‹ Iphigenie (volume 2)Chapitre 10 sur 59 · ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

ÉRIPHILE, DORIS

ÉRIPHILE

Ne les contraignons point, Doris, retirons-nous, Laissons-les dans les bras d’un père et d’un époux; Et, tandis qu’à l’envi leur amour se déploie, Mettons en liberté ma tristesse et leur joie.

DORIS

Quoi! madame, toujours irritant vos douleurs, Croyez-vous ne plus voir que des sujets de pleurs? Je sais que tout déplait aux yeux d’une captive; Qu’il n’est point dans les fers de plaisir qui la suive : Mais daus le temps fatal que, repassant les flots, Nous suivions malgré nous le vainqueur de Lesbos; Lorsque dans son vaisseau, prisonnière timide, Vous voyiez devant vous ce vainqueur homicide, Le dirai je? vos yeux, de larmes moins trempés, A pleurer vos malheurs étaient moins occupés. Maintenant tout vous rit: l’aimable Iphigénie D’une amitié sincère avec vous est unie,

Elle vous plaint, vous voit avec des yeux de sœur;

Et vous seriez dans. Troie avec moins de douceur: Vous vouliez voir l’Aulide où son père l’appelle; Et l’Aulide vous voit arriver avec elle: Cependant, par un sort que je ne conçois pas, Votre douleur redouble et croît à chaque pas. ÉRIPH1LE.

Hé quoi ! te semble-t-il que la triste Eriphile Doive être de leur joie un témoin si tranquille? Crois-tu que mes chagrins doivent s’évanouir A l’aspect d’un bonheur dont je ne puis jouir?

Je vois Iphigénie entre les bras d’un père ;

Elle fait tout l’orgueil d’une superbe mère;

Et moi, toujours en butte1) à de nouveaux dangers, Remise dès l’enfance en des bras étrangers.

Je reçus et je vois le jour que je respire.

Sans que mère ni père ait daigné me sourire. J’ignore qui je suis, et pour comble d’horreur8) Un oracle effrayant m’attache à mon erreur ;

Et, quand je veux chercher le sang qui m’a fait naître,

Me dit que sans périr je ne me puis connaître.

DORIS

Non, non ; jusques au bout vous devez le chercher. Un oracle toujours se plaît à se cacher;

Toujours avec un sens il se présente un autre: En perdant un faux nom vous reprendrez le vôtre. C’est là tout le danger que vous pouvez courir; Et c’est peut-être ainsi que vous devez périr. Songez que votre nom fut changé dès l’enfance.

ÉR1PHILE

Je n’ai de tout mon sort que cette connaissance; Et ton père, du reste infortuné témoin,

Ne me permit jamais de pénétrer plus loin.

l) ber Bielpunït: „Sranter îteuen ©cfafyrm ouêgefe^t." 2) afô llebermajj beâ ©(trediidjen.

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