‹ IphigénieChapitre 31 sur 188 · P V' ULYSSE · texte numérisé non relu

P V' ULYSSE

Seigneur, vous entendez : quelque prix qu’il en coûte,

11 veut voler à Troie et poursuivre sa route.

Nous craignions son amour, et lui-même aujourd’hui Par une heureuse erreur nous arme contre lui. 280

AGAMEMNON

Hélas!

ULYSSE

De ce soupir que faut-il que j’augure?

Du sang qui se révolte est-ce quelque murmure ?

Croirai-je qu’une nuit a pu vous ébranler?

Est-ce donc votre cœur qui vient de nous parler!

Songez-y, vous devez votre fille à la Grèce; 285

Vous nous l’avez promise ; et, sur cette promesse,

Calchas, par tous les Grecs consulté chaque jour,

Leur a prédit des vents l’infaillible retour.

A ses prédictians^Têlfet est contraire,

Pensez-vous que Calchas continue à se taire ; 290

Que ses plaintes, qu’en vain vous voudrez apaiser, Laissent mentir les dieux sans vous en accuser ?

Et qui sait ce qu’aux Grecs, frustrés de leur victime,

Peut permettre un courroux qu’ils croiront légitime? Gardez-vous de réduire un peuple furieux, 295

Seigneur, à prononcer entre vous et les dieux.

N’est-ce pas vous enfin de qui la voix pressante Nous a tous appelés aux campagnes du Xanthe ;

V. 277. Quelque prix qu'il en coûte. V a artificieux » Ulysse ment ici pour les besoins de sa cause. Achille ne sait pas que, pour obtenir des vents favorables, il faut sacrifier Iphigénie, et assurément il ne voudrait pas aller à Troie à ce prix. Voir ce qu’il dit (v. 1371.)

Moi, je voulais partir aux dépens de ses joiu-s ?

V. 281. De ce soupir que faut-il que j’augure? « Le discours que va tenir Ulysse est plein d’une éloquence artificieuse, et, par cette seule raison, le personnage d’Ulysse est mieux amené dans cette pièce, que dans Euripide celui de Ménélas, qui demande d’abord le sang de sa nièce. » (L. Racine.)

V. 293. Et qui sait ce qu’aux Grecs, etc. C’est Agamemnon qui, dans Euripide, dit tout ce que Racine met dans la bouche d’Ulysse. Voir à V Appendice .

V. 298. Le Xanthe. Les principales rivières de la Troade étaient le IPHIGÉNIE. ' 3

Et qui de ville en ville attestiez les serments

Que d’Hélène autrefois firent tous les amants, 300

Quand presque tous les Grecs, rivaux de votre frère,

La demandaient en foule à Tyndare, son père?

De quelque heureux époux que l’on dût faire choix,

Nous jurâmes dès lors de défendre ses droits;

Et, si quelque insolent lui volait sa conquête, 305

Nos mains du ravisseur lui promirent la tête.

Mais sans vous, ce serment, que l’amour a dicté.

Libres de cet amour, l’aurions-nous respecté?

Vous seul, nous arrachant à de nouvelles flammes,

Nous avez fait laisser nos enfants et nos femmes. 310 Et quand, de toutes parts, assemblés en ces lieux, L'honneur de vous venger brille seul à nos yeux ;

Quand la Grèce, déjà vous donnant son suffrage.

Vous reconnaît l’auteur de ce fameux ouvrage ;

Que ses rois, qui pouvaient vous disputer ce rang.

Sont prêts pour vous servir de verser tout leur sang, 315 Le seul Agamemnon, refusant la victoire.

N’ose d’un peu de sang acheter tant de gloire ;

Et, dès le premier pas, se laissant effrayer.

Ne commande les Grecs que pour les renvoyer I 320

Ah ! seigneur, qu’éloigné du malheur qui m’opprime Votre cœur aisément se montre magnanime I

Satnois au sud, le Bhodius au nord, le Scamandre et le Simois au centre, Ces deux dernières, si fameuses dans les lép:endes de la guerre de Troie descendent de deux points différents de la chaîne de ITda, et se réunisseni dans la plaine de Troie. — Comme personnage mythologique, le dieu fluvial Scamandre portait parmi les dieux le nom de Xanthe. Le Scamandre et le Xanthe ne font qu’une seule et même rivière.

V. 299. Et qui de ville en ville attestiez les serments. Ils s’étaient tous engagés à cette vengeance par le serment dont parlent Euripide et Ovide : Jurabaut omnes in læsi verba mariti. (L. Racine.)

Page 1