‹ Inventions et découvertes ou les curieuses originesChapitre 66 sur 66 · TOITURES · texte numérisé non relu

TOITURES

fit mettre des glaces à son carrosse. Des voitures plus légères succédèrent a ces premiers équipages lourds et grossièrement faits; et vers le milieu du xviii* siècle on vit paraître le carrosse-coupé, la calèche , la chaise avec avant-train , la berline et le vis-à-vis. Sous François I™, on ne comptait que deux carrosses : l'un appartenant a la reine, e( l'autre à Diane, fille naturelle de Henri II. Peu à peu les daines de distinction firent faire des voilures, et ce luxe devint si usuel, que le parlement de Paris se crut obligé de supplier Charles IX de défendre lescoches pour la ville. Pour donner l'exemple , les présidents et les conseillers se contentaient de simples mules, sur lesquelles on les vil, pendant longtemps , se rendre paisiblement à l'audience.

Mais bientôt il ne fut plus possible d'arrêter cet usage, qui tendait d'autant plus A s'accroître qu'il s'appliquait à un objet dont les gens riches reconnaissaient l'extrême commodité. Toutefois les voitures furent abandonnées pendant longtemps aux dames, aux vieillards, aux infirmes, et les hommes de cour se rendaient tous à cheval dans les cercles de la ville, où ils se présentaient en bottes et en éperons.

Sous Henri IV, les voilures commencèrent à être assez nombreuses, quoiqu'il ne paraisse pas que la maison de ce prince fût montée avec luxe sous ce rapport; car il écrivait à Sully malade : Je comptais aller vous voir, mais je ne pourrai,

parce que ma femme se sert de ma coche. On comptait alors 320 voilures à Paris.

Sous les règnes de Louis XIII , de Louis XIV et de Louis XV, la quantité de carrosses et de voitures publiques était considérable; quelques auteurs la portent a près de 15,000. Ce fut sous Louis XIII, en 1622, qu'on établit pour la première fois un service régulier de postes aux lettres, dans l'intérêt du commerce et des affaires; il se borna à desservir quelques villes importantes, telles que Lyon, Bordeaux, Toulouse, etc.; mais, en 1674, il fut organisé pour toute la France et l'étranger. Les premières postes établies sous Louis XI, en 1464, étaient placées de quatre lieues en quatre lieues, mais pour le service du roi seulement. Ces postes étaient desservies par des hommes à cheval.

Nous venons de parler des voitures publiques, dont l'usage ne se répandit que longtemps après celui des voitures particulières. Ce fut un nommé Sauvage qui le premier eut l'idée d'entretenir des chevaux et des carrosses pour les louer à ceux qui se présenteraient. Son entreprise eut un entier succès; et , a son exemple , d'autres loueurs formèrent des établissements semblables dans différents quartiers de la ville. Sauvage demeurait rue Saint-Martin, dans une maison appelée l'Hôtel Saint- Fiacre; comme il était l'auteur de l'invention et le plus accrédité de son temps, non-seulement les carrosses de louage furent nommés

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fiacres, mais les maîtres elles cochers en eurenl le nom.

En 1 650, Charles Villermè obtint la permission d'établir seul, dans la ville de Paris, degrandes et de petites carrioles , des litières et des brancards pour la commodité du public. En 1657, M. de Givry obtint également le privilège de faire stationner dans les carrefours , lieux publics de la ville et faubourgs de Paris, tel nombre de carrosses, calèches et chariots, attelés de deux chevaux chacun, qu'il jugerait à propos, depuis sept heures du malin jusqu'à sept heures du soir, pour le service de la ville et celui de la banlieue. A la même époque (1663), on établit des carrosses qui faisaient le trajet d'un quartier de la ville à l'autre pour cinq sous marqués par place , et qui parlaient à des heures réglées, quelque petit nombre de personnes qui s'y trouvassent : service entièrement semblable à celui des omnibus modernes, qu'on a pu regarder, quoique à tort, comme une invention nouvelle.

En 1G64, on fil des calèches traînées par un seul cheval, et contenant quatre places payées dix sous chacune. C'est à celle époque que l'on régla définitivement le prix des voilures ; il fut fixé à vingt sous pour la première heure, à quinie pour la seconde. On mil également en circulation quelques voilures au service de la banlieue.

En 1696, le prix des calcches fut porlé à vinglcinq sous pour la première heure , et à vingt pour

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vorruHES.

les suivantes. On régla en même temps le service des cochers de place, et tout ce qui concernait la solidité des voitures.

En 1698 , on enjoignit aux loueurs de fiacres d'apposer sur le derrière de leurs voilures des numéros avec de grands chiffres peints en jaune et h l'huile, de manière qu'ils pussent être distingués de fort loin.

Le nombre des carrosses s'est nécessairement accru avec la population : il a suivi l'impulsion du luxe, du commerce, de la civilisation. Nous avons vu que du temps de Henri IV il s'élevait à 320; sous Louis XV, a près de 15,000. De nos jours, on compte, à Paris seulement, 913 fiacres et 1 21 carrosses supplémentaires, Taisant, le dimanche, un service de liacres; 733 cabriolets de place, et 700 sous remises ; 250 voitures de transport, dites omnibus; 179 cabriolets pour l'exlérieur.dits coucous; environ 9,000 cabriolets pour bourgeois, el 5,000 carrosses de maîtres et de remises : en tout, 16,894 voitures à deu* ou à quatre roues.

Ajoutez maintenant à ce premier nombre total 537 voilures de porleurs d'eau (rainées par des chevaux ; 1,000 diligences, malles-posles et voilures publiques; de plus, environ 30,000 tombereaux, ou charrettes, ou haquels, ou camions, etc.; vous aurez, en réalité, 50,000 voilures de loute espèce circulant journellement , et du malin au soir, dans la capitale, au milieu d'une population de douze cent mille ames : c'est-à-dire

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une voiture sur vingt-quatre habitants ; et encore ne comprenons-nous , dans ce dernier chiffre , ni les chevaus de main, ni les charrettes traînées à bras, au nombre de 1,620, comme celles des porteurs d'eau ; ni une quantité infinie de voitures, cabriolets, charrettes de toute nature, qui viennent chaque jour de la banlieue ù Paris.

On conviendra qu'au milieu d'un péle-môle aussi épouvantable de véhicules, de chevaui et d'embarras, s'il n'arrive pas journellement plus d'accidents a Paris, c'est qu'une Providence semble veiller sur ses pauvres habitants. En divers quartiers de Londres, les files de voilures n'affluent guère moins qu'à Paris; mais il y a plus d'ordre dans leur marche : partout des trottoirs garantissent les piétons de leurs atteintes, et, par-dessus tout , les cochers ou conducteurs sont beaucoup plus prudents.

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