‹ Iphigénie: tragédie en cinq actesChapitre 16 sur 62 · SCÈNE VI LES MÊMES, moins LE MESSAGER · texte numérisé non relu

SCÈNE VI LES MÊMES, moins LE MESSAGER

AGAMEMNON

C'est un ouvrage, hélas t plein de solidité

Que la divinité Pour notre perte tisse, Et c'est un moucheron que tout notre artifice I Trop épris de moi-même, et rempli du venin De la présomption, qui ma faiblesse abuse,

Avec le ciel je ruse, Je ruse, et c'est en vain;

ACTB I 4l

Et je n'espère plus qu'un destin secourable Arrête de mes maux la course infatigable !

S'arréte-t-il jamais, le malheur des humains? C'est l'onde du torrent qui sans cesse est enflée. Ârtémis, je te cède, et la vierge immolée Souillera de son sang mes paternelles mains.

Pourquoi ne suis-je point l'homme qui sur la terre

Passe obscur, ignoré?

Pour tromper ma misère, Devant tous sans rougir j'aurais du moins pleuré. Il me faut respecter ma naissance et mon titre, Et l'honneur rigoureux de ma vie est l'arbitre. Un peuple sans gémir se soumet à ma loi ; Je fais peser le joug, mais c'est surtout sur moi. Lorsqu'une extrémité qui tout courage dompte

Me vient ainsi presser, Si je verse des pleurs, ce serait à ma honte, Ce le serait encor de ne les pas verser.

Ahl trop funeste bien, plus cruel que l'absence I CIvtemnestre est ici : pourrai-je soutenir,

femme, la présence?

Dans la fatale Aulis, quoil devals-tu venir?

Hélas t tu ne sais pas quel hymen je prépare A ton Iphigénie, ô fille de Tyndare!

Tu la verras bientôt embrasser mes genoux; J'entends, j'entends déjà les mots qu'elle profère: Tu veux donc me tuer, ô mon père, 6 mon pèrel Est-ce le dieu des morts qui sera mon époux?

De mon Oresie aussi l'enfance encore tendre ■ Saura trouver des cris que je crains de comprendre. ., père misérable! 6 tourment I 6 douleur!

O malheureuse mère, ô fille infortunée!

Détestable Paris, Hélène forcenée, r»» -"otre injuste amour je tire mon malheur !

LE CHŒUR

3t le fier destin et telle est son audace I Sous ses coups il abat Le plus superbe éclat,

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