LIVRE X
Ces premiers mots d'Ipsiboé, cette pompeuse question , étaient peu en rapport sans doute avec les lieux et la circonstance; mais l'exaltée des lacs sauvages, soit sur la paille ou sous l'hermine , hors de saison ou à propos, et soit debout, soit renversée, avait toujours devant les yeux la grande idole de sa vie.
Une réponse affirmative a confirmé ses espérances. — « Nobles seigneurs! » continue-t-elle, «la couronne de l'usurpation » sera brisée cette nuit même.
» — Notre char est en mille pièces, » interrompt l'élève d'Eral.
f< —Je viens vous annoncer, )) poursuitelle, (des plus favorables nouvelles : avant M le retour de l'aurore, le trône des Ray- » monds tombera.
» — En ce cas , c'est la nuit des chutes , » reprend Alamède à voix basse.
Entré dans la salle des conférences ,
« — Princesse, » dit le grand-maître des
templiers avec un empressement inquiet ,
« vous offrirai-jequelqu&Kqueur fortifiante ?
3^ Edit. Tome 11. 12
l38 IPSIBOÉ.
» Un instant de repos ne vous serait-il point » nécessaire ? ]Ne vous seriez-vous point )) blessée?
» — Moi ! » répond IpsiI)oé portant sur le duc un regard mécontent, « je ne suis » blessée que de vos craintes puériles et de j; vos offres déplacées. S'agit-il en ce mo- » ment décisif de s'occuper de la course » plus ou moins rapide de vos clievaiix :» d'une descente de char plus ou moins )) précipitée, d'une manière plus ou moins )) commode d'arriver au but d'un voyage !... )) Toute considération personnelle doit s'é - )> vanouir devant l'intérêt général. Il ne y) doit plus être pour nous qu'une pensée : :» rendre à la liberté la Provence^ et cou- )) ronner son roi légitime. ))
)) Chevaliers! )) poursuit-elle avec énergip; (c apprenez qu'avant une heure le comte y) de Toulouse, arrivant à marclies forcées, )) sera aux portes de la capitale. Guillaume i) de Forcalquier, qui n'avait fui devant )) les troupes de l'usurpatrice que pour les y) attirer en un piège, vient de remporter