‹ Inventions et découvertes ou les curieuses originesChapitre 35 sur 66 · IMPRIMERIE · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE

dit-on, l'imprimerie xylographique (i). Les Japonais ont aussi des pré tt;n lions à celte découverte, et depuis longtemps ce mode d'impression est employé dans le Thibet , où le plus grand établissement de ce genre exisle à Hlassu. De là ces imprimeries se sont étendues dans toule l'Asie centrale avec les prêtres de Bouddha. On a reirouvé de ces grandes officines jusqu'à Ablaikil, au pied de l'Altaï, dans les déserts des Kirghises. Les relalionsque,pendanllcmoyenflgf;, lecommerce avait établies avec le centre de l'Asie , ont-elles fourni à l'Europe quelques notions sur ce genre d'imprimerie : c'est ce qu'il est impossible de vérifier.

Déjà, en 1423, on avait une représentation de saint Christophe , avec deux lignes de texte allemand, gravées en bois. Les Hollandais prétendent queJansson, de Harlem, avait, en 1430, employé l'imprimerie xylographique.

Gutenberg naquit a Mayence en 1400. Vinglqualre ans plus lard , il était fixé à Strasbourg ; et il contractait, en 1426, avec Drysen, une association pour l'exploitation de son art secret. Il fil ainsi ses premiers essais à Strasbourg; mais il perfectionna ses procédés à Ma jence, où, en 1 442, il employa les lettres mobiles. Les caractères en bois furent remplacés par des caractères fondus, pendant qu'il était associé avec l'orfèvre Faust et le métallurgiste Schœffer. La première Bible la-

[i) On enlend par ïjlographie la gravure d'une page entière ■ur une planche en bols.

line ainsi imprimée doit dater [de 1 455. Après avoir reçu des titres de noblesse, Gutenberg mourut à Mayence , le 24 février 1468.

Il est difficile de discuter l'antériorité des différentes éditions de celle première époque , parte qu'en général ellesne portent pas dédale. Le lieu de ces publications n'était pas indiqué, parce que les imprimeurs voulaient vendre ces exemplaires comme des manuscrits; peut-être aussi craignaient-ils les persécutions des moines. En effet, les moines étaient les copistes de l'époque, et, ne pouvant se rendre compte de la conformité exacte de tous les exemplaires imprimés, ils attribuaient ce résultalau sortilège: ceux qui exerçaient cet art étaient donc accusés de pactiser avec le démon.

A peine inventée, l'imprimerie devient un besoin tellement général, quelle se répand en tous lieux. En 1 457, Pflsler établit uneimprimerie a Bamberg. En 1462, des ouvriers de Mayence s'établissent en différentesvillesderAllemagneetdesautresÉtals de l'Europe. En 1465, il y eut uneimprimerie en Italie; en 1466, à Paris; en 1473, à Lyon; en 1475, en Hongrie; en 1476, à Westminster; en 1478 , à Barcelone. Bref, en 1500, on complail déjà pins de deux cents imprimeries en Europe.

Bientôt il s'en établit dans les autres parties du monde : l'Abyssinie en avait en 1521; Mexico, en 1509; Goa, en 1577; Lima, en 1590, et l'Amérique du Nord , en 1659.

De nos jours on pourrait se demander quels

sont les pays où il n'y a pas d'imprimerie. Les f.herokees de l'Amérique impriment eux-mêmes les livres nécessaires à leurs écoles ; les Holtenlols ont à Kalri ver des presses pour la publication d'un journal.

Si l'écriture est un premier moyen de civilisalion pour un peuple, celui qui le premier représenta nos pensées par des lettres dul sembler un dieu pour les liommes. Si la tradition écrite est bien supérieure à la tradition orale, quelle impulsion immense ne devait pas donner la tradition imprimée! Avec elle et par elle l'humanité entière marche, poussée par la réaction incessante des nations sur les nations, des siècles sur les siècles.

Toutes les grandes découvertes qui ont changé la face du monde, et qu'on dirait être une condition de son existence et une loi de son progrès , ont une origine inconnue ouincerlaine et le plus souvent désignée par un symbole : comme si l'humanité ne voulait pas qu'un homme se crût la puissance de modifier ou de précipiter les phases de son développement.

Quoique bien rapprochée de nous, l'invention de l'imprimerie présente déjà ce caractère. Faut-il en rechercher l'origine dans la Chine ou dans l'Asie, à Strasbourg ou à Mayence? Faut-il l'attribuer à Jansson, ouàSchœflér, ou à Faust, ou bien à Gutenberg? Gulenberg est ici la grande figure autour de laquelle viennent se grouper les divers

personnages qui paraissent avoir concouru à celle dècouverle merveilleuse.

Laissons discuter mesquinement ceux qui voudraient bien à"abori! approfondir si Gulenberg était un enfant de l'aris ou des bords du Rhin . Nous qui voulons le progrés en faveur de l'humanité lout entière, peu nous importe où naquit, où mourut Gulenberg ; nous voyons ce grand nom élernellemenl inscrit sur l'un des jalons plantés sur la route où s'avancent les nations; le monde, les générations l'ont prononcé comme le symbole d'une découverte dont les résultats déjà immenses ne peuvent encore faire préjuger tes conséquences futures.

La lithographie est une invention loule moderne : il y a environ cinquante ans que le nom même n'e» était pas connu. Un pauvre auteur n'ayant pas de quoi faire imprimer ses ouvrages, car alors , comme aujourd'hui , il en coûtait fort cher pour se faire connaître au public, s'avisa de les imprimer lui-même.

Le voilà doncen travailpour imaginer un moyen de remplacer les caractères en fonte. D'abord il se servit de planches en cuivre sur lesquelles il écrivit avec une encre de sa composition ; mais pour

apprendre à tracer les lettres à rebours, il s'exerçait sur des carreaux depierre calcaire de Kilkein, dont il polissait la surface.

Le papier lui manquant un jour qu'il envoyait du linge au blanchissage , il écrivit sa noie sur un de ces morceaux de pierre avec son encre particulière. La pensée lui viril alors que ces pierres pourraient bien remplacer les planches de cuivre. Creusant aussitôt la pierre, au moyen d'un acide, autour des caractères qu'il venait de tracer, de manière a leur donner du relier, il essaya d'en prendre des empreintes successives, et réussit au delà de ses espérances.

Bientôt il réfléchit qu'il n'était pas nécessaire que les lettres fissent saillie. Les deux principes chimiques qui forment la base de la lithographie se révélèrent à lui , savoir : la propriété qu'a la pierre à chaux granulée et compacte de s'imbiber de graisse ou d'eau, et, d'aulre part, l'antipathie qui existe entre la graisse et l'eau. Voilà comment AloysSenefelder, de Munich, se trouva avoir inventé l'art si agréable clsi utile de la lithographie.

Moyennant ces deux faits chimiques, on comprend tout le procédé. On trace un dessin sur la pierre avec un crayon gras ; on lave la pierre avec de l'eau qui s'infiltre partout où le crayon n'a point louché ; on passe enfin sur la pierre un rouleau cylindrique chargé d'encre à imprimer. Celte encre étant grasse, s'applique et s'étend sur le dessin tracé par le crayon gras , tandis qu'elle est

repoussée de toutes les parties que l'eau a pénétrées. On voit par là qu'une extrême simplicité d'appareil et une grande économie de temps et d'argent sont les principaux avantages de ce mode d'impression , aujourd'hui si populaire.

Un autre avantage, c'est de pouvoir reproduire le dessin même de l'artiste avec tous ses traits. Le dessinateur, au lieu de se servir de papier, (race ses esquisses et ses portraits sur la pierre, et il voit aussilot reparaître son ouvrage dans son intégrité. Il ne craint pas qu'en passant par la main du graveur, comme autrefois, il perde quelque chose de sa beauté et de sa perfection.

Cependant, demêmequeplusieursautresinvenlionsnon moins utiles et réservées comme elle à de belles destinées lithographie eut d'abord des obstacles à surmonter, des résistances à vaincre. Ses progrès furent lents et pénibles. Après avoir consacré trois ans à perfectionner sa découverte , Senefelder prit un brevet d'imprimeur en 1799, et s'associa un capitaliste pour établir et exploiter simultanément des imprimeries lithographiques à Vienne, à Paris et à Londres. Les essais furent généralementmalheureuxdans ces trois capitales. L'industrie naissante fut abandonnée après quelques if nlatives qui avortèrent, soit par l'inexpérience des artistes, soit par l'insuffisance des fonds destinés a l'exploitation.

La lithographie, malgré ses éléments d'avenir, semblait ainsi condamnée à périr, lorsqu'un pro-

fesseur de dessin de Munich , voulant multiplier à peu de frais les copies de ses modèles, se servit, en 1806 , du procédé de Senefelder, le perfectionna et le mit en vogue. Bientôt la lithographie appliquée à la reproduction du dessin et de l'ècrilure devint populaire en Bavière, et lorsque Senefelder est mort, en 1834, il dirigeait à Munich une lithographie royaled'où était sortie une carte générale de la Bavière, et où s'impriment tous les actes officiels de l'administration du royaume. Son art, qu'il avait eu la douleur de voir échouer dans trois capitales, y avait pris une revanche éclatante.

Ravivé en France par MM. de Lasteyrie et Engelmann, le procédé lithographique fut adopté, en 1816 , pour la publication des actes du ministère de la police. En 1818 , il prit le plus grand essor en Angleterre, où il végétait depuis son importation. Plus tard il pénétra en Russie. Maintenant enfin la lithographie est devenue vulgaire et usuelle comme la typographie et la gravure.

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