LE THÉ
L'usage du thé en Chine et au Japon , seuls pays ou on le cultive, remonte à une Irès-haule antiquité. Il a une origine toute merveilleuse. « Darma, disent les Japonais, prince indien très-pieux, vint en Chine pour y prêcher la religion. Il passait les nuits à prier ; à force de faligueet de jeûne, il succomba au sommeil. Le lendemain, se réveillant, il crut avoir manqué à ses devoirs ; pour ne plus retomber dans la même faute, il se coupa les paupières, et les jeta pur terre. Lorsqu'il retourna,
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le jour suivant , h l'endroit où il avait fait cette bizarre exécution , il vit chacune de ses paupières changée en un arbrisseau inconnu : c'était le thé. Darina en mangea les feuilles et sentit tout a coup renaître en lui une force toute nouvelle. Ses élèves firent usage de cette feuille, et la Chine, comme le Japon, suivit l'exemple de Darma.» Cette fable est une ingénieuse allusion aux propriétés du thé, boisson ordinaire des peuples de l'Orient, auxquels elle assure une source inépuisable de revenus et de prospérité.
La compagnie hollandaise des Indes orientales introduisit la première le thé en Europe , au commencement du xvi* siècle. Il fut importé de Hollande en Angleterre vers 16156. Peu à peu l'usage s'en répandit tellement, qu'en 1700 l'importation s'éleva à près de dix-neuf mille kilogrammes. Aujourd'hui, celte importation est d'environ quinze millions de kilogrammes par an : ce qui équivaut à près de cinq cents grammes par individu de tout rang, de tout sexe, de tout âge, daus les possessions de la Grande-Bretagne.
Le thé n'a été connu longtemps en France que comme médicament. C'est à la fin du xvn* siècle qu'il devint a la mode. Depuis on a tenté de le naturaliser en Europe ; mais, bien qu'il en soit venu au Jardin des Plantes de Paris et ailleurs, ce sont toujours des arbustes sans force , incapables de donner aucun fruit.
Au Japon, on sème le thé, à certains inter-
valles, sur la lisière des champs cultivés de cette manière., son ombre ne peut nuire aux moissons, et on en peut ramasser les feuilles avec plus de facilité.
En Chine, on le cultive en plein champ; il se plaît surtout sur la pente des coteaux exposés au midi.dans le voisinagedesriviûreseldes ruisseaux.
Lorsque les jeunes plants ont atteint l'âge de troisans, on en peut cueillir les feuilles; à septans, ils n'en produisent plusqu'unepelilequanlilé; lors de la saison des récoltes , c'esl-à-dire à la fin de février ou dans les premiers jours de mars, on lotie des ouvriers dont l'habileté en ce genre de travail est surprenante. Ils ramassent jusqu'à cinq et huit kilogrammes de feuilles par jour, quoiqu'ils ne les détachent qu'une à une. Le meilleur thé provient de celle récolle; les feuilles, n'ayant alors que plusieurs jours de pousse, sont tendres, couvertes d'un léger duvel . Cette première cueillette est appelée, au Japon, thé moulu, parce qu'il est réduit eu poudre que l'on hume dans l'eau chaude ; sa rareté, son prix le font réserver pour les princes et les riches, et nommer thé impérial. La deuxième récolle se fait au commencement d'avril; on l'appelle thé chinois, pareequ'on le prend à lamanière des Chinois. La troisième et dernière a lieu vers le mois de juin; c'est la plus grossière; elle est réservée pour le peuple; alors les feuilles du thé, Irèstouffues , sont parvenues a une pleine croissance.
Les bâtiments où se manipulent les feuilles de
thé contiennent depuis cinq jusqu'à vingt petits fourneaux, hauts d'environ un mètre, portant une sorte de poêle de fer, large et très-plate, usée sur le coté qui domine la bouche du fourneau : ce qui garantit complètement l'ouvrier de la chaleur et empêche les feuilles de tomber.
Des ouvriers assis autour d'une table longue et basse , couverte de naltessur lesquelles on pose les feuilles, sont occupés à les rouler. Sur la poète , modérément chauffée, on* place quelques livres de feuilles nouvellement cueillies. Ces feuilles fraîches et pleines de sève pétillent quand elles touchent la poêle; l'ouvrier doit alors les remuer le plus vivement possible, jusqu'à ce qu'elles deviennent si cbaudes que ses mains nues ne puissent plus en supporter la température. C'est l'instant de les enlever, à l'aide d'une sorte de pelle qui ressemble à un éventail, et de les verser sur des nattes. Les ouvriers destinés à rouler ces feuilles les frottent dans leurs mains , toujours dans la même direction, tandis que d'autres les éventent pour en hflter le refroidissement.
En Chine on trempe les feuilles dans l'eau une demi-minute avant de les torréfier ; alors la chaleur, en les dépouillant de leurg sucs , leur fait perdre leur qualité enivrante. Tous ces procédés ayant été répétés jusqu'à trois fois , le thé est trié et mis en magasin.
11 y a deux espèces de thés bien distinctes : les noirs et les verts. Les uns et les autres sont au
nombre de sept; restent encore quelques autres espèces rares venant par la voie des caravanes chinoises, qui se rendent sur la frontière russe; mais on ne leur accorde qu'une supériorité assez contestée.
Si les anciens habitants de la terre eurent une difficulté extrême à s'abriter commodément contre les rigueurs des saisons, à plus forte raison en éprouvèrent-ils a se façonner des vêtements. Primitivement certaines nations se couvraient del'écorcedes arbres, de feuilles de figuier ou de roseaux grossièrement entrelacés. Souvent aussi des peaux d'animaux ètaïentemployéesauxmemes .fins, sans la moindre préparation. A mesure que disparut la barbarie , on commença à songer à la laine des brebis , et à se demander s'il n'y aurait pas moyen d'unir en un seul fil les diverses parties de celte matière , à l'aide d'une espèce de fuseau. Voyant leurs efforts couronnés de succès : Tachons maintenant, se dirent -ils, d'imiter l'araignée, lis le firent; et voilà comment l'art du tissage fut inventé. De là cette coutume invariable qui subsistait chez les Juifs 1,500 ans avant Jésus-Christ, de recueillir les toisons de leurs moutons à des époques déterminées; et ils en faisaient un grand cas.
L'histoire, vraie ou fabuleuse, de la loile de Pè-
nélope nous prouve que la laine ne fui. pas la seule matière à laquelle on imagina d'appliquer l'art du lissage: en effet, le colonniercroissaitdanslahaute Ëgyple, on en fabriquait des éloffes, et les priilrcs égyptiens s'en formaient des surplis merveilleux. Il est incontestable que des vêlements de coion el de lin étaient en usage au temps des patriarches; Moïse n'ordonne-t il pas à son peuple de ne pas porter d'habillement de loile? Les anciens Babyloniens mettaient immédiatement sur leur peau une tunique de batiste, qui leur descendait, a la mode orientale, jusqu'aux pieds. Il en était de même des Athéniens.
Dans le siècle d'Auguste, plusieurs peuples avaient déjà atteint à une haute perfection dans la fabrication des étoffes de lin. La toile, dit Pline, qu'on désigne sous le nom de réforme, est si fine, que ses fils sont ténus comme ceux de l'araignée. J'ai vu un fil dechanvre de Cumes si délié, qu'un grand filet fait de celte matière aurait passé a traversune bague; et j'ai entendu parler d'un homme qui pouvait en porter sur son dos aulant qu'il en faudrait pour ceindre une forêt entière. »
Dans le musée égyptien de Paris , on peut voir des momies trouvéesau Caire; la loile qui les enveloppe n'est guère moins (ineque la batiste denos jours , et pourtant elle a dû être lissée il y a trois mille ans. Mais voyez s'acheminanl le long du désert, et milleans avant l'ère chrétienne, cesmessagers du roi Salomon allant chercher en Égypte, de
la part de leur maître, des toiles en lin filé. Un peu plus lard, la ville de Tyr acquiert une éminente célébrité par la beaulé de ses tissus de lin ; pour les voiles de ses vaisseaux , elle employait de la toile fine d'Égypte brodée splendidement. Il ne faudrait pas croire pour cela que toutes les voiles du temps fussent en matières aussi précieuses; semblables à celles des Arabes de nos jours , elles se composaient en général de joncs nattés.
Les femmes portaient communément des vêtements blancs; aussi les anciens avaient-ils de bonne heure fait de rapides progrès dans l'art du blanchiment. Tout en ignorant, bien entendu, fe procédé eipèdilif de l'illustre Berlhollet, ils savaient néanmoins tirer parti des substances délersives, pour communiquer a leurs étoffes une blancheur éclalanle. « Il existe chez nous, dit Pline, une espèce de pavot fort recherché, qui blanchit merveilleusement le drap de lin. »
La base du savon dur de nos jours était indubitablement connue des anciens. Lenairon, qu'on récolle dans les lits du Nil , s'y amassait vraisemblablement en quantités aussi abondantes dans les premiers siècles du monde. Homère nous montre Nausicaaelsescompagnes foulant aux pieds leurs robes, afin de les blanchir pour une noce qui se préparait; à ce sujet-là même, Goguel affirme que lous les vêlements de lin et de coton étaient lavés journellement.
L'habileté des anciens à communiquer à leurs
toiles de lin et de colon (i)et à leurs draps de laine un éclat qui ne le cédait pas à celui de la neige, ne se démentait nullement lorsqu'il s'agissait de les colorer. Il y a plus de 3,000 ans, une mégère rusée attacha un ruban d'ècarla te autour de la main d'un des enfants de Tamar, et Homère cite les draps colorés de Sidon comme des productions admirables. Jacob fil pour son cher Joseph « une robe de plusieurs nuances , » et le roi de Tyr envoya dans le palais de Salomon un homme sachant travailler à merveille l'or, l'argent , elc. , et produire sur la toile line des teintes depourpre, de bleu elde cramoisi. Suivant Hérodote, qui écrivait 100 ansavant Jésus- Christ, quelques peuples du Caucase macéraient dans de l'eau les feuilles d'un certain arbre, qui fournissaient ensuite une couleur éclatante, a l'aide de laquelle on dessinait sur les étoffes des figures de lions , de singes , de dauphins et de vautours.
Parmi les preux Argonautes qui périrent en Colchide, il s'en trouvait un qu'un historien distingue parsatuniquepetnte.enméme temps qu'il exprime son admiration de la blancheur de la toile line que portait le héros. A propos de laColcbide, c'est là que les meilleurs matériaux pour la teinture serecherchaienlanciennement.Touslesans on rencontrait, sur les roules qui conduisaient de la Géorgie aux principales villes de l'Inde, un immense troupeau dedeux mille chameaux chargés de garance.
10 On croit communément que le mo! calicot dérive de Calicut, Tille de l Hiudousian , d'où «ont venus en Europe les premiers échantillons de celle matière.
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La pourpre de Tyr étail connue à une époque inCniment reculée.et les teinturiers de la Phénicie surpassaient en habileté ceux de toutes les autres nations de l'Orient. Ce peuple allait chercher, ily a 3,000 ans, jusque dans la Grande-Bretagne, une énorme quantité d'étain, métal dont certains sels ont la propriété d'augmenter l'intensité des principes colorants rouges renfermés dans plusieurs subslances végétales et animales. Les Tyriens, étonnés de la haute opulence de leur ville , attribuaient aux dieux l'art magique de leindre en pourpre. Tous les écrivains font allusion à un insecte auquel les Phéniciens étaient redevables de la supériorité avec laquelle ils savaient produire une écarlate admirable C'élait évidemment la cochenille; el ce petit insecte devait élre en ces temps moins rare qu'aujourd'hui , dans la Syrie, dans l'Inde et en Perse, puisque les classes les plus pauvres portaient fréquemment des étoffes colorées en pourpre. Mais ces peuples ignoraient l'art d'extraire de la cochenille le carmin, le plus beau des rouges connus ; cette invention est moderne. Depuis la découverte du nouveau monde surtout, l'Europe se procure la cochenille en quantité presque suffisante; ce petit insecte vit sur les cactus qui croissent au Brésil , au Mexique, à la Jamaïque el a Saint-Domingue.
La mode de porter de la soie était inconnue à Rome avant le rommencemenlde l'empire; mais la fureur de s'en revêtir étaitdéjà si grande au temps
de Tibère, que cet empereur en défendit l'usage par une loi formelle. Les Grecs aussi y avaient pris goût, et le manteau d'Amphion élail certainement en soie, car un historien nous dit que sa couleur changeait, suivant les différentes manières donl la lumière s'y réfléchissait. Pline donne à entendre que les étoiïesd'or des anciens n'étaient pas composées , comme celles de noire temps , d'un fil d'or ou d'argent roulé aulour d'une trame de soie, mais qu'elles étaient lissées d'un or dépourvu d'alliage quelconque. Il y a près de cinquante ans, on a retiré par la coupellalion plus de quatre livres pesant d'or pur de quelques vieux habits que les Pères du collège Clémenlin, à Rome, découvrirent dans une urne en basalte enfouie dans leur vigne. Tarquin l'Ancien est , parmi les Romains , celui qui portait le plus habituellement des vêtements d'or.
Du temps d'Homère , les Grecs mettaient pour le deuil des habillements noirs. Pendanlde longues années, ce même usage s'observait chez les Romains; mais il changea en partie sous les empereurs : dé telle sorte que les femmes en deuil ne pouvaient porter que du blanc. Au* funérailles de Seplime-Sévère, l'image de cet empereur, faite en cire, était entourée, d'un côté, d'une rangée de femmes en blann , et de l'autre , de la corporation de tous les sénateurs vêtus de noir. A la mort de l'impératrice Ploline, son époux Trajan se couvrit d'habits noirs pendant l'espace de neuf jours.
La loge recevait autant de nuancesque lesautres
vêlements ; mais il serait impossible de déterminer la forme de celle robe. La tunique , partie principale de l'iiabillemenl de dessous, n'èlait généralement reçue parmi les nations de l'antiquité que chez les Grecs et les Romains. Auguste mellait jusqu'à quatre tuniques en hiver. Le nom de cet empereur nous rappelle que c'est sous son règne, ou à peu près, que les Romains commencèrent à ge servir de nappes de table!. Monlfaucon croilque la plupart étaient en toile rayée d'or et de pourpre. En France, les anciennes nappes étaient destinées à recueillir, après le repas, jusqu'aux moindres miellés qui restaient , afin que rien ne se perdit ; et chez nos voisins les Anglais, le linge de table était fort rare au xiu* et au xiv* siècle.
De même qu'il existe de nos jours plusieurs peuples.surtoul souslazonclorride.qui ne portent pas de chapeaux, ainsi jadis certaines nations ne songeaient pas à y avoir recours; les Égyptiens, par exemple, allaient nu-léle, Parmi les Orientaux, surtout chez les Perses , le turban èlail en grande vogue; celui du souverain était formé de tout un ballot de mousseline. Ce fut de ce dernier peuple que les Juifs prirent le turban. Les chapeaux des Grecsavaientdes bords Irès-larges; les Romains accordaienlàleursafïranchisla facuitéde se coiffer d'une espèce de bonnet, ou plutôt de casquette, comme symbole de liberté. C'est à un Suisse habitant Paris vers le commencement du xv" siècle qu' on doit la première invention des chapeaux en
feulre. Il étaient généralement connus a la tin du règne de Charles VU ; ce monarque lui-même en portail lors de son enlrée triomphale à Rouen , en 1419. Les bons citoyens de celle ville reslèrenl comme pétrifiés, tant ils s'étonnaient de voir le chapeau de Sa Majesté ; sa doublure était en soie rouge , et il était surmonté d'un panache. Avant cette époque, il est probable que les Français se couvraienllaléte.commelesAnglais.decasquelles tricotées ou de capuchons en drap et en soie.
Les bas des anciens se composaient de quelques petits morceaux d'étoffe ou de drap cousus ensemble. On ne peut affirmer avec certitude dans quel pays le métier à bas fut inventé : la France, l'Angleterre et l'Espagne s'attribuent celte utile découverte. Peu de lemps ovanl le tournoi où le roi Henri II perdit la vie, il avait mis la première paire de bas de soie qui jamais eût été chaussée. Cinq ansplus tard, en Angleterre, William Ryder en présentait une paire, comme un objet fort précieux , à Guillaume comte de Pembroke. Ryder avait appris d'un marchand italien la manière de les fabriquer.
Rien des personnes ignorent peut-être que les sobots remontent à une époque fort reculée; les Juifs en portaient longtemps avant le siècle d'Auguste. Peul-êlre n'étaient-ils pas faits exactement comme le sont les souliers de bois si répandus dans les classes pauvresen France; il n'en est pas moins vrai que celte chaussure était généralement adop-
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tée parmi les peuples de la Judée. Quelquefois pourtant od y voyait des souliers de cuir ; et ies soldats juifs se chaussaient en cuivre el en fer. Les Chinois et les Indiens confectionnaient les leurs en soie , en jonc , en écorce d'arbre , en fer, en cuivre, en or ouen argent, selon que leur position de fortune le leur permettait.
A Rome comme en Grèce, le cuir était la matière qui couvrait les pieds de tout le monde. Les femmes romaines portaient des souliers blancs; les citoyens ordinaires en mettaient de noirs, et les magistrats ornaient leurs pieds de souliers rouges dans les occasions solennelles.
Il y a mille ans, les plus puUsanls souverains de l'Europe avaient des sonnettes de bois à leurs souliers. Sous Guillaume le Houx . fils du vainqueur d'Hasiings, iamode s'introduisit en Angleterre de donner aux souliers une longueur démesurée; la pointe qui les terminait se remplissait d'éloupe el se courbait en haut comme une cordelière. Dans les.iv" siècleon imagina de faire communiquer ces pointes avec le genou, à l'aide d'une chaîne en or.
A propos des souliers, nous rappellerons l'antiquité de l'art du eorroyeur. On trouve au xviï' chanlde l'Iliade des tanneurs préparant des peaux pour en faire du cuir. Cette classe de fabricants constituait, il y a trois cents ans, un corps trèsimportant. On travaille aujourd'hui en perfection le cuir au nouveau .monde. Dans la Caroline du Sud et dans la Virginie, les femmes indiennes sont
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tellement adroites dans celle induslrie, qu'une seule personne peut apprêter jusqu'à dix peaux de daim en un jour. De tontes les transformations qui s' opèrent dans les arls, celle de la substance animale en cuir est sans contredit une des plus curieuses. Le procédé au moyen duquel on est parvenu, dans les temps anciens, à s'en fournir, était l'effet d'un calcul plus ingénieux encore que ne l'était celui dechanger deux corps opaques en un corps transparent pour fabriquer le verre, ou deux corps transparents en un corps opaque pour faire le savon. La chimie nous a récemment appris que le cuir était un véritable sel : dans ces dernières années, M. Pelouze a extrait du tan l'acide tannîque dans un état de pureté remarquable. Ceci nous explique un phénomène qui se reproduit de loin en loin sur l'Océan, lors de quelque naufrage lamentable. Le journal qui retrace l'histoire d'un de ces événements lugubres dil souvent que, dans la dernière période de la faim, les malheureux survivants se mettent à manger leurs souliers, et que la vie esl parfois prolongée parce moyen. Assurément, caria gélatine possède des qualilés nutritives, même quand elle est souillée par mille impuretés comme dans le cuir.
Nous n'en finirions pas s'il nous fallait passer en revue toutes les modifications successives qu'ont subies, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, les vêtements humains. Ces changements n'avaient souvent pour objet que les parties secondaires de
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l'habillement. Une chose m'a frappé et charmé a. la fois, disait M. de Chateaubriand: j'ai retrouvé dans l'habit du paysan auvergnat le vêlement du paysan breton. D'où vienl cela? C'estqu'il y avail autrefois dans ce royaume el pour l'Europe entière un fond d'habillement commun.
Sur un autre point aussi, les hommes ont été toujours constants, en ce qu'ils n'ont jamais cessé de s'adresser, pour la matière qui devait composer leurs vêlements, aux animaux que le Créateur a placés dons leurs climats respectifs. Il en sera probablement de même jusqu'à la fin du monde. C'est ainsi que les populations sous la zone tempérée auronl recours, pour se couvrir, à de la laine, parce que, conduisant mal le calorique, elle empêchera celui-ci de se dégager du corps. Dans la zone glaciale, les Russes, les Esquimaux et les Groénlandais se revêtiront de fourrures, matière qui est encore plus mauvais conducteur du calorique. Au contraire, les natifs des paysplacés sous l'influence de la zone torride confectionneront leurs habillements en crin ou en poil , dont les propriétés sont en raison inverse de celles des fourrures. 11 est digne de remarque que les animaux qui , dans les régions tempérées , sont couverts de laine ou de poils communs, se trouvent pourvus, dès qu'ils habitent les contrées réellement froides, d'une toison de dessous en laine très-fine : c'est le cas des chèvres , des moulons , des chiens , des chevaux et des vaches du Thibet.