‹ Iphigénie en Aulide; tragédie en cinq actes. With grammatical and explanatory notesChapitre 15 sur 67 · SCÈNE I. — ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

SCÈNE I. — ÉRIPHILE, DORIS

ÉRIPHILE

Ne les contraignons point, Doris, retirons-nous, Laissons-les dans les bras d'un père et d'un époux; Et tandis qu'h l'envi leur amour se déploie. Mettons en liberté ma tristesse et leur joie.

DORIS

Quoi, madame! toujours irritant vos douleurs, Croircz-vousne plus voir que des sujets de pleurs? Je sais que tout déplaît aux yeux d'une cnptive; Qu'il n'est point dans les fers de plaisir qui la suive Mais dans le temps fatal que, repassant les flots, Nous suivions malgré nous le vainqueur de Lesbos; Lorsque, dans son vaisseau, prisonnière timide, Vous voyiez devant vous ce vainqueur homicide,

16 fPHJGÉNIE.

Le dirai-je? vos yeux de larmes moins trempés, A pleurer vos malheurs étoient moins occupés. Maintenant tout vous rit : l'aimable Iphigénie D'une amitié sincère avec vous est unie ; Elle vous plaint, vous voit avec des yeux de sœur, Et vous seriez dans Troie avec moins de douceur. Vous vouliez voir l'Aulide où son père l'appelle, Et l'Aulide vous voit arriver avec elle : Cependant, par un sort que je ne conçois pas, Votre douleur redouble et croît à chaque pas.

ÉRIPHILE

Hé quoi! te semble-t-il que la triste Êriphile

Doive être de leur joie un témoin si tranquille?

Grois-tu que mes chagrins doivent s'évanouir

A l'aspect d'un bonheur dont je ne puis jouir?

Je vois Iphigénie entre les bras d'un père;

Elle fait tout l'orgueil d'une superbe mère ;

Et moi, toujours en butte à de nouveaux dangers,

Remise dès ] enfance en des bras étrangers,

Je reçus et je vois le jour que je respire,

Sans que père ni mère ait daigné me sourire.

J'ignore qui je suis; et, pour comble d'horreur,

Un oracle effrayant m'attache à mon erreur,

Et, quand je veux chercher le sang qui m'a fait naître,

Me dit que, sans périr, je ne me puis connoître.

DORIS

Non, non, jusques au bout vous devez le chercher ; Un oracle toujours se plaît à se cacher; Toujours avec un sens il en présente un autre. En perdant un faux nom, vous reprendrez le vôtre; C'est là tout le danger que vous pouvez courir; Et c'est peut-être ainsi que vous devez périr. Songez que votre nom fut changé dès l'enfance.

ÉRIPHILE

Je n'aide tout mon sort que cette connoissance ; Et ton père, du reste infortuné témoin. Ne me permit jamais de pénétrer plus loin. Hélas I dans cette Troie où j'étois attendue,

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