‹ IpsiboéChapitre 114 sur 287 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Accablé moins par la lassitude de ses membres que par le conflit de ses pensées , le jouvencel d'Aiguemar s'est couché près de son coursier sur la paille de l'écurie, et s'abandonne à toute l'amertume de ses réflexions. De quelle horrible scène sa folle étourderie a^été la cause !... Par sa conduite inconvenante, il a non-seulement désorganisé toute une fête , mais fait couler le sang des plus nobles preux du royaume; un deuil général va sans doute succéder aux réjouissances publiques; et les maux qu'il a occasionnés sont irréparables. Alamède, le cœur déchiré, s'accablant des plus cmels reproches, couvert de contusions, et le sang allumé par ses souffrances physiques et morales, se sent saisi d'une fièvre brûlante.

Un jeune présomptueux des temps civi*

lises eût moins souffert sans doute, ou plutôt se serait fait gloire d'avoir j lai seul, mis en rumeur toute une ville, alarmé toute une cour, et fait battre toute une armée; mais l'esprit du page d'Erât n'était point à cette hauteur. 11 était imprudent mais bon, enthousiaste mais loyal, audacieux mais sensible. Révolutionner une capitale par des escapades anti-sociales , ou soulever une assemblée par des facéties oratoires, il ne voyait rien là d'admirable. Il croyait de bonne foi à la religion et à la vertu, sans chercher à en définir ni la source ni l'essence. Le devoir n'était pohit pour lui un principe à facettes changeantes, à interprétations variables, et à règles systématicpaes; c'était un sentiment hors du domaine des abstractions, et qui pour seul chef et seul guide n'admettait que la conscience.

Au milieu du trouble de ses pensées et pour surcharge de douleurs, il se rappelle Zénaïre. Qu'elle est belle cette lllle de Pvaymond qu'il lui est ordonné de fuir ! ([ue de dignité dans son regard ! que de grâce dans

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