SCÈNE II
ACHILLE
Sans plus délibérer il faut qu'on se décide : Agissons. Mais comment? et que pense l'Atride ? Holà I Qu'un serviteur prévienne Agamemnon Qu'Achille le demande au seuil de sa maison... Ah I verrons-naus jamais cette onde tout émue ? Que ce calme odieux attriste notre vue I La Grèce s'est levée, et le dieu des combats A la perte de Troie excite notre bras :
Celui qui de l'hymen ignore encor les charmes
Laisse sa maison vide, et l'autre, indifférent Aux cris de ses enfants, de son épouse en larmes, N'aspire dans son cœur qu'au nom de conquérant. Hais du repos des vents notre flotte captive Abuse cette ardeur, la retenant oisive j Et moi-même abusé, les plus sacrés liens N'ont point su m'arréter aux champs thessalîens. Quoi! j'ai quitté mon père appesanti par l'âge Pour vivre sans honneur sur un âpre rivage I Mes fidèles guerriers, qui murmuraient tout bas, De se plaindre tout haut ne se contiennent pas. n Achille, disenl-ils, est-ce Eurus ou Borée ^ut s'apprête à souder par le détroit d'Eubée? Vttendrons-nous toujours ces butins, ces lauriers, Jui nous ont fait te suivre et quitter nos foyers? De nous tirer d'Aulis en vain tu t'évertues : ^squ'il te faut encore ici demeurer coi, )ue ne retournons-nous plutôt à nos charrues, la laissant ceux d'Argos aux lenteurs de leur roi?»