TAPIS DE TURQUIE
en sept, différents modèles qui se perpétuent par tradition el n'ont jamais varié jusqu'aujourd'hui, si ce n'est dans les nuances des couleursdu fond. C'est en vain que les Européens, qui font une consommation considérable de ces tapis, ont cherché plusieurs Fois à obtenir des dessins mieux adaptés aux tapisseries de leur ameublement. Les femmes turques ne s'écarlent pas de leur système, et quiconque persisterait a établir un changement doit s'attendre è rencontrer beaucoup d'obstacles el à voir gâter bien des tapis pour son compte , avant d'obtenir même une amélioration très-incertaine.
La laine employée h ce genre de travail arrive à Ushak du pays des Kurdes, tribus nomades qui vivent deleurn bergeries, el descendent chaqueannée de leurs montagnes dans la plaine d'Ushak pour y vendre 1a laine de leurs troupeaux. Les riches habitants de cette ville vont l'y acheter en parties brutes qu'ils détaillent ensuite à crédit au* pauvres, parlrès-pctiles quantités, el moyennant un fort bénéfice. Les femmes qui l'a cliètent s'occupent, presque toute l'année de la filature de celte laine, dont le fil très-gros ne peut servir qu'à la fabrication des lapis. Elles commencent d'abord par la bien laver, opération qui leur en fait perdre plus de la moitié ; elles la cardent ensuite sur une machine grossièrement dentelée, et séparent ainsi les longs fils de ceux qui sont plus courts. Elles filentd'abord les premiers, qui sonldeslinésàformerlachalnedu
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métier ; les seconds sont employés pour la trame. Cette laine ainsi préparée est portéeau marché, où on l'achète par poids de deux cents drachmes. Les propriétaires de métiers vont s'y pourvoir de la quantité nécessaire à la fabrication des ouvrages qui leur ont été commandés. Le métier est composé d'un grand cadre en bois formé de deux cylindres placés horizontalement, et supportés aux bouts par deux poutres perpendiculaires , sur lecylindresont roulés les fils de la chaîne qui s'èlendenl sur le métier, et sur le cylindre inférieur on roule le tapis, a mesure que l'ouvrage avance; ces métiers sont établis dans l'intérieur de chaquemaison, car il n'y apoint d'établissement public consacré à ee genre de fabrication. Pour les lapis de première qualité, les extrémités de la chaîne sont teintes en vert, et forment ensuite la frange. Les travailleuses s'asseyent sur des bancs vis-à-vis de leurs métiers, et chaque pik de Lapis eu largeur requiert une ouvrière, de manière qu'un lapis large de douze piks occupera douze personnes à la lile. La teinture est donnée aux Gis de laine avant qu'ils soient mis sur le métier ; le bleu seul de différentes nuances se prépare chez les teinturiers ; les autres couleurs sont données par les femmes, même chez elles, et elles en tirent la substance de divers végétaux qui croissent dans les environs de la ville.
On calcule qu'LMiak produit annuellement soixanle-diï mille piks de lapis, qui se vendent de vinglà vingt-trois piastres le pik, excepté pour ceux
de commande, qui valent jusqu'à trois piastres de plus, el au confectionnement desquels on apporte aussi plus de soins pour la linesse du tissu et In richesse du dessin. Le transportd'Ushakù Smyrne, comme dans presque toute t'Analolie, se Tait à dos de chameaux et de mulets, et les caravanes emploient à ce trajet sept journées de marche.
Un usage singulier ne permet pas aux filles d'Ushak de se marier avant qu'elles aient tissu elles-mêmes leur premier lapis, qui est mis en réserve pour Taire partie de leur trousseau. Le travail d'une ouvrière pouvant subvenir à l'entretien d'une famille, les hommes achètent, pour ainsi dire , leurs épouses par des présents qu'ils font aui parents; celui qui donne le plus a la préférence ; aussi les plus habiles sont-elles les pins recherchées et leurs parents en obtiennent des cadeaux plus considérables.
Il n'est pas rare qu'on soit entouré d'objets dont on ne connaît ni l'origine ni l'histoire; c'est même un des caractères distinctifs des masses que cette indifférence pour ce qu'elles ont l'habitude de voir. Nous sommes persuadé, par exemple, que parmi les mille personnes qui, chaque jour, lèventlesveux vers le télégraphe , bien peu pourraient donner quelques détails sur celte ingénieuse invention.
Le mot télégraphe veut dire écrire de loi». La premièreidéedece merveilleux appareil est due à Amonlons. célèbre physicien , qui avait Établi une ligne de correspondance, par signaux , avec un ami. Les frères Cliappe s'emparèrent de cette ingénieuse idée , la perfectionnèrent el ia rendirent d'une facile application. Ils firent un premier essai de leurs procédés en mars 1791, dans le déparlement de la Sarlbe, et, comprenant toute l'utilité des télégraphes pour les correspondances du gouvernement, ils oflrirent ,.dès 1792, d'en établir des lignes. Le 4 aoiit 1793, la Convention nationale décréta rétablissement d'une ligne télégraphique de Paris à Lille; on en obtînt les résultats les plus satisfaisants. Depuis, les télégraphes ont été multipliés; les étrangers se sont aussi emparés de cette invention; mais nulle part elle n'est aussi bien entendue qu'en France.
Pourdonncr une idée de la vitesse des transmissions par cette voie, nous dirons qu'on peut faire passer un signal de Paris à Lille (00 lieues) et avoir la réponse en trois minutes ; à Paris on a , par le même moyen , des nouvelles de Calais (68 lieues) en quatre minutes cinq secondes; de Strasbourg (120 lieues), en cini] minutes cinquante-deux secondes; de Toulon (207 lieues), en treize minutes cinq secondes; de Brest (150 lieues), en six minutes cinquante secondes.
Un jour, un ordre partit de Paris pour Brest, où il arriva en quelques minutes, el le lendemain ma-
tin, en verlu de cet ordre, une flotte appareillait.
Pour établir une ligne télégraphique, on choisit, de distance en distance, certains points élevés où l'on construit un bâtiment pour loger les machines. L'intervalle varie; mais il est en moyenne de trois lieues. Chaque poste emploie deux hommes, qui reçoivent 500 fr. chacun; ils se relèvent de faction à des heures réglées. Si le guetteur vient a s'absenter, la communication est interrompue; alors un signal Iransnvs par la station voisine indique rapidement l'absence : une peine est immédiatement appliquée.
A chaque extrémité d'une ligne réside un direcleur qui communique avec Paris; des inspecteurs surveillent fréquemment les localités, pour s'assurer de l'étal des hommes et des machines.
Le secret des communications n'est confié qu'à deux traducteurs, qui connaissent la valeur des signes, occupent chacun une extrémité de la ligne et commandent la série des signaux. Du reste, la valeur des signes peut changer quand le gouvernement le juge à propos, et l'on peut même envoyer directement des ordres sans que les traducteurs les comprennent, pourvu que les signes en soient convenus d'avance avec celui à qui ils s'adressent. Certains signes sont connus de tous les préposés pour répandre, s'il le faut, les nouvelles ou les ordres sur toute la route. Le guetteur est muni d'une longue-vue fixée au mur, et dirigée vers le télégraphe qu'il doit observer, et d'une autre tour-
née vers celui qu'il commande. S'il voit un signal, il l'imite sur-le-champ è l'aide de manivelles; aussitôt le télégraphe qui surmonte l'édifice prend les mêmes positions. Ce guetteur enregistre chaque signal, et attend , pour en faire un second, qu'il soit certain d'avoir été vu et imité fidèlement par le télégraphe qui le suit.
Ladurée de chaque signe est, terme moyen, de dii à vingt secondes. L'expression d'un mol, d'une phrase, d'une lettre, n'exige qu'un signe, selon la valeur convenlionnelle. Le levier moteur prend la position qu'on veut donner à la partie extérieure de l'appareil, que la force et la solidité rendent capable de résister aux plus forts ouragans.
Les bras du télégraphe peuvent produire deux cent cinquante signaux ; or tous les sons et toutes les indexions de la langue française se réduisent à trenle-trois , en sorte qu'il suffit de trente- trois signes pour écrire toutes les inflexions du langage; bien entendu, on laisse de coté toutes les règles de l'orthographe. Les autres signaux sont destinés a indiquer les mots d'un fréquent usage.
Les avis peuvent partir soit de Paris , soit de l'autre extrémité de la ligne ; en sorte que le préposé d'une station commande ou est commandé, selon le cas. Lorsque des avis arrivent en môme temps des deux extrémités, il y a nécessairement un point de la chaîne qui se trouve a la fois commandé par les deux télégraphes qu'il aperçoit; mais à l'instant il fait on signal qui avertit l'un des deux
de suspendre la série de ses signesel d'adopter ceux qu'il reçoit. Ce signal , transmis en rétrogradant , impose silence à l'une des extrémités jusqu'à ce que l'autre ait cessé de parler ; alors elle reprend la suite de. ses signaux. Les instructions données aux employés leur indiquent d'avance quelle est la série qu'il importe préférablement de continuer.
De nos jours , le système télégraphique a été singulièrement perfectionné. On a récemment imaginé le moyen de faire fonctionner les télégraphes, même la nuit. Enfin on vient de découvrir en Allemagne une sorte de télégraphe électrique applicable aux chemins de fer, à l'aide duquel deux personnes placées auv deux extrémités de leur parcours peuvent correspondre par des signaux de convention.