LIVRE VIT. ïl
» j'ai fait une extravagance je ne ferai point ï) une bassesse. S'arrêter un instant sous » nn balcon pour contempler une princesse )) jeune et belle , puis dans son palais, à ses » pieds, lui baiser humblement la main, )) sont-ce vraiment là des forfaits?... Puisse » l'altière Zénaïre n'avoir jamais en son » royaume de plus grands coupables que » moi ! M
Sa résolution est formelle , son refus semble inébranlable, ce — Non, » dit Hugues changeant de ton et d'une voix presque suppliante , (( non , vous ne serez point )) assez cruel pour résister à mes prières; » vous ne serez point assez ingrat pour » vouloir perdre votre ami. Alamède, je )) vous connais....
» — Vous me connaissez , » interrompt le malin jouvencel , a je vous en fais mon • » compliment, vous êtes plus habile que » moi.
» — De grâce ! trêve aux railleries !
» Lorsque vous étiez malheureux ai- je iny) suite à vos chagrins ?... Ame insensible! )) esprit léger! ne tenez -vous pas plus à moi
)) que la feuille sèche d'automne à la bran-^ )) che qui l'a nourrie !... »
L'expression douloureuse de ces mots a touché l'orphelin. Bon , loyal , franc et généreux , il sent sa fermeté fléchir. Le chevalier saisit sa main, et la pressant entre les siennes : « — Cher Alamède ! reprend- » il, vous êtes ébranlé, je le vois. Ma coti- >) fiance n'est point trompée. J'ai retrouvé )) votre cœur.... Demain vous vous rendrez » au palais; croyez que je saurai digne- » ment récompenser cette preuve de déw vouement. »
Mais cette dernière phrase du preux, et ses manières orgueilleuses devenues soudain caressantes , ont indigné le jouvenceL 11 retire sa main précipitamment. c< — Sei- » gneur, vous m'avez mal jugé, mon dé- » vouement n'est point à vendre. Je ne )) me rendrai point au palais ; et ni les^ )) louanges subites ni les tendresses calculées )) ne changeront ma détermination. Ne vous )) abaissez point à vouloir me dégrader , vos )) efforts seraient inutiles. Que d'autres » flattent, moi je parle ; que d'autres ram-