‹ Iphigénie en Aulide; tragédie en cinq actes. With grammatical and explanatory notesChapitre 4 sur 67 · SCÈNE I. -AGAMEMNON, AROAS · texte numérisé non relu

SCÈNE I. -AGAMEMNON, AROAS

AGAMEMNON

Oui, c'est Agamemnon , c'est ion roi qui t'éveille 7ieDS, reconnois la voix qui frappe ton oreille.

ARCAS

C'est vous-même, seigneur! Quel important besoin

Vous a fait devancer l'aurore de si loin?

A peine un foible jour vous éclaire et me guide,

Vos yeux seuls et les miens sont ouverts dans TAulide

Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit?

Les ven.s nous auroient-ils exaucés cette nuit?

Mais tout dort, et l'armée, et les vents, et Neptune.

AGAMEMNON

Heureux qui, satisfait de son humble fortune, Libre du joug superbe où je suis attaché , Vit dans l'ttat obscur où les dieux l'ont caché!

arcas.

Et depuis quand, seigneur, tenez -vous ce langage ? Comblé de tant d'honneurs, par quel secret outrage Les dieux, à vos désirs toujours si coraplaisaus, Vous font-il méconnoitre et haïr leurs présens? Roi, père, époux heureux, fils du puissant Atrée, Vous possédez des Grecs la plus riche contrée : Du sang de Jupiter issu de tous côtés, L'hymen vous lie encore aux dieux dont vous sortez; Le jeune Achille enfin , vanté par tant d'oracles,

4 TPHTGÈNIE.

Achille, à qui le ciel promet tant de miracles, Recherche votre fille , et d'un hymen si beau Veut dans Troie embrasée allumer le flambeau. Quelle gloire , seigneur , quels triomphes égalent Le spectacle pompeux que ces bords vous étalent ; Tous ces mille vaisseaux, qui , chargés de vingt rois. N'attendent que les vents pour partir sous vos lois ? Ce long calme , il est vrai , retarde vos conquêtes ; Ces vents depuis trois mois enchaînés sur nos têtes D'Ilion trop longtemps vous ferment le chemin : Mais, parmi tant d'honneurs, vous êtes homme enfin; Tandis que vous vivrez, le sort, qui toujours change, Ne vous a point promis un bonheur sans mélange. Bientôt.... mais quels malheurs dans ce billet tracés Vous arrachent, seigneur, les pleurs que vous versez? Votre Oreste au berceau va-t-il finir sa vie? Pleurez-vous Gly temnestre , ou bien Iphigénie ? Qu'est-ce qu'on vous écrit? Daignez m'en avertir.

Non, tu ne mourras point; je n'y puis consentir.

ARCAS

Seigneur....

■AGAMEMNON

Tu vois mon trouble; apprends ce qui le cause, Et juge s*il est temps, ami , que je repose. Tu te souviens du jour qu'en Aulide assemblés Nos vaisseaux par les vents sembloient être appelés : Nous partions; et déjà , par mille cris de joie , Nous menacions de loin les rivages de Troie. Un prodige étonnant fit taire ce transport; Le vent qui nous flattoit nous laissa dans le port. Il fallut s'arrêter, et la rame inutile Fatigua vainement une mer immobile.

Ce miracle inouï me fit tourner les yeux Vers la divinité qu'on adore en ces lieux : Suivi de Ménélas, de Nestor et d'Ulysse, J'oftris sur ces autels un secret sacrifice. Quelle fot sa réponse I et que devins-je, Arcas^

ACTK r, SCÈNE T.

Quand j'entendis ces mots prononcés par Gaîchas ) • Vous armez contre Troie une puissance vaine , Si, dans un sacrifice auguste et solennel,

Une fille du sang d'Hélène , De Diane , en ces lieux , n'ensanglante l'autel. Pour obtenir les vents que le ciel vous dénie ,

Sacrifiez Iphigénie. »

ARCAS

Votre fille!

AGAMEMNON

Surpris , comme tu peux penser , Je sentis dans mon corps tout mon sang se glacer. Je demeurai sans voix, et n'en repris l'usage Que par mille sanglots qui se firent passage. Je condamnai les dieux , et, sans plus rien ouïr; Fis vœu , sur leurs autels , de leur désobéir. Que n'en croyois-je alors ma tendresse alarmée I Je voulois sur-le-champ congédier l'armée. Ulysse, en apparence, approuvant mes discours, De ce premier torrent laissa passer le cours. Mais bientôt, rappelant sa cruelle industrie , Il me représenta l'honneur et la patrie , Tout ce peuple, ces rois, à mes ordres soumis, Et l'empire d'Asie à la Grèce promis : De quel front , immolant tout l'État à ma fille , Roi sans gloire , j'irois vieillir dans ma famille. Moi-même , je l'avoue avec quelque pudeur, Charmé de mon pouvoir, et plein de ma grandeur. Ce nom de roi des rois, et de chef de la Grèce, Chatouilloit de mon cœur l'orgueilleuse foiblesse Pour comble de malheur, les dieux, toutes les nuiu Dès qu'un léger sommeil saspendoit mes ennuis, Vengeant de leurs autels le sanglant privilège, Me venoient reprocher ma pitié sacrilège ; Et présentant la foudre à mon esprit confus, Le bras déjà levé, menaçoient mes refus. Je me rendis , Arcas ; et , vaincu par Ulysse , De ma fille, en plourant, j'ordonnai le supplice.

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