‹ IphigénieChapitre 140 sur 188 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

CLYTEMNESTRE, ARGAS, ÆGINE, Gardes.

ARCAS

N’en doutez point, madame, un dieu combat pour vous. Achille, en ce moment, exauce vos prières ;

Il a brisé des Grecs les trop faibles barrières :

Achille est à l’autel. Calchas est éperdu :

Qne ne l’as-tu laissé dans une nuit profonde !

A de si noirs forfaits prêtes-tn tes rayons?

Et penx-tn sans horreur voir ce que nous voyons ?

« Cette invocation, que Racine a employée d’une autre manière dans la scène première de la Thébaide^ paraît ressembler à celle que fait Hippolyte, dans Garnier (iii, 4) :

Et toi, soleil, qui luis pour tout ce grand espace,

Peux-tn voir, sans pâlir, les crimes de ta race?

Cache-toi vergosneux, quitte à la nuit ton cours,

Détourne tes chevaux, galopant à rebours, etc. « (L. de B.)

Cf. Malherbe (ir, 2) :

O soleil ! ô grand luminaire !

Si jadis l’horreur d'un festin Fit que de ta route ordinaire Tu reculas vers le matin.

Et d’un émerveillable change Tu couchas aux rives du Gange ;

D’on vient que ta sévérité.

Moindre qiren la faute d’Atrée,

Ne punit point cette contrée D’une éternelle obscurité ?

V. 1690. De [éditons odieux. — Festons., couronnes et ornements de fleurs. « 11 fît joncher les chemins de fleurs et de festons. » (Vaugelas.) Cf. Athalie (i, 3) :

Ces festons dans vos mains et ces fleurs sur vos têtes.

Feston signifie aussi, en architecture, un amas de fruits et de fleurs lies ensemble pour servir d’ornement. Boileau [Art poét.) :

Ce ne sont que festons^ ce ne sont qu’astragales.

V. 1693. C^est le pur sang du dieu qui lance Le tminerre. Il y a ici exagération de la part de Clytemnestre. Des quatre enfants de Léda, deux seulement étaient du sang de Jupiter : c’étaient Hélène et Pollux ; Clytemnestre et Castor avaient pour père Tyndare.

Le fatal sacrifice est encor suspendu. 1700

On se menace, on court, l’air gémit, le fer brille.

Achille fait ranger autour de votre fille Tous ses amis, pour lui prêts à se dévouer.

Le triste Agamemnon, qui n’ose l’avouer.

Pour détourner ses yeux des meurtres qu’il présage, 1705 Ou pour cacher ses pleurs, s’est voilé le visage.

Venez, puisqu’il se tait, venez par vos discours De votre défenseur appuyer le secours.

Lui-même de sa main, de sang toute fumante,

Î1 veut entre vos bras remettre son amante ; 1710

Lui-même il m’a chargé de conduire vos pas :

Ne craignez rien.

CLYTEMNESTRE

Moi, craindre! Ah! courons, cher Areas !

Le plus affreux péril n’a rien dont je pâlisse.

J’irai partout. Mais, dieux! ne vois-je pas Ulysse ?

C’est lui. Ma fille est morte! Areas, il n’est plus temps!

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