‹ Iphigénie en Aulide; tragédie en cinq actes. With grammatical and explanatory notesChapitre 49 sur 67 · SCÈNE U. — ACHILLE, IPHIGËiNIE · texte numérisé non relu

SCÈNE U. — ACHILLE, IPHIGËiNIE

ACHILLE

Venez, madame, suivez-moi :

Ne craignez ni les cris ni la foule impuissante D'un peuple qui se presse autour de cette lenlo. Paroissez; et bientôt, sans attendre mes coups, Ces flots tumultueux s'ouvriront devant vous. Patrocle, et quelques chefs qui marchent à ma suite. De mes Thessaliens vous amènent l'éhte : Tout le reste, assemblé près de mon étendard, Vous offre de ses rangs l'invincible rempart. A vos persf^cuteurs opposons cet asile : Qu'ils viennent vous chercher sous les tentes d'Achille Quoi, madame I est-ce ainsi que vous me secondez? Ce n'est que par des pleurs que vous me répondez I Vous fiez-vous encore à de si foibles armes? Hâtons-nous : votre père a déjh vu vos larmes.

Je le sais bien, seigneur: aussi tout mon espoir N'est plus qu'au coup mortel que je vais recevoir.

ACHILLE

Vous, mourir! Ah! cessez de tenir ce langage. Sougez-vous quel serment vous et moi nous enf:?>ireî

Songez-vous, pour trancher d'inutiles discours, Que le bonheur d'Achille est fondé sur vos jours '

Le ciel n'a point aux jours de cette infortunée Attaché le bouheur de votre destinée.

Notre amour nous trompoit; et les arrêts du sort Veulent que ce bonheur soit un fruit de ma mort. Songez, seigneur, songez à ces moissons de gloire Qu'à vos vaillantes mains présente la victoire : Ce champ si glorieux où vous aspirez tous, Si mou sang ne l'arrose, est stérile pour vous Telle est la loi des dieux à mon père dictée. En vain, sourd à Galchas, il l'avoit rejetée : Par la bouche des Grecs contre moi conjuii's Leurs ordres éternels se sont trop déclarés. Partez; à vos honneurs j'apporte trop d'obstacles; Vous-même dégagez la foi de vos oracles ; Signalez ce héros à la Grèce promis ; Tournez votre douleur contre ses ennemis. Déjà Priam pâlit; déjà Troie en alarmes Redoute mon bûcher, et frémit de vos larmes. Allez ; et, dans ses murs vides de citoyens. Faites pleurer ma mort aux veuves des Troyens, Je meurs dans cet espoir, satisfaite et tranquille. Si je n'ai pas vécu la compagne d'Achille, J'espère que du moins un heureux avenir A vos faits immortels joindra mon souvenir, El qu'un jour mon trépas, source de votre gloire Ouvrira le récit d'une si belle histoire. Adieu, prince ; vivez, digne race des dieux.

ACHILLE

Non, je ne reçois point vos funestes adieux.

En vain, par ce discours, votre cruelle adresse

Veut servir votre père, et tromper ma tendresse.

En vain vous prétendez, obstinée à mourir,

Intéresser ma gloire à vous laisser périr :

Ces moissons de lauriers, ces honneurs, ces conquêtes,

Ma innin, en vou.^ s^ervant, les trouve toutes prêtes.

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