LA PORCELAINE
L'Asie orientale fut le berceau de cette belle poterie; son origine s'y perd dans la nuit des temps. On la fait remonter à plus de 2,000 ans avant l'ère chrétienne. Pompée, après avoir soumis l'Asie , en rapporta les fameux vases Murrhins , qu'il fit connaître aux Romains 60 ans avant notre ère. Leur rareté et leur nouveauté les firent préférer aux vases d'or. Le prix en était même si élevé, que Néron paya un de ces vases plus d'un million de notre monnaie. Sous Vitellius , les vases en terre cuite, d'un beau travail et d'une forme svelte , obtinrent la préférence. Selon Pline l'Ancien, ces fameux vases Murrhins, si remarquables par leur élégante légèreté, ne seraient qu'une sorte de porcelaine qui se fabriquait dans la province perse de Kerman , alors connue sous le nom de Caramanie; mais les commentateurs ne sont pas d'accord sur cette interprétation.
Il est constant que la porcelaine a fleuri de longue date h la Chine et au Japon. Ainsi la fameuse tour de Kiang-Ning, recouverte extérieurement de plaques de porcelaine , fut construite dans le xm e siècle de l'ère chrétienne, à l'époque où la Chine fut envahie par les Mongols. Voici la description de cette tour.
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Isolée , octogone , de 10 pieds de diamèlre à sa base, et de 200 pieds d'élévation , e!le est divisée en neuf étages séparés par autant de toits saillants, a huit côtés. A chacun de leurs angles pend une clochette de cuivre. Au sommet s'élève , comme dans les temples birmans, un m<llde 30 pieds, entouré d'un cerclé de fer en spirale, couronné par une pomme de pin en cuivre doré. Au milieu du rez- tle-chaussée est une idole immense en or, sous un dôme de cuivre. Chaque étage a une idole particulière. Tous les plafonds sont ornés de peintures, et les murs décorés par dits statues dorées. L'extérieur de la tour est revêtu de plaques de fàience ou de porcelaine, de différentes couleurs, et les tuiles de chaque toit sont aussi de la même matière.
La première porcelaine de l'Inde, h paie translucide, recouverte d'un émail blanc et terreux, qui soit parvenue en France, y fut importée vers l'année 1401), par les Portugais. 4
Toutefois on n'a véritablement connu la porcelaine en France qu'a la fin du xvii f siècle. C'est à rétablissement di la compagnie des Indes qu'on doit les premières importation! remarquables, et par la suite les beaux essais que fil, à Meissein, près de Dresde, Auguste II, roi de Pologne, le tout grâce aux recherches d'un gentilhomme saxon, chimiste, qui s'occupait du grand-œuvre. Bientôt les souverains des divers États de l'Allemagne eurent chacun leur manufacture de porcelaine. Le
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grand Frédéric allochaitun si haut intérêt à laprospéritéde sa manufacture, qu'il profita du succès de scsarmespour y faire transporter des pflles qu'il fit enlever a Meissein. L'échange qu'il effectua avec le roi de Pologne, d'un vtaimenl de dindons prussiens contre quatre rouleaux de porcelaine de Chine, est un fait connu. En ce lemps-là, c'est-àdire de 1744 a 1760, ia porcelaine était devenue le grand-œuvre. On vit s'établir, commepar enchantement, les manufactures de Copenhague, de Munich, de Louisbourg et de Berlin. Jusqu'alors la France n'avait pas fabriquède porcelaine dure; on n'y connaissait qu'une poterie particulière sous le nom de porcelaine tendre , qui avait bien les qualités extérieures de la porcelaine de l'Inde , mais qui n'avait ni la solidité de sa pâte, ni la dureté de son émail.
Toutefois la manufacture royale de Sèvres et celle de Vincennes, grSce aux recherches du célèbre chimiste Heltot, produisaient en ce genre de véritables chefs-d'œuvreque les amateurs recherchent aujourd'hui avec un vif intérêt.
Vers 1761,unSlrasbourgeois nommé Hannon fil connaître a Sèvres le secret de la composition de la porcelaine dure. Mais la matière première, le kaolin, manquait à la France; on ne connaissait que celui de Pussun, en Allemagne, dont l'exportation n'était pas permise. La communication d'Hannon serait donc restée inutile, sans la découverte des beaux kaolins du Limousin. Ce fut