‹ IphigénieChapitre 71 sur 188 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ACHILLE

Princesse, mon bonheur ne dépend que de vous ;

Votre père à l’autel vous destine un époux ;

Venez-y recevoir un cœur quLvou&udojie.

Seigneur, il n’est pas temps que nous partions encore.

La reine permettra que j’ose demander 855

Un gage à votre amour, qu’il me doit accorder.

Je viens vous présenter une jeune princesse ;

V. 845. Que je quitte à regretta rive fortunée etc, Le que, qui commence ce vers est mis pour quoique (voir deux vers plus haut). Les éditeurs de 1720 ont donc eu tort de mettre un point d’exclamation après hyménée.

11 est vrai que dans l’édition de 1697, il y a un point d’exclamation après hyménée; mais c’est évidemment une faute d’impression, puisque dans l’édition originale (1675) et dans celle de 1687, il y a, après ce mot, un point-virgule.

V. 848. D’aller du sang troyen sceller notre union» — Du sang, auec le sang. Voirie vers 819.

v. 853. Venez y recevoir un cœur qui vous adore. Boileau avait pourtant écrit dans son Art poétique, publié en 1674 (III, 97-99) ;

Peignez donc, l’y consens, les héros amoureux ;

Mais ne m en formez pas des beru,ers doucereux.

Qu’ Achille aime autrement que Tyrsis et Philène.

V. 856. Un gage à votre amour, qu’il me doit accorder. « On dirait en prose, la reine permettra que j’ose demander à votre amour ur. gage qu’il me doit accorder ; et l’inversion de Racine est rude en vers... » (L’abbé d’OLivET). En étudiant avec attention les écrivains du dix-se plième siècle,

Le ciel a sur son front imprimé sa noblesse ;

De larmes tons les jours ses yeux sont arrosés *

Vous savez ses malheurs, vous les avez causés. 860

Moi-même (où m’emportait une aveugle colère?)

J’ai tantôt, sans respect, affligé sa misère.

Que ne puis-je aussi bien, par d’utiles secours,

Réparer promptement mes injustes discours!

Je lui prête ma voix, je ne puis davantage. 865

Vous seul pouvez, seigneur, détruire votre ouvrage :

Elle est votre captive, et ses fers, que je plains.

Quand vous l’ordonnerez, tomberont de ses mains. Commencez donc par là cette heureuse journée.

Qu’elle puisse à nous voir n’être plus condamnée. 870 Montrez que je vais suivre au pied de nos autels Un roi qui, non content d’effrayer les mortels,

A des embrâsements ne borne point sa gloire,

Laisse aux pleurs d’une épouse attendrir sa victoire,

Et, par les malheureux quelquefois désarmé, 876

Sait imiter en tout les dieux qui l’ont formé.

l’abbé d’Olivet aurait pu trouver plus d’une inversion de ce genre, on prose aussi bien qu'en vers.

La Fontaine (I, 2) :

Un loup survient à jeun, qui cherchait aventure.

M“® de Sévigné : « On fit un bal, le jour de la Saint-Hubert, qui dura une demi-heure. »

V. Le ciel a sur son front imprimé sa noblesse. — « Son se rapporte à Eriphile, sa à ciel. Légère amphibologie trop souvent amenée par la construction des pronoms dans la langue française.» (Aignan.)

Y. 862. J’ai tantôt sans respect affligé sa misère. « Quelle belle expression : Affliger la misère! La misère doit être respectée. Res est sacra miser. » (L. Racine.)

Page 1