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et diminue de force au point de devenir impossible à compter. À l'excitation succèdent des phénomènes de dépression. Le malade est dans un collapsus profond, laissant aller sous lui ses urines et ses fèces. Sa respiration jusque-là rormale présente le type de Cheyne- Stokes. La mort survient sans secousse, par arrêt progressif de la respiration et de la circulation.
Ainsi l'émaciation très rapide et très profonde est d'un fâcheux augure, et Künig a montré qu'un pouls petit, rapide, indiquait presque toujours une terminaison fatale. On peut aussi tirer des indications pour le pronostic de l'état des reins, de la nutrition générale et de l’âge, comme nous le verrons par les deux chapitres suivants.
OBSERVATION XXXIIT. (Personnelle).
Madeleine J.…, 30 ans, entre à l'hôpital le 10 mai 1687 pour une brûlure étendue occupant le thorax et l’abdomen. Le derme était dénudé, mais non détruit. Cette vaste plaie suppurait abondamment. On la panse chaque jour à l’iodoforme (poudre et gaze;* Dès le lendemain, la malade refuse toute nourriture. offre la nuit une agitation bruyante, crie, se débat, veut se lever, déchire son pansement. Pendant le jour, elle reste dans la stupeur, ses yeux sont hagards, elle ne répond pas aux questions qu'on lui pose. Sa bouche est sale, ses dents sont fuligineuses, On cesse liodoforme, mais elle ne tarde pas à tomber dans le coma, et succombe le 16 mai.
Les brülures aussi vastes sont graves comme pro-
OR nostic, mais l'iodoforme n'entrait-il pas pour une bonne part dans la production de ces accidents?
OBSERVATION XXXIV, due à Kocher.
On fait à un jeune malade, pour une fistule du médiastin, la résection d’une grande partie du sternum, et on le panse à l'iodoforme. La nuit il offre des phénomènes marqués d’excitation. Pendant la journée, ces phénomènes disparaissent, mais le malade peut à peine dire quelques mots, et à toutes les questions qu'on lui adresse il ne sait répondre que « merci, vous êtes bien aimable. » On abandonne l’'iodoforme, cet état s'améliore en huit jours, et l’intelligence redevient absolument normale.
OBSERVATION XXXV. M. Berger.
Homme de 47 ans, ayant le 22 septembre 1884, une fracture compliquée du fémur droit. La plaie guérit sans accident sous un pansement iodoformique. Mais il y eut absence de consolidation de la fracture. Le 12 novembre 1885 on fit l’avivement, et la suture métallique des fragments. La plaie fut réunie et pansée à l'iodoforme. On mit un appareil plâtré fenêtré. Une petite escharre à l'ischion contraignit d’échancrer un peu le plâtre, et fut pansée à l’iodoforme.
Le 27 novembre, la plaie résultant de l'opération ne donnait issue qu'à une quantité de pus tout à fait insignifiante, il y avait une absence complète de fièvre, quand l’opéré commença à présenter des phénomènes alarmants.
À une inappétence absolue se joignit une agitation qui, n’existant d’abord que la nuit, finit par durer toute la journée.
On échancra de nouveau le plâtre qui avait produit une nouvelle escharre et qu'on pansa à l’iodoforme.
Pendant tou le reste du mois, quoique le malade restît sans fièvre, que la suppuration des plaies fût presque nulle, lagitation nocturne persista ainsi que l'inappétence. Au commencement de janvier 1886, les accidents devinrent plus menaçants; voici quels furent à cette époque, notés jour par jour, l2s phénomènes observés :
Le 6 janvier, le malade est très agité ; il a cherché la nuit dernière à ouvrir son appareil ; il a fallu lui donner 8 grammes de bromure de potassium qui n’ont pas amené de calme.
11 janvier — Au moment de la visite, l'opéré est très calme et paraît jouir de toute sa raison, mais il est pris dans Ja journée à de certains moments d’un délire tranquille qui devient furieux la nuit. Il pleure et rit sans cause; quelquefois, plus. agité, il essaye de défaire son pansement et de se lever. On continue le bromnre à haute dose et on y joint une piqûre de morphine d’un centigramme.
13 janvier. — Il y a le jour un calme appareut, mais les divagations sont continuelles et le malade n’a pas un moment de repos la nuit. ;
Le 14, la nuit a été détestable ; ie pouls est lent et très faible, la langue sèche, la parole embarrassée. B...veut constamment dèfaire son appareil, croyant travailler à la démolition d’une maison (il était carrier) ; il entend des voix, voit des bêtes, des gens qui le menacent. M. le docteur Jules Voisin, appels en consultation, se fondant sur les caractères de ce délire, sur quelques habitudes de boisson antérieures à l’accident, etc., pense à de l’alcoolisme. Il conseille de diminuer très notablement le vin et l’alcool, et de se borner, pour tout calmant, à dix centigramuwes d’extrait thébaïque par 24 heures. M. Berger, de son côté, considérant le temps très long depuis lequel le blessé est soumis au pansement à l’iodoforme, fait examiner les urines où se trouvent des quantités considérables d’iode. À la vérité, toutes les plaies sont actuellement cicatrisées, saus une fistulette sur laquelle on applique encorc tous les quelques jours une compresse de gaze iodoformée: il n'y a denc pas
de surface traumatique d'absorption; il faut remarquer aussi gee le pouls ne présente pas la fréquence qui est un des caractères ordinaires de l’empoisonnement par l’iodoforme. Néanmoins, tout iodoforme est supprimé du pansement.
Dans la nuit du 15 au 16 janvier, le malade de plus en plus agité se jette hors de son lit; l'appareil a heureusement tenu bon et l'inspection de la cuisse montre que les fragments n'ont point été dérangés par cette secousse.
Le 29 janvier, l’état de l’opéré est devenu presque désespéré. Il y a deux jours qu'il n’a pris aucune nourriture, son agitation est incessante ; la faiblesse est extrême, le délire tranquille et les hallucinations continuelles. La langue est sèche, la température oscille entre 36 et 38°, généralement basse, elle se montre depuis quelques jours des plus irrégulières.
Déterminé à chercher partout la raison fle cet état. M. Berger enlève entièrement l'appareil plâtré où le malade était placé depuis l'opération. I] est absolument imprégné d’iodoforme. On lave le membre, on le met dans un scultet.
A partir de ce jour même, le malade se calme et s’atimente. Dès le lendemain, tout délire a complètement et définitivement disparu, ainsi que la mélancolie et les idées de persécution. Les forces reviennent de jour en jour.
OBSERVATION XXXVI (Bourdette, th. Paris, 1803, p. 30).
X..., 60 ans. Le 12 février 1893, on lui enlève un séquestre de la partie supéro-externe du fémur droit ; on saupoudre d’iodoforme et, sur la ligne de suture, ou met de la gaze iodoformée. Dose : 8 à 10 grammes environ.
Les suites paraissent assez bonnes d’abord, mais au bout de deux à trois jours, certains phénomènes apparaissent. La malade, quoi qu’on lui dise, se met à défaire systématiquement et plusieurs fois par jour son pansement. Elle n’a plus d’appétit et rejette même toute espèce de nourriture. Ses voisines nous
diseut qu'elle a eu du délire pendant toute la nuit, s’adr ssant à haute voix à des êtres imaginaires. Elle répond à reine aux questions qu'on lui pose et a l'air absolument égarée. Température, 37° 5. Pouls faible, 102 pulsations. On analyse les urines : l'examen donne la teinte rouge caractéristique de la présence de l'iodoforme. Température vespérale, 37°8. Pouls, co. Pensant à l'intoxication, le pansement à l’iodoforme est remplacé par un pansement au salol.
Le lendemain, l'état général de la malade n’a pas changé. Le degré d’émaciation, considérable au moment de l'entrée à l’hôpital est cependant remarquable encore. La malade a refusé toute nourriture. Elle a eu des nausées, de la diarrhée. La température est à 36°7. Le pouls est à peine sensible. La malade meurt dans la journée.
= Nous verrons au chapitre V, le résultat de cette: autopsie faite le 17 février.
Les trois observations suivantes ont été publiées par Dreessmann dans le (Beiträve z. Klin. Chir. I\, 1, 1892) et reproduites par la Semaine médicale di 6 :5ût 1892. Elles offrent un intérêt tout particulier au point de vue de l'étiologie et du traitement des accidents.