PORCELAINE
la femme d'un chirurgien de Saint- YrieiK , M™ 8 Duruet , qui en fil la Irouvaille en emploj anl cette argile à défaut de savon , pour enlever des taches de graisse. Bien avant cette singulière decouverte , Gultard , le comte de Lauraguais , et Marques, de l'Académie des sciences, avaient essayé vainement de fnire de la porcelaine dure avec des matières insuffisantes. C'esl de la découverte du knolin de Limoges que date l'ère véritable delà porcelaine. La manufacture de Limoges se vil annexée , dès ce jour, a celle de Sèvres.
On sait dans quelle voie de progrès cet art a marché depuis. Quels charmants caprices 1 quelles délicates fantaisies ! La porcelaine s'ingénia a imiter le goût du mu" siècle, comme avait fait précédemment lu comédie. Aujourd'hui , dans noire époque terne et bourgeoise , la porcelaine est devenue lourde et sans style. Mais en regard du xviii' siècle, la porcelaine fut bien obligée d'avoir de l'esprit. Son galbe moqueurs' enrichit de toute la satire qui l'entourait. Les airs maniéré» des marquises du temps , la pesanteur des gens de finance, la tournure grolesque des médecins, la gravité gourmée des gens de justice ; tout cela devint son domaine. La porcelaine suivit le mouvemenlintroduildanslaslatuaireetlapelnturepar lloudon et Pigale, Boucher elWatteau. Lu mode l'adopta bien vite; à côté des bas-reliefs, des figures, des terres cuites, tous les riches voulurent avoir chez eus leurs groupes de porcelaines: por- 8*
celaines de Sèvres et de Saxe , porcelaine de rocaille, surtout de dessert, écriloires, fontaines, déjeuners, que saîs-je? Ici des jardinières ovales en camaïeu bleu ; plus loin des candélabres à figures et feuillages ; des sucriers à rubans , des cafetières avec macarons el fleurs. Mais ce furent surtout les sujets qui tirent rage. On raffolait des Colombines, des Colins, des Amours, etc. Les costumes de l'opéra représenté la veille, ceu* du bal, ceux du mardi -gras, se virent bien vite reproduits par la porcelaine.
Tous ces ridicules, cet éclat revenaient de droit à cet arL charmant et naïf. Galerie piquante des originaux du jour, elle formait un intermédiaire heureux entre la statuaire et la peinture. Devenue bientôt usuelle , la porcelaine ne pouvait manquer de voir accroître sa vogue. Les desserts s'en emparaient; son émail élincelail aux bougies devant des convives habillés pour la plupart en fées, en génies, en enchanteurs. Auneféle donnée à M™* la duchesse de Bourbon pour la naissance du brillant el infortuné duc d'Enghien , le surtout du dessert représentait différents tableaux de la féle. Les Jeux el les Plaisirs y veillaient autour d'un magnifique berceau en porcelaine fleurie, dans lequel dormait le nouveau-né, dont les dentelles étaient imitées merveilleusement. Quand on porta la sanlèdu roi, les fées et génies, personnages vivants qui animaient le banquet , se levèrent pour le toucher de leur baguette.
P0RCË1À1HE. 179
D'autres fois, pour attirer la compagnie surles bords d'un canal, à l'Ile d'Amour, bosquet de Chantilly, on imagina des batelets illuminés de feux de couleur ; dans ces batelets il y avait des musiciens , des bergers et bergères galamment vêtus, portant des corbeilles de fleurs, que l'on distribuait aux dames. Ces scènes joyeuses, la porcelaine ne lardait pas à. les retracer ; elle fixait jusqu'à l'a -propos. De là ces apothéoses, ces dessins de temples à l'amitié, ces pastorales, ces allégories. Dans les figurines, c'est surtout Greuze qu'elleaen vue, c'est Greuze qu'elle copie, Greuze le peintre naïf et délicat. M" e la comtesse d'Artois reçut, en 1773, à son arrivée à Nemours, tout un cabinet de porcelaine représentant des paysans qui entouraient le carrosse du roi.
La peiulure sur porcelaine n'était pas moins remarquable. Le plus souvent elle figurait des chasses, des fleurs, des amours, mais le loul gracieux de forme, d'élégance, delégèrelé, et n'ayant rien du Ion froid et terne d'aujourd'hui. Les services de table étaient surtout renommés. La manufacture de Sèvres offrait, comme on sait, la copie des meilleurs tableaux à l'huile; ses couleurs étaient d'une magnifique transparence. C'était Oudry don ton reproduisait les belleschassesqo'on peut voir dans le palais de Fontainebleau ; Van Huysum, dont les fleurs ont tant d'éclat; Greuze, dont les télés de jeune fille ont tant de finesse 1
Ce bel art , loin de se soutenir a la môme hau-
180 QUÂDRAÏtlRE lit CBRCXE
teur qu'au xvm* siècle , a considérablement déchu. L'inspection des expositions annuelle* de lu manufacture de Sèvres ne prouve que trop la vérité de celle remarque. Rien de neuf dans les œuvres actuelles, ni style, ni manières; de la pratique et de l'adresse, voila tout.