LIVRE TI
son maintien ! Ses Vertus saiis doute égalent sa beauté j ce chef-d'œuvre de l'Eternel ne peut être incomplet. Ah! de toutes les mortelles nées pour occuper un trône , la plus parfaite est Zénaïre !
Mais que va devenir Alamède ?... Hugues, le strict observateur des convenances, comment va-t-il accueillir le perturbateur insensé dont les fautes sont sans excuse?... Le jouvencel pousse un gémissement étouffé.
Une voix a frappé son oreille. Il relève sa tête brillante , et voit , debout à ses côtés , vêtu d'une longue robe noire , un inconnu d'une physionomie grave, et auquel il manquait un œil : c'était Drollon , auteur fameux de cette époque. 11 descendait de Roscius^ qui, né en Provence, immortalisa son nom au théâtre, et fut l'ami de Cicéron(i).
Le savant Drollon venait d'arriver à Aix pour assister à ses brillantes fêtes. Il était à
( 1 ) Papon , Histoire de Provence j — Bouche , même histoire.
la fois poète , théologien , médecin et diplomate. Une seule de ces qualités, portée à un haut degré, suffirait pour faire un grand homme. Drollon en faisait- il quatre à lui seul?... On en pourra bientôt juger.
Habitant la même hôtellerie qu' Alamède, il avait entendu ses plaintes, et, comme TTiire (i), était accouru près du malade. Sans le questionner, sans même examiner son visage, il prononce gravement ces mots :
« — Les récentes commotions du trem- » blement de terre de Fréjus ont seules w causé votre toux (2). Pour vous guérir » entièrement, le remède est simple et fa- » cile. Demain, à l'aube du jour, arrachez » de votre barbe les trois poils nommés 1 e » pignas, le tersic eiVascalj puis jetez-les » dans une fontaine en récitant les trois » premiers versets du psaume xxn,etvous
(1) Médecin.
(2) Ces paroles d'un médecin de cette époque sont textuellement rapportées dans Mille. Hist. de Bourgogne j tome II , page 1 Sj.