LIVRE VI. 2Çp
tant la main à son épée avec l'enthousiasme factice des soldats figurans d'mi drame.
((-^Mais, reprend le duc inquiet, si les » fils d'Alphonse Jourdain trahissaient » notre confiance?...
» — La volonté de Dieu soit faite ! )) répond pieusement l'orphelin, ravi de jeter quelquevariété dans lecaractèrede sonrôle.
Durant ce singulier entretien , ils se rendaient à l'assemblée- la porte de la grande salle des conférences s'est ouverte devant eux ; et le spectacle le plus imposant s'offre aux regards du jouvencel.
Le long d'une immense galerie éclairée avec luxe, et tendue de riches étoffes, des personnages inconnus composent , assis sur deux rangs , un tribunal mystérieux. Ils sont vêtus de robes noires, coiffés de mouchoirs écarlates, et ceints de baudriers ;\ sept poches (i). Sur leur poitrine est un soleil d'or, et à leurs mains une hachette (2). La gravité de leur maintien , la dignité de
(1) Chaque poche du baudrier avait son usage particulier.
(2) Ces détails sont exacts.
leur costume , et l'austérité de leurs tialLs, tout en eux est sombre, sévère, redoutable et majestueux.
Au fond de la salle, cbargée d'ornemciis symboliques, est un globe de feu suspendu contre une toile d'azur, et imitant un nié téore. Là, sur une liante estrade, dont uo tapis somptueux orne les gradins, s'élè\e le siège du duc de Roquemire, présidcn'. du conseil suprême. De cbaque côté, sont trois fauteuils , dont un seul n'est point occupé. Ce sont les places réservées aux cbel's du sénat invisible-
Tout autre que l'élève d'Eral eût senti flécbir son courage en entrant dans cette assemblée.... Mais rien n'effraie le jouvencel. Tranquille , et d'un pas assuré , il suit le duc de Roquemire.
Les membres du Grand Ordre , s'étMit levés à leur approcbe , se sont découverls en silence , et courbent leurs fronts avec; respect. L'orpbelin traverse la galerie , ot tous les regards se fixent sur lui.... Il marche la tête haute, la poitrine eflacée, et le sourire sur les lèvres. Son regard ne s'est