ACTE I II
AGAMEMNON
f Ah I qu'une vie à la tienne pareille
j Est douce. L'homme obscur, que n'a pas ébloui j: La gloire, vit heureux, ô vieillard, mais celui 't Qui cherche les honneurs est moins digne d'envie, ^ Hélas I
; LE VIEILLARD
[ Mais n'est-ce point le plus beau de la vie ?
; On le dit.
AGAMEMNON
'■ On le dit : c'est qu'à la vérité
;Cela flatte d'abord; mais, de cette beauté, li Ija base en est fragile et la chance diverse. iî ^Tantôt c'est l'un des dieux, vieillard, qui nous traverse icill^our un soin négligé ; puis les opinions
Sujettes à tourner et les dissensions
12 IPIIIGÉNIE
Des hommes malcontents nous viennent, de coutume, Changer un peu de miel en beaucoup d^amertume.
LE VIEILLARD
Qu'un autre en soit touché : je blâme, quant à moi,
De semblables discours dans la bouche d'un roi.
Non, non, tu ne fus pas engendré par ton père
Pour goûter tous les biens d'un sort toujours prospèr
Gomme tu sens la joie, il te faudra souffrir.
La volonté des dieux, il la faudra subir;
Car mortel tu naquis . . . Mais un souci te presse :
Net'ai-je vu tantôt te réveiller soudain?
Tu fis briller la lampe et, soupirant sans cesse,
Tu traçais cet écrit que tu tiens dans ta main.
Tu pleures, ô mon Roi 1 Quelle est donc ta souffrance ?
De ma fidélité tu connais la constance.
Parle.
AGAMExMNON
raced'Atrée, ô sang trop malheureux !
ÀGTB I l3
Des filles de Léda destin trop rigoureux I
Sacrifice fatal ! :]
LE VIEILLARD
Que dit-il? quel délire Egare son esprit ? ]
AGAMEMNON
Vainement je soupire; Les plaintes n'y font rien.
Un horrible secret Le tourmente.
AGAMEMNON
A présent, à quoi sert mon regret?
Maudite ambition, tu forces la nature I
lA IPHIGÉNIE
D'un homme plein de foi tu sais faire un parjure, Et même ta fureur, d'un couteau criminel, Contre son propre sang arme un bras paternel,
LE VIEILLARD
Tu parles de malheurs, d'horreurs, de sacrifices ; Je tremble, mais je veux que tu m'en éclaircisses.
AGAMEMNON
Tu sais comment Hélène, ingrate et sans pudeur,
Abandonnant sa fille et son époux, naguère.
Loin de Sparte a suivi le Troyen ravisseur.
Ce funeste Paris, enfanté par sa mère
Sous le présage vrai d'un songe plein d'horreur;
Tu sais que Ménélas, attestant la promesse
Autrefois consentie, a soulevé la Grèce.
Les plus illustres chefs, de leurs armes vêtus,
Conduisant leurs guerriers, soudain sont accourus ;
De chars et de chevaux ils couvrent ce rivage ;