et, solutâ quintâ parte totius debiti domino régi, propriœ ecclesiee cum summo gaudio et honore sunt reportata. » (Rigordus, De gest/'s Philippi Augusti, apud Rec. des Histor. des Gaules, t. XVII, p. 9.)

Boniface VIII fit l'investiture du royaume de Sardaigne en remettant à Jacques, prince d'Aragon, une coupe d'or : « Ad honorem Dei omnipotentis. ... regnum Sardinise et Gorsicœ, quod ipsius Ecclesiœ juris et proprietatis existit,.... in perpetuum feudum gratiose conferimus.... et per cuppam auream te de eodem preesentialiter investimus. « [Analecla jw%is pontificii, t. XII, col. 338.)

Un Sacerdotale de la seconde moitié du xme siècle, écrit pour les états du comte de Poitiers, contient cette rubrique : « In sero (conjuges) audiant vesperas; fiant très sope in uno cipho cum vino. » [Biblioth. de l'Ecole des Chartes, L XXXVIII, p. 486). Le soir des noces, les

époux, après avoir assisté aux vêpres , faisaient ce qu'on appelait alors une potation, usage qui s'est conservé en Poitou sous le nom de rôtie, mais à une heure avancée de la nuit. On devait mettre trois soupes dans une coupe pleine de vin (I). Le mot sopa n'est pas dans du Cange, mais son sens n'est pas douteux en raison du mot français sur lequel il est calqué : or soupe signifie une tranche de pain.

Cette potation constituait un rite religieux, car il est probable que le vin était béni par le curé et que les trois soupes étaient un hommage rendu à la sainte Trinité. Deux devaient être mangées par les époux et la troisième offerte au curé.

Le troisième ordre romain, parlant de ce qu'il fallait préparer pour les stations, énumère les « sacra ministerii vasa», qui sont : « Aquamanile, hoc est vas manuale ; patenœ, calices et scyphi, atque pugillares aurei sive argentei, amulœ argent eœ ad vina fundenda parafa?, colatorium aureum sive argenteum et cantatorium. »

La dernière trace du scyphus se lit dans un compte de la cour papale, daté du 20 août 1529. Trois objets sont mentionnés spécialement pour la communion du pape: le chalumeau dont il be sert encore pour absorber le précieux sang; la cuiller, employée uniquement de nos

(I) La Gazette des Beaux - Arts a appelé coupes d'accounhée ces magnifiques coupes couvertes, fabriquées en émail de Limoges au xvie siècle et qui représentent ordinairement des sujets d'amour. Une des plus belles en ce genre est celle que possède la comtesse Giovio, à Côme. Je crois qu'on pourrait aussi bien les qualifier coupes de mariage, parce qu'elles étaient offertes, le jour des noces, aux jeunes épousées.

jours à mesurer l'eau qui se verse dans le calice (1), mais qui alors servait au pape à donner la communion sous les deux espèces aux cardinaux-diacres ; enfin la coupe d'or, dans laquelle il prenait les ablutions et qui, dans le cérémonial moderne, a été remplacée par un autre calice, différent de celui de la consécration. «Magnifico D. Franc, del Nero, etc. Solvi et numerari faciatis Domino Pompeo de Gapitaneis ducat. 507 simil.

pro pretio auri et factura et unius calamis et unius

coclearis et coppe auree ad usum communionis Smi D. N. PP. de mandato Stis a die X decembris proxime preteriti. » (Bertolotti, Artisti lombardi a Borna, t. I, p. 287.)

M. de Linas nous fait connaître deux scyphi trèsauthentiques : « Poculum de saint Ludger, premier évêque de Munster (mort en 809), précédemment regardé comme la patène de son calice. Argent en partie doré ;

(I) « Item, un galice et une platine dorez, une petite cuillier d'argent blanc. » {Inv. de Jeanne de Presles, 1347, n° 5.)

Le musée chrétien du Vatican possède plusieurs cuillers que j'ai fait photographier sur une seule planche pour mon recueil des antiquités chrétiennes de Rome. Trois de ces cuillers ont le manche arrondi ou à pans; la partie concave a peu de profondeur et se découpe en amande. La quatrième, plus élégante et creusée en rond, a un manche tordu et travaillé.

Les trois premières ont servi, dit-on, dans l'Église grecque, à la communion des fidèles. Je ne les crois pas anciennes. Quant à la dernière, creusée comme pour recevoir un liquide, je n'hésite pas à y;jvoir une cuiller de sacrifice, car jadis l'eau que le sous-diacre mettait dans le calice était exactement mesurée, et, de nos jours encore, cet usage liturgique s'est maintenu à la messe célébrée pontificale-

sur la lèvre, à l'extérieur, on lit en capitales du commencement du xme siècle : In hoc : cip[h)o : co(n)tine(n)

i(ur) : sanguis sci Ludg(er)i Diam. 0,195 m.; haut.

0,045 m. Ce poculum appartient à l'église abbatiale de Werden. » [Revue de l'art chrétien, t. XXXl, p. 54.) L'inscription du xme siècle a très-exactement conservé le vrai nom de ce vase, qui est bien un scyphus, mot facile à reconnaître dans son orthographe vicieuse a'pho.

« Cathédrale de Minden. Vase en cristal de roche sculpté, monture d'argent; haut. 0,28 c, diam. 0,09. Symboles asiatiques du lion et de l'aigle; travail oriental du xe siècle à mettre en regard des gobelets de l'abbaye d'Oignies. » (Jbid., p. 56.) Cette tasse, venue d'Orient, et qui est classée parmi les ciboires, me semble plutôt une véritable coupe liturgique.

La Gazette des Beaux- Art s, 2e série, t. XXIII, p. 277, a publié le dessin d'une coupe en agate à deux anses et sculptée d'une scène dionysiaque, qui provient de Saint-Denis et est maintenant conservée à Paris au

ment par le pape, ainsi qu'en fait foi la rubrique suivante : «MgrSacriste va à la crédence prendre le calice, la patène, deux purificatoires et une petite cuiller d'or.... Le sousdiacre apostolique présente au cardinal-diacre la burette du vin, dont il verse dans le calice; puis tendant la cuiller d'or à Mgr Sacriste, en reçoit quelques gouttes d'eau, la montre au pape en faisant une demi-génuflexion et en disant : Benedicite, beatissime Pater. Le pape fait le signe de la croix sur l'eau, en disant Deus, qui humanse, et, pendant l'oraison, le sous-diacre la verse dans le calice. »

Au sacre des évêques, la tradition romaine prescrit encore l'usage d'une grande cuiller d'or pour la communion de l'élu sous l'espèce du vin.

musée des médailles. Cette coupe païenne fut montée sur un pied en or gemmé, semblable à celui d'un calice, ce qui fait supposer qu'elle eut, dans l'église de l'abbaye, une affectation religieuse ; elle servit probablement de scyphus individuel, comme pour le sacre ou la présence d'un roi ou d'un prince.

M. Alfred Darcel a noté, à l'exposition archéologique tenue à Amiens en 1860, deux coupes du xme siècle, qui furent ultérieurement transformées en reliquaires. On remarquera l'analogie qui existe entre ces coupes de cristal et celle que saint François d'Assise aperçut en vision. Les anses étaient faites évidemment pour en rendre le maniement plus facile, lorsque le vin de l'ablution y avait été déposé (1).

« L'église de Saint-Riquier, assez heureuse pour avoir conservé une partie .de son ancien trésor, a voulu apporter son tribut de richesses à cette exposition ; richesses d'autant plus précieuses que, celles-là étant authentiques, on peut les étudier en toute confiance et apprendre par elles à distinguer le vrai du faux ; art difficile, où les plus habiles errent encore trop souvent. Les deux pièces importantes de ce trésor sont deux reliquaires en cristal de roche. L'un a la forme d'une coupe à facettes, montée sur un pied circulaire orné de médaillons niellés, et surmontée d'un couvercle conique portant également des sujets niellés. Des dragons formant anses réunissent la base et le couvercle.

« L'autre est un prisme à bossages, monté à peu près comme le précédent. Des ornements au repoussé

(1) On lit, en 1523, dans les comptes de l'église Saint- Jacques Scossacavallo , à Rome : « Per dui boccali di vino per la communione la matina di Pasqua, bologn. 10. »

y remplacent les nielles sur le pied et sur le couvercle, et deux tourelles à jour, portées par des volutes feuillagées, se dressent de chaque côté de ce reliquaire. Ces deux pièces sont dues à l'art du xme siècle. » [Gazette des Beaux- Arts, t. VII, p. 104.)

N° 10. Je reviendrai aussi sur la question du peigne liturgique pour citer de nouveaux documents.

M. de Rossi a publié, clans le Bulletin d'archéologie chrétienne, 1880, pi. Vf, un peigne en ivoire, de forme rectangulaire et à double rangée de dents, qui a été trouvé à Ghiusi et est actuellement au musée chrétien du Vatican. Il représente, d'un côté, une couronne entre deux agneaux, et de l'autre, un siège épiscopal, de même entre deux agneaux. L'origine liturgique et même épiscopale n'est donc pas douteuse. Ce vénérable instrument remonte au Y siècle.

« Pectina duo argentea. » (Inv. de F abbaye de Saint- Peter, ann. 905.)

Parmi les reliquiœ non inclusœ de la collégiale de Windsor, sous le règne de Richard II, se trouve : « Item unum pecten boni Edmundi archiepiscopi. »

On lit dans le XIVe Ordre romain , qui date du xive siècle :

<( Sunt necessaria pro persona pontificis (le cardinal évêque qui va célébrer), pectem et tobalea circumponenda collo ejus quando pectinatur

« Calciatus pontifex surget et stans super scabellum

cappam deponat et remaneat in camisialinea Etipso

pontifice super faldistorio résidente, diaconus et subdiaconus, accipientes ab acolythis tobaleam suam et pecten, extenclant tobaleam circa collum et caput ejus leviter et decenter pectinent, videlicet primo diaconus a parte dextra, deinde subdiaconus a sinistra. Quod si

diaconus et subdiaconus ad hoc docti non sint, capellanus hoc faciat vice eorum. »

M. de Linas, qui connaît tant de choses, écrit dans la Revue de l'art chrétien, t. XXXI, p. 125-126 : « L'église de Siegburg expose (à l'exposition de Dusseldorf), le peigne liturgique de l'archevêque Annon (mort en 1075). Cet ustensile de toilette est à double rangée de dents ; les plates - bandes centrales sont décorées d'oiseaux fantastiques à tête de chien , queue fleuronnée , longs cous réunis par un anneau perlé. Les peignes du musée de Cologne datent aussi du XIe siècle; ils n'ont qu'une seule rangée de dents. Deux protomes de chevaux adossés, enguirlandés de pampres, forment la poignée du plus simple (hauteur 0m152; largeur, 0m125). L'ornementation du second est infiniment plus complexe. Face, le crucifiement. La croix, surmontée d'un titulus avec l'inscription : ms nazareh. rex, est accostée de deux personnages, genou en terre, armés de la lance et de l'éponge; la sainte Vierge et saint Jean stationnent derrière les bourreaux. De chaque côté du titulus les médaillons en buste du soleil et de la lune ; l'astre du jour a une tournure décidée. Deux clous fixent les pieds du Christ à un suppedaneum triangulaire. D'élégantes rosaces à huit lobes ajourés, supportant un ange incliné vers le signe de la Rédemption, chargent les branches de la poignée, qui se recourbent en gracieuses volutes d'acanthe. Revers, des feuillages; haut. 0m195 ; larg. ûm12. (Bock, Trésors sac. de Cologne, pi. XLI1I et XLIY.) Le premier des peignes accuse une influence orientale, mais je le crois aussi bon allemand que le second. Ce dernier a subi quelques avaries aux crochets d'acanthe ; on Ta épluché pour en dégager les éléments antiques et byzan-

tins lorsqu'il ne faut y voir, en définitive, que l'œuvre primesautière du génie national. »

La Gazette des Beaux-Arts (t. XXIII, p. 297) a reproduit un peigne du xvc siècle, qui fait partie du trésor de la cathédrale de Reims : il est à deux rangs de dents et sculpté de plusieurs saints à l'entre-deux.

3. Frisi, sur la foi d'un chroniqueur contemporain, relate le transfert du trésor à Avignon et son retour à Monza. A- défaut de l'original, je ne puis me dispenser de lui emprunter son récit, qui a pour nous un intérêt majeur. J'aurai soin, dans cette traduction de l'italien, d'éviter les longueurs et de supprimer les détails inutiles.

« Le trésor de Monza courut de grands dangers à l'occasion des factions guelfes et gibelines, qui vexèrent et opprimèrent cette contrée. Les chanoines de Monza, en présence de la violence furibonde de la soldatesque, se réunirent, au mois de janvier 1323, en assemblée plénière , afin de prendre les précautions nécessaires pour cacher le trésor et le soustraire à la rapacité des Allemands et de leurs stipendiés (1). Quatre chanoines

(1) Le chroniqueur Bonincontro Morigia relate ainsi le pillage occasioné à Monza par les troupes pontificales, en 1324 : « Ausi sunt intrare templum situm in Modoetia, universse Italiœ sanctiiis. Multi clerici et laici, Mediolanenses et Modoetienses, proditores, patriae déstructures, etiam legato consentiente, qui patrise Mediolani cupivit esse destructor, scelestis manibus sumentes pretiosa et sacra vasa aurea, et alia infinita eleymodia lapidibus et margaritis pretiosis, ac sanctissimis reliquiis ornata, quae a summis Pontificibus, imperatoribus, et Longobardorum regibus et civitatibus erant posita ad ornatum illius sancti templi et gloriam, contrectabant indigne et contaminabant. Sicque facta est

seulement connurent le lieu du dépôt, et on leur fit jurer de ne révéler le secret qu'en cas de mort et à une personne non suspecte. Ils s'obligèrent en même temps à se séparer des autres chanoines et à vivre à l'écart ; ce qu'ils firent. Un de ces chanoines, nommé Aichino, de Verceil, tomba malade à Plaisance ; suivant la convention établie, il choisit pour dépositaire de son secret Aicardo, archevêque de Milan, qui se trouvait alors à Plaisance. Le prélat, sans penser à mal, crut bien faire d'en informer le légat pontifical, cardinal Bertrand dal Poggetto, qui était aussi dans la môme ville; mais celui-ci en avisa aussitôt Aimeric, camerlingue de la sainte Église romaine, afin qu'il prît possession du trésor; ce qui eut lieu la nuit, à main armée et avec l'aide de quelques habitants de Monza, traîtres à leur patrie. Le trésor fut immédiatement

tribulatio magna Modoetiensibus in illis diebus, qualis non fuit memoiïa viventium; et fuit hic novissimus error eis pejor priore, scilicet teinpore, quo fuerunt a Mediolanensibus per vim deprsedati et spoliati, prout jam dictum est.

Qui legatus, praidicto anno

et rnense, caute misit ad accipiendum dictum tliesaurum in Modoetia; et ab Hemerico, camerlengo Ecclesise romanse, capti sunt custodes ecclesise sancti Johannis; et ipse, et alii plurimi viri iniqui, certi Mediolanenses et Modoetienses, proditores patriae, ductores ausi sunt intrare de nocte sacrum templum, et thésaurus, de loco scelestibus manibus raptus, portatus fuit in PJacentiam legato. » (Fiïsi, tom. I, p. 143.) On remarquera que les deux citations empruntées à Bonincontro ne concordent avec le récit de Frisi ni pour la date ni pour le motif du transfert à Avignon : ils s'accordent seulement sur le séjour du trésor dans cette ville et sa restitution tardive.

transmis au légat, qui le fit passer à Avignon au pape Jean XXII. Le pontife, blâmant ce vol sacrilège, convoqua les chanoines de Monza, qui étaient alors à Avignonau nombre de sept, exigeant qu'en leur. présence on fit un inventaire du trésor, lequel fut consigné aux prévôt et chanoines de la cathédrale, en attendant qu'on pût le transporter à Monza. Le chapitre d'Avignon, pour plus de sûreté, Je déposa dans la sacristie en un coffre soigneusement fermé. Mais un des employés de l'église réussit à ouvrir les serrures, et en ayant extrait une partie des vases d'or qui y étaient enfermés, il les brisa pour les emporter plus commodément. Chargé de son butin, il prit la fuite ; à peine arrivé au pont jeté sur le Rhùne, il lui sembla voir des gens armés qui lui en interdisaient le passage. Effrayé par cette vision, qui ne fut peut-être qu'une appréhension de son cerveau, il retourna sur ses pas et vendit les objets dérobés à un certain Vanni, de Florence, qui qabitait Avignon. Le lendemain matin, il lui portait quelques objets du trésor, promettant de lui livrer le reste le soir même. Mais l'honorable orfèvre ayant fait prévenir le pape, Jean XXII mit sur pied la garde de la ville pour rechercher le voleur, qui fut arrêté, avoua son délit, puis fut pendu dans le lieu destiné aux malfaiteurs. En récompense de sa probité, l'orfèvre fut nommé massier du pontife, ce qui lui valut un revenu annuel de 200 florins.

« Après une verte réprimande aux dépositaires infidèles, le pape consigna de nouveau le trésor aux prévôt et chanoines d'Avignon, sous les peines les plus sévères. Ceux-ci le mirent dans une caisse bardée de fer, qui fut suspendue à la voûte de la cathédrale, au-dessus du maître-autel.

« Neuf ans après, les chanoines de Monza expédièrent à Benoît XII, le 6 septembre 1335 , en qualité d'ambassadeur, le chanoine Graziano di Arona , au nom du chapitre, et Franzio Liprandi, au nom de la commune, tous les deux munis de lettres de recommandation d'Azzone Visconti et de son oncle Jean Visconti, évèque deNovare. Arrivés à Avignon, les deux envoyés exposèrent le but de leur mission à Guillaume délia Pusterla, noble milanais, qui devint plus tard archiprêtre de Monza, puis archevêque de Milan. Aidés par ce prélat et par un auire chanoine de Monza , Mathieu de Riboldi, qui venait d'être pourvu du siège de Pavie, ils furent informés, au nom du souverain pontife, par le cardinal Jean Golonna, que le trésor leur serait rendu en temps opportun; comme garantie, on leur remit l'inventaire qu'avait rédigé , sous Jean XXII, le notaire Jean Gastellano, de Ëome. Plus tard, Azzone Visconti fit répéter la même demande à Avignon par l'archiprêtre Jacques Archinto, qui obtint une réponse favorable, Tan 1339, du pape Benoît XII. « Bonincontro rapporte qu'il fut envoyé lui-même au mois d'avril 1343 , en compagnie de Giovanni Bosone, par la magnifique commune de Monza vers Jean Visconti, archevêque de Milan, qui avait à cœur, comme il s'en était déjà exprimé , que le trésor de Monza fût enfin recouvré. Le prélat, sur le vu de l'inventaire, voulut que le chapitre et la commune nommassent pour leur syndic et procureur à la cour pontificale Jean Baldirone , qui partit pour Avignon au mois de mai de l'an 1343, avec une lettre du légat de. l'Église romaine pour le pape et d'autres lettres pour plusieurs cardinaux (1). Mais l'envoyé, après une année

(4) Fontanini (p. 53 de sa dissertation sur la couronne de

de démarches inutiles, tomba malade. Enfin, sur les instances pressantes de Mathieu de Riboldi, promu à Tévèché de Vérone, la restitution fut ordonnée, le 3 mai 1344. Le trésor fut aussitôt enlevé, après confrontation avec l'inventaire , et transporté dans la maison de l'évêque de Vérone. Baldirone, rétabli, partit sans retard pour Monza, afin de donner avis de l'heureux événement. Au mois de décembre de la même

fer), donne la supplique adressée par le chapitre à Clément VI. On y apprend que le trésor n'aurait été enlevé de Monza que pour le mettre en sûreté : « Cum olim thésaurus sancti Jo. Baptistse Modoetise, in qua consueverunt Romani imperatores coronari, fuerit propter bellorum discrimina, quse tune in il lis vigebant partibus, de mandato apostoliege Sedis legati ad Romanam curiam transportais, quem felicis recordationis Dominus Jo. papa XXII, Vestrae Clementiœ prsedecessor, pênes capitulum Avenionensis ecclesise deponi mandavit, custodiendum inibi quoadusque Modoetia sic ad manus fidelium et obedientiam sanctœ romanœ Ecclesise foret deducta, quod tute posset in prsefata ecclesia sancti Jo. conservari et tune idem capitulum restituere libère et sine contradictione aliqua teneretur, prout instrumento inde confecto et signato manu et signo Jo. Castellani, notarii publici, ut apparet prima facie, continetur; verum quum, ut Vestram Beatitudinem nosse credo, et hoc idem sentio, Modoetia sub devotione et obedientia Vestra? Sanctitatis et sanctse romanse Ecclesise per dominos Mediolani, vesti'os et dictse Ecclesise vicarios, tute prsesentialiter gubernetur , potest thésaurus isto tempore in templo maximo sancti Jo. Baptistae absque periculo custodiri et magistro Jo. Baldirono, oratori ejusdem oppidi, latori prœsentium, juxta dicti instrumenti continentia, ejus fieri restitutio, si tamen videbitur Clementiae Vestrae. » Cette lettre porte la date du 7 mai 1343.

b. de M. 20

année, le chapitre de Monza dépêcha, en qualité de procureur, le chanoine Graziano di Arona, à l'effet de transporter le trésor. Le 13 mars 1345, il était à Milan; le 20 du même mois, l'archevêque Jean Yisconti raccompagnait à Monza, où il remettait luimême le trésor entre les mains du chanoine Jacques Visconti, qui, en 1348, fut préconisé évêque de Tortone.

« Mais comme le trésor avait beaucoup souffert des diverses vicissitudes par lesquelles il avait passé, ç< cum « supradictus thésaurus esset mactatus, fractus et suo « colore et pristino statu turpiter mutatus, » le 9 juin 1345, l'archevêque envoya à Monza un excellent orfèvre, Antellotto Braccioforte , de Plaisance, qui remit le tout dans l'état où il se trouvait jadis. Le 24 du même mois, le travail de restauration était terminé et le trésor exposé sur le maître-autel, à la joie de tout le peuple, accouru de tous côtés pour la solennité. » (Frisi, t. Ier, p. 102-108.)

4. Frisi ajoute qu'en souvenir de ce fait mémorable furent peintes a deux grandes toiles, exprimant, à l'aide d'un pinceau non vulgaire, la récupération du trésor et sa restitution par les mains de l'insigne prélat. Ces toiles (1), très-anciennes et probablement contem-

(1) Suivant l'usage italien, comme on le remarque encore au dôme de Milan, l'orgue était protégé contre la poussière par des volets peints qui ne s'ouvraient qu'au moment des offices. Frisi, en parlant de toiles, là où il n'y avait certainement que des panneaux, insinue que les peintures furent ultérieurement transportées sur toile pour mieux assurer leur conservation. La restitution du trésor était peinte à l'extérieur, tandis que l'intérieur représentait des sujets pieux que M. Aguilhon décrit en ces termes : « Lorsque les

poraines du fait, servaient de couverture à l'orgue, placé au midi de la basilique : plus tard, elles furent transférées dans le réfectoire de la chanoinie de Monza, puis réléguées dans le vestibule des appartements de la vénérable fabrique (I). En i723, elles étaient réduites en deux grands tableaux, aux frais de l'archiprêtre Jean Lezeno. JeanVisconti est agenouillé devant l'autel, vêtu dune grande tunique rouge, fourrée de zibeline, avec de larges manches et un capuchon ; il a le menton rasé et aussi la tète, où il ne reste qu'une couronne de cheveux. Dans les mains il tient la croix que Ton nomme du royaume et l'offre à saint Jean-Baptiste. Le tableau permet de vérifier ce que Fiamma disait de son vivant : « Ipse enim cunctos Italiae praelatos et fere « prœlatos mundi excedit in vultus venustate et corce poris pulchritudine. » 11 ne faut pas oublier dans cette peinture l'ecclésiastique qui assiste à cette solennelle restitution; c'est le chef de la basilique de Monza. » (Frisi, t. I, p. 109.)

volets de l'orgue étaient ouverts, on voyait, d'un côté, le baptême du Christ, avec deux anges d'une beauté céleste, et, de l'autre, la descente de saint Jean aux limbes En tête des patriarches agenouillés sont Adam, drapé dans une peau, et Eve, vêtue d'une robe verte. Au second plan figure l'enfer, château fort, dont les créneaux sont garnis de diables aux formes fantastiques, qui semblent menacer le précurseur au cas où il manifesterait l'intention d'envahir leur domaine. 11 est clair que l'idée de cette représentation a été empruntée au chant IX de YEnfer du Dante. » Ces tableaux, au nombre de quatre, mesurent chacun 1m52 de largeur sur 3 mètres de hauteur.

(I) Ces toiles, fort endommagées, sont actuellement dans la bibliothèque du chapitre.

Frisi a heureusement eu la bonne pensée de donner en gravure (t. III, pi. XIX) une copie de ce tableau précieux , qui est loin d'être contemporain du fait relaté, car il ne remonte pas au delà de la fin du xve siècle, ainsi que l'atteste pleinement le style architectural qui sert de fond au tableau et accuse la renaissance. M. le chapelain Aguilhon a fait encore mieux. La toile étant en mauvais état et pouvant disparaître à un moment donné, il Ta fait reproduire scrupuleusement par la photographie et aussi à l'aquarelle par le peintre Joseph Barzaghi. C'est à son obligeance que je dois un calque très-exact, qui permet de contrôler le mauvais dessin de Frisi. « Le fond de l'édifice ou de la tribune, dit cet actif correspondant, est couleur ocre, avec des rehauts en jaune vif : on dirait que la tribune tout entière est en bois doré. Les ornements de la frise et des pilastres ressortentsur un fond bleu d'outremer. »

Est-ce bien le maître-autel qui est représenté, comme le déclare Frisi? Je le crois avec lui, quoique, à cette époque, surtout dans un vaste chœur comme celui de Monza, l'autel ne dût pas être poussé jusqu'au fond de l'église, en avant d'une étroite abside, malgré la tradition primitive (1). On sait, en effet, que les grandes églises possédaient deux autels : l'un, au fond, pour les offices ordinaires, et l'autre, en avant, pour la grand'messe et les offices solennels. L'autel du fond était moins considérable et moins orné, mais c'est là que se conservaient généralement les reliques. Cette absidiole a plutôt l'air d'une grande niche , et alors

(1) « Vigilius (541) ordinavit missam celebrari in ecclesie orientali parte. » (Martini Chronicon.)

(mais c'est de tout point invraisemblable) nous serions dans la salle du trésor (1).

L'abside, dont le tympan est sculpté en coquille, a son cintre porté sur des pilastres unis et orné lui-même d'une archivolte nattée, avec une console feuillagée à la clef. Les écoinçons sont décorés d'appliques de marbre, en triangle et d'un oculus ouvert. Au-dessus s'élève une large frise couverte de rinceaux, appuyée sur deux pilastres latéraux, qui soutiennent également deux frises faisant retour vers le spectateur, ce qui donne l'idée d'une travée sur plan carré. Les chapiteaux sont ornés, aux angles, de volutes et de feuilles d'acanthe, avec des vases entre les deux. Sur le fût sont sculptés des feuillages superposés, terminés par des pots à feu et émergeant de grands vases qu'accostent des femmes nues.

L'autel est garni d'une nappe blanche à ramages bruns, et d'un parement en drap d'or à fleurs vertes et à ananas isolés ou encadrés dans des médaillons à cinq lobes (2) ; le frontal est de même étoffe, avec

(\) Au trésor il existait un autel. En voici la preuve :

« mccc.xlvi, die lune, xvnu mensis iunii, Rev. Pater Dns Calvus de Calvis, Placentinus, episcopus Bubiensis, conse-

cravit al tare situ m in sacri-

stia ecclesie prediele de Modoetia, ad honorem Dei et beati Magni confessons et beatissime Marie Magdalene, collocatis ibi sanctis reliquiis reverenter. » (Neerol., ap. Frisi, t. IIÏ, p. 124.)

Le nécrologe, au III des nones de novembre, indique la fête de saint Magne, évêque et confesseur, de quo sunt reliquie in altari qnod est in sacrario sive sacristia. (Frisi, t. III, p. 137.)

(2) « Anno Domini 1460, in festo Annunciacionis B. M. V.,

une frange de deux couleurs, blanc et vert. Quatre gradins sont étages sur cet autel (1), mais tous n'ont pas la même dimension, car ils vont en se rétrécissant ; leur couleur est glauque. Sur Fautel même, où est placée une couronne gemmée (2), est monté un clerc en soutane noire (3), en surplis et tonsuré, qui tient à deux

Christina Heinsburger donavit ad altare B. V. M., in abside ecclesie Herbipolensis situm , ornatum pretiosum de damasco viridis coloris : infula sola cum cruce empta est pro 27 aureis Renensibus. » (Pertz, t. XVI, p. 14.)

(1) « Dans la primitive Église, aux principales solennités de l'année, on exposait aux yeux du peuple, en différentes parties des temples, et en particulier sur des espèces de dressoirs appelés pergulœ, placés dans le voisinage de l'autel, tout ce que les trésors des églises contenaient de précieux, diptyques, vases sacrés, tapisseries, etc. C'est ce qu'atteste en vingt endroits Anastase le Bibliothécaire, et notamment dans la vie d'Etienne IV. On trouve là l'origine des gradins de nos autels, qu'on orne de vases précieux, de chandeliers, de reliques. » (Martigny, Annales de V Académie de Mâcon, tom. III, p. 380.)

(2) Cette couronne doit être celle de Théodelinde, et ses deux rangées de nacre y sont remplacées par des cabochons de saphirs et d'émeraudes, preuve incontestable que la nacre qu'on voit actuellement est une substitution postérieure au xve siècle.

(3) D'après les miniatures des manuscrits liturgiques, il

est constant que les clercs portaient, au moyen âge, la soutane rouge ou bleue. En 1503, les enfants de chœur de la métropole d'Aix en Provence étaient en violet: en 1589, ils prirent le rouge. En 1624, ils revinrent au violet; puis, de 1631 à 1655, on les voit habillés de soutanes bleues. A cette dernière date, il fut décidé que les servants de messes seraient en noir. Cependant, dès 1691 , le chapitre adoptait,

mains une table carrée, historiée au milieu et gemmée tout autour. Il s'apprête à la poser sur le premier degré, qui a déjà reçu l'évangéliaire de ïhéodelinde, fermé, mais reconnaissante à sa croix gammadée. Sur le second degré et adossé au troisième, est, au côté droit, le reliquaire de saint Jean, constellé de gemmes. Aux deux extrémités du troisième degré on voit deux petites croix, pattées et gemmées. Enfin, tout au haut, deux calices à anses. La forme de ces calices est celle du cantharus antique. Il est donc possible d'y voir, à l'origine, des vases de suspension ou d'ornement, aussi bien que des calices eucharistiques : le Liber pontificalis fournit des textes à l'appui de cette opinion. Cependant ils ont du servir plus probablement pour la communion.

Entre eux est posée à plat une couronne gemmée (1).

Au pied de l'autel est agenouillé Mathieu Visconti (2), vêtu d'une espèce de houppelande, dont les larges

pour le service de l'église, « quatre orphelins du Petit-Bethléem : on les nommait les enfants rouges, parce qu'ils étaient vêtus de cette couleur, en mémoire de l'Incarnation et de Jésus enfant. » (Musica sacra, 5e année, p. 94-96.)

(1) « Cette couronne, m'écrit M. Aguilhon, est peut-être celle dont parle une charte de l'an 1263, publiée par Frisi, t. II, n° CLII. Elle avait été mise en gage pour 571 livres de tertioli. Or, une livre de cette monnaie équivalait à un florin d'or. Le florin pesant un huitième d'once, la couronne devait peser environ 71 onces d'or, digne auréole à une croix qui en pesait 46. »

(2) D'après l'histoire et l'opinion de Frisi, ce personnage devrait être Jean Visconti ; mais M. Aguilhon, plus compétent que moi sur tout ce qui est essentiellement local, tient pour Mathieu Visconti. J'avoue n'avoir aucune raison sérieuse à lui opposer.

manches sont bordées de fourrure ; sur son épaule gauche retombe son chaperon. De la main droite il offre à saint Jean-Baptiste une croix, pattée et gemmée (1), semblable à celles du degré supérieur, mais plus grande, et ayant de l'analogie avec la croix dite du royaume. Derrière lui se tiennent trois jeunes serviteurs, imberbes, les manches retroussées et les cheveux longs. Le premier tient un calice, dont la coupe est bordée à la lèvre d'une rangée de dents de scie, ce qui le fait ressembler au calice de verre bleu, quoiqu'il n'en ait pas tout à fait la monture. La tige élevée et le pied sont couverts de feuilles en imbrication.

Le second, tout en montrant de la main droite ce qu'il faut sortir du coffre, tient dans la gauche une couronne gemmée, avec un cercle intérieur de fer. Ce cercle et l'ornementation en gemmes et en fleurons ne laissent pas de doute sur son identité avec la couronne dite de fer : cependant le peintre a oublié d'en indiquer les pièces articulées.

Enfin un adolescent, en cheveux courts, jaquette ceinte à la taille et brodequins montants, plonge les mains dans un coffre d'où il retire la poule au milieu de ses poussins. Le coffre a une serrure et un couvercle bombé : ses flancs, également arrondis, sont

(1) Est-ce la croix dite regni qu'il tient ainsi? C'est douteux, s'il s'agit de celle que possède le trésor, car la croix peinte affecte des dimensions plus considérables que l'original. L'observation est de M. Aguilhon, toujours judicieux. Je ne veux citer ici que ce trait : « Bonincontro Morigia rapporte que, lors de la restitution du trésor, après son séjour à Avignon, la croix du royaume sortit elle-même du coffre : « De miraculo crucis regni, quse per se exivit de « capsa. » (Frisi, tom. I, p. 107.)

divisés en deux panneaux par des moulures. Le coffre repose sur un soubassement en arcade, c'est-à-dire dont les pieds se rejoignent au milieu par leur quart de cercle (I).

Du côté de l'épître, on voit debout saint Jean-Baptiste, nimbé, vêtu d'une peau de chameau et d'un manteau rouge agrafé au cou, mais qui lui laisse les jambes entièrement nues (2). Il tend la main droite pour accepter le don, et, de la gauche, porte une grande croix d'or, pattée. Enfin, appuyé sur une balustrade qui clôt littéralement le sanctuaire, se tient l'archiprêtre, tonsuré, habillé d'un surplis, et de l'index montrant ce qui se passe.

On observe sur l'original, en manière de soubassement, une large bande, couleur de bois, sur laquelle sont fichés, à distance égale, quatre gros cierges dont la cire blanche fond en gouttelettes. Cette poutre est évidemment le tref, ou partie supérieure du chancel, sur laquelle étaient, en effet, des chandeliers que Ton allumait pendant le temps des saints offices (3) ou à

(1) « Unum gazofilacium, seu cofrum rubeum, barratum de ferro, nec non et res sequentes (tout ce qui servait à l'abbé) in eodem cofro contentas. » (Invent, de Saint-Victor de Marseille, 1358.) — « Unum alium cofFrum, seu gazophilacium rubeum, barratum de ferro, similem supradicto, necnon et res sequentes in eodem coffro, seu gazofilacio contentas. » (Ibid.)

(2) Dans les fresques de l'église de Cazaux de Larboust (Haute-Garonne), qui datent de la fin du xve siècle, saint Jean-Baptiste « est vêtu d'une tunique rouge et courte, sous laquelle apparaît la peau de chameau dont il était habituellement recouvert ». (Congrès archéol., XLVC session, au Mans, p. 475-76.)

(3) D'après l'acte de fondation, daté de l'an M 74, l'hôpital

l'occasion des expositions de reliques (1). La chapelle Sixtine a conservé ce rite ecclésiastique, qui remonte très-haut dans l'histoire et qui suppléait à l'absence des cierges sur l'autel (2).

5. J'ai revu avec soin, à mon dernier voyage, les panneaux de l'orgue, et j'y ai constaté d'abord que la toile, ayant été pliée pour pouvoir la monter dans la salle des manuscrits, il s'en était suivi une dégradation importante, la peinture étant éraillée ou complètement enlevée à cet endroit et, ailleurs, n'étant pas

de Monza était tenu d'offrir, chaque année, pour la fête de saint Jean-Baptiste, deux cierges d'une livre chacun: « Et prefata ecclesia sancti Johannis habere debeat censum annualiter ab ipso ospitali cereos duos, quemque de libra una cere, aducendos ab ipsisconversis in festivitate sancti Johannis, omni anno ad altare. » (Frisi, t. I, p. 79.)

Le cérémonial du xme siècle, parlant des ténèbres, dit qu'à la fin de l'office on éteignait les cierges, mais sans ajouter où ces cierges étaient placés : « Post matutinas de laudibus extinctis luminaribus. » (Frisi, tom. III, p. 194.)

(1) M. Aguilhon m'affirme qu'à certaines solennités, deux ou trois fois l'an, on exposait tout le trésor sur l'autel même.

(2) Muratori a cité, au tome IV de ses Antiqultates Italicœ, un catalogue des choses faites en 1019 par l'abbé Théobald, dans l'abbaye de S. Libérateur, à Chieti. Or, on y lit ce passage : « Posuimus ante altare sancti Liberatoris subtus arcum a pariete usque in parietem virgam ferream, quam replevinius candelis optimis deBabylonia, et statuimus ut in Nativitate Domini et festivitate S. Benedicti et in Resurrectione D. N. J. C. de prajdictis candelis repleatur et omnes accendantur. Similiter fecimus ante altare S. Pétri apostoli et S. Benedicti, ad altare omnium sanctorum singuias virgas ferreas a cubitis III, posui, »

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partout en parfait état; puis que les objets représentés ne sont pas reproduits avec une rigueur absolue, quoiqu'il soit facile de les reconnaître au premier abord, car le peintre les a plutôt traités en artiste qu'en archéologue ; enfin que le doute sur l'identité ne porte que sur l'évangéliaire d'Eribert et la couronne d'Agilulf. M. Varisco a eu l'obligeance de me faire calquer les deux calices, la couronne et la tablette ; c'est en face de ce triple dessin, aidé de mes notes et de mes souvenirs, que j'écris la description minutieuse de ces quatre insignes monuments.

La tablette est rectangulaire, comme une couverture de livre ; ce peut donc en être une. On y distingue parfaitement une bordure gemmée se reliant par un glacis uni au plat historié , ainsi que sur la plaque émaillée (xme siècle) que possède à Pavie le chevalier Brambilla. Les gemmes se touchent , on dirait un chapelet : elles sont de trois nuances, bleu pâle, vert foncé et rouge vif, ce qui dénote les trois espèces qu'on rencontre habituellement à Monza même , saphir , émeraude et rubis. Il y a seulement quatre saphirs et douze rubis; ce sont les émeraudes qui l'emportent, car j'en compte jusqu'à vingt. Quant à la forme, tous ces cabochons sont taillés en ovale, moins quatre, qui sont rectangulaires ; ces quatre, dont trois émeraudes et un rubis, occupent le milieu de chaque côté. Les pierres d'angle sont disposées obliquement. La monture n'est pas toujours indiquée, mais souvent on remarque un large filet d'or contournant la gemme.

Le champ duplat, d'après M. Varisco, est coupé par une large croix unie, qui semble plantée sur un rocher et accuse la forme latine : j'avoue n'avoir pu la distinguer, et à sa place, dans la copie qu'a fait faire

M. Aguilhon , j'ai observé une espèce de vase ou enta. M. Yarisco maintient l'exactitude de son dessin et ajoute même qu'il n'y a pas trace de crucifix sur cette croix. De chaque côté de la croix est un personnage debout, sans nimbe , vêtu d'une tunique et le visage imberbe : celui de droite a les cheveux courts, relève la tête comme pour regarder le Christ absent et porte les mains en avant. L'autre, à cheveux longs, tend les bras comme pour saisir quelque chose sur la croix même ou plutôt pour soutenir la croix.

Toutes ces indications sont, hélas ! bien vagues pour identifier l'objet avec l'évangéliaire d'Éribert. Il y a trop de gemmes à la bordure et il faudrait un peu d'émail afin que l'assimilation fût complète. Etant donnée une croix avec crucifix, les deux personnages tiennent la place traditionnellement assignée à la Vierge et à saint Jean ; mais ici le sujet est plutôt une crucifixion qu'une descente de croix. Je ne vois d'autre explication plausible que celle-ci : d'après le dessin de Frisi, la plaque du revers aurait représenté le donateur devant le Christ au ciel ; cette plaque fut refaite à la fin du xve siècle, après l'exécution des volets de l'orgue. Elle peut donc, quoique ce ne soit pas très-évident, ne pas reproduire la plaque primitive, qui se verrait alors sur notre peinture.

Les calices sont des calices ministériels, c'est-à-dire à anses et de grande capacité ; le métal est l'or. Sur le tableau ils doivent être de la grandeur de l'original. Celui de droite (la droite de l'autel) mesure en hauteur 0m285, l'ouverture de la coupe est de 0mt 8 , et la largeur du pied seulement de 0mH5. Le pied est étroit et bas, en forme de cloche renversée, avec des godrons pour tout ornement, au-dessus d'une collerette dentelée

qui surmonte un filet servant de soubassement. Le noeud est en boule unie et aplatie, décorée du même motif quatre fois répété, un gros cabochon flanqué en croix de quatre cabochons plus petits ; les gemmes, employées sans symétrie, sont des rubis, des saphirs et des émeraudes. La coupe est large et évasée ; un filet la divise en deux sections, chacune d'elles agrémentée de larges godrons. La coupe est contournée d'un listel à sa lèvre. Deux dauphins, à yeux de rubis, forment les anses, qui sont gemmées.

Le second calice est plus riche que le précédent et de forme différente. Ses dimensions sont 0m30 en hauteur, 0ml6 à la coupe et 0m095 au pied. Le pied a de l'analogie, pour la décoration, avec celui du premier calice, à part toutefois l'absence du filet formant le soubassement et le contour, qui est concave et non convexe. Le nœud, également aplati, offre une espèce de croix entre deux roses, dont le cœur est occupé par un saphir ou une émeraude. La croix, pattée aux bras et à la hampe, est arrondie à la tête, forme vraiment singulière et inusitée. Au centre est un cabochon d'émeraude, accosté de deux rubis et d'un saphir, qui épousent la forme pattée de la croix qu'ils rehaussent. La coupe est d'un galbe très-élégant et d'une ornementation agréable à l'œil, quoique d'une réelle simplicité. Le fond est arrondi et godronné : un bandeau gemmé opère le raccord avec la partie supérieure, dont les lignes sont presque droites. Sur ce bandeau un cabochon, ovale ou carré, forme le centre d'un motif carré, cinq fois reproduit et se confondant avec le suivant, dont les angles arrondis sont sertis de cabochons plus petits. Une grande croix pattée s'étale au-dessus de cette frise : son cabochon central est un gros saphir ,

encadré de pétales en orfèvrerie qui dessinent une marguerite, le tout inscrit dans un cercle d'où sortent les quatre bras de la croix, rehaussée en haut et en bas d'émeraudes, sur les côtés de rubis, les uns et les autres découpés suivant les contours de la croix. Aux angles inférieurs et supérieurs, près du bandeau et de la lèvre de la coupe, saillissent quatre autres gemmes, une émeraude et trois saphirs. Les anses imitent imparfaitement un dauphin: la queue se découpe en feuillage tréflé, et le corps est abondamment semé de pierres précieuses , dont la monture à large anneau rappelle celle des gemmes à la couronne de Théodelinde.

Toutes ces gemmes, jetées pour ainsi dire, au hasard, quant à la couleur, sont des saphirs, des émeraudes et des rubis. On en compte au total quarante-six.

Ces deux calices offrent un grandintérêt archéologique. Il serait peut-être téméraire, à défaut de l'original, de leur assigner une date précise : toutefois, je dois dire que je ne serais nullement étonné de les voir remonter au temps même de Théodelinde, qui en aurait fait don à sa basilique. Plusieurs caractères conviennent bien à la fin du VIe siècle : la profusion et la monture des gemmes, les croix pattées, les godrons (1), les dauphins si souvent cités dans les inventaires d'Anastase [2). Tenons

(1) Le beau vase d'or découvert à Gourdon et conservé à la Bibliothèque nationale, appartient par son style à l'époque mérovingienne; or la coupe et le pied sont godronnés en creux, et les anses sont formées par deux têtes d'oiseau, prolongées en corps de dauphin , et dont les yeux sont en grenat. Les monnaies trouvées avec les vases de Gourdon permettent de fixer leur date au premier quart du vie siècle. (Rev. de l'art chr et., t. XXXI, p. 295.)

(2) On lit dans la vie de saint Léon IV, au ixe siècle:

donc ces beaux vases pour authentiques jusqu'à preuve évidente du contraire.

Je dois faire observer que le calice à anses, sculpté sur le bas-relief du couronnement, a été traité dans le goût du xive siècle et n'offre pas d'analogie avec les calices lombards : ainsi la coupe est à parois droites, les anses sont coudées, le nœud est traversé par une tige et le pied est découpé à pans. Ces caractères, propres à la période gothique, font d'autant mieux ressortir l'antiquité des vases figurés parle peintre du xve siècle, qui a dû vouloir reproduire les originaux qu'il avait sous les yeux, car il n'eût pas inventé de son chef un type et un décor aussi arriérés pour son temps.

Je ne trouve pas identité non plus avec les deux calices à anses sculptés, au xnic siècle, au tympan de la porte majeure, d'une manière très-sommaire : cependant le second calice, comme points de similitude, présente des anses gemmées et une croix gemmée sur la coupe. Le peintre du xv° siècle a donc été plus habile et plus exact dans sa reproduction.

La couronne d'or que flanquent les calices a un diamètre de 0m23, et une hauteur de 0ml 15. La crêle à jour appuie sur un listel: elle est formée d'une série d'arcades cintrées, séparées par un fleuron ovoïde. Le bandeau se compose d'une arcature continue et gemmée, prise entre deux listels et un filet perlé. Sont-ce des perles réelles ? on le croirait à leur couleur blanche ; mais ce peuvent être aussi des imitations en orfèvrerie, quoique ce soit moins probable.

<« Verum etiam et (obtulit) calicem pendentilem, cum catenulis et delphinis, pensantem libras sexaginta septem. »

Les arcades en plein cintre sont supportées par de robustes piliers. Les claveaux du cintre sont figurés comme de la maçonnerie, et chacun d'eux est rehaussé d'une petite gemme ronde : à la retombée, la gemme est plus large et découpée en triangle. Les piles ne sont pas droites, mais à lignes courbes ; au milieu est attaché, en manière de bouclier, un gros cabochon ovale ; une pierre rectangulaire sert de base et, une fois aussi, de chapiteau. Une fois encore, un petit cabochon de saphir garnit la partie supérieure du fût à un seul de ces piliers. Sous chaque arcade se dresse une croix latine, dont toutes les branches sont pattées et rayonnent autour d'un cabochon central. La tige admet trois gemmes superposées: on les dirait taillées en table.

Les pierres sont celles que nous connaissons , saphirs, émeraudes et rubis, disposées irrégulièrement sans tenir compte de l'harmonie des couleurs, caractère certain de haute antiquité. En plusieurs endroits , l'or apparaît là où devrait exister une gemme. Celle-ci aurait-elle disparu ou bien faudrait-il voir là une pierre jaune , topaze ou chrysoprase ? C'est possible , quoique ce ne soit guère dans les habitudes du temps. La peinture offre ainsi jusqu'à vingt et une pièces teintées de jaune, chiffre trop considérable pour des pierres qui n'étaient pas généralement employées. D'autre part, supposer de l'or à ces mêmes places, constitue un manque d'équilibre et de goût difficile à admettre.

Cette couronne innommée ne peut être que celle d'Agilulf, et cela pour plusieurs raisons, quoique le dessin de Frisi présente de notables divergences. Le style est bien celui de l'époque mérovingienne : croix

pattées (1), lourde architecture, profusion de pierres précieuses. La crête seule donne quelque légèreté à cette masse.

Si nous retrouvons avec Frisi les deux lignes de perles, en revanche le docte chanoine a vu les arcades ieuillagées et abritant le Christ et les apùtres ; des feuilles au lieu de gemmes ! Qui a raison des deux ? Je croirais plus volontiers au peintre du xve siècle, qui a reproduit fidèlement ce que lui montrait le trésor. Cependant on pourrait admettre une restauration postérieure qui aurait dénaturé le caractère propre des arcades, en même temps que Ton substituait des personnages aux croix. Jules Labarte avait affirmé, sans en fournir la preuve, que ces personnages avaient été rapportés après coup : il avait raison, et voici un monument qui justifie la sagacité de sa restitution. Ces croix, qu'il ne soupçonnait pas, car il ne les a pas indiquées, sont mieux d'accord avec le style lombard primitif. En effet, si, à la façade et dans la liturgie, trois croix ont pu originairement symboliser la Trinité, pourquoi, d'après la même pensée, treize croix n'auraient-elles pas été un emblème consacré du Christ et des douze apôtres ? Je n'y répugne nullement, car par là les apôtres sont assimilés à leur chef, ayant souffert comme lui le martyre et comme lui porté triomphalement leur croix : (Un crux et martyr ibi, a dit saint

(I) M. Albin Michel a signalé en France une ornementation d u même genre dans des « pierres funéraires, d'un type spécial, portant des croix, des arceaux, des fleurons et des ligures géométriques »,etqui indiquent une « basse époque » et une main « barbare ». (Rev. de Soc. savantes, 7e série, t. IV. p. 70.)

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