NAVIRES DE L* ANTIQUITÉ
rable, qui représentaient toute la ïie d'Homère et plusieurs scènes de son Iliade. Le reste était à l'avenant. Nous ne décrirons pas ici toutes les salles, les temples, les bains et les chambres à travers lesquels l'écrivain grec aime à s'égarer. Disons seulement, pour donner une idée de ce que nous omettons, qu'il y avait une école gymnastique, entourée de jardins dont les plantes étaient arrosées par des fontaines d'eau douce. Les allées étaient recouvertes en berceaux de lierre et de vigne. La salle de Vénus était pavée en agate; les portes étaient d'ivoire; le tout orné de statues, de vases, etc., etc. La bibliothèque était en buis, avec un dome représentant toutes les constellations visibles et l'éclat du ciel au moment du départ. Au rez-dechaussée, dix chevaux habitaient une écurie vaste et bien aérée. La citerne était près de la proue ; elle pouvait contenir 60,000 litres d'eau douce; puis un vivierpleind'eau de mer. pour y conserver du poissen vivant. De chaque côté du vaisseau s'avançaient au-dessusdeia mer, des tourelles contenanties cuisines, fours, bûchers, boulangeries, ele, Le pont supérieur était soutenu par deux rangées de cariatides :1e tout couronné de huit tours fortifiées, deux sur chaque paillard, deux à tribord, deux a bâbord. Ces tours étaient surmontées de balisies , de catapultes, d'énormes grues, et constamment gardées par quatre jeunes hommesd'armes, deux arche» et un ingénieur. Eniin du milieu du ponl s'élevait le redoutable engin d'Ar-
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diimède, qui pouvait lancer à un sladc une pierre du poids de Irois quintaux. Tous les plats-bords étaient hérissés de machines pour lancer des pierres , des javelots , des crochets d'abordage. Les grues des grandes tours étaient de force à saisir une galère ordinaire et à l'enlever hors de l'eau pour la laisser retomber dans l'abîme. Le navire avait huit ancres , dont quatre de bois et quatre de fer. Il lui fallait trois mâts : ceux d'artimon el de misaine Furent trouvés dans les forêts de l'Etna: mais on chercha longtemps de quoi faire le grand mât. A la Bn, un porcher brelon trouva un arbre assez grand dans les forêts d'Albion : c'était un présage de la future grandeur maritime de la vieilleAngleterre.
Celte ville flottante, bien plus grandeque l'arche de Noé, fui d'abord nommée la Syracusaine ; ensuite elle prit le nom de l' Alexandrins. Une belle barge de Chypre, qui pouvait passer pour un vaisseau ordinaire, servait de chaloupeô V Alexandrins : une multitude de petits navires, bateaux pécheurs, etc., lui formaient un cortège el étaient montés par des équipages qui , en somme, égalaient celui du vaisseau monstre. Toute celte population flottante èlail soumise à la juridiction du capitaine ou maître pilote, qui rendait la justice d'après les lois de Syracuse. La cargaison principale se composait de soixante mille mesures de blé, sans compter une grande quantité de poissons et de viandes salées , d'huile etautres denrées.
OBSERVATOIRE
Hiéron s' étant fait informer de la profondeur des différents ports de la Méditerranée, et n'en trouvant presque aucun qui pût recevoir son A ïexandrine, l'envoya en Égypte et en fit présent à Ptolèmée , dont les sujets étaient alors en proie à une affreuse famine. L'A ïexandrine fut remorquée dans le port dont elle avait honoré le nom , aux acclamations de tout le peuple.
L'Athénien Archimélos fil un petit poème à ce sujet; Hiéron , pour l'en récompenser, lui envoya dans le port même du Pirée mille mesures de froment. Hiéron savait faire les choses.
L'OBSERVATOIRE
L'Observatoire de Paris, ce palais delà science, à la teinte sombre et sévère, aux gigantesques croisées, qu'on pourrait à la rigueur prendre pour une caserne ou pour une prison , l'emporte de beaucoup sur tous les établissements du même genre dont s'enorgueillissent les pays étrangers.
L'Observatoire date du xvii e siècle. C'est à Lonis XlVque nous le devons : à lui et non à ses minislres,'car il lui fallut une volonté bien ferme, bien positive, pour que sesordresfussentexéculés. Alorsla puissance du clergé ne restait pas toujours étrangère aux affaires de l'État, à celles même qui avaient le moins de rapport avec la religion ; elle contraria plus d'une fois les vues artistiques du
grand roi. Par exemple, lorsque Claude Perrault eut achevé le plan de la colonnade du Louvre, des intrigues sans nombre et habilement conduites circonvinrent Louis XIV. Clément ÏX lui-même fut mêlé à ces négociations ; il poussa l'insistance jusqu'à écrire au roi , jusqu'à lui envoyer de Borne un fameux architecte italien , le chevalier Bernini, qui se rendit à Paris en toute haie, examina les lieux, et se renferma sur-le-champ pour travailler à un projet. Louis XIV heureusement ne céda pas anx instances de Bernini ; le plan de l'Italien fut repoussé, et l'on éleva la colonnade du Louvre telle que Perrault l'avait conçue.
Par une étrange analogie de faits, les mêmes circonstances se renouvelèrent exactement lors de l'édification de l'Observatoire. L'emplacement choisi appartenait à descharlreux, qui se révoltèrent contre ce choix. Cardinaux, évéques, archevêques et simples abbés, tous se liguèrent encore, et opposèrent un plan du même chevalier Bernini au plan de Perrault, La seconde fois, comme la première , le roi tint bon ; mais, les travaux commencés, de grandes difficultés survinrent. 11 ne s'agissait plus d'une résidence royale, de vestibules, de galeries, de colonnes; il fallait résoudre ici plusieurs problèmes fort difficiles à accorder; la beauté sévère, la solidité massive du monument devaient s'allier avec la commodité des observations ; et, quelque habile architecte que fût Perrault , il n'avait pas su prévoir tous les obstacles.
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Son observatoire est, sans contredit, un chefd'œuvre de construction; la vigueur de ses énormes voûtes, la coupe hardie de l'immense escalier qui monte à la plate-forme , tout cela est admirable, tout cela servira longtemps de modèle; néanmoins, envisagé sous le rapport de lascience, l'édiôce laissait tout à désirer.
Tandisque Perrault s' occupait de la construction elen lassai l pierres surpierres,LouisXI Vcherchail déjà lequel des savants français il serait juste d'appeler a la direction du nouvel établissement scientifique. Ne trouvant persoaWe autour de lui qui eût assez étudié l'astronomie ponr remplir d'aussi importantes fonctions, il jeta ses regards par delà les frontières, principalement vers l' Italie, qui renfermait elle seule autantde savants que toulle reste de l'Europe. C'est dans les États du pape qu'il rencontra celui dont il avait besoin, Jean-Dominique Cassini; el aucun sacrîGce ne lui coûta pour s'attacher cet homme de génie. Lorsque l'illustre astronome vint s'établir en France, le bâtiment étailélevé au premier étage. Les quatre murailles principales avaient été dressées aux quatre points cardinaux ; mais les tours avancées qu'on ajoutait à l'angle oriental et à l'angle occidental du côté du midi, et celle qu'on plaçait au milieu de la face septentrionale , lui semblèrent nuire à l'usage important qu'on aurait pu faire de ces murailles. Il proposa donc qu'on n'élevât ces tours que jusqu'au second étage, et qu'on bAtlt au-dessus une grande
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salle carrée d'où l'on pùl voir le ciel de tous les côtés, el suivre d'un même point ie cours entier des astres, d'orient en occident, sans être obligé df-'transporterlesinstrumentsd'unetouràl' autre, line lutte s'établit à ce sujet entre le savant et l'architecte. Cassini disait : « Je ne pourrai pas observer, n Perrault répondait : « Mon plan est fait; vous me le gâtez. » Le roi, choisi pour arbitre dans ce différend, ne voulut pas comprendre les objections de Cassini ; il donna raison à Perrault . Malheureusement, celte fois, Perrault avait tort.
Cependant on ne porla pas l'en lélement jusqu'à négliger tous les avis de Cassini , qui certes élait l'homme le plus compétent pour en donner de bons. On arrêta que la tour septentrionale ne serait pas octogone comme les deux autres, mais bien carrée, pour offrir une plus large face au nord . Cassini obtint aussi que sur la terrasse supérieure on bâtit une petite salle ouverte de deux fenêtres à l'orient el à l'occident, d'une porte au midi, et dont le toit mobile lui permit d'observer les étoiles au zénith. C'est dans celle espèce de cabane, bâtie après coup sur la plaie-forme, dont elle détruit 1 harmonie, et ironiquement appelée le Petit Observatoire, que fut fait, pendant de longues années, tout le travail auquel était destiné le monument entier.
Il serait sans doute curieux de relater les diverses modifications qu'apportèrent successivement a l'économie de l'Observatoire les savants
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qui en eurent la direction depuis Cassini jusqu'à nos jours , Cassini fils , Philippe de Lahire , Claude Picart, Pingré, etc.; mais cette digression nous mènerait trop loin.
Les premiers objets dont on est frappe quand on a monté quelques marches de l'escalier principal, sont le lélescoped'Herschellella grande lunettede Lerebours , celte longue lunelle à faire peur aux gens . comme dit le bonhomme Chrysale , la plus grandequ'on ait jamais construite (son verre objec- Ufa 12 pouces de diamètre). Le télescope, vieux serviteur délaissé, immobile à sa place depuis cinquante ans, semble encore, lier de son antique splendeur, mépriser son élégante voisine, qui se met en mouvement tous les soirs, et roule lestement, sur le pied que lui a élevé Cauehoix, jusqu'à la terrasse du jardin. Dans la tour orientale, attenante au vestibule, sont rangées en batteries de nombreuses lunettes qui ne représentent extérieurement rien d'assez remarquable pour que nous ne nous hâtions pas d'arriver aux nouveaux cabinets d'observations, ba Us, il y a trois ans, par M. Biot. Grâce à cette amélioration, l'Observatoire réunit maintenant toutes les conditions désirables ; c'est le meilleur et le plus beau qu'il y ait au monde.
On a souvent répété qu'Archimède, s'il revenait ici-bas et qu'il interrogeât sur l'algèbre un simple élève de l'École polytechnique , courberait la tête devantlejeunehommeetlenommeraitsonmaltre.
Eh bien ! s'il était donné à Cassini de sortir de son
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tombeau , lai qui travaillait encore dans le siècle dernier, nous pouvons affirmer qu'il ne serait pas moins stupéfait que le philosophe dp Syracuse. Il trouverait réunis dansun espace de quelques toises carrées , merveilleusement disposé pour les recevoir, des instruments d'une telle précision, d'une si admirable structure, que, durant ses nuits laborieuses, il se serait cru fou d'en rôverde pareils. Trois blocs de granit, enfoncés en terre à une profondeur de quarante pieds s'élèvent indépendants du parquet de la salle. Les deux premiers supportent un cercle mural el une lunette méridienne qu'on peut facilement tourner dans un pian vertical sans redouter la moindre oscillation. Le cercle spécialement destiné a mesurer la hauteur des astres au-dessus de l'horizon, est l'ouvrage de Fortin. M. Gambey a exécuté la belle lunette à l'aidede laquelle on observe les passages au méridien, et il s'occupe à présent d'un second cercle mural de six pieds de diamètre qu'on doit adapter au troisième pilier, dont la nudité momentanée contraste avec la brillante parure des autres.
Remarquons ici combienles arts de précision se sont perfectionnés en France. Lasupériorité incontestable de M. Gambey est à celte heure si universellement reconnue , que les Anglais euï-mômes, qui nous fournissaient jadis des artistes, viennent dans ses ateliers chercher les instruments de leurs observatoires. De tous cesanciens produits de l'industrie britannique, il ne reste plus chez nous que
le quart de cercle de John Bird. Les cabinets nouveaux, qu'il est moins difficile d'admirer que de décrire, sont dignement complétés par une curieuse collection d'appareils méléocologiques ; et. nous devons un juste tribut d'éloges à l'ingénieux mécanicien M. Picard, qui a été chargé de leur toiture; c'est lui qui a imaginé ce système de trappes roulantes au moyen desquelles les observateurs découvrent instantanément la partie du ciel qu'ils veulent explorer. Le mouvement régulier de ces larges plaques de tôle a quelque chose de surnaturel ; et si l'on n'apercevait pas, quand elles s'avancent, se retirent ou s'arrêtent, la main de l'astronome qui dirige leur marche, on serait tenlé de se croire dans un palais de fées.
Le chef-d'œuvre de M. Gambey, Véquatorial, employé d'ordinaire aux observations des comètes, etqui par consèquentdoit être dirigède tous côtés, a été installé sur la plate-forme à cet endroit même où le pauvreCassini s'était vu reléguer par l'obstination de Perrault. Mais on s'est bien gardé de le laisser exposé aux intempéries de l'air dans la chétive cabane dont nous avons parlé. On lui a fait une demeure digne de son importance, en bonnes pierres de taille couvertes d'un toit sphérique qui tourne autour de lui , et dont l'unique ouverture se présente à son gré, tantôt à l'est ou à l'ouest, tantôt au sud ou au midi. Nous avons dit à son gré, et ceci doit être pris à la lettre ; car l'équalorial, cette perle de l'art, est loin de ressembler
OBS E H VÀTOIBE .
au* instruraenls tout passifs. Ii se ment de luimême, sans le secours de personne, elnese fourvoie jamais. Voici la cause de l'effet de cette intelligence apparente : quand un observateur est parvenu avec beaucoup de peine, après de laborieuses recherches, à découvrir dans le ciel une comète éloignée, invisible à l'œil nu, si des nuages viennent la lui cacher, s'il est obligé de s'absenter quelques heures, ii aura nécessairement à son retour, on lorsque le temps se rassérénera, aulant de mal à retrouver l'astre perdu qu'il s'en était dfînnépour ledècouvrir. A l'aide d'un mouvement d'horlogerie que M. Gambey a joint à sa machine par un rouage de nouvelle espèce, d'une délicatesse infinie, dès qu'on a fixé la lunette sur un astre, elle le suit pas à pas, gardienne vigilante, pendant sa révolution tout entière. N'est-ce pa3 là en quelque sorte créer après Dieu, et, comme lui, donner une & me et une intelligence à la matière?
11 y aurait uneiiisloire à écrire autre quecelle des instruments de l'Observatoire : ce serait celle des savants qui l'habitent, si l'on voulait lever le voile qui couvre cette vie utile et laborieuse, et pénétrer dans l'intimité de cette petite république si calme au milieud'un monde agité, dont les membres ne relèvent que de la science, et que la science protège comme une égide. Là , retranchées derrière cette inamovibilité du talent, s'exercent dans le silence et l'élude de hautes facultés, des intelligences d'élite. La gloire de quelques-uns a parfois