SCÈNE VI
ACHILLE
Il est donc vrai, madame, et c’est vous que je vois I Je soupçonnais d’erreur tout le camp à la fois.
Vous en Aulide I vous ! Hé I qu’y venez- vous faire ? 725
D’où vient qu’Agamemnon m’assurait le contraire?
Seigneur, rassurez- vous : vos vœux seront contents. Iphigénie encor n’y sera pas longtemps.
V. 716. Ce même Agamemnon, à qui vous insultez. — Cf. Bossuet {Or. fun. d’Anne de Gonz.) : L’incrédule se met au rang des gens désabusés ; il insulte en son cœur aux faibles esprits, et Corneille {Poés. div.j 28) :
D’un si mortel affront sauve tes créatures;
Confonds leurs ennemis, insulte à leurs tyrans.
V. 721. Hélas ! de son accueil condamnant la tristesse, etc. « Tout sert à justifier l’erreur d’Iphigénie, le triste accueil que lui fait Agamemnon, et le triomphe insultant d’Eriphile qu elle doit regarder comme sa rivale, et le bruit répandu et confirmé par Glytemnestre même, qu’Achille ne songe plus à l’épouser. Ainsi les fausses alarmes précèdent naturellement le véritable danger dont elle va tout à l’heure être instruite, et empêchent que, même à la veille d’un mariage qui semble promettre le bonheur, les discours d’Iphigénie et d’Achille aient rien qui ressemble à l’épithalame ou à l’élégie. Il n’y a pas un moment de langueur dans cette marche : le trouble et le péril y sont toujours, et de plus tout ce qui s’est passé motive la brusque sortie d’Iphigénie, qui ne répond que par deux mots aux empressements d’Achille. Le rôle d’Eriphile, qu’on a blâmé fort mal à propos, ce me semble, sert encore à tout ce trouble intéressant. Il n’y a jamais eu d’épisode mieux entendu.» (La Harpe.)
V. 725. Vous en Aulide, vous? Hé! quy venez-vous faire? «Il est rare qu’un amant dise à sa maîtresse, quelque étonné qu’il puisse être de son arrivée : Que venez-vous faire ici? Ce ton n’a ni la dignité ni même la politesse qu’exige la scène, etc. » (Geoffroy.) Voilà de bien gros mots ! Cette question (Hé! quy venez-vous faire), que GeolFroy ne trouve ni digne ni polie, est sutüsamment motivée par l’étonnement bien légitime d’Achille, qui était loin de s’attendre à rencontrer Iphigénie dans le camp des Grecs. Ne dit-il pas, au vers 203 :
Souffrez, Seigneur, souffrez que je coure (à Mycène) hâter
Un hymen dont les Dieux ne sauraient s’irriter....
Achille ne sait pas qu’Agamemnon a mandé Glytemnestre et Iphigénie à Aulis.