‹ IpsiboéChapitre 137 sur 287 · LIVRE Vr. 20'J · texte numérisé non relu

LIVRE Vr. 20'J

point baissé. Passant au milieu des adeptes, il paraît les connaître tousj il leur rend leurs saints avec grâce ; et noblement familier , bien qu'il ne s'adresse à personne et ne prononce pas un mot, il semble parler à chacun et répondre à la fois à tous.

Le duc est monté à l'estrade. Il se tourne vers l'orient, et profère quelques paroles que le nouvel arrivant n'a pu comprendre,.. Près du grand siège est un trépied, et sur ce trépied une boule d'airain. Le grandmaître, armé d'une hachette, a frappé se{)t fois cette boule • et sept fois un son éclatant part du timbre mystérieux (i). Puis il saisit la main d'Alamède, et d'une voix ferme mais émue : « — Illustres seigneurs , »secriet-il en s'adressant à l'assemblée, (C celui y> qu'appelaient nos vœux et qu'attendaient

» nos frères, le voici enfin parmi nous!

» rendons grâces à l'Eternel ! je vous pré- » sente le comte Edgar.

(]) Les coups étaient inégaux: deux, très forts , trois ^r^s lents j, et les deux àiçxn\ç.t?, très -précipités. Toutes ces descriptions ne sont point une invention de l'auteur.

2g6 iPSîBOÉ.

» — Ah ! dit rëcuyer à voix basse, Edgar » est mon nom de l)aptéme; la belle dé- )) couverte!... N'importe. C'est déjà savoir )) quelque chose.

» — JNoble comte! » poursuit le vieillard en se tournant vers Alamède , « l'as- )) semblée dont je suis l'organe vous supy) plie delà présider.

)) — Elle commande, j'obéis, » lui répondil sans balancer.

Et sur son espèce de trône, le président élu s'installe.

« — Me voilà donc devenu comte , » dit le jouvencel à lui-même. » Eh bien! soit, en )) attendant mieux. Puisqu'un titre, sans )) plus de gêne, se donne, s'accepte et se )) porte, qui sait celui que je puis preny) dre!.... »

Tenant en main un livre ouvert , sur lequel est un crucifix, le duc s'approche d' Alamède , et soudain lui parle en ces mots : (( — Comte ! l'orche sacré vous admet )) parmi ses membres titulaires. A la prière y> d'Ipsiboé, et vu le nom de vos aïeux, » nous vous épargnons les terribles épreu-

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)) ves imposées aux récipiendaires. Saris )) pénibles formalités , nous vous procla- » mons invisible. Soyez , de ce moment so- )) lennel , initié à tous nos mystères ; et sur )) la croix, sur l'Evangile, prêtez le ser- )) ment des adeptes. »

L'ancien page hésite à répondre.... A cette époque d'ignorance , un serment était quelque chose 5 on n'en prêtait point à divers chefs, comme cela s'est vu depuis, quatre ou cinq dans la même année. Le signe du salut et la Bible sont présentés au nouveau frère. La formule du serment est luej et l'initié ne s'engageant qu'à ne point trahir les secrets de l'ordre (i), l'orphelin s'écrie : ce — Je le jure. »

(1) Avec le temps, la formule devint plus effrayante, car elle portait: « Si je trahis mon ser- » ment , que mes frères me mettent en croix et » le front couronné d'épines !.... Je consens à ce » que mon ventre soit ouvert de mon vivant , » mon cœur arraché , mes entrailles brûlées , mes )) membres hachés, dispersés , et mes restes muti- 5) lés privés de sépulture. »

2C)8 iPSIBOÉ.

Celte cérémonie achevée, le duc s'e.^t placé à sa droite en un fauteuil resté vacant; et le plus profond silence règne.

Alors, toujours léger et malin, l'élève d'Eral, sur son siège, se redresse de l'air auguste d'une majesté de coulisses..,. ]Ne sachant s'il devait commencer sa présidence , selon l'usage, par le pathos académique nommé le discours d'ouverture , il cherche à rappeler à sa mémoire quelques vieilles phrases obscures , quelque hyperbole redondante, quelques magnanimités de

tiiéâtre applicables à la circonstance

Mais le templier, se levant, a pris la parole en ces termes :

(C — Illustres défenseurs du vrai culte ! )) soutiens du trône légitime ! régénérateurs » de la terre ! le ciel daigne enfin nous sou- » rire, et la cause sacrée triomphe. Notre yy grande charte est écrite; Ihomme désiré )) nous préside; et déjà pointe à nos re- )) gards le premier rayon du salut, l'auron; )) de la liberté.

)) Le puissant Guillaume de Forcalquier )) s'est déclaré pour nous. Demain je me

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