‹ IpsiboéChapitre 125 sur 287 · LIVRE vr · texte numérisé non relu

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sent pris cette heureuse précaution (1).

Alamède vole à la calliédiale.... et les heures de la journée, marquées toutes par des spectacles variés, s'écoulent pour lui a\ ec une inconcevable rapidité. Tout l'étonne, tout l'intéresse ; le damoisel , au déhut de la vie, dont rien n'a émoussé les sens ni blasé l'imagination , trouve à chaque tableau mille charmes. Le monde, ses folies, les humains, tout est neuf encore à sa vue; e^ les scènes ou\ ertes devant lui, semblables à ses jeunes pensées, ont leur fraîcheur printaijière et leur enivrante magie.

Le soleil a fui sous les mers. Hugues va se rendre à la cour; et, selon le devoir de s;i place, ror[)helin l'aide à se parer de l'habillement somptueux des chevaliers du douzième siècle.

Le sire de Monterolles a quitté son armure. Il revêt une tunique de soie d'une

(1) Voyez l'aljbé Papon , Voyage de Prov.

couleui' vive et claire , rehaussée d'une large broderie d'argent , et traversée par une écliarpe azurée à chiffres de pierreries. Son manteau est de samit écarlate. Le collet dentelé de sa camise de fin lin est rabattu sur son cou découvert et sous sa chevelure J)0uclée ; enfin trois longues plumes blanches re jetées en arrière, ornent sa toque de velours pourpre (i).

Alamède porte un costume à peu près semblable pour la forme, mais d'une extrême simplicité j les couleurs écarlates, les fourrures, les broderies et le velours, sont interdits aux écuj ers. Sa tunique est d'un sim])le drap; mais descendant jusqu'au genou, et gracieusement entr'ouverte, elle serre sa taille élancée, laisse à sa démarche son aisance, et dessine sans aucun pli ses formes éiégantes. Un pantalon serré, une toque à plumes, des brodequins de couleur ,

(i) Voye-jswv les costumes des chevaliers, Favyn, Thèàlre (/Vio/iwfwrj 1. 1 , p. 96. -— La Roque, Traité dt la Noblesse. — Le romau de la

Rose.

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et une ceinture de soie blanche , complètent son ajustement. Parmi les gentes dames de cour, nulle ne remarquera sa mise, toutes remarqueront sa beauté.

Le chevalier et l'orphelin sont au palais de Zénaïre. Un peuple avide de spectacles en inonde les avenues pour voir passer les bannerets. Alamède a franchi le péristyle : des lambris dorés, des peintures àl'italienne, des colonnades en marbre, des vases étrusques, des statues en bronze, des mosaïques en pierres précieuses, des sculptures d'albâtre enrichissent les vastes salles du palais,; et jamais de tels objets n'avaient charmé sa vue. La nuit a succédé au jour : de nombreux candélabres placés de distance en distance éclairent les merveilles de l'art. Cachée sous un bocage artificiel, une musique aérienne fait entendre ses sons magiques. L'orphelin est environné de toutes les magnificences du luxe, de toutes les pompes que les Maures et les Asiatiques avaient, à cette époque , transportées de Cordoue et des champs de l'Arabie aux belles plaines

de la Provence^ il foule des tapis somptueux j et des parfums de la Syrie, dont la fumée légère et fantastique s'élève cà et là de cassolettes d'or, achèvent d'enivrer tous ses sens.

Au fond de la grande galerie la fille de Raymond se présente..,. Ah ! comment peindre tant de charmes, tant d'éclat, tant de dignité!.... Telle que la reine des dieux, elle semhle parcourir l'Empiréc. Sa parure est éhlouissante, sa beauté l'est bien plus encore.

Le connétable, le grand maréchal, les princesses et dames de la cour , les dignitaires du royaume, les chevaliers d'honneur, les pages, accompagnent leur souveraine ; et des glaces de toutes parts réfléchissent l'enchanteresse. Pour la première fois de hauts et brillans miroirs décoraient les murs d'un salon; les glaces, jusqu'à ce jour, n'avaient point été connues (i)j et l'élève d'Eral,

(1) Oa ne connut les glaces de cristal qu'au temps des croisades. — Maxxliangy ;, Gaule poétique j t. II , p. 285,

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