V. 434. En perdant un faux nom, vous reprendrez le vôtre
Et Eest peut-être ainsi que vous devez périr. « Ces vers, dit L. de B., présentent une idée peu naturelle, car comment peut-on périr en perdant un faux nom? Cette interprétation de l’oracle est bien forcée, mais il fallait rassurer Eriphile. » — La Harpe répond : « Si le commentateur avait connu l’antiquité comme Racine la connaissait, il aurait su que rien n’était plus naturel aux Anciens que les explications des oracles, par ellesmêmes s\ peu naturelles. Leurs livres en sont pleins : voyez surtout Plutarque à ce sujet. C’est donc un trait fidèle dans la peinture de l’esprit des Anciens, et un poète dramatique a dû le saisir. ■
V. 442. Ma gloire, « mon rang glorieux, a Racine emploie fréquemment ce mot :
Pourquoi de cette gloire exclu jusqu’à ce jour,
M’avez-vûus sans pitié relégué dans ma cour ? {Brît., ii, 3.)
Dans ces deux passages à' Iphigénie et de DrUannicus, gloire signifie l’éclat dont une personne est environnée, et qui ressemble à cette lumière appelée gloire, dont rayonnent les personnes divines. Cf Fénelon [Télém., XIX) : « Cette lumière n’est point semblable à la lumière sombre qui éclaire les yeux des misérables mortels, et qui n’est que ténèbres, c’est plutôt une gloire céleste qu’une lumière. »
V. 445. Déjà je découvrais. — Découvrir a le sens du laim prospicere^ voir de loin.
V. 447. Tout ressent ses funestes efforts. — Effort, action de force physique. Cf. Corneille [Cinna, i, 1) :
Et quand son assassin tombe sous notre effort.
! dans les fers à moi-mème inconnue ; t, de tant de grandeurs dont j’étais prévenue, 450
Vile esclave des Grecs, je n’ai pu conserver Que la fierté d’un sang que je ne puis prouver.
DORIS
Ah ! que perdant, madame, un témoin si fidèle,
La main qui vous l’ùta vous doit sembler cruelle!
Mais Calchas est ici, Calchas si renommé, 455
Qui des secrets des dieux fut toujours informé,
Le ciel souvent lui parle : instruit par un tel maître,
Il sait tout ce qui fut et tout ce qui doit être.
Pourrait-il de vos jours ignorer les auteurs ?
Ce camp même est pour vous tout plein de protecteurs. 460 Bientôt Iphigénie, en épousant Achille,
Vous va sous son appui présenter un asile ;
Elle vous l’a promis et juré devant moi.
Ce gage est le premier qu’elle attend dé^a foi.
ÉRIPHILE
Que dirais-tu, Boris, si, passant tout le reste, 465
Cet hymen de mes maux était le plus funeste?
DORIS
Quoi, madame !
ÉRIPHILE
Tu vois avec étonnement Que ma douleur ne souffre aucun soulagement. Ecoute, et tu te vas étonner que je vive :
V. 450. Prévenue ne signifie ni avertissement ni prévention. Eriphile veut dire que ces grandeurs préoccupaient sa pensée avec impatience et non sans orgueil. L'expression est forte et belle. (Géhüzez.)
V. 452. Que la fierté d’un sang, etc. Voir plus haut, vers 239 :
.... Cette jeune beauté Garde en vain un secret que trahit sa fierté.
Et dans Athalxe (ii, 5) :
Ses malheurs n’avaient point abattu sa fierté.
V. 453-54. Ah! que perdant... la main qui vous Vota. A propos de ces deux vers, M. Aignan dit : « D’après la construction, perdant se rapporterait à la main ; mais le sens est clair. » — C’est une erreur; perdant se rapporte au pronom vous. Nous avons déjà vu de nombreux exemples de cette construction si française. Voir la note du vers 369.
V. 464. Ce gage est le premier quelle attend de sa foi. En effet, aux vers 855 et suivants, Iphigénie dira à Achille :
La reine permetti a que j'ose demander Un page à votre amour j qu’il me doit accorder.
Je viens vous présenter une jeune princesse, etc.
V.465. Passant tout le reste : Passant, surpassant. Cf. Voiture, Lettres, 5. « Elle a beaucoup passe mes espérances. »
Et encore : « Prélat passant tous les prélats passés. »