V. 79. Pudeur : honte; même sens que pwdor en latin
Cf. La Fontaine (x, 15) :
Qui ne pûtes jamais écouter sans pudeur La louange la plus permise.
V. 80. Charmé de mon pouvoir, etc. Les adjectifs charmé ci plein se rapportent par syllepse au pronom possessif contenu implicitement dans mon (cœur) — le cœur de moi {charmé, etc.).
Plein de ma grandeur. Cf. Corneille {Suréna, ii, 1) :
Pleine de son pays, pleine de ses parents,
Il lui passe en l'esprit cent ciiagrins différents.
v. 82. Chatouillaient de mon cœur l’orgueilleuse faiblesse,
Cf. Horace [Sat., ii, 3, 179) :
Præterea ne vos titillet gloria...
Cf. Corneille [Mort de Pompée, iii, 1) :
L’aise de voir la terre à son pouvoir soumise Chatouillait malgré lui son âme avec surprise.
. fi Le mot chatouiller ne fait pas tout seul la beauté du vers de Racine; /car ce mot par lui-même a besoin d'être relevé pour entrer dans le style ^ noble. C’est chatouiller l’orgueilleuse faiblesse qui forme une suite d’expres- \ sions neuves, fortifiées et embellies par leur assemblage. » (La Harpe.)
'' v. 84. Ennuis. Ce mot, dont le sens s’est fort affaibli de nos jours, s’appli-
quait jadis âux plus vives afflictions.
Corneille [PoL, ni, 2) :
Tu prépares mon âme à d’étranges ennuis.
Racine [Britannicus, v, 3) :
Après tous les ennuis que ce jour m’a coûtés.
v. 85. Le sanglant privilège. Agamemnon devait verser le sang de sa fille sur les autels des dieux : les dieux avaient donc le droit de réclamer le sacrifice d’ipbigénie ; aussi se vengeaient-ils des refus d’Agamemnon, en lui reprochant toutes les nuits sa pitié sacrilège.
V. 88. Menaçaient mes refus, c'est-à-dire « me menaçaient parce que je refusais de verser le sang d’Iphigénie. » C'est par ces heureuses hardiesses que les grands écrivains enrichissent la langue.
v. 91. Mais des bras d’une mère il fallait l’arracher. Dans Euripide, Agamemnon (vers 99-100) écrit à Clytemnestre d’envoyer au plus tôt Iphigénie pour la donner en mariage à Achille. Agamemnon suppose qu’Iphigénie viendra seule. Aussi est-il très étonné de voir arriver Clytemnestre, sans être mandée. (V. 456-457.) — Dans Racine, rien n'indique
D’Achille, qui l’aimait, j’empruntai le langage : 7 5 J’écrivis en Argos, pour hâter ce voyage.
Que ce guerrier, pressé de partir avec nous, 95
Voulait revoir ma fille, et partir son époux.
ARCAS
Et ne craignez- vous point l’impatient Achille ?
Avez-vous prétendu que, inuet et tranquille,
Ce héros, qu’armera l’amour et la raison.
Vous laisse pour ce meurtre abuser de son nom ? 100
Verra-t-il à ses yeux son amante immolée?
AGAMEMNON
Achille était absent; et son père Pélée,
D’un voisin ennemi redoutant les efforts, t o ^
L’avait, tu t’en souviens, rappelé de ces bords.
Et cette guerre. Areas, selon toute apparence, iOo
Aurait dû plus longtemps prolonger son absence,
qu’Agamemnon attende Iphigénie, sans sa mère, puisqu’au vers 129, il dit à Areas :
Prends cette lettre, cours au devant de la reine.
Racine, au vers 91, a donc commis une singulière inadvertance, qu’on ne peut comprendre qu’en supposant qu’il a, tout en écrivant cette scène, modifié son plan primitif.
V. 94. En Argos. Cf. Molière. {Foiirb. de 5c., i, H) : « 11 va vous emmener votre fils en Alger. — « La préposition en se met quelquefois devant des noms de villes, comme en ces exemples, en Gérusalem, en Arles, en Avignoït... Depuis quelques années on commence pourtant à dire à Arles^ à Avignon, comme on dit d Angers, à Alençon, à Orléans, à Angoulèine. (Ménage, Ohserv., 1675, p. 258 et suiv.)
V. 97. L'impatient Achille weoi dire le bouillant, Vimpétueux. «Racine a pris ce mot dans le sens des Latins. Il est vrai que les Latins, dans ce sens, y joignaient toujours un autre mot, impatiens iræ ; c’est ce qu’a fait J.-B. Rousseau dans son ode au comte du Luc :
Ou tel que d'Apollon le ministre terrible Impatient du Dieu dont le souffle invincible
Agite tous ses sens. » (Note de Geoffroy.)
« Ce mot, en latin, a souvent un génitif pour complément; mais ce complément ne lui est pas toujours nécessaire, et il peut, dans bien des cas, s’employer dans cette langue comme dans la nôtre d’une manière absolue. » (Fontanier.) Voir, en effet, Britannicus, i, l :
L'impatient Néron cesse de se contraindre.
V. 99. Ce héros qu’armera l’amour et la raison. « Quand le verbe précède, on peut mettre le verbe au singulier; s’il suivait, il faudrait le mettr© au pluriel : ce héros que la raison et L’amour armeranC » (Li. Racinï;.)
C’est une erreur. Voir Bérénice (iv, 5) :
Et d’un œil que la gloire et la raison éclaire.
Et Bajazet (iv, 4) :
D’ailleurs l’ordre, l’esolavs et le visir me presse.
Cf. aussi Boileau, Sat., v, 98 :
Le duc et le marquis se reconnut aux pages, y. 103. D’un U0Z5IN ENnemf. Pour éviter la rencontre désagréable de in en, M. Aignan a cru devoir mettre d’un ennemi voisin. Nous avons, comme c’était notre devoir, respecté le texte de Racine.