HISTORIQUE
Jérullas, de Metz, en 1822, découvrit l'iodoforme. [1 l’obtint en faisant agir la potasse sur une solution alcoolique d'iode. Un peu plus tard, il substitua la soude à la potasse. Il appela d'abord ce corps hydriodure de carbone, car sans en connaître la composition exacte, 1l savait que c'était un composé de carbone, d'hydrogène et d'inde. Puis il lui donna les noms de periodure de carbone, de perhydriodure de carbone, noms qui témoignent de ses hésitations au point de vue de la formule chimique de ce composé.
Dumas, en 1634, donna à l'iodoforme ce nom qui lui est resté, et fixa sa composition chimique. Il démontra que 100 parties d'ivdoforme contiennent :
Carbone... 3 gr. 20 Hydrogène... () 33 OA CONS 96 47
Ce produit est donc français et c'est en France qu'il fut d'abord étudié. Pour faciliter l'histoire de ses applications thérapeutiques et des accidents auxquels il a donné lieu, nous distinguerons :
Une période française,
Une période allemande,
Et une période de retour en France.
K 1. — Période française.
Bouchardat, en 1836, introduisit le premier l'iodoforme dans la thérapeutique. Il s'en servait à cause de sa richesse en iode, et à l'intérieur seulement, dans le goitre, l'aménorrhée, la scrofule. Notons aussi que le premier, Bouchardat, en 1846, dans ses « Recherches sur la végétation appliqués à l'agriculture » indiqua l'application externe de l’iodoforme sur les plaies comme moyen anesthésique, et signala les accidents nerveux qu'il produit à dose toxique.
L'iodoforme tomba dans l'oubli pendant quelques années.
Giovanni Righini, d'Oleggio, l'en tira en 1853, en étudiant ses propriétés physiques et chimiques, en appelant l'attention sur son pouvoir désinfectant, et en l'employant dans la phtisie pulmonaire. Il publia l’'lodoformognosie, traduit à Bruxelles en français vers 1863, qui contenait quelques faits nouveaux sur l’absorption et l'élimination de l’iodoforme, et insistait
. sur ses propriétss désinfectantes. Depuis Righini, on se mit à employer l'iodoforme pour le pansement des plaies scrofuleuses.
L'année 1850 fut fertile en travaux. MM. Moretin et Humbert montrèrent qu'en appliquant l'idodoforme sur les plaies douloureuses, ces plaies devenaient moins sensibles au contact. En outre ils obtinrent souvent la résolution des engorgements de la prostate à l'aide de suppositoires iodoformés introduits dans le rectum.
Maître publia une thèse, il étudiait le côté physiologique de la question et apportait des faits nouveaux sur l'absorption et l'élimination de ce médicament.
En 1850, Lailler et Besnier le-préconisèrent pour les plaies atones, et contre la douleur de la fissure anale, en suppositoirce.
En 1867, Demarquay le recommandait comme calmant et désinfectant dans le cancer utérin.
En 1868, Féréol vantait ses bons effets comme topique sur les ulcères blafards, atones, mais non cancéreux, et faisait publier dans la thèse de Maillard les succès qu'il avait obtenus pour le chancre mou, les syphilides ulcéreuses, l'onyxis syphilitique.
Maillard dans sa thèse indiquait l'action de l'iodoforme sur le cœur. C'était surtout une thèse de physiologie.
De même, Floucaud de Montpellier, dans sa thèse en 1871, étudiait les effets physiologiques de ce corps.
Telle est cette première période. Elle s'étend de 1836 à 1874. Elle comprend les travaux physiologiques les
ÉD plus importants, l'application interne de l'iodoforme pour résoudre les engorgements glandulaires, et combattre la phtisie; et des applications externes inoffensives pour anesthésier les plaies douloureuses, activer la cicatrisation des plaies et guérir les ulcères atones.
$ II. — Période allemande.
De 1974 à 1877, les travaux de physiologie de Binz et Mœæller, et aussi ceux de Hœgyes en 1879 appellent en Allemagne l'attention sur l’iodoforme. Une série de publications se succèdent, sur lesquelles nous n'insistons pas, on emploie l'iodoforme pour une foule d'affections les plus diverses : gonflement de la rate dans la leucémie, orchite, tous les épanchements des séreuses (plèvre, péricarde, péritoine, articulations, méninges), affections chroniques des yeux et des oreilles, etc., sans compter les affections dans lesquelles on l’employait en France, comme nous l'avons vu.
Disons toutefois qu'Oberlander en 1878, dans le « Deutsche zeitschrift für pratische med.» signala deux faits d'intoxication à la suite de l'usage interne de l'idoforme.
C’est en 1680 que l'iodoforme acquiert brusquement une vogue immense en Allemagne, sous l'inffuence des travaux de Mosetig-Moœærhof de Vienne. Ce professeur le préconise comme un antiseptique supérieur à tous les autres, devant détrôner en chirurgie le pansement phéniqué de Lister, en même temps qu'il lui
considère une vertu curative, pour ainsi dire spécifique à l'égard des lésions tuberculeuses.
Mickulicz appuie les résultats de Mosetig, et publie les observations favorables recueillies dans la pratique de Billroth.
Merkel, Henry, Gussenbauer, Léoschin célèbrent à leur tour les avantages de l'iodoforme appliqué sur les surfaces cruentées.
On assiste alors à une véritable débauche d'iodoforme. La plupart des chirurgiens d'Allemagne lemploient sur les plaies saignantes sans aucune pondération. Ils mettent jusqu'à 150 à 200 gr. d'iodoforme sur une même plaie, quelle que soit son étendue; ils en bourrent des cavités traumatiques, le compriment à la surface des plaies: et cela se fait en Autriche, en Allemagne, en Suisse et jusqu'à Hambourg « où, dit Mac Schede, en 1881, sur 430 maadles, on n'a pas fait une fois le pansement de Lister. »
Les accidents ne se firent pas attendre, ils furent nombreux, souvent graves, et une grande réaction ne tarda pas à se produire.
Dés 1831, Mikulicz rapporta, avec réserves, deux cas de mort observés dans le service de Billroth.
Zeissel publia les deux premières observations d’éruption iodoformique (1).
En 1882, Henry, Hæftmann publièrent des cas d'intoxication.
(1) Les lignes en petites lettres concernent l’histoire des éruptions iodoformiques que nous pouvons ainsi signaler chemin faisant.
. Kônig, qui en 1881 avait écrit : «la valeur de l'indoforme est si grande, et,son maniement si facile, qu'il peut être confié même à des mains inexpérimentées », publia un mémoire important contenant 48 observations, dont 9 cas de mort, et conclut : « Il n'est désormais plus permis de recommander l'emploi .de l'iodoforme comme moyen général de pansement à la suite des grandes opérations ct des grandes blessures. »
Il ne parle pas de l'érythème généralisé, et dit, sans entrer dans aucun: desçription, avoir observé plusieurs fois un érythème papuleux autour d'une plaie pansée à l'iotoforme.
Mac Schede reconnait que « l'enthousiasme des premiers jours s'en était allé en fumée ».
Kôcher se demanda «sit ne failait pas bannir officiellement l'iodoforme de la pratique chirurgicale ».
L'Allemagne abandonna presque complètement l'iodoforme. A Vienne cependant on continua de s’en servir.
K III. — Retour en France.
Marc Sée, Trélat et Terrillon firent connaître en France les succès et l'enthousiasme qu'excitait, de l'autre côté du Rhin, l'application de l'iodoforme en chirurgie.
Il fut manié chez nous avec beaucoup plus de pru-
Sr dence. On se rappelait, en effet, que Bouchardat, Maitre, Floucaud, Binz et Hôgyes avaient indiqué ses propriétés toxiques. Aussi notre littérature est moins riche que l’allemande pour le nombre et la gravité des accidents.
Ce fut Le Dentu qui, en 1882, dans son article sur « le Pansement à l'iodoforme et ses dangers » signala, le premier en France, les accidents et le changement d'opinions qui se produisaient en Allemagne.
Il rapporte, en outre, un cas d’eczéma de la cuisse et de la fesse chez un amputé de son service pansé à l’iodoforme.
Quelques jours après, Fifield, dans le Boston med., signalait un cas d’erruption eczématique du cuir chevelu et de la face.
Cette même année, on vit paraître sur le sujet d’excellents travaux de Hassler, Longet, Rohmer, et Ja thèse de Martin, de Lyon.
En 1883, Berger publla dans la Revue des Sciences médicales, un travail magistral sur ces accidents.
Signalons ici une série de publications de faits d'exanthème, la plupart étrangères. L
En 1884, Paul Fabre, de Commentry, en rapporte un cas, à ajouter à celui de Fifield, d’erruption de la face.
Nesser, de Breslau, présente une série de sept cas, en donnart à ces phénomènes le nom d'exanthème iodoformique, et les rapprochant de l’exanthème mercuriel.
Janowski, au congrès de Copenhague, la même année, relate six observations ; son travail est un des plus importants de ceux parus jusque-là sur les éruptions.
Cas
En 1885, Goodell cite un cas analogue à celui de Fifeld.
En 1886, Kester-Syke décrit les curieux effets de l'iondoforme sur lui-même.
Trèves. dans le Pracltilioner, october 1886, observe deux cas de « The Ilodoform Rash ».
En 1886, Brun fit paraitre une thèse qui est devenue la base de toute étude sur les inconvénients de l'iodoforme, bien qu'elle soit incomplète au point de vue des éruptions, l'auteur ayant brièvement résumé toute les observations antérieures que nous venons de citer comme accidents locaux, mais ayant passé trop vite les éruptions générales.
En 1887, Taylor, dans le journal de New-York, a fait une étude très complète des exanthèmes iodoformiques. Il présente 24 ob: servations, 8 personnelles et 16 autres choisies çà et là. Ce travail a été résumé dans les Annales de dermatologie de 1888.
V. Wallich, dans le numéro de l’Union médicale du 15 octobre 1887, a publié un cas très intéressant d’exanthème iodofor mique à la suite d’une amputation de doigt.
Le docteur Trousseau, dans une communication faite à la Société de médecine de Paris, le 12 novembre 1887, a signalé un cas nouveau d’érythème ayant simulé l’érysipèle.
En 1889, Meunier a fait, dans sa thèse, une étude complète des éruptions iodoformiques.
Chaque année apporte son contingent d'observations et de faits nouveaux, d'articles et de thèses touchant l’iodoformisme, comme on peut s'en rendre compte en parcourant notre index bibliographique.
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Signalons cependant, en 1892, un article de Dreesmann, sur des faits d'intoxication consécutifs aux injections d'huile iodoformée dans des fongosités ; et cette année même, un travail de Cathelineau sur les éruptions iodoformiques, présenté à la Société de dermatologie, le 16 février, et une communication du docteur Valude à la Société d'ophtalmologie, le 11 avril, sur un cas d'amblyopie toxique due à l'iodoforme.
Nous reviendrons du reste sur ces travaux.
Ainsi trois dates résument l’histoire de l'iodoforme :
En 1822, Jérullas le découvre.
En 1880, Mosetig le fait entrer dans la pratique chirurgicale, et l'on voit apparaître un engouement que l'on a appelé iodoformamie.
En 1882, une réaction se produit qui le détrône complètement en Allemagne. |
En France aussi il a perdu beaucoup de terrain, son odeur le rend désagréable, il est cher, son pouvoir bactéricide a été reconnu bien moindre qu'on ne le supposait, mais néanmoins il rend encore beaucoup de services. S'il y a des accidents consécutifs à son emploi, ils n'ont pas la fréquence et la gravité qui avaient effrayé les Allemands. Ce sont ces accidents, tels que nous les observons au lit du malade, dans la pratique courante.jque nous avons l'intention d'étudier.
Ces accidents se partageant en deux groupes, nous diviserons notre travail en deux parties.
La première, moins importante, sera consacrée aux accidents bien localisés au point d'application de ce médicament.
La seconde, beaucoup plus étendue, traitera des accidents généraux, cutanés ou organiques, de ceux en
un mot qui ne se produisent pas au point d’application.