ACTE II. SCÈNE X
Mais toujours sur mes yeux ma facile bonté A remis le bandeau que j’avais écarté.
Vous l’aimez. Que faisais-je ? et quelle erreur fatale M’a fait entre mes bras recevoir ma rivale ? Crédule, je l’aimais: mon cœur même aujourd’hui De son parjure amant lui promettait l’appui. Voilà donc le triomphe où j’étais amenée! Moi-même à votre char je me suis enchaînée.
Je vous pardonne, hélas! des vœux intéressés,
Et la perte d’un cœur que vous me ravissez: Mais que, sans m’avertir du piège1) qu’on me
dresse,
Vous me laissiez chercher jusqu’au fond de la
Grèce
L’ingrat qui ne m’attend que pour m’abandonner, Perfide, cet affront se peut-il pardonner?
ÉRIPHILE
Vous me donnez des noms qui doivent me surprendre,
Madame; on ne m’a pas instruite à les entendre; Et les dieux, contre moi dès longtemps indignés, A mon oreille encor les avaient épargnés.
Mais il faut des amants excuser l’injustice.
Et de quoi vouliez-vous que je vous avertisse? Avez- vous pu penser qu’au sang d’Agamemnon Achille préférât une fille sans nom,
Qui de tout son destin ce qu’elle a pu comprendre, C’est qu’elle sort d’un sang qu’il brûle de répandre ?
Vous triomphez, cruelle, et bravez ma douleur. Je n’avais pas encor senti tout mon malheur:
Et vous ne comparez votre exil et ma gloire,
I Que pour mieux relever votre injuste victoire. Toutefois vos transports sont trop précipités2): 1) ©cfylinse. 2) tooreilig.
Ce même Agamemnôo à qui vous insultez,
Il commande à la Grèce, il est mon père, il m’aime, Il ressent mes douleurs beaucoup plus que moi-
même.
Mes larmes par avance avaient su le toucher; J’ai surpris ses soupirs, qu’il me voulait cacher. Hélas ! de son accueil condamnant la tristesse. J’osais me plaindre à lui de son peu de tendresse !