ACTE I
LE CHŒUR
Âhl jamais le courroux de la divinité
Et les astres contraires Nous sauront-ils tramer un mal plus redouté
Que la haine entre frères ?
AGAMEMNON
Je t'accuse à mon tour, mais je te parlerai
Sans trop enfler la voix, sans lever les paupières
Insolemment. Écoute, et je me souviendrai
Et quel est notre rang et que nous sommes frères.
Je m'étonne vraiment, voyant ce que ton cœur
Communique à tes yeux, contre moi, de fureur 1
En quoi t'ai-je offensé? Depuis quand? Ton Hélène
Abandonna ta couche, oubliant la pudeur.
Tu la gardais bien mal. Dois-je en porter la peine?.. •
Si l'intérêt des Grecs et ton propre intérêt
Et même, j'y consens, peut-être le regret
34 IPHIGÉN»
De Toir s'évanouir ma puissance naissante, Assaillirent mon âme et m'aveuglèrent tant Que j'ai promis la mort de ma fille innocente, Les droits de la nature enfin se révoltant M'ont dessillé la vue et j'ai connu mon crime. Sur l'autel d'Artémis manquera la victime, Et tu pâlis de rage, et tu n'es pas content 1 Je ne suis qu'à blâmer, dis-tu? Toi qui ne cesses De soupirer après de honteuses mollesses, Qui pour l'honnêteté ne montres que mépris, D'une femme adultère indignement épris, Es-tu sage, en effet, et faut-il qu'on t'admire? Voilà brièvement ce que j'avais à dire, Et si tu ne veux pas te rendre à la raison.
Moi, je saurai du moins gouverner ma maison.
Quant à tous ces serments exigés par Tyndare, Ce sont propos d'amants que le désir égare.
Et pour un esprit sain, c'est outrager les dieux Que de se figurer qu'ils les estiment mieux.
Non, violant les lois du ciel et de la terre,