LATE ED
Je pense qu’il peuf être intéressant et peut-être instructif, au point de vue médical, de publier les phénomènes particuliers que j'ai observés en traitant, par l’iodoforme, un de mes malades l'été dernier.
P... M..., âgé de 50 ans, ayant un emploi sédentaire, l'obli. geant à être debout presque tout le temps, vint me trouver le 27 mai 1891. [l souffrait d’un ulcère atone de la jambe gauche situé au tiers inférieur du péroné, de très grande dimension, très
Le — profond et à bords très durs. Le malade est grand, il se plaint d’avoir les extrémités froides, les pieds œdémateux. I] fait fréquemment des abus de boisson. Il se plaint en ce moment d'une cislur d'voraatc dans la region de l’ulcération. Je le soulageai par des lotions froides, et le repos de la jambe en position élevée. Je diminuai la douleur de la plaie par un vésicatoire. En bandant la jambe et la plaie, je réussis à diminuer la circonférence du membre. Je le tonifiai en lui recommandant une vie régulière, en lui donnant des toniques, etc.
A ce moment, tandis que l'œdème disparaissait sous l’influence de la digitale, et d’un traitement général diurétique, etc., l’ulcération, néanmoins, continuait à ne pas se cicatriser en dépit des astringents, des caustiques, etc., etc.
Le 6 juillet, je me déterminai à essayer le pansement à l’iodoforme. Je saupoudrai d'iodoforme pulvérulent la surface de la plaie qui était couverte de pus ichoreux, de mauvais aspect. Me rappelant les observations de Trève dans le Practilioner d’octotre 1886, je fis attention de ne pas appliquer de banüc serrée et à ne pas faire un pansement occlusif. La plaie fut couverte d’une simple g'aze, maintenue sur les bords par des bandelettes d'emplâtre. |
Le lendemain matin, le malade se pl:iznait d'avoir passé une très mauvaise nuit qu'il attribua à cc pansement. I] avait été fiévreix, agité, souffrait d'une cuisson intense au niveau de la plaie, Cuisson bien plus vive qu'il n’en avait ressentie avant le traitement. Localement, il y avait une belle éruption rouge autour de l'ulcère. La langue était sale, le pouls accéléré, la to 38, les pupilies dilatées. Il avait mal à la tête et du dégoût pour les aliments. Comme il avoua s'être pas mal promené et avoir pris un verre (?) d'eau-de-vie avec un ami, je doutai que ces symptômes fussent la conséquence du pansement iodoformé. Mais comme le malade m'exprima une grande crainte de continuer cette application, je changeai le pansement, prescrivis une lotion froide, & deux jours après tout symptôme fâcheux avait disparn.
Quinze jours après, j’ulcération ne s'étant pas fort améliorée,
je me déterminai à essayer de nouveau l’iodoforme. Je m'assurai la coopération «’un de ses amis qui était absolument de confiance et sobre, jour qu'il veillât à l'empêcher de bouger et de prendre des stimulants. J’appliquai de nouveau la roudre sans prévenir le malade que c'était la même. La poudre fut appliquée à 4 heures de l’après-midi et, à 11 heures Cu soir, la sensation de brûlure commença à se faire sentir. et augmenta d'intensité jusque vers 5 heures cu matin. Il obtint alors un peu de soulagement par des applications d’eau froide. Quand je le vis vers 10 heures du main, il se plaignit de la chaleur excessive de la résion de la plaie, de mal de tête, vertige et douleur d'estomac. La face était rouge, la langue chargée, les pupilles dilatées, la température était de 380 1/10, le pouls 120. Il y avait une aréole rouge autour de l’ulcère et une belle éruption rouge remontant sur la jambe, avec des macules ressemblant absolument à des pétéchies, et en même temps les phénomènes généraux étaient alarmants. Son ami corrobora ses affirmations qu'il n'avait pas pris d'alcool, pas fait ‘dl’exercice violent, pris rien autre chose que sa nourriture habituelle, bref il ne s'était jamais senti mieux que ce jour-là jusqu’à ce que la cuisson commençât. Le malade déclara qu’ « il pensait que je devais avoir appliqué quelque drogue très puissante sur son mal, le matin ». Un lavage soi. gneux, suivi de l’application d’un cataplasme sur l’ulcère, puis d'un pansement à l’eau pure et une bonne purge firenf bientôt disparaitre ces symptômes inquiétants. Inutile de dire que je n'essayai plus l'iodoforme. Je ne puis m'empêcher de croire que la susceptibilité particulière à Paction toxique de l'iodoforme chez ce malade a grandement contribué à cette série d’accidents (successifs), car je m’en suis servi depuis dans des cas analogues, sans effet fâcheux. Les caractères particuliers de ce cas sont l'extrême irritation locale causée par l’iodoforme Iles deux fois, ét l'apparition de pétéchies à la seconde application. en contradiction avec la croyance à ses propriètés anesthésiques et sédatives et l'affirmation d'une autorité si grande que Bianz lafi:mant peu irrifant. Je ne puis cependant m'empêcher ce dire
PAGE qu’une congestion locale a été occasionnée par l’action irritante de la drogue, et a déterminé l’extravasation sanguine dont sont témoins les taches pétéchiales. Et, comme je n’ai pas jusqu'ici entendu parler de ces taches en rapport avec lintoxication iodoformée, je serais curieux de connaître des faits semblables dus au même traitement. Je puis dire que l’ulcératipn guérit ensuite sous l'influence de pulvérisations à sa surface de poudre d’alun calciné, et finalement on fit des greffes de peau quand le degré propice de bourgeonnement arriva.