LIVRE XI. 17g
tent à leur suite le sang, les tombeaux et le crime !
Adossée contre une montagne, et grossièrement taillée dans la pierre au bord d'un ruisseau limpide , une madone a frappé leur vue. L'image consolatrice a comme descendu sur les sombres pensées de Zénaïre un rayon pur et virginal ; la foi ranime son courage, et l'espoir renaît dans son âme. Echangeant de tendres regards, les pèlerins boivent à la fontaine comme à l'eau des saintes amours j et, agenouillés sur la rive, ils saluent tous deux en passant la Notre- Dame du Rocher.
O croyances des premiers âges I mœurs touchantes des vieux temps ! devise des chevaliers chrétiens. Dieu., ma clam-e, et mon roz/ hélas"! qu'étes-vous devenues!.... L'homme des siècles éclairés doute premièrement de son Dieu., a peu de confiance en sa dam,e^ et reconnaît à peine son roi.
Le soleil touchait à l'horizon. Ses feux à leur déclin s'éteignaient sous une nuée ora-
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geuse ; et sa splendeur mourante ne jetait plus que des lueurs de triste présage , telles que les brillans efforts d'un héros au champ des dernières batailles, où vont tomber sa gloire et son sceptre.
Les nuages que, toute la journée , le vent avait dispersés , s'étaient rassemblés à l'orient, comme se réunissent les revers et les calamités pour fondre à la fois et de tontes parts sur un empire qui s'écroule.
Bientôt le vent et la pluie se succèdent alternativement. Les ténèbres remplacent le jour; et les arbres de la forêt dont les feuilles plient sous l'eau du ciel, ne présentant plus nul abri, ne font entendre au voyageur que leurs plaintifs mugisseraens.
Alors , à peu de distance des amans , le castel du sire de Sabran élevait ses hautes tourelles; aucun autre toit protecteur ne se présentait devant eux. Zénaïre, peu habituée aux privations et aux fatigues, porte en soupirant sa vue vers le manoir d'Amalric. Sachant que le prince considère comme dangereuse et perfide la demeure de ce suzerain redouté des belles, elle n'ose ex-