‹ Inventions et découvertes ou les curieuses originesChapitre 36 sur 66 · LE MAÏS · texte numérisé non relu

LE MAÏS

La patrie du maïs est tellement incerlaine qu'on se demande encore aujourd'hui si la plus belle, la plus féconde des céréales est originairede l'ancien

ou du nouveau monde. Sa découverte, selon les uns, se rattache è celle de l'Amérique ; selon les autres, elle se lie à des temps plus reculés.

Tragus, le premier qui en ait parlé, écrivait en 1532, quarante ans après l'expédition de Colomb, qu'il avait été apporté de l'Arabie Heureuse en Allemagne , et qu'on le nommait blé d'Asie , gros bU. Dix ans plus tard, Fuchsius ajoute : «Ce blé « est passé d'Asie et de Grèce en Allemagne; et o comme aujourd'hui les Turcs cruels sont maîtres « de l'Asie , c'est a raison du pays d'où il a été « tiré qu'on l'appelle bîi turc: »

Plusieurs savants se fondent sur une charte du xiii 8 siècle pour assurer que le maïs était connu avant la découverte du nouveau monde. Selon celle charte, deus croisés qui avaient suivi Boniface, marquis de Montferrat, rapportèrent de l'Asie Mineure une espèce de grain moitié blanc , moitié jaune, qu'ils donnèrent aux habitants du bourg li'Incisa, dans le haut Montferrat. Les magistrats de ce bourg firent bénir sur les autels une produclion de la Grèce qui devait augmenter un jour la richesse des campagnes de l'Italie.

Undocumcnlnon moins précieuxcst l'existence du maïs dans les ruines de Thèbes; M. Hifaud l'a découvert dans un hypogée qu'il lit déblayer en 1819. Ce maïs était dans un étal de conservalion remarquable.

Du reste, la dénomination de bU de Turquie, que le maïs reçut a l'époque de son introduction ,

n'indique guère mieux son origine que le nom de grain sicilien, qu'il porte en Toscane, tandis qu'on le nomme blé d'Inde en Sicile, bli de Rome en Lorraine, bli d'Espagne dans les Pyrénées, bli de Guinée en Provence.

Il esl conslant que les premiers navigateurs du nouveau monde racontèrent avoir vu, entre autres merveilles, un blé gigantesque à laligeélèganlc, au grain doré : ce blé merveilleux était le maïs. Les Péruviens célébraient sa récolte par des solennités religieuses, dans lesquelles on suspendait des guirlandes d'épis au coudes idoles. A Cusco, où résidaientleslncas, les vierges du Soleil préparaient avec son grain le pain îles sacrifices. Leur temple, lambrisséde plaques d'or, étailcouvert en chaume de maïs. On y vénérait des statues fui tes avec de la farine de maïs pétrie, que les prêtres distribuaient en parcelles au peuple rassemblé dans son enceinte. Toutes les populations au Mexique, au Pérou, dans les Antilles, se nourrissaient de celle graminée. Le maïs était le froment du nouvel hémisphère, et il y servait de monnaie ou de type d'échange lorsque les Européens abordèrent pour la première fois sur celle rive.

Mais s'il est certain que les naturels de l'Amérique cultivaient le maïs au temps de Christophe Colomb, il est également vrai que sa eulture es iste dans l'archipel Indien depuis un temps immémorial ; de même , le maïs retrouvé dans les ruines de Thèbes esl une relique précieuse qui prouve

que ce végétal existait aussi de toute antiquité en Afrique.

Le maïs étant ainsi connu des les temps les plus reculés dans l'ancien et dans le nouveau monde, il n'c?t pas improbable, que des croisés l'aicnlimporlé del'Orienlauxxin t siècle;maisles navigateurs qui découvrirent l'Amérique l'introduisirent de nouveau en Europe deui siècles plus tard ; et de cele dernière époque date l'extension donnée à sa culture.

Il est difficile de trouver une plante plus intéressante; il en est peu d'aussi belles et qui préseutentdes variétés plus nombreuses; ces variétés se multiplient à l'infini : on en compte vinglqualre principales.

Le maïs possède cette organisation flexible qui distingue la famille des graminées. On le voit, sous les tropiques , croître à colè du manioc et du bananier , depuis le niveau de l'Océan jusqu'à des élévations qui égalent celle des Pyrénées. En Europe, il prospère sous le ciel de la Sicile, et il végète à plus de2,000 pieds au-dessus de la mer.

Dans les contrées chaudes et humides de l'Amérique, comme en Égyple, on fait annuellement deux récoltes de maïs sur le mémo terrain ; dans l'Ile de Cuba, on en obtient jusqu'à quatre. Dans l'Amérique du Sud, sa fécondité est surtout prodigieuse. Il y a des lieux où une mesure seule en donne jusqu'à 800; des terrains d'une fécondité ordinaire en rapportent, année commune, 3à 400.

Partageant avec la pomme de terre l'avantage de convenir à la table du pauvre comme à celle du riche, lemaïs reçoit des préparaiions nombreuses. Dans quelques contrées de l'Amérique, les indigènes cueillent les epis naissants pour se nourrir du suc laiteux qu'ils contiennent, et font griller sur des charbons les epis mûrs.

En Italie et ailleurs, lorsque des intempéries ou la saison avancée n'ont pas permis au maïs de mûrir, on récolle les épis pour les faire cuire à l'eau. Les Indiens du nouveau monde préparenlavec les semences à moitié mûres une espèce d'émulsion â laquelle ils ajoutent du sucre de canne et des aromates ; les enfants, pour manger le maïs grillé, font éclater et épanouir ses grains en forme de fleurs, en les mettant sous la cendre ou en les exposa m à la flamme d'une lampe; dans les îles Mariannes, les naturels font détremper le maïs dans de l'eau de chaux , pour le dépouiller de son épidémie et le réduire ensuite en gruau, a l'aide d'un pilon ou d'unrouleaudepierre. Quelques peuptadesd'Amériquefonl encore rôtir le grain de maïs jusqu'à ce qu'il passeà l'état de charbon ; cl après l'avoir pilé, elles le mettent bouillir dans des bassines pleines d'eau : cette eau noire fail leurs délices.

Dans les deux Amériques , chez les nègres de la côte d'Or, en Espagne, en Italie, dans lelîéarn, !es Landes et la Bresse, un grand nombre d'habitants emploient le n.aïs à faire du pain. Dans plusieurs vallées de la Savoie on confectionne du pain

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avec un quarl de maïs el trois quarts de froment. Ce sont là des faits qu'on parait encore ignorer de nos jours. La petite anecdole suivante le prouvera.

Ilyaquelqaesannées,unerespeclableacadémie de l"aris(nousne dirons pas laquelle, parespritde charité) recherchait par quel procède chimique on pourrailparveniràla fabrication d'un paindemars quelconque. Tous ces savants regardaient un pareil résultat comme très— difficile, sinon comme impossible. Certain député des Basses-Pyrénées qui les voyait en peine, se vanta de résoudre le problème, et demanda quinze jours. Il écrivit tout de suite à Bayomie el fit venir par la diligence une superbe panification de maïs, du poids de 15 kilos, qui fut solennellement déposée au secrétariat de l'académie. Convocation extraordinaire, cri d'admiration! La docte société décide à l'unanimité qu'une médaille sera décernée à l'inventeur , et sa découverte proclamée dans tous les journaux.

« Messieurs, dit enfin le malicieux député, l'embarras est de savoir à qui la médaille doit être remise, attendu que, durant les trois quarts de l'année, les paysans de mon département se nourrissent avec ce pain , je ne puis dire au juste depuis combien de siècles. » L'académie , mordant ses lèvres de dépit, goûta non pas la plaisanterie, mais le pain de maïs ; elle reconnutqu'ii était bon, parfait. La mystification dont elle avait été l'objet valait beaucoup mieux encore.

Avec la farine de maïs, les Bourguignons font

d'excellenlesgalelles qu'ils nomment flânâmes au turtjuis.Vn des mets les plus eslimés chez les naturels de Chili se prépare avec des grains de mais encore tendres, qu'ils broiententre deux pierres.

Soumis à la fermentation, le maïs donne une boisson nutritive, cl peut remplacer l'orge ou le blé dans lu préparation de la bière. Le breuvage ordinaire des naturels de l'Amérique , la chica, n'est aulre chose qu'une espèce de bière préparée avec du maïs.

Avant l'arrivée des Européens, les Mexicains et les Péruviens exprimaient le suc des liges de maïs pour en tirer du sucre. Ce ne fut queversle milieu du siècle dernier qu'on tenta en Europe d'obtenir un pareil produit. Marabelli, en Italie, fut le premier à extraire des liges vertes de cette graminée, non-seulement un sirop douceâtre propre à suppléer le miel, mais encore un sucre cristallisé difficile à distinguer du sucre de canne ; plus lard Burger en Allemagne , Deyeux en France , Piclet à Genève, arrivèrent lousà des résultats analogues, qu'on a dû abandonner depuis que la betterave oITre à l'industrie un sucre plus abondant, d'une extraction plus facile, et semblable à celui des Indes.

Le maïs est aussi utile a la nourriture des animaux qu'à celle des hommes. On compte 14,000 mulets employés aux mines du Mexique et nourris toute l'année de grains de mais. En Espagne, les mulets en font une égale consommation .

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En 1799, lorsque les Iroupcsaustro-russes pénétrèrent dans le Piémont, leurs chevaux d'artillerie ne reçurent pour rations, en divers endroits, que du maïs en guise d'avoine. Dans certains cantons des Landes , quand les travaux sont un peu Forcés, les paysans donnent nne vingtaine d'èpis à chaque béte ; les bœufs el les vaches mangent le grain et la ralle ensemble. Près de Naples, comme aux environs de Lima, on eograîsse de la sorte les cochons jusqu'à ce qu'ils puissent à peine se remuer. Les oies , les poules , les pigeons sont avides de maïs ; c'est aussi cette céréale qu'on donne aux fameuses poulardes du Mans.

Dans l'économie domestique, le maïs est encore bien utile. Les feuilles mûries qui enveloppent son épi servent à faire des paillasses. On a déjà tenté de fabriquer du papier avec les feuilles du maïs. Celle plante fournit en outre une huile grasse, réputée excellente pour l'éclairage el pour la peinture. Avec ses spaihes, on forme des nattes dont les habitantsdes Pyrénées font usage en guise de lapis de pied. Dans l'Amérique du Sud , on en confectionne des chapeaux et des mantes. Avec les liges enlières on façonne des palissades, et les pécheurs, de petits radeaux supporlés par des calebasses. Enfin les nègres en couvrent leurs cases , en font des corbeilles et divers ustensiles.

Le maïs est, comme on le volt, un des plus beaux produits du sol; et cependant bien des personnes en ignorent l'utilité. Combien l'homme

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