‹ IphigénieChapitre 76 sur 188 · ACTE III, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE V

ARCAS

Je le nomme et l’accuse à regret ;

Autant que je l’ai pu j’ai gardé son secret.

Mais le fer, le bandeau, la flamme est toute prête ; 905

Dût tout cet appareil retomber sur ma tête.

Il faut parler.

CLYTEMNESTRE

Je tremble. Expliquez-vous, Areas.

ACHILLE

Qui que ce soit, parlez, et ne le craignez pas.

ARCAS

Vous êtes son amant, et vous êtes sa mère :

Gardez-vous d’envoyer la princesse à son père. 910

CLYTEMNESTRE

Pourquoi le craindrons-nous?

ACHILLE

Pourquoi m’en défier ?

ARCAS

Il l’attend à l’autel pour la sacrifier.

ACHILLE

Lui!

CLYTEMNESTRE

Sa fille!

Corneille {Sert., ii, 2) :

Je ne vois que vous seul, qui des mers aux montagnes

Sous un même étendard puisse unir nos Espagnes.

Id. [Psyché, iv, 3) :

Je n’ai trouvé que vous qui fût digne de moi.

Molière :

Nous chercherons partout à trouver à redire,

Et ne verrons que 7ious qui sachent bien écrire.

Dans les éditions modernes, on met : o qui la puissiez défendre. » On a tort.

V. 905. Mais le fer, le bandeau, la flamme est toute prête. Remarquer lo verbe au singulier, avec trois sujets. Voir levers 99 et la note.

V. 906. Dût tout cet appareil, etc. — Appareil, apprêts du sacrifice, comme, en latin, apparatus.

V. 908. Qui que ce soit, parlez, et ne le craignez pas. Dans Euripide, c’est Clytemnestre qui engage le vieillard à parler : « Voici ma main, ne tarde pas, si tu as quelque chose à me dire. »

exaxi p.îj [xéXX', el' zi jAoi ^eyeiv.

Racine, se souvenant d’un passage de V Iliade (I, 85 et snivantsi où Achille exhorte Calcnas à parler, sans craindre Agamemnon lui-même, a mis dans la bouche d’Achille ce vers, qui doit plus rassurer Areas que s’il était prononcé par Clytemnestre.

v. 909. \ous êtes son amant. — Amant. Voir, pour ce mot, le vers 692 et la note.

Mon père !

ÉRIPHILE

O ciel ! quelle nouvelle I

ACHILLE

Quelle aveugle fureur pourrait l’armer contre elle?

Ce discours sans horreur se peut-il écouter ? 915

ARCAS

Ah ! seigneur, plût au ciel que je pusse en douter!

Par la voix de Galchas l’oracle la demande;

De toute autre victime il refuse l’olFrande;

Et les dieux, jusque-là protecteurs de Paris,

Ne nous promettent Troie et les vents qu’à ce prix. 920

CLYTEMNESTRE

Les dieux ordonneraient un meurtre abominable !

Ciel ! pour tant de rigueur, de quoi suis-je coupable?

CLYTEMNESTRE

Je ne m’étonne plus de cet ordre cruel Qui m’avait interdit l’approche de l’autel.

IPHIGÉNIE, à Achille.

Et voilà donc l’hymen où j’étais destinée ! 923

ARCAS

Le roi, pour vous tromper, feignait cet hyménée :

Tout le camp meme encore est trompé comme vous.

CLYTEMNESTRE

Seigneur, c’est donc à moi d’embrasser vos genoux.

ACHILLE, la relevant.

Ah ! madame !

V. 913. Lui! — Sa fille! — Mon père! — O ciel! quelle nouvelle! « Le poète dans un seul vers fait parler Clytemnestre, Achille, Iphigénie et Eriphile. » (L. Racine.) — Ce que Louis Racine eût bien fait de faire remarquer, ce sont les différents sentiments exprimés par ces quatre personnages. Achille ne prononce qu’un mot : c’est un cri de colère. Clytemnestre est saisie d’horreur. Iphigénie n’ose croire que son père veuille la faire périr, et dans ce cri « Mon père I » on sent moins son douloureux étonnement que sa piété filiale. Eriphile, elle, ne dissimule pas sa joie. Les autres acteurs peuvent s’y méprendre, et croire qu’elle est simplement étonnée d’une pareille nouvelle; mais les spectateurs ne s’y trompent pas.

V. 919. Et Les dirux jusque-là protecteurs de Pàris. — Jusque-là. Les dieux protégeront Pâris jusqu’au moment où sera versé le sang d’Iphigénie.

V. 928. Seigneur, c’est donc à moi d’embrasser vos genoux. De même PKam, redemandant à Achille le corps d’Hector :

Xeoatv XdSe youvoccoi. (Hom., //., XXIV, 478.)

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