Maior codex I
28. « Buxa eburnea I : dicunt cum reliquiis et inde dubitamus (2). »
Le premier inventaire ne donne qu'une partie de la chapelle du sérénissime roi Bérenger : les seuls objets n mis au sous-diacre Adalbertysont énumérés. Dans le second inventaire, qui n'est encore qu'un extrait de cape lia, est exclusivement enregistré ce qui a été confié par le même Adalbert à son maître Egilulf (3) , que
autrement, témoin ce texte d'Hincmar : « Usque ad evangelium in missa stare soient et recedunt, statim post apostolum, id est post epistolam, hanc admonitionem nostram... legite. » (Opp., t. N, Opusc. vu, p. 149.)
(1) Cooperto ou Copcrto? « Invenies quendam librum plumbeum subtus dictam crucem cum coopertis plumbeis.» (Invent. ling. S. Cataldi, apud Acta SS., L II maii, p. 576.) — <( Vidi duos libros in quarto folio, alterum in charta pecudina cum copertis ligneis. » (De B. Augustino Novello, ibitl, t. IV, p. 623.)
(2) Frisi, t. III, p. 75.
(3) M. Aguilbon, dont la science est si sûre pour tout ce qui tient à l'église de Monza, m'écrit : « Nous n'avons point eu d'Egilulf parmi nos archiprêtres, mais Pierre, en 879; Vincent, en 880; une seconde fois le même Pierre, de 891 à 898; enfin Anspert, de 903 à 912. Frisi^a dédoublé Pierre, ce qui lui donne Pierre I et Pierre II : entre les deux il a glissé son Egilulf en 888. Les diplômes de Bérenger nous font connaître, au contraire, Egilulf, qui fut à la fois évêque de Mantoue et arcliichapelain du roi. Dans un diplôme du 19 juillet 896, on lit : « Petrus...., necnon Egilulfus, reverendus presul, dilecti consiliarii nostri. » Dans un autre, du
Frisi suppose le premier dignitaire de la basilique de Monza, puô presumersi essere slato capo délia basilica Monzese (t. III, p. 74). Ces deux documents ont beaucoup de rapport entre eux. Us se complètent donc mutuellement. Nous retrouvons plusieurs objets déjà inscrits, tels que les cristaux (n° 5), la capse d'or (n° 6), les deux autels portatifs (n° 23), le lion-phylactère (n°24), la boîte en ivoire, contenant des reliques (n° 28); mais plusieurs articles se trouvent augmentés ou diminués sur les précédents. Ainsi, il y a trois dalmatiques au lieu de deux (n° 12), deux manches (n° 14) et deux étoles (n° 15) en place d'une, trois manipules (n° 16) pour deux, deux ceintures (n° 17) au lieu d'une; tandis que, d'autre part, nous ne constatons que* deux croix (n° 1) pour six, une seule couronne (n° 2) pour deux, et trois pailles (n° 21) sur cinq.
Les deux calices d'or (n° 3) et les deux calices d'argent (n° 4) sont munis de leurs patènes. L'encens est maintenant dans un vase en or (n° 7), et le vase d'ivoire (n° 8) qui le contenait précédemment reste sans destination.
On ajoute à la première nomenclature un encensoir (n° 10) et un chandelier (n° 11). Ce chandelier unique doit se référer à un rite particulier. Si, plus tard, nous voyons quatre chandeliers accompagnant quatre croix, pourquoi n'y aurait-il pas aussi, à l'origine, un chan-
21 novembre 894, publié par Muratori {Antiquit. med. œvi, t. III, p. 5), il est qualifié évêque de Mantoue. Un troisième, conservé aux archives de la cathédrale de Modène, est accordé en 902 « interventu Hegilulfi episcopi, necnon et sacri palacii nostri archicapellani ». La question ainsi posée est déjà résolue. »
délier unique pour une seule croix de procession? Jusqu'en 1849, époque à laquelle la liturgie romaine fut substituée à la liturgie locale, à Angers, on ne portait, le mercredi des cendres et les jours de férié, qu'un seul chandelier à la messe, et il n'y avait, par conséquent, qu'un seul acolyte.
Notons la clochette (n° 22) pour annoncer, à l'intérieur, le commencement ou les diverses parties des saints offices, pendant que les cloches avertissaient au dehors les fidèles.
M. de Goussemaker, dans son Essai sur les instruments de musique au moyen âge, a nettement déterminé les trois variétés de clochettes usitées au ixe et au xe siècle. « Le tintinnabulum n'était d'abord qu'une simple sonnette qu'on tenait à la main et qu'on faisait résonner en l'agitant, ainsi que l'indique l'inscription suivante du manuscrit d'Angers : Tintinnabulum excutitur manu tenentis. Plusieurs manuscrits contiennent des dessins du tintinnabulum. Celui que nous donnons ici est tiré du manuscrit de Boulogne.
« On donnait aussi le nom de cloche à cet instrument : « Gloccam qualem ad manum habui, tuae pater- « nitati mittere curavimus » (S. Boniface, Fpistolad); mais ce mot, d'origine germanique, fut bientôt employé presque exclusivement pour désigner les grosses cloches placées dans les tours d'églises.
« Tintinnabulum était aussi le nom donné à une sorte de carillon, formé d'une barre de bois ou de fer, sur laquelle on attachait en file un nombre plus ou moins grand de clochettes de diverses dimensions , qu'on faisait résonner au moyen d'un petit marteau. Celui que nous reproduisons ici a été extrait, par Gerbert, d'un manuscrit du ixe siècle de saint Biaise. Au
XIe siècle, ce tintinnabulum, selon Eberhart, était composé de sept clochettes accordées comme il suit : la, si, ut, ré, mi, fa, sol, la, si.
« On appelait encore tintinnabula les petites clochettes dont les ecclésiastiques et les grands personnages ornaient leurs vêtements d'apparat. Voyez le Glossaire de du Gange. » {Annales archéologiques, tome IV, p. 96-98.)
Je crois que, dans l'inventaire de Bérenger, le tintinnabulum est une clochette à main. Son type serait donc celui du manuscrit de Boulogne, qui .date du ixe siècle. La clochette est allongée et peu évasée au bas de la robe, coupée horizontalement et ornée, au-dessus delà lèvre, d'une double raie parallèle. La poignée consiste en deux anses cintrées qui doivent se croiser.
Sur le manuscrit de saint Biaise, cinq clochettes sont suspendues à une tringle fixée au sommet d'une arcade en plein cintre. Le corps sonore est cylindrique, moins le cerveau arrondi, duquel part une tigette terminée par un anneau.
Quant au manuscrit d'Angers, invoqué pour rendre raison de la signification du mot, il est attribué au ixe ou au Xe- siècle et est, par conséquent, contemporain de l'inventaire et des miniatures.
Les diptyques se sont multipliés. En voici trois, comme actuellement dans le trésor (n° 25). Mais sont-ce bien les mêmes? Je n'oserais l'affirmer, car il n'est pas démontré que les deux plus anciens aient servi de couverture, malgré les trous qui se remarquent sur les bords , et le troisième est en ivoire et non en bois.
Deux de ces diptyques sont en ivoire, dont un pour un évangéliaire et l'autre pour un épistolier : le troisième,
en bois, recouvre un sacramentaire (1). Un missel a aussi sa couverture d'ivoire, qui forme sa parure (n° 26), et les manuscrits se complètent par un grand codex dont l'intitulé n'est pas donné, mais qu'à cette dénomination on peut prendre pour une bible, qui est le code ou livre par excellence.
Le scripteur hésite au sujet d'une boîte d'ivoire où l'on croit qu'il y a des reliques (n° 28). L'hésitation eût cessé si l'on eût pu l'ouvrir, mais elle était ou clouée ou fermée à clef, peut-être même munie de sceaux, selon qu'il est écrit dans le synode d'Arrasde l'an 1125 : « Fractis sigillis et apertis buxtulis, nihil aliud nisi pannos contemplantur. » Les reliques de sainte Marguerite sont enfermées dans une étoffe de couleur sombre (n° 20), qui correspond à la couleur de la châtaigne : de là l'épithète castineo, pour castaneo, qui a son équivalent dans le leonatus (fauve) du Liber Pontificalis (2).
En fait de vêtements ecclésiastiques, il faut relever cinq chasubles (n° 9), cinq aubes (n° 19), un humerai
(1) Flodoard parle de couvertures en ivoire qui se voyaient à Reims sur un sacramentaire : « Librum quoque sacramentorum sub eburneis tabulis, argento preesignitis, sed lectionarium ad missas librum pari décore venustatum ibidem contulit. » (Frisi, t. III, p. 66.)
(2) « Vêla serica leonata. » (In vita Stephani FI, ann. 885.) — « Une chasuble de damas couleur de tanné, c'est-à-dire du poil de lion, mélangée de jaune. » (Invent, de la cathédr.
de Sienne, 1 467.) — « La compagnia con sacchi lionati.»
(4 580) — « Cinericium, hoc est pardum et castaneum, hoc
est leonatum » (1582). — «Vestes coloris lionati obs-
curi » (1607). — Voir aussi mon Inventaire du pape Paul III, p. 56.
(n° 18) et deux ornements qualifiés subtiles (n° 13). Frisi pense que ce mot est pour subtalares et pourrait signifier les sandales pontificales, due calcei, o sandah pontifîcali. Il n'a pas observé que cet article vient immédiatement après celui des dalmatiques. On ne les sépare pas dans les inventaires, parce que si la dalmatique est le vêtement propre du diacre , le subtile désigne celui du sous-diacre, suivant la définition donnée par Honorius d'Autun et renouvelée par Guillaume Durant : « Tunica quœ alibi subtile. » — « Dalmatica diaconi ampliores habet manicas, quam tunicella subdiaconi, quae alibi subtile vocatur. » [Ration., 1. III, cap. x, xi.)
Du Gange éclaire encore ces définitions par les textes suivants : « Prœterque dalmaticum et subtile pêne aurea. » [De casibus S. Galli, cap. x. — « Dalmaticas et subtiles, 14. » [Adam Bremensis, cap. clxi.) — «Dalmaticas, subtilia, cseteraque ecclesiastica ornamenta. » [Burchard, cap. i.) — « Ejusdem operis duœ dalmaticse, et duo subtilia, latis aurifrigiis ornata. » — Duse casulse de viridi samitta, et tôt dalmaticas, et subtilia aurifrigiata, valde bona. » (Gonradus Moguntinus, in Chromco Moguntino.) En français, subtile se traduisait par soutil et soutif, ce qui indique une étoffe subtile ou légère, comme l'est, celle employée aux tunicelles des pontificaux.
Inutile de revenir sur le mot numérale, depuis les explications que j'en ai données à propos d'un surhuméral du xne siècle. Cependant, il ne sera pas inopportun de remonter à l'origine de cet insigne et de montrer ses diverses formes du ivc au xive siècle, par quelques exemples choisis.
Dans l'acte de donation de Constantin, on voit que le
pape saint Sylvestre reçut de lui le droit de porter le surhuméral, dont les empereurs s'entouraient le cou. Le mot lorum, cité dans le texte, indique clairement que cet ornement admettait au moins une plaque ronde : « Simulque phrygium, hoc est, mitram et superhumerale, videlicet lorum, quod impériale circumdare assolet collum. »
Guillaume Durant répète, au xme siècle, que le surhuméral aurait été concédé au pape saint Sylvestre par l'empereur Constantin : «Sed et papacoronam, frigium lorum superhumerale, chlamidem purpuream, et tunicam iacinthinam habet ex concessione Constantini imperatoris. » (Rationale divin, off., lib. III, cap. xm) (I).
M. Texier, dans Y Architecture byzantine (Londres,
(1) Cependant, comme au fond l'évêque de Mende n'est qu'un compilateur, il semble peu tenir à cette tradition, et préfère ailleurs voir, dans le surhuméral, un souvenir de l'ancienne loi. « Sane romanus Pontifex, post albam et cingulum, assumit orale, quandam videlicetsindonem, quod capiti quasi in modum veli imponit, et replicat super humeros et ante pectus legalis pontificis ordinem sequens , qui post lineam strictam et zonam induebat ephot, id est, superhumcrale : cujuslocum tenet amictus. » (Ibid. ,\ib. III, c. ix.) Ces derniers mots prouvent que la question pour lui n'est pas claire ; aussi, dans un autre passage, il confond encore l'amict avec le surhuméral, quoiqu'ils soient parfaitement distincts : « Sacerdos celebraturus assumit amictum, quo caput tegitur, quem pontifex loco ephot sive superhumeralis et rationalis habet : et nunc etiam superhumerale vocari potest : significans salutem, quse per fidem tribuitur. De hoc apost. ad Eph. 6 : Galeam salutis assumite. » (Rationale, lib. III, cap. h.)
1864), consacre une planche en couleur à la belle mosaïque de l'église Saint-Georges, à Thessalonique , qui daterait du ive siècle. Là un prêtre porte, pardessus sa chasuble , une espèce de petite pèlerine blanche sur laquelle se détachent des bandes roses , partant du cou et alternativement rectangulaires et triangulaires : ces pièces de rapport n'atteignent pas les bords de l'huméral.
La Gazette des Beaux-Arts (1878, p. 381) a reproduit, d'après les Nouveaux Mélanges d'archéologie, une miniature représentant l'archevêque saint Dunstan aux pieds du pape saint Grégoire. Ce dessin est attribué au xe siècle. La mitre ou tiare ressemble à une calotte, derrière laquelle flotte, de chaque côté, un double ruban, terminé par une petite boule. Un peu au-dessous de la partie supérieure de ]a chasuble s'arrondit un large galon, semé de pois et bordé d'une série de petites perles. Aux épaules s'ajoutent deux disques ornés de la même manière. Ce surhuméral est parfaitement distinct du pallium.
Longtemps encore cet insigne garde la forme d'un large orfroi, qui, plus tard, devient le collier liturgique, si usité au moyen âge, mais sans la complication des parties surajoutées en manière de lora.
M. Gay a donné en gravure, dans les Annales archéologiques, trois représentations de l'huméral (tome YI, p. 158). La première est empruntée à une peinture en détrempe de la cathédrale de Worms (xme siècle) : c'est un large collier, perlé et gemmé, en avant duquel pend un ornement , également gemmé et taillé en forme de coupe. Le pourtour est indiqué par un galon.
Giottino a peint, au xive siècle, saint Grégoire revêtu du fanon, bande étroite entourant le cou, formant des
plis et ornée à la partie antérieure d'un orfroi orné. Le dernier exemple est également du xrvc siècle, et fourni par la cathédrale de Worms : le fanon , que recouvre en partie l'amict, ressemble à une pèlerine rayée horizontalement, comme si cet insigne se composait de trois pièces juxtaposées.
Dans un inventaire de Nuremberg, daté de 1334, je relève trois fibules d'argent doré, appliquées à un humerai : « Item II paria ob umbracula sive pecia ad humbralia, quorum tria sunt de fîbulis argenteis deauratis. » En 1417, on lit : « Umbralia 4, cum fîbulis argenteis, » et, en 1427 : « 2 paria cum fîbulis argenteis. » Or, comme l'établit le docteur Scheins, humorale est pour humerale, et d'umbrale on a fait successivement umbrella et umbraculum, parce que l'ombrelle protège les épaules. Cette observation liturgique se fonde surtout sur quatre textes de 1389 : « 4 leisten cum monilibus deauratis ad ornatum humeralium. » En effet, les anciens numéraux se composent de bandes et de plaques. (Scheins, Die kirchlichen Schœtze des ehemaligen Klosters Heilsbronn bei Numberg, p. 11.)