ACTE III lOl
CLYTEMNESTRE
ma fille chérie, ô mon Iphigénîe, Ton père, furieux, veut t'égorger, hélas !
Sur Taulel d'Artémis, de ces lieux souveraine, Ta fille va mourir pour le retour d'Hélène.
CLYTEMNESTRE
On égorge ma fille, on m'arrache le cœur Pour rendre à Ménélas mon odieuse sœur !
LE VIEILLARD
Tu sais tout maintenant.
CLYTEMNESTRE
Ce n'était donc qu'un piège.
Cet hymen ! 11 couvrait leur dessein sacrilège }
LE VIEILLARD
Pour attirer sa fille, en son esprit rusé, Agamemnon forma cet hymen supposé.
CLYTEMNESTRE
Je t'ai conduite ici, ma fille, pour ta perte 1 Hélas 1 à tes bourreaux je t'ai moi-même offerte !
LE VIEILLARD
Que j'ai pitié de vous! que je plains votre sort I Que je blâme le Roi d'accorder cette mort 1
CLYTEMNESTRE
Oui, mort non méritée, ô mort injurieuse 1 Ah! comment retenir mes larmes, malheureuse!
LE VIEILLARD
Pleure, pleure : est-il mal qui se puisse égaler,
ACTB III I03
Pauvre mère, à celui qui fait tes pleurs couler?
Mais, ô vieillard, dis-moi, quelle fortune rare T^a livré le secret de leur crime barbare ?
LE VIEILLARD
Ce secret, je Tai su de la bouche du Roi, Alors qu'il m'a remis une lettre pour toi.
CLYTEMNESTRE
Écrivait-il, vieillard, de hâter le voyage ?
LE VIEILLARD
; Non, ma^ il récusait son ancien message, Te disant de garder ta fille. En ce moment, Agamemnon pensait plus raisonnablement.
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CLYTEMNESTRE
N*as-lu donc point mené jusqu'au bout l'entreprise? Cette lettre, en mes mains tu ne l'as pas remise.
LE VIEILLARD
Le traître Ménélas me l'a su dérober.
C'est lui qui t'a perdue et qui te fait tomber Dans l'infortune.
CLYTEMNESTRE
Eh bien, fils de la Néréide, Connais les fils d'Atrée et leur âme perfide.
ACHILLE
Ils connaîtront aussi par mon ressentiment Que Ton n'outrage point Achille impunément.
ACTB III I05
CLYTEMNESTRE
Ils vont tuer ma fille, et c'est ton hyménée Qui met sous le couteau sa tête infortunée.
ACHILLE
Le soin de mon honneur saura m'intéresser '^''^'^'] D'autant plus aux malheurs qui te viennent presser.
CLYTEMNESTRE
Quoi ! pourrais-je oublier ma mortelle origine, Quandjerépandscespleurs dontj'ai les yeux noyés? Non, héros qui naquis d'une mère divine, Je ne rougirai pas de tomber à tes pieds, : Me sied-il de montrer une tête trop fière ? On veut tuer ma fille : irai-je, pauvre mère, A l'instant que le fer lui va percer le flanc. Par un slupide orgueil faire honneur à mon rang? Qui se fie au bonheur, à ses biens, qu'il contemple
inO ipniaÉHtB
Les soudains change m en ts du ROrt en mon exemple- Quelle fut ta hauteur de ma félicité I Et maintenaDt est-il au monde adversité, Hélas I qui de mes maux puisse allonger la trame! ma fille 1... A Calchas livreras-tu ta femme, Achille ? Que ce soit à juste titre ou non.
Il n'en est pas moins vrai qu'elle a reçu ce nom. C'est pour s'unir à toi que, de fleurs couronnée, Sur ces bords malheureux je l'avais amenée.
Comme je me flattais de l'éclat de ton sort I Et je te conduisais, 6 ma fille, à la mort.
Par ta main que je touche, Achille, je t'implore, Par ton père Pelée et par ta mère encore, De sauver mon enfant... terre ! 6 vastes <âeux,
perfides mortels, impitoyables dieux !
Seule au milieu d'un camp, par mes parents trahie, Personne ne me montre une figure amie.
Pour me réfugier, je n'ai que tes genoux.
Tu connais le dessein de mon cruel époux :
Sur l'autel d'Artémis déjà le couteau brille ;