‹ Iphigenie (volume 2)Chapitre 11 sur 59 · ACTE II. SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II. SCÈNE I

Hélas! dans cette Troie oîi j’étais attendue,

Ma gloire, disait-il, m’allait être rendue:

J’allais, en reprenant et mon nom et mon rang, Des plus grands rois en moi reconnaître le sang. Déjà je découvrais cette fameuse ville.

Le ciel mène à Lesbos l’impitoyable Achille: Tout cède, tout ressent ses funestes efforts;

Ton père, enseveli dans la foule des morts,

Me laisse dans les fers à moi-même inconnue; Et, de tant de grandeurs dont j’étais prévenue, ’ Vile esclave des Grecs, je n’ai pu conserver Que la fierté d’un sang que je ne puis prouver. doris.

Ah ! que perdant, madame, un témoin si fidèle, La main qui vous l’ôta vous doit sembler cruelle; Mais Calchas est ici, Calchas si renommé,

Qui des secrets des dieux fut toujours informé. Le ciel souvent lui parle: instruit par un tel maître Il sait tout ce qui fut et tout ce qui doit être. Pourrait-il de vos jours ignorer les auteurs ?

Ce camp même est pour vous tout plein de protecteurs

Bientôt Iphigénie, en épousant Achille,

Vous va sous son appui présenter un asile;

Elle vous l’a promis et juré devant moi.

Ce gage1) est le premier qu’elle attend de sa foi.

ÉRTPHILE.

Que dirais-tu, Doris, si, passant tout le reste, Cet hymen des mes maux était le plus funeste?

DORIS

Quoi, madame?

ÉRIPHILE

Tu vois avec étonnement Que ma douleur ne souffre aucun soulagement.

1) Unterpfanï).

Écoute, et tu te va^étonner que je vive.

C’est peu d’être étrangère, inconnue et captive; Ce destructeur fatal des tristes Lesbiens,

Cet Achille, l’auteur de tes maux et des miens, Dont la sanglante main m’enleva prisonnière,

Qui m’arracha d’un coup ma naissance et ton père. De qui jusques au nom tout doit m’être odieux, Est de tous les mortels le plus cher à mes yeux.

DORIS

Ah! que me dites-vous?

ÉRIPHILE

Je me flattais sans cesse Qu’un silence éternel cacherait ma faiblesse: Mais mon cœur trop pressé m’arrache ce discours. Et te parle une fois, pour se taire toujours.

Ne me demande point sur quel espoir fondée De ce fatal amour je me vis possédée.

Je n’en accuse point quelques feintes douleurs Dont je crus voir Achille honorer mes malheurs: Le ciel s’est fait, sans doute, une joie inhumaine A rassembler sur moi tous les traits de sa haine. Rappellerai-je encor le souvenir affreux Du jour qui dans les fers nous jeta toutes deux? Dans les cruelles mains par qui je fus ravie Je demeurai longtemps sans lumière et sans vie; Enfin, mes tristes yeux cherchèrent la clarté;

Et, me voyant presser d’un bras ensanglanté,

Je frémissais, Doris, et d’un vainqueur sauvage Craignais de rencontrer l’effroyable visage. J’entrai dans son vaisseau, détestant sa fureur. Et toujours détournant ma vue avec horreur:

Je le vis: Son aspect n’avait rien de farouche1) Je sentis le reproche expirer dans ma bouche;

Je sentis contre moi mon. cœur se déclarer;

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